DoH\iimê Uttre à ses commettants
3. Mirabeau était à cette époque tenu en suspicion par un grand nombre de ses collègues. Son ami Dumont [de Genève] ra4>porte lui-même le fait suivant : M II avait voulu prendre la parole en deux ou trois occasions, mais un murmure général Pavait empêché de se faire entendre... J'entendis toutes ses plaintes, toutes ses déclamations sur l'Assemblée. Je distinguais facilement sa douleur, et je voyais rouler quelques larmes de dépit dans ses yeux enflammés. » (Souvenirs de Dumont de Genève, p. 48.J
INTRODUCTION lv
curé d'Huillaux, par exemple, et Rœderer, on est en droit d'affirmer que c'est cette œuvre absurde qui a servi de base à la décoration de la salle. On vit ainsi — résultat de la méthode — pendant de longs mois, dans la salle du Jeu de Paume, les bustes de deux hommes qui n'avaient pas paru au serment : Tronchet, qui ne signa que le 22 juin, et dom Gerle, le chartreux dont nous avons déjà parlé, qui, n'ayant siégé à l'Assemblée que six mois après le serment, ne peut avoir été, au titre de ses vertus *, l'objet d'un tel honneur.
Cette érection de bustes est la continuation, à notre époque, delà fausse et mensongère école de David. Était-il nécessaire, rentrait-il même dans un plan sagement étudié de faire achever le tableau célèbre? L'œuvre d'Olivier Merson, qui couvre actuellement tout le mur septentrional de la salle, est, sans doute, à ne considérer que son esthétique, admirable, grandiose, mais elle reproduit servilement les erreurs du modèle, et Ton peut se demander si sa place ne serait pas mieux dans un musée que dans le temple du serment, qui doit être avant tout celui de la vérité.
Qu'on nous montre, si l'on y tient, des dieux et des déesses et tous les génies du monde se réunissant dans l'Olympe pour célébrer la gloire des Constituants. Aucun hommage ne sera au-dessus de leurs mérites ; mais ce mélange d'inexactitudes et de réalités, ces allégories qui confondent dans une déplorable macédoine les temps, les hommes et les choses, tout ce puéril fatras, en un mot, qui, loin de frapper les esprits, les déconcerte et les trouble, heurte à la fois la justice et le bon goût.
« Il y a peu de temps, raconte Grégoire*, que j'ai voulu la revoir, cette salle du Jeu de Paume, où se sont accumulés des souvenirs de courage et de gloire; attendri à cet aspect et déchiré par celui des contrastes que présentent des événements postérieurs, j'y ai versé des larmes brûlantes et de joie et de désespoir; si jamais mon horreur du despotisme pouvait, je ne dis pas s'éteindre, mais s'afFai-
1. Dom Gerle est cet illaminé qui, pour se consoler des malheurs qu'il avait éprouvés avec Suzanne Labrouste, devint un des prophètes de Catherine Theot. « La Viergfe, disait cette dernière, a spirituellement conçu Jésus-Christ et moi je produis le Verbe de Dieu, ce qui est la même chose. » Dans l'interrogatoire qu'il subit après son arrestation en 1794, dom Gerle déclara « que Catherine Theot était destinée par Dieu pour donner le bonheur au monde et réparer les malheurs de notre première mère, et qu'il avait reconnu dans les Ecritures la vérité de ce quelle disait )*. L'Adininistration des Musées nationaux a fait retirer il y a quelques mois du Jeu de Paume les bustes de Tronchet et de dom Gerle.