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cie beaucoup de votre bienveillance, Mais ; s tout ce que vous allez me dire.
—Comment, aimeriez-vous encore M, de Maurevailles si vous saviez tout ce que je pourrais vous dire.
—Qui, répliqua Réjane, le chevalier n’en est pas à sa première tentative contre nous, n'est-ce pas? Il a voulu enlever ma soeur, il a essayé de tuer mon frère, le marquis de Vilers... Oui, je sais tout cela et bien des choses encore-que peut-être vous ignorez. Maïs je viens vous dire: Qu'importe! je veux le voir!... Et, ajouta-t-elle en se jetant à ses pieds, je ne m'en irai pas que vous ne m’ayez accordé cette grâce !...
—Le voir?... Oh !mon Dieu! cela, je puis vous le permettre, dit M. de Marville vivement ému, en relevant la jeune fille. Venez, mon enfant. Bien que, si j'eusse rempli mon devoir, ces messieurs devraient être déjà au Châtelet, j'ai pris sur moi de les conserver ici
quelques heures. (Cela me met à même d’exaucer votre
demande et j'en suis très heureux.
I prit Réjane par la main et la conduisit lui-même auprès du prisonnier.
Maurevailles, assis, réfléchissait, très inquiet sur l’issue de cette affaire. Il se disait que c’était la seconde fois que M. de Marville avait à lui demander compte de ses tentatives contre la marquise de Vilers, et il craignait fort qu’en cette circonstance, la chose ne se passât pas aussi facilement que la première fois.
En voyant entrer M. de Marville et Réjane, il se leva tout étonné.
—Je vous laisse un instant, dit le lieutenant à la jeune fille. M. de Maurevailles, je crois inutile de vous avertir que la surveillance la plus rigoureuse vous entoure, que toute tentative d’évasion échouerait et ne ferait qu’aggraver votre situation.
Et M. de Marville s’inclina et se retira.
Restée seule avec celui qu’elle aimait, Réjane de-
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meura d'abord confuse, puis se rappelant que le temps lui était mesuré elle raconta naïvement à Maurevailles ce qu'elle venait d'accomplir pour arriver jusqu’à lui.
Maurevailles était confondu de tant d'amour, Un moment il fut sur le point de se jeter aux jenoux de Réjane et de lui demander pardon en rompant avec tout le passé...
Mais un mauvais sentiment lui vint et effaca cette bonne pensée. Il se dit que dans l'amour de Réjane, il pouvait trouver le moyen de se venger et d'accomplir l'oeuvre fatale qu’il poursuivait.
En un clin d'oeil son plan infernal fut conçu. Ce plan nous le verrons se développer plus tard.
Pour achever de le mettre en oeuvre, le chevalier se fit intéressant, parla de son répentir, de son changement d'idées, murmura à loreille de la jeune fille de trompeuses paroles d'amour.
—Depuis la mort de Lavenay, affirma-t-il, délié de mon serment, je n’aspire plus qu'à réparer le mal que j'ai pu faire, et c’est dans le même but d’être utile à la marquise que je me rendais hier soir à l'hôtel de Vilers.
Réjane ne demandait qu'à croire à l'innocence de celui g'velle aimait. Maurevailles vint fcilement à bout de la convaincre.
Quand elle se retira, elle croyait tellement à linjustice de ceux qui avaient arrêté le chevalier que, s’approchant de M. de Marville elle Jui dit:
— Vous savez que j'ai é olle, monsieur.
—On me l’a dit, en effet, répondit le lieutenant de police, se demandant où elle voulait en venir.
— Voulez-vous que je le redevienne ?
Et, s’emparant d’un poignard qui se trouvait sur le bureau du lieutenant de police au milieu d’une foule d’autres pièces à conviction, comme on en voit sur les bureaux de tous les magistrats, elle fit un pas en arrière et s’écria :
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Si vous retenez M, de Maurevailles prisonnier, ai vous voulez le flétrir par un jugement, je me tue sous vos yeux !
