‹ Le serment des hommes rouges [microforme]Chapitre 52 sur 66 · CRE · texte numérisé non relu

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dit qu’il fallait aller voir le baron de Chartille, ce nom fut pour la inarquise un trait de lumière,

Elle se demanda comment elle n’y avait nas plus tôt pense,

Réjane n'était donc plus folle? Bien au contraire, elle causait fort sagement, La foi en le baron de Chartille, l'espérance d’être mariée par lui à Mauevailles, l'avaient ressuscitée,

Quelques minutes d'entretien convainquirent la marquise de cette réalité si heureuse !

Elle donna lordre de partir immédiatement pour Saint-Germain.

La route parut longue aux deux femmes qui avaient hâte de voir le vieux baron et de savoir ce qu’il déciderait en cette affaire,

Cependant, le postillon, pressant un peu les chevaux, on arriva enfin à l'hôtel de Chartille,

Le baron, selon sa coutume, était dans son grand fauteuil. Il tenait ouvert sur ses genoux le célèbreT'raité de Vénerie, de Jacques du Fouilloux, livre spécial, dédié à Charles IX, et qui était alors comme un oracle dans cette science aujourd’hui tombée en désuétude.

En apercevant les deux jeunes femmes, le baron fermia vivement son livre et se leva militairement,

—Bénis soient les dieux! s’écria-t-il avec un fin sourire, puisqu'ils m'amènent en ce jour si charmante compagnie ! C’est bien à vous, marquise, de n'avoir pas oublié le vieux solitaire et de venir le voir dans son ermi-

tage...

Mais remarquant tout à coup le voile de tristesse qui s'obstinait à altérer le sourire de la marquise :

—Mon Dieu, fit-1l, que se passe-t-il done? Cette visite an'annoncerait-elle un malheur? Est-ce que Vilers?...

Ce fut Réjane qui lui répondit en lui tendant le manuscrit.

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es pe Ile parcourut fiévreusement, —Oui, je savais déjà une partie de cette histoire, murmura-t-1} en lisant l'histoire de Fraulen... Muis J'étais loin de soupçeonner toute la vérité... Il arrivait à la fin, — Ah! dit-il encore, Pauvre Vilers, toujours le mê-

tince !

mais il n'y a rien à dire, J'étais ainsi, pis que cela peut-être, à son âge... Corbleu!... j'espère bien que Lavenay ne l'a pas tué}...

La marquise le mit alors rapidement au courant des événements qui s'étaient passés après le duel de Vilers et de Lavenay. Le vieillard, assis dans son fauteuil, Ja tète appuyée sur la main droite, écoutait ardemment,

Quand elle eut fini, il étendit la main vers le cordon qui pendait près de son fauteuil et sonna.

Un domestique apparut.

— Lapierre, dit M. de Chartille, va dire à mon cocher d'atteler tout de suite ma chaise de poste, Pendant ce temps, tu prépareras ma grande valise de voyage et tu leras tes bagages pour m'accompagner...

Habitué de longue date à l’obéissance passive, le domestique salua et sortit pour exécuter les ordres du bal'on,

—Où allez-vous done ainsi? demanda madame de Vilers étonnée.

—Aux Pays-Bas, parbleu !

—Comment, vous voulez ?.

Vous me dites que Vilers a besoin de moi. Je me rends à son appel. Il est là-bas. J’y vais. Et s'il vit encore, Je vous garantis qu’il vivra longtemps...

—Mais que comptez-vous donc faire ?

— le débarrasser de ces gens qui le gênent. Quand ils ne seront plus là, il sera dégagé de son serment envers eux...

Le vieux baron disait cela avec une simplicité, une

assurance stupéfiantes. C'était à croire qu'il s'agissait

4 de la chose la plus simple du monde. d 4: —Mais vous ne connaissez pas les autres Hommes

M Rouges ? dit madame de Vilers.

i —J’en connais un, je les connaîtrai tous. J'avais, du q k reste, une vieille rancune de famille contre ce jeune La- b A venay. J'ai eu, dans le temps, avec son grand-père, une

4: affaire dans laquelle celui-ci s'est assez mal conduit... 5 V ; fL Il a refusé de se battre avec moi, sous prétexte que £ î fl j'étais trop jeune... Plus tard, j'ai eu aussi une quereljh} le avec le père, Gaétan de Lavenay, qui était alors lieu- | tenant à Navarre-Infanterie.... c'était un duelliste de profession, celui-là, Mais on a arrêté l'affaire, sous le r prétexte que j'étais trop vieux... Je serai enchanté de régler une bonne fois mes comptes avec quelqu'un de la I famille !...

