‹ Le serment des hommes rouges [microforme]Chapitre 49 sur 66 · LEA ENS · texte numérisé non relu

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Et, frisant sa petite moustache blonde, du Clos pressa le pas pour rejoindre la fillette.

— Elle doit s'appeler quelque chose comme Bettina, Roschen ou Gestraut, se dit le cornette, essayons en un.

— Eh, mamsell Bettina! cria-t-il.

La jeune fille se retourna en riant.

—Nicht Bettina... Lisbeth! dit-elle en montrant ses dents blanches,

—Parbleu, je ne me trompais qu'à moitié, &'écria du Clos enchanté et sans se déconcerter.

—Wo gehen Sie (où allez-vous), belle Lisbeth? re- #rit-il en allemand, ne voulez-vous pas me rendre mon coeur que Vous m'avez ravi au passage ?

Ce compliment à brûle-pourpoint flatta la jeune fille, qui s'arrêta pour causer avec du Clos. Le jeune officier ne parlait pas très couramment l'allemand, mais en savait suffisamment pour se faire comprendre, Du reste, Lisbeth semblait pleine de bonne volonté, et le patois du cornette provoquait à chaque minute des éclats de rire qui lui donnaient occasion de montrer ses dents, dont elle devait être très fière.

Au bout de cinq minutes, du Clos et elle étaient les meilleurs amis du monde. Mademoiselle Lisbeth avait avoué à son adorateur qu’elle n’était qu’une simple employée des cuisines au burg du Margrave Karl von Lichtherg, où l’on vivait fort gaiement, dans la certitude où l’on était que jamais les Français n’oseraient s’y frotter. Du Clos avait juré à la jolie allemande que la modestie des fonctions dont elle était chargée ne diminuerait en rien l’ardeur de son amour.

Bref, on s'était donné un rendez-vous, bientôt suivi d'un deuxième, puis d’un troisième, Tandis qu’une garnison très faible gardait le burg, Lisbeth et ses compagnes sortaient pour l’approvisionnement, n’ayant rien à craindre des Français, et prenant, pour rentrer au châ-

eau, les précautions nécessaires afin d'éviter une surprise.

Peu à peu, le jeune cornette, à qui Lisbeth disait beaucoup de mal de son seigneur le Margrave, avait réussi à obtenir d'elle la permission d'aller la voir dans le burg. Tà-dessus, il avait formé son plan, et c’était ce plan qu'il allait exposer à ses compagnons d’aventure.

Mais, ainsi que nous l’avons fait entendre, il lui répugnait, d’un côté, par modestie, de dire que c'était à Famour d’une femme qu’il devait le moyen d’entrer dans le burg; de l’autre côté, un sentiment d’orgueil lui faisait taire qu’il était l'amant d’une servante.

Du Clos rassembla donc ses hommes.

—J’ai trouvé, leur expliqua-t-il, le moyen d’avoir des intelligences dans la place, et je puis y pénétrer quand je voudrai, à la condition, naturellement, de me déguiser.

Mais il ne me suffit pas d’y entrer seul. Il faut que je vous y amène avec moi.

Je parle assez bien l'allemand pour arriver, en étant sobre de paroles, à me faire passer pour un naturel du pays. Je vais donc m’habiller en paysan. Cinq d’entre vous, les plus grands, se costumeront de même.

Ces cinq-là auront chacun un sac sur les épaules. Dans chaque sac, il y aura un homme.

Ceci réglé, je me présente à la nuit tombante à la poterne de service.

—Qui êtes-vous et que voulez-vous ? demandera-t-on probablement.

Vous ne broncherez pas. Je répondrai:

—J’apporte des pommes de terre, achetées par mademoiselle Lisbeth pour les cuisines.

—Où est votre voiture ?

Je dirai que je n’en ai pas, et que mes serviteurs portent les sacs.

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Là-dessus nous entrons, sans attendre qu’on nous y invite.

Une fois entrés...

—Parbleu ! une fois entrés, s’écria joyeusement Tony, nous trouons les sacs et la danse commence. Par la mort-Dieu! monsieur du Clos, vous êtes un grand homme...

— Alors, mon plan vous va?..

—L’est-à-dire que si je n'avais pas été de l’expédition, je me serais pendu de rage...

— Eh bien, sergent Tony, car vous êt: sergent, maintenant...

— Grâce à vous, monsieur du Clos, qui, je l’espère, serez demain matin lieutenant ou capitaine...

— Où tué! dit en riant le jeune cornette.

— Oh! ne parlez pas de cela.

—Peuh! mon ami, c’est le sort auquel doivent s’attendre tous ceux qui vont en guerre. Il faut qu’il en meure beaucoup pour faire de la place aux autres... Mais organisons notre expédition. Qui habillons-nous en paysans ?

Il y avait là quatre soldats du régiment de Bourgogne et quatre gardes-françaises: on n’avait pas voulu qu’il y eût de la jalousie entre les deux régiment.

— Eh! là-bas, toi, tu m’as l’air d’un homme solide, dit du Clos à l’un des gardes. Comment te nomme-t-on ?

—Cest le Normand, dit Tony, un brave dont je réponds .En outre, taciturne en diable, il ne nous trahira point par ses paroles.

—En paysan, le Normand.

Le gascon La Rose était près de son ami et allait, comme lui, prendre un des costumes. Tony l’arrêta :

— 4h! non pas s’écria-t-il, tu as la langue trop bien pendue, toi, mon ami La Rose, Dans le sac, mon camarade, dans le sac.

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