Le feux qui brillait du:., les yeux de Réjane prouvait que ce n'était pas là une vaine menace. Certes, après ce qu'elle avait déjà fait, elle était femme à l’exécuter. M. de Marville se trouva fort embarrassé.
Réjane tenait toujours le poignard levé sur sa poitrine,
Enfin, le lieutenant de police eut une inspiration.
—Ecoutez, dit-il en pesant ses paroles, peut-être y at-il un moyen terme qui nous satisfera tous les deux.
Réjane respira plus librement. Elle avait une lueur d'espoir.
— «Je ne puis, je vous l’ai dit, relâcher ainsi mes prisonniers. Mais il m'est possible de trouver un prétexte pour les garder ici jusqu’à nouvel ordre, au lieu de les transférer jusqu’au Châtelet.
—Eh bien? demanda Réjane.
C'est le baron de Chartille qui m'a dénoncé le complot; il m’a prié de protéger la marquise votre soeur. Mes exempts sont arrivés à temps. Mais auraient-ils de nouveau cette chance, si MM. de Maurevailles et de Lacy, mis en liberté, recommençaient une nouvelle ten-
tative, surtout ayant dans la place un auxiliaire tel que
vous ?
—Mais le moyen dont vous parliez? dit Réjane.
—Ce moyen, le voici. Attendons le retour du baron. I] ne peut tarder à arriver. Je causerai avec lui de cette affaire. S'il consent à l’étouffer une fois encore, si MM. de Maurevailles et de Lacy, qui sont officiers, me promettent de rejoindre leur régiment sans plus tarder,—ce à quoi, du reste, je veillerai,—il n’y aura plus aucune difficulté. Voyons, mon enfant, cela vous satisfait-1l ?
—$Soit, dit Réjane. J’essaierai de fléchir le baron.
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J’y réussirai, j'en suis sûre. Mais vous me promettez qu'avant son retour, M. de Maurevailles n’a rien à redouter de vous?
—Je vous le garantis. Et maintenant, mademoiselle, laissez-moi vous |'rconduire jusqu’à l'hôtel de V ilers, où je ne voudrais pas, à pareille heure, vous laisser retourner seule.
Et M. de Marville, faisant atteler son carrosse, y monta à côté de Réjane, enchantée de son succès.
Elle ne pouvait prévoir les terribles événements qu’allait engendrer cette terrible combinaison
Quelques jours après, le baron de Chartille arrivait à Paris.
Au débotté, l’infatigable centenaire courut à l'hôtel de Vilers, afin de s'informer de ce qui s’était passé pendant son absence,
Si la marquise lui apprit la nouvelle tentative de Maurevailles et de Lacy, Réjane, l’attirant à part, ne manqua point de le supplier de leur faire rendre la liberté.
—C’était donc pour cela qu’il étaient si pressés de partir, ne cessa de répéter à l’une ou à l’autre le baron. Sarpejeu ! la belle expédition pour des gentilshommes ! Décidément la noblesse se perd !..
Malgré cela, Réjane triompha, et il se rendit chez le lieutenant de police.
Depuis qu’ils étaient sous verrous, Maurevailles et Lacy avaient eu le temps de faire de tristes réflexions. Ce fut donc avec une joie immense qu’ils apprirent la fin de leur captivité.
—J’espère, messieurs, leur dit sévèrement le baron que cette leçon vous servira. Je vous ai montré que, de près ou de loin, je sais protéger mes amis... Pour
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le moment, je ne veux pas donner à cette escapade les funestes conséquences qu’elles pourraient avoir. J’arrive de l’armée des Pays-Bas, où les hostilités sont reprises et où la présence de deux braves officiers ne sera pas inutile... Or, si vous agissez en insensés dans la vie privée, je me plais à reconnaître votre bravoure en face de l’ennemi. Allez-donc, mais donnez-moi votre parole que vous vous rendrez immédiatement à votre régiment, où l’on vous attend du reste... Pour vos entreprises ultérieures, je ne vous demande rien; je serai là et je veillerai.
Humiliés et confus, les deux jeunes gens firent toutes les promesses du monde, et M. de Marville les autorisa à s’en aller.
