CONCLUSION
Nous achevons ici les recherches que nous nous étions imposées et que nous avions à dessein limitées. Nous ne pouvons, en effet» entreprendre, à cette place, une histoire complète du Serment, qui eût été hors de proportion avec l'œuvre elle-même, c'est-à-dire la série de signatures si éloquentes à elles seules, mais qu'il faut cependant expliquer et défendre contre l'erreur. D'autres viendront qui, plus heureux ou plus habiles, donneront à ce travail de plus amples développements : avec l'acte même du Serment, ils auront du moins ce qui manquait jusqu'ici, un document incontestable- Nous avons cru, dans cette vue, qu'il importait d'en respecter même les défauts : c'est ainsi que l'on peut voir (pi . III) les taches que la légende attribue à des gouttes de pluie tombées sur le procès-verbal pendant l'orage de l'après-midi, et qu'il eût été plus aisé de faire disparaître que de reproduire ; dans le même sentiment, pour ne
I. « Monseigneur, rassemblée des trois ordres de cette sénéchaussée a terminé son travail et malgré les intrigues d'un nommé J. Roux, procureur au parlement, qu'on prétend s*ètre fait députer par la communauté de Lanta pour cabaler contre moi, et malgré les billets qu'il avait eu la témérité de distribuer parmi les votants (entreprise constatée par une information), j'ai eu Thonneur d'être élu député du tiers état aux États généraux. » (Axch. nat. Bill 42, p. 293.)
Lxxviii INTRODUCTION
pas déparer par des chiffires les planches de signatures, nous en avons rétabli la série dans un ordre identique, avec un numérotage qui permet de retrouver à la liste alphabétique le nom du signataire cherché. Grâce à l'initiative de M. de Nolhac, directeur du Musée de Versailles, et de M. Travinski, agent x:omptable des Musées nationaux, qui ont entrepris, avec autant de zèle que d'esprit, de modifier la décoration de la salle du Jeu de Paume dans un sens rigoureusement critique, les planches que nous publions y sont depuis quelques semaines exposées sous forme de photographies directes. Elles vont maintenant, nous l'espérons, se répandre dans le public et porter à tous les foyers qui voudront l'entendre, la parole des ancêtres proclamant le droit à la liberté. C'était là, pensons-nous, le vœu de la grande Assemblée qui, rompant un seul jour avec la coutumière discrétion du procès -verbal, exigea de ses membres les signatures apposées. Elle voulut, par cette forme, non seulement préciser l'engagement, mais aussi transmettre à la postérité l'acte du Serment dans son intégrité. Nous attachons un singulier honneur à avoir pu, dans une humble mesure, servir une si noble cause.
Armand Brette.
DU
ProcèS'Verbal de ï Assemblée nationale du samedi 20 juin 178c \
A neuf heures du matin, heure indiquée pour la séance de l'Assemblée nationale, le président et les deux secrétaires se sont présentés à la porte de l'entrée principale ; ils l'ont trouvée gardée par des soldats, et ils ont vu un grand nombre de députés qui ne pouvaient entrer. M. le président a demandé Tofficier de garde. M. le comte de Vassan s'est présenté et a dit qu'il avait ordre d'empêcher l'entrée de la salle, par rapport aux préparatifs qui s'y faisaient pour une séance royale.
M. le président lui a dit qu'il protestait contre l'empêchement mis à l'ouverture de la séance indiquée le jour d'hier à l'heure présente, et qu'il la déclarait tenante.
M. le comte de Vassan * ayant ajouté qu'il était autorisé à laisser
1. Nous n^avons pas [cru devoir reproduire, en /ii^»5 iwiV^, le procès-verbal dressé le 20 juin 1789, à neuf heures du matin, par Bailly et les deux secrétaires, non plus que le début de la séance de TAssemblée nationale au Jeu de Paume à dix heures et demie. Ces textes sont, nous Tavons dit, de la main de Camus. Nous nous bornons à les réimprimer afin de donner un tableau complet de la célèbre journée. Nous donnons en fac-similé les parties du procès-verbal de la séance du 20 juin et de celle du 22 juin 1789 qui se rapportent au serment.
