‹ Le serment du Jeu de paume: fac-similé du texte et des signatures d'après le procès-verbalChapitre 21 sur 76 · Affaires étrangères. France, n<> 141 2, p · texte numérisé non relu

Affaires étrangères. France, n<> 141 2, p

3. Le dessin de David a été gravé à Teau-forte par Denon, en petit par Couché, fils à Taqua-tinta par Jazet. On trouve plusieurs gravures portant ce dernier nom.

4. Bibl. nat. Estampes. Vol. 117, p. 50. Cette gravure porte cette note : « David pinxit, Couché et Reville aqua-fort,^ Bovinet se, » La collection Hennin renferme la plupart des autres œuvres relatives au Serment du Jeu de Paume et en particulier celles de Flaust, de Monnet, de Prieur, etc.

INTRODUCTION xxxix

du moins chercher la vraisemblance ; or, plusieurs des noms cités dans ces Explications de figures sont ceux de députés du tiers ou du clergé qui n'ont pris aucune part à la séance du 20 juin, comme nos tables le peuvent prouver. Sur cinquante noms, par exemple, dits expliqués, nous relevons six députés qui n'assistèrent pas au serment : Laurent, curé d*Huillaux ; Gouttes, curé d'Argeliers ' ; Thibault, curé de Souppes ; Tronchet, Rœderer et dom Gerle. Nous avons raconté longuement déjà l'histoire de la signature du curé d'Huillaux, nous ne nous y arrêterons plus ici. Gouttes et Thibault, bien que se rattachant par leurs opinions à la cause du tiers, non seulement ne signèrent pas le serment, nos tables en témoignent, mais ne furent même pas du nombre des dix-neuf curés qui s'étaient ralliés aux communes avant le 20 juin.

Tronchet doit d*autant mieux être exclu d*un tableau du serment qu*il ne put, au dire du procès-verbal, signer que le 22 juin, « pour cause d'empêchement insurmontable*. » Rœderer (Paul- Louis), conseiller au parlement de Metz, n*était à ce moment ni député, ni suppléant. Il n'aurait eu, en conséquence, aucune qualité pour signer le serment. Il ne fut élu député au titre du tiers état par la ville de Metz que le 26 octobre 1789, en remplacement de Maujean, dont l'élection avait été annulée le 11 juillet 1789, et qui, d'ailleurs, ne signa le serment que comme député non-jugé

L'histoire de dom Gerle est une de celles 'qui montrent le plus manifestement la persistance des idées fausses à se répandre dans le monde et à y demeurer. Christophe-Antoine Gerle, prieur de la Chartreuse du Port-Sainte-Marie et visiteur de son ordre, avait été nommé en mars 1789, député suppléant du clergé de Riom. Il ne vint à Paris qu'en décembre ijSç pour remplacer à TAssemblée Guillaume de la Bastide, député titulaire démissionnaire. Si quelque doute sur sa présence au Jeu de Paume pouvait exister, il se chargerait lui-même de nous éclairer. Répondant le 17 février 1790 à une motion de Cazalès, il dit : « Désespéré de ne m' et repas trouvé à V Assemblée le 20juin^ jour auquel vous avez prêté le serment de

I. « Jean-Louis Gouttes, curé d'Argeliers, au diocèse de Narbonne. » (Procès-verbal de rassemblée de Béziers. Arch. nat. Bill 31, p. 258.) Cette commune fait actuellement partie du canton de Ginestas (Aude). Le Dictionnaire des parlementaires de Robert indique à tort Gouttes comme curé d*Argelliers (Hérault). Cette dernière paroisse était, en 1789, du ressort non de la sénéchaussée de Béziers, mais de celle de Montpellier.

a. Sa signature se trouve planche XII, n*588.