M. de Chartille resta quelques instants encore avec ce dernier qui lui affirma, d’ailleurs qu’en aucun cas son concours ne lui ferait défaut.
Mais quand le baron, fier de la façon dont il avait arrangé les choses, rentra à l’hôtel de Vilers, la marquise fut seule à le remercier.
Réjane ne lui répondit que par des larmes.
Celui qu’elle aimait était retourné au combat, et sans lui envoyer un mot d’adieu ou de reconnaissance.
Etait-elle donc seule à aimer, et le chevalier reviendrait-il ?
A l’hôtel de la police, elle avait voulu se frapper d’un poignard. TL’inquiétude et l’amour venaient de lui en enfoncer deux dans le coeur....
Revenons à Anvers où le nain s’acharne à la poursuite du marquis de Vilers.
Il y mettait de la conscience, le pauvre petit nain, plus de conscience qu’il n’en avait jamais mis à servir, en qualité de faux muet, le comte de Mingréli.
Levé dès le jour, il courait les rues, allant des quartiers riches aux quartiers pauvres, ne négligeant aucun indice, ne perdant aucun instant.
Malheureusement ses recherches étaient vaines. Lui qui se vantait de tout trouver, cette fois il ne découvrait rien.
Quand venait le soir, après une journée de courses infructueuses, le pauvre nain entrait dans d’épouvantables fureurs.
S'il eût été assez fort, il eût cherché querelle aux passants dans la rue. Ne se sentant pas assez robuste, il s’en vengeait en allant mettre à sec les brocs dans les tavernes,
Chaque soir, Goliath rentrait chez lui absolument gris, se promettant, dans son ivresse, de réussir le lendemain.
Et le lendemain était comme la veille.
Pendant ce temps, Tony revenu au camp, ainsi que nous l'avons raconté, s’informait à tout le monde du marquis de Vilers.
Mais il ne réussissait pas mieux que son auxiliaire
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Il ÿ avait une autre cause à son chagrin: sa fausse position d’amoureux entre Bavette et mame Toinon.
Il n’osait supporter les regards de la jolie costumière dont la pensée lui pesait comme un remords. Il se l’avouait bien maintenant, ce n’était que dans l'explosion de ses dix-huit ans, qu’il avait eu pour elle une folie passagère. Tout son amour, son véritable amour était pour Bavette qu’il avait pu oublier, dans la fougue de la passion, mais qu’il n'avait jamais cessé d'aimer.
Il supportait bien moins encore les regards de Bavette dont les grands yeux bleus semblaient lui dire qu'elle avait tout deviné et dont la présence seule lui reprochait sa défaillance.
Une grande joie vint heureusement faire diversion. On annonça à Tony que le maréchal de Saxe le faisait demander.
Il courut au quartier général.
Les Autrichiens, presque bloqués dans Namur, où ils manquaient de vivres, avaient à plusieurs reprises essayé des tentatives de ravitaillement qui avaient échoué, grâce à l’activité de Maurice de Saxe. Les déserteurs, de plus en plus nombreux, que la famine chassait du camp ennemi, tenaient du reste le maréchal au courant de tous les mouvements des alliés.
Namur, abandonné à ses propres forces, avait fini par capituler et il v avait tout lieu de croire qu’on allait prendre là les quartiers d'hiver.
On s’y préparait même lorsque le maréchal de Saxe reçut avis que le camp choisi par les alliés était dans les conditions les plus favorables, peu profond et coupé par deux ravins, dont l’un allait au Jaar, l’autre à la Meuse, lesquels ravins, ne laissaient pour seule communication, d’une partie de l’armée à l’autre, qu’une trouée très étroite, près de Melmont.
Le maréchal ne put croire à pareille imprudence et résolut de faire vérifier le fait.
Il lui fallait pour cela un homme de confiance, brave et adroit. [1 songea à Tony, qui avait fourni ses preuves en deux cas analogues.
Tony trouva Maurice de Saxe, présidant le conseil de guerre.
—Ah! vous voilà, mon jeune ressucité, dit familièrement le maréchal, j'ai une bonne nouvelle à vous apprendre... Ne vous réjouissez pas trop tôt, ce n’est pas encore ce que vous désirez. Mais enfin, vous voulez aller vite, en voici le moyen.
