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mand et Pivoine se tenaient devant lui, menaçants. Le baron et Tony continuaient leurs questions.
—Encore une fois, reprit M. d Chartille avee un calme glacial, qui contrastait avec sa fougue de l’instant précédent, je vous somme de répondre. Songez que vous vous êtes introduit ici la nuit, en escaladant les murs, COMME UN assassin Où un voleur, et que nous pouvons, comme tel, vous tuer sans crainte et sans pitié.
—Mais je ne sais rien! s'écria Lacy avec désespoir, Je vous le jure. J'étais venu, au contraire, pour empêcher ce rapt abominable...
— Toi! s’écria Tony emporté par la colère. Toi, tu serais venu pour nous protéger. Mais impossible, infâme, tu oublies donc ton passé? Tu ne te souviens done plus du serment que tu avais fait de tuer M. de Vilers, ni de ton odieuse tentative dans ce même jardin, où, pour la première fois, nous nous trouvâmes face à face! Tu ne te rappelles pas qu'à Blérancourt, dans les souterrains, nous nous somimes rencontrés de nouveau, toi pour enlever la marquise, moi pour la défendre !... Tu ne songes pas que si la marquise n’a pas auprès d'elle un époux pour la défendre, c'est à toi qu'elle le doit. Tu as oublié, tout! jusqu’à ta dernière attaque dans l’hôtel où les exempts du lieutenant de police t'ont surpris comme un vulgaire bandit! Et quand aujourd’hui encore nous te surprenons presque en flagrant délit, à deux pas de cette chambre où une mère pleure son fils volé, quoi! tu aurais l’audace de nier, assassin, bourreau d'enfants et de femmes sans défense ?
——Taisez-vous, Tony, dit le baron, toujours avec le même calme solennel; ne vous laissez pas emporter par la colère... Des juges, car nous sommes ici des juges, ne doivent pas insulter l’accusé, quelque coupable qu’il püisse Ctre.
—Sur la mémoire de ma mère, sur mon salut éternel,
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prononça Lacy d’une voix ferme, je suis innocent du crime que vous m'imputez.
— Tu mens encore, dit Tony, on t'a vu venir ici chaque soir depuis huit jours,
—Moi ?
-— Vous, monsieur, dit le baron, en faisant signe à Tony de Le laisser parler. Et voulez-vous que nous vous disions ce que vous êtes venu faire? Parler d’amour à une pauvre enfant qui en aimait un autre... la tromper, la séduire pour arriver à votre but: le rapt de ce soir !
Lacy ovrait la bouche pour répondre. Sa justification était facile. Maurevailles était encore là, dans le kiosque. .
Mais livrer Maurevailles, c'était tuer Réjane, Réjane que lui, Marc de Lacy, aimait de plus en plus, d’un amour sans espoir, d’un amour fatal. Il se dit que sa vie était désormais sans but et que mieux valait mourir tout de suite... Il allait parler, il se tut.
—D'ailleurs, reprit M. de Chartille, apprenez ceci : quelle que soit la personne à qui vous avez remis l’enfant que vous avez volé, elle n’en pourra faire un otage dont la vie réponde de la vôtre... Les abords de l'hôtel sont gardés et depuis longtemps cet enfant doit être repris par les exempts...
Lacy continua à garder le silence.
-Et maintenant, s’écria Tony en se mettant en garde, c’est assez de discours. Mare de Lacv, défends-toi, si tu as encore le coeur de ten’: une épée!...
— Encore une fois, vous ave: tort, dit le baron qui écarta Tony de la main. Cet homme, qui n’a même pas le triste courage d’avouer son crime, ne mérite pas de recevoir la mort d’une Joyale épée. Je vous ai dit que nous étions ici un tribunal. Ce n’est pas pour rien que j'ai amené avec moi ces braves soldats dont l’honneur doit couvrir le nom. Sergent Pivoine, caporal La Rose,
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et vous, le Normand, Je vous fais k
» Juges de cet homme. J'ai présenté l'accusation ; j'ai donné à l’accusé la possibilité de se défendre...
rêt.
A vous de prononcer l’ar-
Les trois soldats se regardèrent indécis.
lourde responsabilité qu'ils allaient têtes,
Lacy, à tout prendre, était un officier qu'en ce moment on était sur un terr n’y avait plus ni officier ni soldats.
—Alllons, assassinez-moi done tout de suite et sans phrases, dit Lacy avec une colère bien j'en ai assez de la vie, est inutile.
C'était une assumer là sur leurs
,. Il est vrai ain neutre où il
mal dissimulée, Aussi Cette parodie de jugement
—Ce n’est point une parodie, mais un jugement véritable. Préféreriez-vous donc être livré au lieutenant de police, qui vous ferait arracher vos épaulettes par le bourreau et vous enverrait ramer sur les galères royales? Non, vous êtes soldat, je veux vous donner cette dernière faveur d’être jugé par des soldats. à Guoi condamnez-vous cet homme ?
-—A mort, dit Pivoine dont le front s'était bruni.
—À mort, dit également La Rose,
—A mort, répéta le Nonmand.
—La sentence est prononcée, monsieur, articula lentement le baron de Chartille. Il ne nous reste plus qu’à vous dire de recommander votre âme à Dieu, Avezvous quelque dernière démarche, quelque commission suprême à faire remplir? Je vous jure qu'eie sera loyalement et fidèlement accomplie.
Lacy ne répondit pas.
