‹ Le serment des hommes rouges [microforme]Chapitre 56 sur 66 · À QUI · texte numérisé non relu

À QUI

“—Je ne sais pas !”

On s'étonne, on demande la preuve, et patati et patata... [1 désigne celui à qui il a vendu le cheval. Un officier français, avec un habit blanc et un manteau rouge...

—Vilers! S'écria Tony.

—Vilers qui partait.

— Mais pour où ?...

— Dame probablement pour Paris. S'il fût venu par ici, Vous auriez entendu parler de lui pendant la bataille... Je suis sûr qu'il est à Paris.

—A Paris? Et justement on disait tout à l'heure que nous allions v rentrer. Dieu soit loué! Goliath, je t’emmène avec moi.

—AÀ Paris, moi?... quelle chance! maman Nicole, ma digne amie, une autre bouteille pour fêter cette heureuse nouvelle !

—Bois à ton aise, mou pauvre Goliath. Moi, je cours m'informer au quartier général de ce qu'il peut Y avoir de vrai dans ces propos de départ.

Et Tony sortit, laissant le nain compléter son ivresse.

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On n'avait point trompé Tony. Rocoux avait été une bataille décisive. Le maréchal de Saxe jugea à propos d'arrêter là momentanément la campagne.

Il fit occuper les villes prises, détacha de son armée treize bataillons et neuf escadrons, qu’il envoya en Bretagne, sous les ordres de MM. de Contades, de Saint- Pern et de Coëtlogon, défendre les côtes attaquées par les Anglais, puis il prépara ses quartiers d'hiver en pays conquis.

La maison du roi, la gendarmerie et la brigade composée de deux régiments de gardes-françaises, partirent le 1% octobre pour Paris. Tous ces mouvements de troupes sont rigoureusement authentiques.

Dans les premiers jours de novembre 1746, semblaient donc s'être donné rendez-vous à Paris tous les survivants de ces tragiques aventures.

Mame Toinon était revenue à sa maison de la rue des Jeux-Neufs, qu'elle avait si bien espéré ne plus revoir.

Elle y avait retrouvé, gardant toujours la boutique, le fidèle Babet dont la figure maussade était devenue presque gracieuse de joie à l’arrivée de sa patronne,

On juge si les voisins étaient accourus, attirés un peu par sympathie et beaucoup par curiosité, s'enquérir des événements curieux qui avaient dû se passer dans le lointain voyage de la costumière.

Mais leur attente avait été déçue. Toinon, en effet, n'était plus la joyeuse et gaillarde

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et bavarde personne qui nous avons pr de notre récit,

Depuis son départ, un grand changement s'était opéré en elle.

Elle était sérieuse, triste. presque timide. ..

Elle avait espéré que Tony reviendr fois loger rue des Jeux-Neufs.

de nettoyer, de parer elle-même la maison.

ait comme autre Elle s'était empressée la meilleure chambre de

Vaine prévenance, Tony avait refusé.

— Vous comprenez, avait-il dit, que je ne puis aller habiter aussi loin ‘de la caserne où je suis appelé par mon service à chaque instant. J'irai rue des Jeux- Neufs, souvent, bien souvent, autant que me le permettront mes heures de liberté, mais je prendrai un logement tout près du quartier.

La pauvre maman Toinon n'avait pas osé répliquer. Tony venait en effet presque tous les

jours rue des Jeux-Neufs, où ses bottes.

son épée et ses épaulettes d'or mettaient en rumeur tout le quartier, qui n’en pouvait croire ses yeux, mais ses visites étaient de plus en froides et courtes.

céand il partait, les voisins malicieux et envieux remarquaient que mame Toinon avait les Veux gros COMme quelqu'un qui a envie de pleurer. Puis, le nuage qui couvrait son front s’éclaircissait et elle semblait joyeuse pour quelques heures. On éût dit qu'elle avait un secret qui lui causait à la fois plaisir et douleur. Les habitants de la rue des Jeux-Neufs auraient bien voulu le connaître ce secret! Mais TFoinon, chose incroyable, ne voisinait plus!