Je n'ai pu jusqu'à ce jour obtenir de Sa Majesté l'arrêt qui vous remet an nombre des vivants. Mais nous avons besoin de bras solides et surtout d’âmes fortement trempées. Ma compagnie de Croates a été décimée, le capitaine de l’Estang qui la commandait a été tué, Heureusement les déserteurs que la famine chasse de l’armée alliée nous donnent de quoi la reformer. Ce sont de précieuses recrues, mais qu’il faut roidement tenir et rudement mener... j’ai songé à vous pour une lieutenance. Cela vous va-t-il ?
— Ah! monseigneur!... s’écria Tony avec reconnaissance.
Le poste est périlleux, car j'ai l'intention de me pas ménager vos hommes, et du côté de l’ennemi, on n’a, en cas de défaite, aucun quartier à attendre. Mais, tenez-vous-y bien, c’est un excellent stage pour rentrer aux gardes-françaises, où mon excellent ami, le marquis de Langevin, désire vous avoir. Allez, on va vous faire reconnaître. Vous entrerez en expédition tout de suite,
Tony était au comble de la joie. Täeutenant!... il était lieutenant !... Et le maréchal de Saxe lui-même lui faisait espérer qu’il rentrerait bientôt aux gardes! Et il n'avait qu’à réussir dans la nouvelle entreprise qui se préparait, digne de lui-même, pour devenir enfin le collègue, l’égal de ses ennemis, les Hommes Rouges! Les troupes se rangeaient en bataille pour se diriger
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es vers les ponts. Le maréchal sortit, suivi de son état- * Le … 4 .
É À major :
>s preu- ee. … —Cornette Tony, prononça Maurice de Saxe, je tiens conseil 4 à vous féliciter publiquement de votre rétablissement et 3 de votre retour parmi nous. J'ai aussi et surtout à vous himilièe i féliciter de la noble conduite que vous avez tenue à ous ap- 4 Anvers. Une première lois, au burg du margrave, vous est pas | avez mérité par votre bravoure hors ligne une faveur ulez al- 1 exceptionnelle, Aujourd'hui encore vous m'avez forcé 4 de passer par-dessus les considérations d'âge et de mais- Majesté : sance... Lieutenant Tony, venez m'embrasser. Mis 4 Emu jusqu'aux larmes, Tony s’inclina sans mot dire 68 Lore 4 vers le héros de Fontenoy, qui lui donna l’accolade. Son été dé- à émotion redoubla encore quand, derrière le maréchal di 4 de Saxe, il aperçut le marquis de Langevin qui lui tenchasse 4 dait les bras.
ar, Co N —Je vous admire, mon fils, lui dit tout bas à l'oreille deent 1 le colonel, qui ajouta plus bas encore: ur une D —Tu rentreras demain aux gardes...
: Les officiers félicitaient Tony, les soldats l’acclaonnnise maient.
—Ah ! s'écria-t-il, je n’ai pas assez d’une vie à donner à mon pays en échange d’un tel bonheur.
ne pas —Ménage ta bravoure, au contraire, dit le marquis
on n’a,
Mais, de Langevin. Ja patrie a besoin qu’ils vivent, les enrentrer fants tels que toi!
narquis Le temps pressait. Tony partit avec sa demi-compa-
as faire e suite.
gnie. Il eut la chance d’accomplir sa mission sans perdre un homme...
4 Les renseignements qu’il rapportaient confirmaient i-même de point en point ceux qu’on avait donnés au maréchal vardes ! de Saxe. Celui-ci résolut de livrer immédiatement uns reprise bataille décisive.
r enfin L'armée reçut l’ordre de se porter sur Varoux et ouges ! Rocoux.
diriger
Il n'entre pas dans notre cadre de raconter cette bataille célèbre dans l’histoire sous le nom de victoire de Rocoux et qui mit fin à la campagne.