—On le dit terrible à l'épée, objecta Réjane. —Oh! de notre temps, cela ne comptait pas... Tenez, il y a de cela une cinquantaine d'années... plus même, soixante ans au moins... nous étions dix gen- < tilshommes qui avions fait un pari contre les meilleurs | maîtres d'armes du régiment... 1 v avait là Chaverny, de Pons, Bressac et un Maurevailles qui devait être, à propos, le grand-père où le grand-oncle de celui d’au- {

jourd'hui. La rencontre eut lieu en plein jour, sur la place Royale... Eh bien, nous blessèmes les dix prévôts. De notre côté, il n'y eut que Bressac qui eut la cuisse traversée par l'épée d'un sergent de Saintonge... Ce fut une belle partie... On en parla pendant un mois ! à la cour...

| Tout en bavardant, le vieux baron avait pris son épée, ses pistolets et son manteau de voyage. La berline était attelée et le postillon faisait claquer son fouet dans sur le haut de la voiture la va-

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lise de son maître et la sacoche qui contenait ses effets personnels.

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— Adieu, mesdames, dit le baron en baïsant la main de la marquise et celle de Réjane. Retournez à Paris, Dans quelques jours, vous aurez des nouvelles...

Mais comme la marquise s’apprêtait à prendre congé de Jui, Réjane, toute confuse, toute rouge, restait imimobile et clouée sur son siège.

— Voyons, mon enfant, reprit le baron, on dirait que votre petit coeur n’est pas encore complètement déchargé... Parlez donc!

Elle balbutia quelques mots, inintelligibles pour le baron, puis se tut soudain.

—Ah! je comprends, fit la marqiuse. C’est que, parmi nos ennemis, il v en a un... qu'elle aime...

—Parbleu! s'écria le baron. Toujours l’histoire de Roméo et Juliette! Et comment s’appelle-t-il, votre Roméo ?

—Le chevalier de Maurevailles... murmura Réjane.

—Eh bien, mon enfant, reprit-il en saisissant les mains de la jeune fille et en la conduisant auprès de sa soeur, sovez sans crainte, On le ménagera, votre Roméo. Et, si vous le désirez même, on vous le ramènera.

Réjane ne put se défendre de se jeter dans les bras de Pexcellent baron qui n'avait point trompé son attente, puis se retira avec sa soeur...

Tandit que madame de Vilers et Réjane retournaient à Paris, le baron de Chartille brûlait la route.

Avec une vigueur incroyable à son âge et que lui eussent enviée bien des jeunes gens, il ne quitta, ni jour ni nuit, sa chaise de poste, ne s’arrêtant que pour relayer et se faisant apporter ses repas dans la voiture.

Enfin le baron arriva au camp, et après s'être fait reconnaître, demanda une entrevue immédiate à Maurice de Saxe.

Son nom était bien connu. Le maréchal s’empressa de recevoir le brave centenaire en s’enquérant avec déférence du motif évidemment grave qui pouvait l’amener à l’armée.

M. de Chartille le pria de vouloir bien faire mander les trois officiers avec lesquels il désirait avoir en sa présence un entretien sérieux.

Quelques minutes plus tard, Lavenay, Laey et Maurevailles se présentaient.

Le baron voulut alors expliquer le motif du voyage; mais, dès les premiers mots, Maurevailles l’interrompit par cet aveu terrible:

— Vilers est mort!...

—Vilers est mort!... s’écria le centenaire avec dou- Tour. Mort... assassiné, sans doute ?...

Respectant l’âge et la douleur du baron, Maurevail-

ne releva pas cette expression. Mais Maurice de Saxe, intervenant au débat, s’empressa de répondre: —JTe marquis de Vilers a eu la mort d’un brave; celle

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que nous devons tous désirer: il a été tué à la prise de la citadelle d'Anvers...