Un personnage, qui avait également le don de préoccuper beaucoup les bons bourgeois du quartier Mont-

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Tony l’avait amené avec lui et en avait fait son factotum. Vêtu d’un costume demi-civil, demi-militaire,

ésentée au début

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le bout d'homme venait fièrement, soit de la part de Tony, soit pour l'accompagner. I! vivait en partie à la caserne où il engageait des luttes bachiques avec ses amis La Rose, Pivoine et Normand, à la cantine de maman Nicolo.

Mais cela ne l'empéchait pas de fouiller tous les coins de la capitale pour y trouver le marquis de Vilers...

C'était, hélas, peine perdue !

A l'hôtel de Vilers,-la situation était toujours la méme,

Le temps s'était écoulé. La marquise était sur le point de mettre au monde l'enfant qu'elle portait dans son sein, et Vilers ne paraissait pas.

La campagne était finie pourtant. Qu'était-il devenu? Etait-il mort? Se cachait-il soulement ?

Parfois Havdée, tout entière au bonheur d'être mère oubliait ses épouvantables tourments pour ne plus songer qu'à ce petit être qu'elle chérissait déja.

La mère absorbaït l'épouse.

Puis elle se demandait quel serait le sort de ce pauvre enfant qui viendrait au monde sans connaître son père; qu'il faudrait élever, privé de son protecteur naturel... Et cet enchaînement d'idées la ramenait au souvenir de celui qu'elle n'osaït plus espérer revoir...

Alors, la marquise pleurait, les douleurs de lépous absorbant à leur tour les joies de la mère,

En vain, Tony, qui de temps à autre Ctait admis auprès de madame de Vilers.—en vain, le baron de Chartille qui, trois fois par semaine, renonçait à la chasse pour venir à Paris, réunissaient-1ls tous leurs efforts pour consoler Haydée et lui faire croire que Vilers reviendrait, Tous les raisonnements échouaient devant son absence prolongée et inexplicable.

Voyons maintenant ce que devenaient Maurevailles et de Lacy.

Nous avons fait suffisamment connaître le caractère

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des deux Hommes touges, pour qu'on soit cé ne se tenaient point pour battus.

Ils attendaient seulement une sûre,

rtain qu'ils occasion propice et

Leurs apparitions au quartier étaient r:

ares ; ils n’y venaient même que lorsque leurs fonctions l'exigeaient absolument, I

2 reste du temps, ils complotaient, Au soir où nous sommes, ils avaient devant eux leur courrier Luc, celui qui leur avait annoncé aux Pays- Bas la grossesse de la marquise, —Et tu dis alors, demanda Maurevailles ordinaire, que la marquise sort souvent 2?

—— Monsieur le chevalier le sait comme moi.

la rencontrer en promenade.

— Parle toujours,

—Eh bien, j'ai repris mes relations à l'hôtel de Vilers et l’on m'a raconté que les médecins ont ordonné à la marquise, non seulement de l'exercice, mais surtout du grand air.

à son espion

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encore et Elle à commencé par des promenades dans les jardins, conduite ou par de vieux Joseph où par le baron de Chartille—auquel il ne faut pas se frotter. Maintenant, elle sort deux ou trois fois par semaine pour aller, soit au Cours-la-Reine, soit à porte Saint-Antoine...

—Et peux-tu savoir de quel côté diriger:

menade aujourd’hui ?

—Bien facilement, Je suis intime avec le valet de pied, qui n’a pas de secrets pour moi,

—Eh bien, pars vite et reviens nous informer !

Luc sortit. Les deux Hommes Rouges restèrent seuls.

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1 Sa pro-

— Alors, demanda après un silence Lacy à Maurevailles, tu ne renonce pas à la marquise ?

—Jamais. J'ai été joué, bafoué, vilipendé, mis en prison... Ce n’est plus par amour. maintenant que je la veux, c’est pour me venger d'elle et de son mari.