Contentons-nous de dire que les alliés y perdirent sept mille hommes et mille prisonniers: dix drapeaux et cinquante pièces de canon, tandis que, du côté des Français, il n’y eut que trois mille hommes hors de combat.
Les épisodes y abondèrent.
Au moment où la brigade de Beauvois et la brigade d'Orléans attaquaient le village de Varoux, défendu par une formidable artillerie, un grenadier du régiment d'Orléans vint tomber aux pieds du maréchal de Saxe, la jamle emportée par un boulet de canon.
Le maréchal voulut le faire conduire à l’ambulance.
—Que vous importe ma vie? dit brusquement le grenadier ; laissez donc ce soie à ceux qu’il regarde, et occupez-vous de gagner la bataille !
À l'entrée du village était un escarpement très élevé que les soldats de Beauvoisis et les gardes-françaises avaient escaladé sous une grêle de mitraille.
Le jeune marquis de Boufflers, colonel du régiment de Beauvoisis, était trop petit pour franchir l’escarpement. Tony, rentré dans les gardes après le succès de son entreprise, arrivait avec une escouade de sa compagnie.
— Attendez, colonel, dit-il en riant.
Et, grimpant sur le talus, en vrai gamin de Paris, il
se mit à plat ventre et tendit les mains au petit mar-
) quis, qu’il hissa à côté de jui.
à Malgré les balles qui pleuvaient, celui-ci l’embrassa 4: À avant de descendre. !
ii . … - - Ü 4 —Nous nous reverrons, s’écria-t-1l, en sautant à terre | É l'épée à la moin. EL:
Ê: — Oui, dit Tony, si nous ne sommes pas tués. $ d ‘ Ni l'un ni l’autre ne le furent. Mais notre jeune à 1: dé ne K héros n'en devait ètre pas moins éprouvé. : 44 ue de 4 Au plus fort de la bataille, le marquis de Langevin, grisé par la poudre, par la fureur des ennemis, par l’ar- à dont deur de ses gardes, s'était fait, pour ainsi dire, de colo- k peaux nel-général qu'il était, simple soldat. | de Si l'ony se battait comme un lion, Langevin ne crai- ï. ed gnait pas plus que lui de savancer au milieu des alliés Jusqu'à ce que tous ses gardes l’eussent rejoint, puis de s'avancer encore.
rigade La bravoure coûte cher. L'un des Autrichiens eut Lu par honte de fuir, et, se retournant soudain, l'épée haute, ant s’élança sur le marquis qui, occupé à en tuer un autre, Sax. ne voyait point celui-ci. | Mais Tony l'avait vu, lui! Bondissant au-dessus des lande: morts et des blessés, il accou rut, trop tard, hélas ! Quand le gre- il entra son épée dans la poitrine de PAutrichien, ce on uernier s'était vengé d’avance en frappant à l’épaule le
marquis de Langevin...
—Ah! je suis perdu! fit le colonel en tombant dans
: élevé à les bras de Tony.
aices 7. Si ardant qu’il fût pour la bataille, l’ancien protégé iment du marquis avait un nouveau devoir à remplir. M. de carpe- Langevin était en si grand danger de mort qu’il apparsi tenait à Tony de le faire ramener a ü camp.
ompe- I] le prit d’abord dans ses bras jusqu’à la plus pro-
chaine ambulance où les chirurgiens lui appliquèrent, en hochant la tête, un pansement qu’ils savaient inutile, puis le plaçant sur une litière qu’il voulut soutenir lui-
ris, il
même du côté de la tête, aida ainsi à le transporter au camp.
Là on coucha le marquis sur un lit improvisé avec des planches et des couvertures, les coussins de son carrosse de guerre lui servant de matelas. Mais le marquis, qui se sentait mourir, voulut que l’on mit à côté de lui son épée, ses épaulettes et son grand cordon rouge de Saint- Louis, afin d’avoir sous les yeux, au moment de rendre le dernier soupir, l'instrument et la récompense de sa vie de soldat,
Bien que la bataille continuât, un groupe d'officiers l’entourait, morne, désespéré,
—Je vous en prie, messieurs, fit le colonel en leur serrant les mains, allez à votre devoir.
