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noblesse nettement déclaré qu'il ne reconnaissait d'autre juge de ses pouvoirs que les trois ordres réunis, entrait un des premiers au Jeu de Paume pour prêter ce serment fameux que Mounîer repentant qualifiait plus tard d'attentat contre la Monarchie. » Si M. Costa de Beauregard avait eu sous les yeux les planches que nous publions, il n'aurait pu commettre une semblable méprise, en opposition avec les faits (le nom de Virieu ne figurant sur aucune liste publiée jusqu'à ce jour) et avec l'histoire. Aucun député de la noblesse, nous l'avons déjà dit, ne parut à l'Assemblée nationale avan4: le 22 juin. Les acclamations qui accueillirent ce jour-là le marquis de Blacons et le comte d'Agoult témoignent de l'enthousiasme qui eût accueilli le comte de Virieu; une séparation aussi éclatante eût provoqué, d'autre part, les protestations de la Chambre de la noblesse : on ne trouve aucune trace de manifestations de ce genre concernant de Virieu. Le député dauphinois mérita, parla noblesse de son caractère, l'estime de ses plus violents adversaires, et ceux mêmes qui ne partagent pas ses doctrines doivent regretter que ses souvenirs aient été transmis à la postérité défigurés par de nombreuses inexactitudes \
Un autre genre d'erreurs provient d'ouvrages écrits au temps même de la Révolution par des hommes au-dessus de tout soupçon, et se trouve par suite difficile à déterminer. L'abbé Jallet, par exemple (n*479), a laissé un Journal * dans lequel on lit, à propos de la séance du 20 juin (p. 95) les lignes suivantes : « Il n'y avait de curés que M.Lecesve.M. Dillon^ M. Grégoire et moi. MM. Clerget et Jouberty vinrent dans l'après-midi. » L'abbé Jallet mourut en 1 791 ; l'époque où son journal fut écrit, sans être fixée, se trouve
I. L'auteur du Roman d'un royaliste confond au début de son livre les deux journées des 4 et 5 mai, c'est-à-dire la procession des États généraux et l'ouverture. Une autre phrase de son livre montre le peu de sûreté de sa méthode. On lit (p. 117): « On n'avait pas inventé encore (mai 1789) /a formule que le silence des peuples est la leçon des rois. » Informulé se trouve dans V Oraison funèbre de Louis XV, le bien-aimé, prononcé dans F église de r abbaye royale de Saint- Denis, le 57 juillet 1774, par messire J.-B. Charles-Marie de Beauvais, évoque de Sene\ (Paris, Desprez, 1774, in-8*, p. 35). Le mot fut repris dans la séance de l'Assemblée nationale du 15 juillet 1789, les uns disent par Mirabeau, d'autres par Tévéque de Chartres. L'évèque de Senez qui avait été élu député aux États par la prévôté de Paris hors-les-murs, n'en était peut-être lui-même que le rééditeur.
2. Journal de Jallet publié par M. Brethé. Fontenay-le-Comtc, 1871, in-8». On y trouve cette note : « Journal inédit de ce qui s'est passé dans la chambre du Clergé, dont une copie prise sur l'original et provenant des papiers de l'abbé Grégoire, se trouve actuellement entre les mains de M. H. Camot, député de la Seine, qui nous l'a communiquée. »
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ainsi limitée ; il est bien étrange, on en conviendra, que sur un si petit nombre de personnages, Tauteur ait commis autant d'erreurs. Comment Jallet peut-il avoir omis de citer Besse, curé de Saint- Aubin (n* 446) et Simon, curé de Woël (n** 448), dont les signatures se peuvent voir dans les deux minutes ? L'abbé Dillon (n®63i) n'a signé» d'autre part, que le 22 juin avec les autres députés qui, au dire du procès-verbal, avaient été absents le 20 juin « par maladie ou par d'autres empêchements insurmontables ». Comment se fait-il que Jallet assure l'avoir vu au Jeu de Paume ? Quant à Clerget et à Joubert, ils ne signèrent pas le Serment ; nos tables le prouvent. Si véritablement, comme le déclare Jallet, ils assistèrent à la séance du Jeu de Paume, leur abstention en cette journée devrait être considérée comme une défection. Ils avaient en effet soumis l'un et Tautre leurs pouvoirs à la vérification des communes dès le 16 juin, et il semblait dès lors qu'ils étaient engagés plus que tous autres à suivre la fortune du troisième ordre.
II ne faudrait pas sans doute prendre à la lettre ces remises de pouvoir et les considérer comme des adhésions sans retour. Les circonstances obligèrent en effet les élus du clergé qui se présentèrent au tiers état avant le 19 juin, à retourner aussitôt dans la Chambre du clergé pour y combattre le bon combat. Jallet luimême raconte dans son Journal qu'il fut un des plus ardents conseillers de cette façon d'agir *. Mais le cas de Clerget et de Joubert, désignés nominalement comme ayant assisté à la séance du Jeu de Paume, doit être classé à part. On peut remarquer, comme suite à cette idée, que deux curés qui ont adhéré au serment les 20 et 22 juin ne s'étaient pas présentés aux communes avant cette date, si l'on s'en rapporte au procès-verbal ; ce sont : Simon, curé de Woêl (n*» 448) et Bouillotte, curé d'Arnay-le-Duc (n** 617) ». Si l'on considère, d'autre part, l'ensemble des curés qui s'étaient réunis au tiers état avant le 20 juin, on remarque que, sur I9 adhérents indiqués par le procès-verbal, 7 ont signé le serment : Jallet (n* 479), Lecesve (n* 478), Ballart (n*6i6), Besse (n^^ 446), Grégoire (n«468), Dillon (n*63i) et Joyeux (n* 580).