—Allons, il faut en finir, le temps presse. A genoux, et faites votre prière,
—Eh bien, non, s’écria Lacy en redressant la tête. Non, je ne m’agenouillerai pas. Non je ne mourrai
Jug E,
l'eMm-
pas ainsi la honte au front... Si, dans le passé, j'ai eu bien des reproches à me faire, aujourd’hui la punition serait injuste, car je venais pour sauver la marquise, Tuez-moi si vous voulez; je ne puis plus être heureux! Mais que mon sang retombe sur vous, car je n’ai pas mérité cette mort !
Réjane, de sa fenêtre, examinait depuis le commencement cette scène, cherenant à entendre ce qui se disait. Pour la première fois la voix de Lacy monta jusqu’à elle,
Lacy parlait comme eût parlé Maurevailles à sa place: “Je venais pour sauver la marquise,” disait-il, C’était ce que Maurevailles lui avait dit quelques instants auparavant,
Ce dernier mot la convainquit davantage encore.
—Infâme! dit Tony, et Réjane ?
—Réjane, ah! ne me parlez pas de Réjane, s’écria Lacy avec une sombre douleur, Vous m'accusez de l’avoir séduite, je l’aime de toutes les forces de mon ane, mails jamais je ne lui ai même avoué cet amour...
—Ah! c’est trop de mensonges! fit Tony en faisant ui signe aux gardes.
Les gardes abaiss‘rent rapidement leurs armes,
Trois coups de feu partirent. Lacy étendit les bras, tournoya sur lui-même ét vint rouler sur les cailloux.
Mais aux détonations répondit un cri terrible, et une femme tomba du second étage, broyée aux pieds du baron.
Il se pencha et s’écria avec terreur :
C'était Réjane, en effet, qui redevenue folle, folle de dés:noir en voyant tuer celui qu’elle prenait pour Ma: revailles, s'était précipitée par la fenêtre pour mourir avec lui, et était tombée près de lui, mêlant son sang au sien.
Ainsi la mort réunissait à Lacy celle que vainement il avait tant aimée dans la vie...
Tony, le baron, et les autres témoins de cette catastrophe étaient d’abord restés atterrés, puis s'étaient hâtés de porter secours à Réjane, mais tous leurs soins furent inutiles. La pauvre jeune fille était morte et bien morte.
—Quel épouvantable accident ‘dit Tony.
Le vieux baron, tout ému, réfléchissait.
—Un accident ?... non, répondit-il. Dites plutôt une mort volontaire, de laquelle nous avons notre part de responsabilité. Nous n’avons pas songé à la présence de cet enfant, quand nous avons choisi cet endroit si rapproché de l’hôtel pour juger et condamner cet homme qu’à son costume elle a dû prendre pour Maurevailles qu’elle aime... Eh! mais jy songe! mon Dieu! quelle idée terrible !... Si nous nous étions trompés ?... Si Lacy avait dit vrai!...
—Que voulez-vous dire? demanda Tony inquiet de ces exclamations.
—Que c’est Maurevailles qui venait ici depuis huit jours; que c’est lui que vous avez entendu parler d’amour à cette enfant dont le cadavre est là devant nous, et que tandis que nous poursuivions Lacy, qui, peutêtre était réellement venu dans une bonne intention, le véritable séducteur nous échappait encore !...
—Oh! c'est impossible !
—C'est la vérité, je le sens maintenant. Mon Dieu! qu'avons-nous fait, ou plutôt qu'ai-je fait? Car c’est moi qui ai tout conduit! Que la responsabilité de ce
e malheur retombe sur ma tête! Fatale promptitude!
Pourvu que, pour combler la mesure, le bruit des coups de feu n'ait pas épouvanté la marquise, déjà si éprouvée! Tony, courez, Que Joseph arrange au plus vite une fable et cache soigneusement, surtout à la malade, la mort de sa jeune soeur. Puis, enlevez le c .davre de la pauvre Réjane... Quant à celui-ci, les valets s’en occuperont.
Et, pour nous, continuons notre chasse, (C’est le plus coupable de tous que nous allions laïsser échapper. Et maintenant surtout, ajouta le vieillard avec un éclair dans les veux, j'ai un terrible compte à régler avec lui.
Les recherches recommencèrent minutieuses à travers les buissons. Le baron avait deviné juste, Pendant qu'on poursuivait Lacy, Maurevailles, certain qu’on ne s’occupait pas de lui, avait brisé la porte du kiosque et était sorti dans le jardin.
En arrivant au vieux kiosque, on retrouva ses traces; la porte était arrachée et un lambeau de drap écarlate était resté accroché à la rampe de l'escalier rustique.
C’était bien un Homme Rouge qui avait passé par là.
Or, Lavenay reposait dans sa tombe en Hollande, Lacy gisait à l’autre bout du jardin. C’était done Maurevailles.
On l’aperçut d’ailleurs tout à coup sortant de la pénombre à deux cents pas plus loin.
Tout le monde courut vers lui; mais il avait disparu. Ah! Maurevailles connaissait bien les détours du pare. Il glissait comme une couleuvre entre les massifs sombres, n’apparaissant qu’à de rares intervalles, lorsqu'il lui fallait traverser des clairières ou des allées.
Vingt fois le baron et ses homimes le serrèrent de près et crurent le tenir; vingt fois, il disparut comme un démon au moment où ils étendaient les mains pour le prendre.
Si l’on eût osé tirer, le fugitif n’eût pas pu aller bien
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