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—Son mari est mort...

—Bah! Qui sait? Et puis qu'importe ?

—Tu as raison. (Compte sur moi alors. J'ai juré! Mais quel est ton but ?

—Je veux lavoir, elle et son enfant, à ma discrétion et pouvoir ainsi tenir tête à Chartille, au jeune coq de Tony et à toute leur bande.

—Et ton service aux gardes ?

—J’enverrai ma démission que j'ai toute prête dans à ma poche... D'ailleurs le colonel, duc de Biron, qui ? à succède au marquis de Langevin comme colonel, sera d peut-être un peu moins prévenu contre nous. ‘

Maurevailles fut interrompu par l’arrivée de Luc qui : accourait. !

Monsieur, Monsieur, dit-il, la marquise vient de : sortir en carrosse, avec sa soeur, mademoiselle Réjane. 4

—De quel côté vont-elles ? :

—Elles vont partir par la porte Saint-Antoine ct aller jusqu'au donjon de Vincennes, La marquise compte se promener dans les allées du bois.

— Parfaitement, s'écria Maurevailles avec une sinistre joie. Elle ne pouvait choisir un endroit plus propice à mes desseins! Allons, Lacv, en route et bon courage! Nous touchons au but, cette fois!

Les chevaux étaient prêts. Les deux officiers qui avaient quitté leurs uniformes pour revêtir de riches costumes de ville, sautèr :t en «elle, non sans s'assurer que les fontes étaient solidement garnies.

—Défiez-vous, monsieur le chevalier, fit observer Luc. Je vous avertis que le carrosse est accompagné ct surveillé. .

L'avis est bon, dit Maurevailles, en haussant les épaules, mais, nous aussi, nous avons fris nos précau-

tions,

Ils piquèrent des deux et partirent dans la direction

de la Bastille où ils comptaient joindre le carrosse qui allait fort lentement.

La promenade choisie par la marquise était fort belle, Le long de la route, les folies—<'est ainsi qu'on nom-

mait alors les petites maisons où les courtisans allaient loin des regards curieux se livrer à leurs ébats—les jon k' folies, disons-nous, étalaient leurs parcs et leurs jar-

de dins aux senteurs parfumées, :

À Les derniers rayons du soleil d'automne illuminaient À la route, au bout de laquelle le bois ombreux offrait un ans : refuge tranquille au promeneur ennemi de la foule. qui * ï Le comte et le chevalier rejoignirent le carrosse, era i En apercevant la marquise toujours adorablement D belle, dans sa pâleur de malade, Maurevailles sentit qui 1 son coeur bondir. Son amour renaissait plus ardent que “ Jamais.

de : Quant à Lac, il avait vu la tête mutine et triste de ne. ë Réjane qui, par la portière, regardait la route. et il se 1 disait en lui-même :

» ot 1 —Comment Maurevailles ne répond-il pas à l'amour ÿ uir® ] de cette adorable enfant qui, elle, est folle de lui!... Ah que je serais heureux, si, au lieu de se donner au tre chevalier, son coeur eût voulu me choisir! pice ! Les deux chevaliers retinrent leurs montures: il s'a- : age | < gissait de ne pas être vu. L'endroit n’était pas propice # à un enlèvement, D'abord il y avait tro» de monde; qui à ensuite, comme l'avait dit Luc, de carrosse était gardé. h ches 4 A côté du cocher, sur le siège, le vieux Joseph inter- d urer . rogeait la route. Derrière, deux solides laquais, se pen- h: ; dant aux étrivières, empêchaient toute surprise... 5 TVer Enfin, à droite et à gauche, cinq ou six promeneurs, en 16 et ouvriers Où paysans, marchaient en chantant ou en cau- ; sant de leurs affaires, et pour leur plaisir personnel, e-| t les sans doute, ne perdaient pas de vue le carrosse et les n | CAU- deux dames qui étaient dedans.

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