Et, comme ces valeureux officiers obéissaient au dernier ordre de leur chef:
—Je vais mourir, dit le marquis à Tony d’une voix affaiblie. Reste, toi, moa fils. Moi aussi, j'ai un devoir suprême à remplir... {ai ma confession à te faire.
—Mais, mon colonel, mon hon colonel, mon second père, non, non, vous ne 1nourrez pas! s’écria Tony en sanglotant.
—Si tu le crois vraiment, va done te battre... Ah! tu vois bien, tu restes. Je vais mourir, te dis-je, je le sais! j'ai à peine une heure à vivre... en admettant que je ne me fatigue pas... que je ne parle pas surtout... Or, je te répète qu’il faut que je parle...
Tony s'agenouilla auprès du lit.
—Ecoute, reprit le marquis à demi-voix, écoute bien ce que je vais te dire... Jamais on a eu confession plus cruelle à faire avant de paraître devant Dieu !
Je ne méritais pas, vois-tu de mourir ainsi sur le champ de bataille, au nulieu du triomphe de la victoire, car un jour, dans ma vie, j'ai été misérable et lâche.
—Oh! c'est impossible ! s’écria Tony emporté par son affection pour le vieillard.
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—Tais-toi et ne m'interromps plus. J'ai à peine le temps de tout te raconter, et cet aveu doit être complet. <
‘h! mon pauvre enfant, rappelle-toi bien ces paroles : L'Tonneur est une grande et noble chose, . C’est la première chose à laquelle l’homme doive obéir... Mais il ne faut pas l'exagérer .. 11 ne faut pas prendre pour la voix de l’honneur ce qui n’est que le cri de l’orgueil révolté... Je suis tombé dans cette erreur, elle m’a conduit au crime...
Je t'ai dit un jour mon amour pour ma fille... pour ta mère... Eh bien... sous la fatale pression de l’orgueil... je l'ai tuée!... râla le marquis d’une voix étouffée en cachant sa tête dans ses Jeux mains.
— Vous!... s'écria Tony en bondissant malgré lui.
— Hélas ! insulte-moi, tue-moi! Broie sous tes pieds ce coeur qui n'a plus que quelques minutes à battre... Mais auparavant entends-moi jusqu’au bout, il le faut pour que je puisse implorer ton pardon.
J’ai été élevé en soldat, selon les principes du soldat. Je voulais que mon honneur fût sans tache, si petite qu'elle fût....
Je me mariai avec la plus noble des femmes. Elle mourut en donnant le jour à une fille. Sur cette enfant, je reportai tout mon amour... tout mon orgueil.
L'enfant grandit, grandit et devint belle comme sa mère... Je l’admirais et j’en étais fier... Et je la voulais pure... pure comme ma conscience de soldat... Pour arriver jusqu’à ma fille, il eût fallu me tuer, moi!
Hélas! je le croyais... quand un soir.., un soir... une conversation de gens de cour, qui ne se savaient pas écoutés, m’apprit un terrible secret... Ma fille en qui j'avais la plus entière confiance... Ma fille que J'aurais rougi de soupçonner... Ma fille... s’était donnée volontairement... Elle allait devenir mère !…
Je tombai comme un fou au milieu des causeurs at-
terrés par ra présence; je saisis à la gorge celui qui parlait et je l'envoyai se briser le crû..e à l’angle d’une | muraille... Puis, éperdu, je courus à mon hôtel et je montai à la chambre de ma fille...
Terrible souvenir! s’écria le marquis en se soulevant sur sa couche malgré son atroce blessure, Ah! que de remords cet instant d'aveuglement m'a causés dépuis... Ma fille, souffrante, disait-elle, avait fait défendre sa porte...
Inquiet de cette résistance qui confirmait le: dires des calominateurs, je bousculai les chambrières | farées, et, d'un coup d'épaule, j'ouvris cette porte...
Le moribond s'arrêta et prit dans un flacon placé à côté de lui un cordial dont il avala quelques gouttes.