XL INTRODUCTION

ne vous séparer qu'après avoir terminé la Constitution, je viens jurer de ne me séparer de vous qu'après la confection de cet important ouvrage. » {Moniteur). La situation, comme on le voit, est aussi claire que possible, et le dire du chartreux est d'accord avec les planches que nous publions. David, cependant, poursuivant le singfulier dessein de rattacher une allégorie, quelle qu'elle fût, à toutes les parties de son tableau, imagina de placer au premier plan un groupe de trois personnages étroitement unis, symbolisant l'intime communion d'enthousiasme des divers ordres : un religieux, un curé, un pasteur protestant. L'habit éclatant d'un gentilhomme eût bien mieux fait, apparemment, l'affaire de notre peintre, mais il n'en était pas encore, en ce moment, aux audacieuses fantaisies, et il n'osa pas introduire au Jeu de Paume, un membre de la Chambre de la noblesse. Plusieurs annalistes ont été, en cela, moins sages que lui. Quoi qu*il en soit, le groupe enlacé ûgure en belle place dans toutes les reproductions de la scène du serment, et les auteurs sont unanimes à les décrire. « Sur le premier plan, dit Charles Blanc dans son Histoire des peintres ^ est un g^roupe composé d'un chartreux, d'un protestant et d'un prêtre catholique. Le protestant, c'est Rabaut Saint-Etienne, le chartreux, dont Gerle^ et le prêtre, Tabbé Grégoire. » M. Jules David {Op. cit.), n'est pas moins affirmatif : « L'abbé Grégoire, dont Gerle le chartreux, et Rabaut Saint-Etienne, ministre protestant, sont groupés, se serrant la main, pour montrer Tintimité des pensées des différents cultes et clergés ^ » La biogpraphie Michaud nous apprend qu'à la séance du Jeu de Paume « l'exaltation patriotique de dont Gerle surpassa presque celle de Bailly et de Mirabeau ». La Biographie générale de Didot déclare que « dont Gerle fut un des premiers mandataires du clergé qui se rallièrent au tiers état, et que le 20 juin il se signala par sa véhémence et sa ferveur patriotique ». Ce n'est pas sans surprise que l'on voit auprès de ces auteurs M. Hippolyte Camot, qui avait connu Grégfoire, qui n*avait pu manquer de s'entretenir avec lui de ces grandes journées, écrire dans la Notice qui précède la publication des Mémoires du curé d'Embermesnil : a Le 20 (juin), Grégoire prêta serment au Jeu de Paume, où l'on sait que sa présence ainsi que celle du ministre protestant Rabaut Saint-Etienne et du chartreux dom Gerle ont fourni à David un épisode ingénieux de son admirable esquisse (p. 21). » Dépassant toute mesure,

I. Ce mot au pluriel appliqué à rancien régime constitue à lui aeui une erreur historique.

INTRODUCTION xli

d*autres écrivains ont ùAt du tableau de David comme un emblème de la justice et de la vérité. Louis Blanc écrit : <( Elle est devant vous, cette scène dont la Constituante confia au pinceau de David Vhéroïque procès-verbal et qui fut la gloire de nos pères »... « Une émotion commune éclate, quoique diversement exprimée, dans Tattitude de Petion, de Garât, de Le Chapelier, de Thouret, de GuiUotin^ de Timpétueux Dubois-Crancé, de l'élégant Barnave. Le corps roidi, la tête haute, Mirabeau frappe du pied la terre »... « En attendant, leurs âmes se cherchent, leurs espérances se confondent, et le chartreux dont Gerle, le prolestant Rabaut Saint-Etienne, le curé philosophe d'Embermesnil se tiennent embrassés ^ »

Est-il un plus frappant exemple du rôle, aussi vieux que les moutons de Panurge, joué par les écrivains qui s'en rapportent uniquement aux imprimés? L'observation, en effet, peut être généralisée. Non seulement dom Gerle, mais aucun religieux ne parut au serment. Les tables que nous publions établissent le fait d'une manière irréfutable, puisque cinq curés seulement signèrent le 20 juin^ Il faut à Terreur, semble-t-il, une proie constante et certaine, et les témoignages les plus sûrs ne peuvent rien contre elle. C'est David évidemment qui mit cette fausseté dans la circulation, et comme nous avons vu de prétendus critiques d'art reproduire sans contrôle les erreurs de leurs aînés, de même la gravure s'attache servilement à la légende. La séance du Serment ne serait pas complète, si la robe de bure du religieux ne s'y rencontrait pas ; on la trouve non seulement dans les œuvres anciennes de Flouest, de Monnet, dans la reproduction plus récente d'un dessin de Duplessis-Bertaut jointe à la réimpression du Moniteur, seule histoire authentique et inaltérée de la Révolution française ', mais encore — fait plus grave — dans un des bas-reliefs qui décorent le monument élevé à Paris, sur la place du Château-d'Eau, en 1882, à la gloire de la République.

Parfois aussi, il faut bien le dire, les écrivains se font complices des erreurs ou des ignorances des artistes. M. Vatel, par exemple, avait relevé dans sa Notice ce détail important que dom Gerle n'avait paru à l'Assemblée que six mois après le serment, et il l'exclut de ses listes, mais ce religieux-là lui manquant, il en créa un autre.

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