‹ Le serment du Jeu de paume: fac-similé du texte et des signatures d'après le procès-verbalChapitre 16 sur 76 · Arch. nat. C · texte numérisé non relu

Arch. nat. C

INTRODUCTION xxxm

qu'il est une observation intéressante à tirer à ce sujet des planches que nous reproduisons. Goupilleau était député du Poitou; sa signature aurait dû être donnée en même temps que celles de tous les autres députés de ce bailliage, c'est-à-dire entre les numéros 334 et 340 (planche VI); or, nous la trouvons, au même endroit, dans le texte Camus et au double, entre les députés de Brest et ceux de Caen (n^ 104, planche III). On peut à peu près sûrement conclure de ce fait anormal que Goupilleau fut transporté à la salle du Jeu de Paume avant que Tordre alphabétique des bailliages n*eût appelé le Poitou, et que ses collègues, voyant son état maladif, l'engagèrent à signer par exception avant ses collègues en députation. L'apposition de ces signatures en double exemplaire fut, au récit de tous, de longue durée, et ce n'est point là, semble-t-il, une hypothèse hasardée.

Par une coïncidence très singulière, la signature du second malade offre matière à pareille observation. Maupetit était député du bailliage du Mans ; ses collègues en députation signèrent entre les numéros 251 et 254 (planche V) ; il signa, lui seul, cent numéros plus loin (n® 360, planche VI) et sa signature, au texte Camus et au double, se voit entre celles d'un député de Rennes et d'un député de Riom. Cette interversion, spéciale à Maupetit, ne doit pas être confondue avec celle que Ton remarque dans les dernières signatures. Jusqu'au numéro 437 en effet (Vitry-le-Françoîs), Tordre alphabétique des bailliages a été observé ; c'est seulement à partir du numéro 438 (Arras) que Ton recommença une seconde série d'appel.

A partir de cet endroit signèrent les retardataires, les hésitants ou ceux qui, comme Guillotin, avaient été absorbés par quelque fonction; Tordre n'y est plus aussi exactement observé que dans la première série où Ton ne remarque que de rares dérogations* à Tordre alphabétique d'appel des bailliages tel qu'il avait déjà été fait les 12 et 13 juin.

La signature de Mayer, député de Sarreguemines (n® 519, planche IX) se rattache à un incident assez étrange pour être conté. Voici ce qu'on lit à son sujet dans un compte rendu manuscrit des

I . Quelques signatures se trouvent si près de Tappel du bailliage qu'on ne peut les relever ; en dehors de Goupilleau et de Maupetit, on ne trouve dans la première série que les députés suivants qui ne signèrent pas avec leurs collègues de députation : de Lalande (n" 368), Larreyre (n* 172), Repoux (n* 133) et les trois députés de Metz (n»» 349, 350, 353).

XXXIV INTRODUCTION

opérations du tiers-état* : « Le lendemain, un député de Lorraine, nommé Mayer, est devenu fou. Il avait prêté le serment, et en avait la conscience bourrelée. Il était à côté d'un filou qui venait de voler sous le costume d'un député du tiers. Lorsqu'on est venu prendre ce filou, il a cru qu'on arrêtait tous les députés du tiers pour avoir fait le serment ; la peur Ta pris et la tête lui a sauté. Cette frayeur d'être arrêté n'était pas mal fondée, car le bruit général était que ce parti violent avait été proposé, les uns disaient dans le conseil et d'autres dans un de ces conseils tenus fréquemment chez M. de Polignacou chez M. le comte d'Artois. » La folie de Mayer, qu'elle ait ou non cette cause, est confirmée par plusieurs lettres du lieutenant général du bailliage de Bouzonville. On lit dans Tune d'elles, datée du 28 juin 1789, et adressée au garde des sceaux : « Je reçois de Versailles une lettre d'avis que le sieur Mayer de Creustwald est devenu fou; » dans une autre, datée du 25 juillet : « Le sieur Mayer a tout à fait perdu la tête ».... « il a été obligé de revenir à la maison et il est urgent de le remplacer*. » De fait, la signature de Mayer au Jeu de Paume fut son dernier acte de législateur; il ne revint pas à l'Assemblée nationale et, démissionnaire, fut remplacé le 21 janvier 1790'.

Nous ne pouvons enfin terminer ce chapitre sans dire quelques mots d'éclaircissement au sujet des députés de Saint-Domingue et de leur situation exacte à ce moment. Les huit députés provisoires de cette colonie dont on peut voir les signatures, planche IX*, auraient pu signer, plus justement, avec les députés suppléants et non-jugés ; c'est grâce à la décision spécialement prise en leur faveur qu'ils mêlèrent leurs noms à ceux de la majorité. Ces huit signataires n'étaient pas exactement ceux qui, en même

Page 1