—C’est une atténuation, dit le baron de Chartille en passant son gant sur sa paupière humide. On pourra du moins dire à sa veuve: Votre mari était un brave et loyal officier !...

Mais Lavenay, encore sous le coup de la nouvelle que lui avait apporté son courrier, s’écria :

—C’était un traître!

—C'était un traître!... répétèrent comme un double écho Maurevuilles et Lacy.

— Que dites-vous, messieurs? s’écria avec indignation le baron. Lui reprocherez-vous jusqu'au delà du tombeau une faute de jeunesse qu’il à expiée d’une si sublime façon ? à

—C’était un traître!... répéta de nouveau Lavenay.

—Ah! je vous remercie de me donner un démenti, monsieur de Lavenay!... s'écria le vieillard emporté par Ja colère, Je vais savoir enfin si, dans votre famille, il y a quelqu'un qui veuille croiser son épée contre la mienne. En garde, monsieur, en garde, ou, par Dieu, je vous marque au visage, pour que toute l’armée vous reconnaisse comme un lâche calomniateur!...

Le vieux baron avait redressé sa haute taille. Sa maim impatiente faisait tournoyer son épée, qu'il avait tirée du fourreau. Maurice de Saxe crut devoir s’interposer.

—Mon cher baron, dit-il, je vous en prie, calmezvous. M. de Lavenay regrette sincèrement de vous avoir offensé par des paroles que...

—Non, non, dit l’obstiné vieillard. Maréchal, vous, l'honneur en personne, je vous en supplie, laissez-moi châtier ce tourmenteur de femmes.

—Mais il nous faudrait des témoins, objecta Lavenay.

— En aviez-vous contre Vilers, sur la place Royale ? Cependant, prenons des témoins, je ne m’y oppose pas.

En

Chevalier de Maurevailles, j'aurai à vous parler ensuite d’une malheureuse jeune fille, passez de mon côté. Vous Lacy, secondez votre ami! Mais, pour Dieu! en garde, en garde! .

[l n'y avait rien à répliquer. Lavenay tira son épée.

Mais l'assurance semblait l'avoir abandonné. Aux attaques, à la fois furieuses et savantes du baron, il ripostait lourdement, mollement, arrivant à peine à la

parade, Deux fois déjà l’épée du vieillard avait effleuré sa 42 poitrine, enlevant des lambeaux de drap. C'était vrai-

ment un rude adversaire que le baron de Chartille*

Les témoins de cette scène en suivaient anxieusement ce péripéties.

Tout à coup, l'épée du baron décrivit un cercle, prit celle de Lavenay en tierce pour l’écarter par un froissement rapide. Le fer suivit le fer, et la lame vint s’enforcer jusqu’à la garde dans la poitrine du jeune homme qui tomba lourdement.

Il était mort.

—Je vous demande pardon, maréchal, de vous avoir fait assister à cette scène, dit froidement M. de Chartille en remettant son épée au fourreau. Vous, messieurs de Lacy et Maurevailles, occupez-vous de votre ami. Je ne vous dis pas adieu, mais au revoir, car je reste ici jusqu'à nouvel ordre. Mon oeuvre n'est pas faite... ”

r ensuite ôté. Vous en garde,

son épée.

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Dans la meilleure chambre de la maisonnette qu’elle avait louée au fond de l’un des faubourgs d'Anvers, mame Toinon veillait au chevet de Tony. Terrifiée par l'arrêt brutal du médecin qui, à première vue, avait déclaré le jeune homme perdu sans ressources, mame Toinon n'avait pas voulu accepter cet arrêt comme définitif.

C’est une particularité, souvent fort heureuse, de la nature humaine, d'accepter sans examen les bonnes nouvelles et de ne croire aux mauvaises qu'après un contrôle indiscutable... Le second chirurgien que la mercière alla chercher fut beaucoup plus consolant que le premier.

— Votre soldat est fortement avarié, dit-il avec une grimace non équivoque, mais le coffre est solide et à cet âge-là il y a toujours de la ressource...