2. M. le comte de Vert an (Moniteur)^ « M. de Vossan » (Mém. de Bailly). Il 8*ag^t évidemment du chevalier de Vassan^ premier lieutenant aux gardes-françaises, chevalier de Saint-Louis. {État militaire de la France^ de Montandre, p. 119.)
entrer les officiers de l'Assemblée pour prendre les papiers dont ils pouvaient avoir besoin, M. le président et les secrétaires sont entrés, et ont vu en effet que la plus grande partie des bancs de la salle étaient enlevés, et que toutes les avenues étaient gardées par un grand nombre de soldats.
Ils ont remarqué dans la cour et à la porte extérieure plusieurs affiches conçues en ces termes : <c États généraux. De par le roi. Le roi ayant résolu de tenir une séance royale aux États généraux, lundi 22 juin, les préparatifs à faire dans les trois salles qui servent aux assemblées des ordres exigent que ces assemblées soient suspendues jusqu'après la tenue de ladite séance. Sa majesté fera connaître, par une nouvelle proclamation, l'heure à laquelle Elle se rendra lundi à l'assemblée des États. A Versailles, de Tlmprimerie royale, 1789 *. »
M. le président et les deux secrétaires étant sortis, ils se sont transportés dans le Jeu de Paume de la rue du Jeu de Paume, où les membres de l'Assemblée se sont successivement réunis. Signé : Bailly, président, Camus, secrétaire; Pison du Galland fils, secrétaire.
Du même jour, dix heures et demie du matin, dans la salle du Jeu de Paume, rue du Jeu de Paume.
L'Assemblée étant formée, M. le président a rendu compte de deux lettres qu'il a reçues ce matin de M. le marquis de Brezé, grand maître des cérémonies. La première est de la teneur suivante :
« Versailles, ce 20 juin 1789.
<( Le roi m'ayant ordonné, Monsieur, de faire publier par les hérauts l'intention dans laquelle Sa Majesté est de tenir, lundi 22 de ce mois, une séance royale et en même temps la suspension des assemblées que les préparatifs à faire dans les trois salles des ordres nécessitent, j'ai l'honneur de vous en prévenir. Je suis avec respect. Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur, le marquis de Brezé.
« P.-S. — Je crois qu'il serait utile. Monsieur, que vous voulussiez bien charger MM. les secrétaires du soin de serrer les papiers, dans la crainte qu'il ne s'en égare.
I. L*exemplaire in-4* de rimprimerie royale se trouve aux Arch. nat. A., D. I. 34. (Collection Rondonneau.)
TEXTE DU PROCÈS-VERBAL j
« Voudriez- vous bien aussi. Monsieur, avoir la bonté de me faire donner les noms de MM. les secrétaires, pour que je recommande qu*on les laisse entrer, la nécessité de. ne point interrompre le travail pressé des ouvriers ne permettant pas Taccès des salles à tout le monde? »
M. le président a dit qu'il avait répondu à cette lettre dans les termes suivants :
(( Je n'ai reçu encore aucun ordre du roi, Monsieur, pour la séance royale, ni pour la suspension des assemblées, et mon devoir est de me rendre à celle que j'ai indiquée pour ce matin huit heures.
« Je suis, etc. »
En réponse à cette lettre, M. le marquis de Brezé lui a écrit la seconde, dont la teneur suit :
« Versailles, ce 20 juin 1789.
« C'est par un ordre positif du roi que j'ai eu l'honneur de vous écrire ce matin, Monsieur, et de vous mander que Sa Majesté, voulant tenir lundi une séance royale qui demande des préparatifs à faire dans les trois salles d'assemblée des ordres, son intention était qu'on n'y laissât entrer personne, et que les séances fussent suspendues jusqu'après celle que tiendra Sa Majesté. Je suis avec respect, etc., etc. »
Après la lecture de ces lettres, M. le président a rendu compte des Êtits portés au procès-verbal de ce jour, et il en a été Êtit lecture.
L'Assemblée ayant délibéré, etc. [La suite à la planche I.)