— Elle était pâle sur son lit, continua-t-il... Çà et ï là des vêtements épars, des linges, des langes d'enfant. Fout confirmait la fatale nouvelle... Ma fille, ma fille, que je croyais pure... venait de mettre au monde un enfant...
Je cherchai des veux l'odieuse preuve de notre honte pour l’écraser sous mon talon... Mais par bonheur. mon pauvre Tonv, on venait de t'emporter..….
—Moi, moi? C'était moi! s'écria le jeune homme haletant.
—C’était toi, cher enfant. Ah! pardon... Mais À laisse-moi achever. Tu n'étais pas 1à!... Sur qui done alors me venger? Je saisis ta mère dans un accès de rage, l’insultant, la menaçant, lui reprochant de m'avoir ravi l’honneur... Epuisée par les souffrances, épouvantée de ma colère, elle... oui, hélas! elle expira entre mes mains !...
Le marquis s’affaiblissait de plus en plus. Il dut avoir de nouveau recours à son cordial, afin de pouvoir reprendre son récit.
—Ma fille morte, continua-t-il, je restai un instant anéanti. Puis la voix de l’orgueil reprit le dessus, Elle
lui qui » d’une let je
levant que de epuls...
dre sa
res des
ces, et,
placé à ttes, Gà et afant….
a fille,
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honte nheur.
homme
Mais 1 done cès de n'avoir ouvan- \ entre
Il dut
JOUVOir
instant
s, Ells
ine eria que mon oeuvre n'était pas achevée, que mon
honneur voulait que l'enfant périt comme celle qui l'avait mis au monde...
Un médecin, chèrement ma fille une explication, Mais, moi.
acheté, donna à la mort de et tout le monde me plaignit.… je ne disais que ma tâche n’6t plie. 11 me fallait savoir où l’on avait du crime...
ait pas accomcaché je rejeton
Je te chercha; longtempx, pendant lesquelles je n'osai marcher la tête haute, sentant qu'il y avait encore une tache sur mon blason.
Enfin je découvris ta ret raite, , hommes masqués qui te pour FUer...
Sept années se passèrent,
Tu te souviens des suivirent, qui voulurent te C’était moi qui les commandais . à
La voix du marquis 6 flante et entrecoupée, mura :
ait devenue de plus en plus sif- Il se tut tout à coup et mur-
—Oh! je me meurs... Tony, mon fils, mon crime... Je n’ai pu... te dire mes Pardonne-moi. . .
je L’ar avoué remords,
Tony resta silencieux.
—Ah! s’écria le moribond. rassemblant dans ce eri tout ce qui lui restait de forces, je t’implore, mon fils. Me laisseras-tu mourir sans m'absoudre ?
D'un geste saccadé, il arracha de sa poitrine le médaillon qu’une fois, au château de Blérancourt, il avait montré à Tony. Ille posa sur ses lèvres, et, le tendant au jeune homme :
—Tiens, murmurat-il d’une voix <i faible qu’elle était à peine perceptible, Tiens... prends... ce souvenir... Mais par pitié... en mémoire Elle... Ce crime... je l’ai bien explé, va...
par &x-huit années de remords et d’insomnie. Tony, pardonne-moi, pour
qu Elie et Dieu me pardonnent Tony regardait le portrait. On eût dit qu’il le consultait... Enfin, comme pour obéir à un ordre que
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semblait lui donner cœtte précieuse image, il se jeta dans les bras du vieillard, puis, se redressant :
—Au nom de ma mère, dit-il, que Dieu vous tienne compte de vos souffrances et vous pardonne comme moi !
—Oh! merci, dit le marqu's, dont une pâle lueur de joie éclaira le visage... maintenant... je puis mourir en paix.
—Ah! par grâce, un effort encore. Ma mère est morte, mais j'ai un père! Mon père, du moins, faitesle-moi connaître !
—Ton père?... Ah! d'autres que moi eussent été heureux et fiers de lui donner leur fille en pâture..…. Ton père... c’est...
Un râle lui coupa la parole, l’agonie qu’il avait conjurée, à force de volonté, venait de commencer, terrible.
Tony, épouvanté, appela les officiers, les médecins. Mais tout secours était inutile.