—Alors, monsieur, vous espérez...? demanda mame Toinon palpitante d'émotion.

—Je n’espère rien, sacrebleu ! dit le médecin, qui appartenait à la classe des bourrus bienfaisants, je vous dis que nous verrons et rien de plus. Il y a pas mal de déchirures dans la peau de ce garçon. Mais jusqu’à présent rien de cassé, Si l’intérieur n’est pas plus détérioré que l'extérieur... Enfin dans quelques jours je vous rendrai réponse... En attendant, soignons-le...

Ce fut tou: ce qu'elle put savoir, maïs c'était déjà beaucoup. Elle s'installa près du lit de Tony, se promettant de ne plus le quitter qu'il ne fût hors de danger.

Quelques jours se passèrent. Chaque matin le médeein venait et hochait la tête d’un air satisfait. Se mprenant, comme l’autre, sur la nature de l'affection qui liait mame Toinon à Tony, il murmurait:

—On vous le tirera d'affaire, votre chéri. Allons! du temps et de la patience, voilà les grands remèdes qui valent mieux que tout.

De la patience, elle n’en manquait pas, la bonne et charmante femme. Certes, elle ne s’impatientait pas au chevet de Tony. N’était-ce pas pour lui, pour le revoir, pour être auprès de lui qu'elle avait quitté Paris, ses affaires, son magasin, tout ?

Auprès du malade, dans les longues heures, elle songeait; et, malgré elle, les paroles des deux médecins lui revenaient à l’idée.

—Est-ce votre mari, votre amant? avait demandé l’un.

—On vous le sauvera, votre chéri!... s'était écerié l’autre.

C'était done possible!... Malgré Ja différence d’âge

qui les séparait, Tony pouvait donc, sans trop étonner. le monde, devenir son amant, so nmari ?..

Malgré elle, elle s’avouait que le sentiment maternel qui l'avait porté à recueillir, à élever Tony, s'était modifié avec le temps, sans qu’elle s’en rendît compte. Elle avait vu l'enfant grandir, devenir homme et peu à peu, son affection pour lui avait pris une autre forme... Que de fois, lorsqu'elle l'avait vu plaisanter avec quelqu’une des fillettes du quartier, elle avait senti en elle un inconscient malaise, une contrariété jalouse!... A cette heure où elle était là, prête à donner sa vie pour le sauver, elle ne pouvait plus se le dissimuler; ce qui dominait en elle, ce n’était pas le dévouement de la

ait la passion folle de l’amante

mère pour son fils ,c° pour l’amant.

Mais, lui, lui,

Tony... l’aimait-il ?

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Hélas! il était là, gisant encore sans connaissance, enveloppé de bandelettes, en proie à une horrible fievre, incapable de parler, de comprendre même... Etait-elle sûre seulement de le sauver? Devait-elle demander à Dieu l'amour de Tony, alors qu'elle en était encore à 1mplorer sa vie ?

Mais, tout à coup, elle se rappelait l’incident de la citadelle, quand la bouche de Tony à demi évanoui s'était collée sur sa main... O souvenir cruel et doux à la fois! Ce baiser la brûlait... Elle eût voulu l’effacer de sa mémoire, et ses lèvres fiévreuses le cherchaient à tout instant sur sa main.

Ah! ce baiser!... Pour recevoir seulement le pareil, elle donnerait le paradis!

Il était onze heures du soir. Vaineue par la fatigue, la vaillante femme s'était assoupie sur son fauteuil.

Un mouvement du malade la tira de sa torpeur.

Tony s’agitait faiblement. La fièvre avait augmenté, le délire était venu. Le jeune officier murmurait à demi-voix des paroles inintelligibles.

—Qu'es-tu, Tony, mon trésor ? Parle, parle, demanda la jeune femme.

—Ma mère!... dit le blessé, dont le visage s’illumina d’une expressisa 4: béatitude.

Aünsi, il l'appelan sa mère! Lui-même ne voulait ètre que l'enfant de mame To'non...

Et la pauvre exaltée, ramenée par cet unique mot au sentiment réel des choses, eut le rourare de refouler dans son coeur toutes ses pensées ‘+ ‘mme pour n'être plus que mère.