1. Le fait est constaté aussi par Grégoire : « Ce fut d'après son avis [Bailly] et celui de plusieurs membres des communes que, même après une réunion effective, je retournai dans la salle du Clergé, où ils jugeaient ma présence nécessaire pour entraîner la majorité de cet ordre. » (Mémoires de Grégoire^ t. n, p. 379.)
2. Royer, curé de Chavannes (n* 582], ne peut être compris dans cette classification ; il n^était alors que député suppléant, et ne fuK admis à l'Assemblée qu'en mars 1790, en remplacement de Bruet, curé d'Arbois, démissionnaire.
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Douze ne lont pas signé : Guégan (Julien), recteur de Pontivy (Vannes) ; Loaisel (Gabriel-Mathurin- Joseph), recteur de Redon (Vannes) ; Bodineau (Jean-Pierre- Etienne-Lazare), curé de Saint- Bienheuré de Vendôme (Vendôme) ; MaroUe (Claude-Eustache- François), curé de Saint-Jean-Baptiste de Saint-Quentin (Saint- Quentin) ; Mougins de Roquefort (Antoine-Boniface), premier curé de Grasse (Draguignan) ; Bertereau (Louis), curé de Teille (Le MansJ ; Laurent (François-Xavier), curé d'Huillaux (Moulins) ; Clerget (Pierre-François), curé d'Onans* (Vesoul) ; Lompré (Claude- Bénigne), chanoine administrateur de la cure de Champlitte (Vesoul); Rousselot (Claude-Germain), curé de Thiénans (Vesoul) ; Joubert (Pierre-Mathieu), curé de Saint-Martin d'Angoulême (Angoulême); Lucas (Julien), recteur de Minihy (Tréguier).
Nous tenons, naturellement, en dehors de cette énumération, les trois membres du clergé qui, élus par le tiers état, ont signé le serment: Siéyes(n*3i5),duPlaquet(n*594)et deFlachslanden(n*548), ce dernier offrant cette particularité, sans nul autre exemple, que, dans les assemblées bailliagères, il prit part aux travaux du clergé, se fit représenter à la noblesse et fut élu député par les communes.
DB QUELQUES SIGNATAIRES. — BONNBMANT. — GUIOT DE SAINT-FLORENT. — GOUPILLBAU. — MAYER DE CREUTZWALD. — LES DÉPUTÉS DB SAINT- DOlilNGUB.
Il n'est pas une seule des six cents signatures, dont nous publions le fac-similé, qui ne donne matière à une étude particulière, et l'histoire du serment ne sera peut-être entièrement connue que lorsque pareil travail aura été conduit à bonne fin. Si nous ne pouvons remplir ici une tâche aussi complexe, nous devons du moins, à titre d'exemple, analyser quelques noms.
Parmi les premiers signataires, on peut voir celui-ci : Bonnemant (n* 38). Ce député fournirait à lui seul un intéressant chapitre à This-
I. Qerget, curé d'Onanset non d'Omans, comme Tindique le Dictionnaire des parlementaires de Robert. Omans était un bailliage secondaire de Dôle. Onans, autrefois Osnans, actuellement compris dans le canton d*Isle-sur-le- Doubf I était du ressort de Vesoul.
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toire du Comité de vérification de la Constituante ; il fut, en effet, admis à l'Assemblée sans aucune sorte de pouvoirs, ni de droit, ni de £Eiit. Un règlement royal du 4 avril 1789*, modifiant celui du 2 mars concernant la Provence, avait accordé à la ville d'Arles une députation qui se superposait, pour ainsi dire, à celle de l'ensemble delà sénéchaussée,mais cette députation était fixée à trois membres (un de chaque ordre) et non à quatre, comme l'eût exigé le principe du doublement du tiers. Bonnemant, dont nous ne pouvons raconter ici les pérégprinations accidentées, avait été élu deuxième suppléant par une assemblée dite dés artisans d'Arles, qui avait qualité pour nommer — non pas des députés aux États généraux — mais des électeurs à une assemblée dernière qui, elle, devait élire des députés aux États généraux. Cette assemblée, dépassant illégalement ses droits, nomma pour députés aux États généraux : le comte de Provence» frère du roi ; pour premier suppléant, en cas de refus de ce dernier, l'abbé de Quinson ; et enfin comme deuxième suppléant, Bonnemant. C'est, muni de ces pouvoirs radicalement nuls, au point de vue de la convocation, que Bonnemant quitta furtivement Arles, poursuivi jusqu'à Tarascon par des messagers lui réclamant une lettre confidentielle de l'Intendant, qu'un de ses oncles lut avait communiquée*. A Versailles, on peut suivre, par la correspondance ministérielle, les démarches qu'il poursuivit dans la vue de se faire reconnaître comme député des artisans d'Arles'; le 13 juin, "lors de l'appel des députés par bailliages, il se présenta hardiment avec Boulouvard (n" 37) comme député des communes d'Arles, et, à la faveur de la hâte, du désordre même qui présidèrent à cette première vérification, ses pouvoirs furent reconnus valables, et il demeura dès lors à l'Assemblée comme député titulaire. Dans les notes du Comité de vérification, que nous avons étudiées de très près, à ce sujet, on ne trouve aucune trace d'une difficulté soulevée à cet égard. Il sut vraisemblablement rendre la Provence tout entière (ou du moins sa députation présente à Versailles) complice de