Le marquis était mort.
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ienne ! 41 mme 4 ur de ; XXI ourir eu OST — : Le 12 octobre au matin, l'armée frs inçaise allait re- . prendre ses tentes au c: amp d'Houté.
. E Tony, que son service retenait dans les varde 8, avait nor: ô dû, les larmes aux yeux, laisser partir pour Paris le ï corps embaumé du marquis de Langevin.
sé 1 Heureusement un incident allait le distraire de sa —. L douleur, A peine venait-il au camp, maman Nicolo l’a- À vertissait que le nain, arrivé depuis la veille, l’attendait ——. ol à sa cantine, k Quelque remords que pût lui causer la vue de Ba- k : vette, il sv rendit.
À Il n'avait pas le droit de laisser le nain travailler tout UE 14 Goliath était attablé en face d’une & : : de bouteilles à )! ; aux cachets variés. Il paraissait épouvanta blement LE de . ke F gr18. 4 F. En voyant Tor eva avec joie, et se mit à bat- EU à tre un entrech: æ jeune lieutenant eut mille peines } 4 à le calmer À È —Peuh! peuh! dit le nain, ne vous fâchez pas, vous + Ée vous en r uriez tout à l'heure... | : —Pourquoi cela, s’il vous plaît ?
—Parce que j'ai du nouveau... J'ai jours du nouveau, moi...
Voyons, reprit Tony impatienté, rac et raconte
vite, surtout.
— Aussi vite que vous voudrez. Dieu en soit loué, si J'ai d'autres défauts, je n'ai pas celui d'être bavard...
—C'est bon: mais au fait, au fait!
—J”y arrive, au fait. Ne vous impatientez pas. C’est par la patience et la ténacité que je parviens, moi qui vous parle, à réussir dans mes entreprises...
Tony, voyant qu'il n'y avait rien à faire contre la loquacité du nain, que le vin rendait plus prolixe encore, &æ contenta de hausser les épaules et attendit.
— Done, poursuivit le petit homme, prenons les choses au début. Vous savez que c'est l'envie de boire qui m'a fait vous retrouver... Me basant sur l'expérience, je me suis dit qu'en buvant un petit coup, je découvrirais peut-être M. de Vilers.., J'ai donc bu...
—Cela se voit. Mais poursuis.
—Le vin m'a toujours porté bonheur, voyez-vous, Si Je n'étais pas sorti du château de Blérancourt pour tutoyer le vin de France, je n'aurais sauvé personne, Mais je reviens à mes moutons, c'est-à-dire au marquis...
—Hâte-toi, je t'en prie: tu dois voir que je ne suis pas d'humeur...
—"Tiens, cest vrai! J’abrégerai donc. D'ailleuré, @ela me fatigue de parler comme cela et ça me donne une soif! El y a qu'après avoir fouillé pour rien unk fois, deux fois, trois fois, la ville d'Anvers et ses environs, je commençais à désespérer, quand voilà qu'un soir, éreinté d'avoir couru, j'entre me reposer dans une auberge...
-—Et c'est 1à que...
— C'est là qu'il y avait d'excellent faro, auquel je æommeonçais à nr'accoutumer, pour varier avec le vin. Or, je venais de vider le premier moos, quand une querelle de tous les diables s'élève...
—Une querelle ?
—Oui... je pourrais dire sans exagération une bafaille, Au plus fort, comme j'essayais de comprendre
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de quoi il s'agissait, les hallebardiers arrivent et nous mènent tous au violon... un instrument que j'aimerai dorénavant, moi qui ne pouvais pas le sentir...
—Mais qu'a de commun cette arrestation avec le Ina rquis? demanda Tony impatienté.
— Vous allez voir... Au violon. on m'interroge. ... je dis que je ne savais rien,
— Naturellement.
Oui. Mais les autres, ceux qui se battaient, racontent leur histoire. 11 s'agissait d'un cheval que Pun des deux était accusé d'avoir volé... Il s'explique, et savez-vous ce qu'il raconte ?
“—Je peux pas le rendre, qu'il dit dans son bara- “gouin, Je l'ai vendu.