—Que veux-tu, cher enfant? demanda-t-elle avec empressement en ne pensant déjà plus aux rêves fous qu’elle venait de faire, pour ne plus songer qu’au rôle maternel dont elle s'était chargée.

mm 179 cum !

— Ma mère! répéta Tony.

Mais la fièvre du malade augmentait, Faisant, pour se relever, des efforts qui lui arrachaient de sourds génissements, il semblait se débattre contre un ennemi inconnu, Dans son délire, il poussait des cris terribles, appelant ses amis à son aide, repoussant mame Toinon qui sefforçait en vain de le contenir et de le calmer.

La pauvre femme, effrayée, envoya au plus vite chercher le médecin, En apercevant le malade, celui-ci hocha la tête:

— Voilà la crise que j'appréhendais, dit-il, Elle peut le sauver, elle peut l'emporter,

— Mais ne sauriez-vous calmer cette horrible fièvre ?

—Eh! je n'ose lessaver,., Ecoutez: vous m'avez dit, je crois, que vous aviez de argent ?...

-—Oui, docteur: et il le faut encore, j'enverrai à j'uris. Je vendrai tout ce que j'ai... Ni cela ne suffiset pas, jai des amis, je les verrais... Quelle que soit la somme nécessaire, je l'aurai, Dites, dites vite... Que faut-il?

—O0h pas autant que vous pourriez le croire... Je veux simplement vous proposer de faire venir mon éminent collègue le docteur Van Hulfen, Il a spécialement étudié ces maladies du cerveau et pourra nous être d'un grand secours. Seulement, comme c'est un vieux savant qui n'aime pas à se déranger, surtout Ja nuit, sans être grassement pavé...

—Ah! qu'importe! courez, courez, docteur; amenezle. Tout ce qu'il voudra, mais qu'il le sauve!...

Le chirurgien sortit et revint bientôt avec le docteur Van Hulfen.

Le delire de Tony était à son plus haut degré,

i\ Le docteur Van Hulfen considéra avec attention le je malade, et, non sans quelque difficulté, parvint à lui saisir le poignet,

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d'argent historié et découpé, cent vingt-deux pulsations à la minute... C’est beaucoup, beaucoup... Il faut réduire cela...

Puis se tournant vers mame Toinon :

—Donnez-moi un grand drap, dit-il.

—Un drap?

Oui, un drap de lit,

La mercière s'empris de le satisfaire,

—Maintenant, de l’eau !...

— De leau tiède? dit mame Toinon.

—Non pas. De l’eau froide, glacée même, si c'est possible,

I y avait dans la maison un puits très profond. On courut ÿ puiser un seau d'eau fraîche.

Le docteur y trempa le drap, et, aidé de son collègue, le glissa sous Tony...

—Mais vous allez le tuer... il est tout en sueur! s'écria mame Toinon stupéfaite,

Sans s'inquiéter des craintes de la mercière, le vieux savant qui, devançant les idées modernes, avait découvert un traitement dont ne se servent pas éncore nos docteurs — peut-être parce qu'il abrégeait le nombre des visites, — enveloppa Tony dans le drap mouillé et le maintint, malgré sa résistance, dans cette enveloppe glacée.

—Quatre-vingts!... dit-il en consultant après quatre minutes le pouls du malade. Le délire n'existe plus...

En effet Tony semblait beaucoup plus calme,

—Laissez-le dans ce drap, continua le vieux praticlen, Seulement, comme l’eau s’échauffe, vous le rafraîchirez toutes les trois heures. Vous ferez bien d’avoir deux draps pour alterner, Adieu, madame. Mon cher

collôonp AU revoir, VOS n'avez lu VOUIRIO ts tt ELCVUIEI, YOU: i +07

plus besoin de mo Mionc Toimon voulut insister pour le payer.

—Allez, dit-il, soignez votre malade, vous me paierez

quand il sera debout. Vous avez bien entendu ?... De

l’eau fraîche... toute main. Au revoir !..

s les trois heures...

jusqu’à de-

Il sortit. Le chirurgien le suivit,

Mame Toinon resta seule pour soigner son Tony,

Vingt-quatre heures se passèrent, au bout desquelles Ja fièvre disparut con :plétement.

Mais Tony continuait à répéter :

—Ma mère!..

— Oh! oui, dit mame Toinon, tu as raison, je suis ta vraie mère.

Le malade sourit:

—Vous?... dit-il. Oh! non. Vous m’aimez, je le sais bien et je ne vous le rendrai jamais assez. Mais vous n'êtes pas ma mère... Ma vraie mère, je l'ai vue... ou du moins j'ai vu son portrait, car elle, ma mère, morte! Ce n'est plus qu'en rêve que je puis la revoir ! Ah! j'étais bien heureux tout à l'heure.

—Mon Dieu! s'écria mame Toinon, voilà le délire qui le reprend...

—Non, dit Tony, je n’ai pas le délire. Je vous dis que J'ai vu le portrait de ma mère,

Et il lui raconta comment avait été découverte sa parenté avec le marquis de Langevin, comment celui-ci lui avait montré :6 médaillon où se trouvait le portrait de sa mère, ma: lui disant qu’elle n’existait plus...

Mame Toins init aussi émue que lui.

— Oui, elle est iorte, répondit Tony, et je ne tarderai pas à 11 rejoindre, Je ne donnerais pas mon bonheur pour cent années d'existence !

— Toi, mourir! s'écria la jeune femme; oh! non, tu ne mourras pas, Tu es sauvé, au contraire, Il t’a admiablement soigné, le bon docteur, et je continuerai son

oeuvre, le te la

jure !

La chère femme était dans l'ivresse.

Non seulement son Tony allait de mieux en mieux, mais encore ce n’était pas elle qu’il appelait sa mère!

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Et 1 l'aimait pou it !

L'aimerait-il donc comme elle voudrait si ardemment qu'il l’aimât?...

En présentant à nos lecteurs le bar ‘hartille, nous avons dit que son existence était thodiquement réglée, Or, dans Femploi de son temps, la r zion avait sa

part.

De méme que, chaque matin, on était sûr de le voir, quelque tenos qu'il fît, partir le fusil sur l'épaule, de méme, tou s (imanches, on le voyait dans l’église de Saint-Germain, où sa place était réservée, écoutant la grand'messe et dominant de sa haute taille les fidèles qui lentouraient.

Aussi, après avoir vengé son ami Vilers, son premier soin fut-il de faire dire une messe pour le repos de son àane.

Il s’adressa au maréchal de Saxe et lui demanda la permission de disposer de ses soldats pour rendre la cérémonie plus digne,

Maurice de Saxe la lui accorda avec empréssement.

Quant aux soldats, ce fut à qui serait admis à prendre part à ce travail destiné à honorer le souvenir d’un brave

En quelques jours, un autel colossal fut élevé au milieu du camp, autel fait de bois et de terre, orné de

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branches de feuillage, décoré de faisceaux d'armes et de trophées de drapeaux. Avec un goût parfait, les soldats disposèrent de chaque côté de l'autel improvisé des pièces de canons détachées de leurs affûts et mises en croix, autour desquelles des lames de sabres formaient une étincelante auréole, tandis qu'une haie de hallebardes et de mousquets, savamment entremêlés, foriMait comme un berceau au-dessus de l'officiant.

Il fut décidé que chaque régiment enverrait un détachement à la cérémonie, et que les tambours, trompettes et musiques, viendraient en relever l'éclat.

La cérémonie allait commencer. lorsque trois soldats des gardes-françaises vinrent solliciter l'honneur d’être reçus par le baron.

I les fit entrer.

—Monsieur le baron, dit l’un d'eux, avec un fort accent méridional, nous n’avons pas l'honneur d’être connus de vous. Mais nous pensons que vous ne nous en voudrez pas de vous déranger quand vous saurez que nous servions tous trois dans la compagnie du capitaine de Vilers que nous aimions...

— Que nous aimions beaucoup... appuya comme un écho le second garde-française, en lequel on a déjà reconnu le Normand, inséparable compagnon du Gascon.

— Et pour qui nous aurions donné notre vie, murmura d'une voix à peine intelligible le troisième, qui semblait avoir une extrême difficulté à émettre des sons et dont le nez rouge prenait, grâce à l’émotion. des teintes violacées,

Celui-là, c'était Pivoine.

— Vous avez eu raison, ines amis, dit le baron. Parlez. De quoi s'agit-il ?

—Eh bien, donc, reprit La Rose, nous avons une prière à vous adresser. Vous avez probablement entendu parler d’un jeune officier qui conduisait les vingt hommes sur la brèche, le jour de l'explosion...

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—Oui, monsieur le baron, un brave et digne jeune homme, engagé depuis six mois à peine et qui pouvait aspirer au plus bel avenir...

—Au plus bel avenir... répéta le Normand,

— Nous l’aimions tous...

— C’est Jui qui m'a crevé Ja gorge, chuchota Pivoine en passant sa grosse main sur ses yeux humides de larmes; mais je ne lui en voulais Pas ; au contraire, c’est pour cela que je l’aimais. quel joli tireur cela eût fait!... Ah! je voudrais qu'il fût là, quand même ce serait pour me flanquer encore un coup de pointe!...

— Tony a été l'ami du marquis de Vilers, reprit La Rose, Je puis même dire qu'il lui a rendu de grands services, Enfin ils sont morts ensemble.

—Je vous entends, mes enfants, dit le baron d’une voix émue, vous venez me demander de comprendre Tony dans les prières qu’on va dire pour le marquis de Vilers... Non seulement j'y consens de grand coeur, mais encore je vous remercie de m'y avoir fait penser, car c'est justice. Oui, allez dire à vos camarades que les noms du capitaine de Vilers et du cornette Tony seront un dans la cérémonie qui se prépare, comme eux-mêmes ont été unis dans la vie et dans la mort. Bien plus, on pensera (ans les prières à tous ceux qui ont péri avec eux et qui n'ont ici ni ami, ni frère pour les représen- IP...

—Ah! merci, merci, monsieur le baron, s’écria La Rose; toute l’armée vous bénira!... Je ne suis qu'un pauvre soldat, mais si vous avez besoin de la vie d’un homme...

—De deux hommes... dit le Normand.

— De trois hommes, sacrebleu ! essaya de s'écrier Pivoine; je ne peux plus faire de discours, mais j'ai encore le poignet solide...

— Allons, c’est bien, mes enfants, dit le baron que

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Pémotion commençait à gagner; le temps se passe, 11 faut penser à la cérémonie.

Les trois soldats prirent congé du baron pour avertir leurs camarades du succès de leur démarche,

Une heure après, un coup de canon annonçait le commencement du service funèbre.

Comme nous l'avons dit, de nombreux détachements y assistaient,

En outre, presque toutes nos connaissances Sy revoyaient côte à côte.

Le maréchal de Saxe, toujours traîné dans sa petite carriole d'osier et en grand uniforme, s'était fait pla-

“cer au milieu du carré des troupes. À sa droite se tenait “debout le marquis de Langevin, également en tenue; à “sa gauche, le marquis de Chartille.

Derrière eux se trouvait le comte de Clemmont-Prince, qui avait dirigé les opérations du siège d'Anvers, et qui avait chargé Tony de la terrible mission où il avait perdu Ja vie,

Puis, les officiers du régiment de Bourgog: e, où To- Ty était cornette; ceux des gardes-françaises, anciens ‘compagnons du marquis de Vilers,

Enfin, tout honteux de la place d'honneur qu'il occupait, Ladrange, le soldat qui avait eu le poignet cassé à la prise du château du margrave, et qui avait gagné les galons de brigadier en même temps que Fony conquérait l'échampe; Briançon, ie sergent qui, seul, avait survécu à l’explosion d'Anvers; Pivoi {La Rose et le Normand,

Sur le côté, deux femmes pleuraient, -nelinées; c’étaient maman Nicolo et Bavette.

Mais (Chose étrange!) seule, mame Toinon manquait. Son absence ne tarda pas à être remarquée. Maman Nicolo surtout, malgré sa douleur réelle, ne pouvait s'empêcher de regarder de temps en temps autour

d'elle,

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