‹ Le sermon sur la montagneChapitre 11 sur 65 · I.A LIGNE DK GONDUWE DES CHERCHEURS loi · texte numérisé non relu

I.A LIGNE DK GONDUWE DES CHERCHEURS loi

cous à la lumière de la situation historique donnée, nous nous rendons compte de leur relation organique avec les autres passages du Sermon sur la montagne, et leur portée permanente nous apparaît avec évidence.

Plus était puissante l'impression produite par les choses nouvelles que Jésus apportait au monde, plus aussi il était naturel de supposer qu'en présence de 1ère divine qui s'ouvrait, tous les étais du passé perdaient leur raison d'être. C'est là une tendance générale de l'esprit humain : on croit devoir frayer la voie à l'évolution nouvelle en démolissant ou. tout au moins, en réformant ce qui a précédé. A cela s'ajoutait, dans l'esprit des Juifs, la promesse dune alliance nouvelle de Dieu avec son peuple. Or la loi ne tenait aucune place dans la prédication de Jésus qui ouvrait au salut des voies inconnues. Quelle position fallait-il donc adopter à l'égard de ce régime ancien? Ne devait-il pas être aboli pour faire place à l'ordre de choses nouveau ? Jésus s'oppose énergiquement à cette conception : <<r Je ne suis pas venu abolir la loi et les prophètes, mais les accomplir. »

La loi et les prophètes, c'est ainsi que les Juifs désignaient habituellement leur Bible, le témoignage des révélations de Dieu dans le passé et, par suite, l'ensemble des institutions religieuses, morales et politiques dont elles étaient la base. Jésus n'entendait ni abolir, ni même ébranler les fondements séculaires et traditionnels de la vie de son temps, mais les accomplir. Les paroles suivantes expliquent sa pensée. En proclamant solennellement l'immutabilité de la loi ce jusqu'à ce que passent le ciel et la terre ». Jésus ne lui assigne point un terme fixe ; il se sert simplement d'une

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locution co niante chez les Juifs pour en marquer le caractère inviolable et inéluctable. Il veut donc dire : il est tout à fait impossible que la loi perde rien de sa valeur « avant que tout soit accompli». Ainsi, sa déclaration absolue devient conditionnelle.

Par accomplir, Jésus entend certainement amener cette complète réalisation. Il s'agit donc pour lui de réaliser pleinement le sens et l'intention de chacune des ordonnances et des dispositions de la loi. et de lui attribuer le rôle que Dieu lui réservait en vue du salut d'Israël. Gomment Jésus se représentait-il cet ce accomplissement»? Il n'est guère possible de le préciser, mais que ce fût là pour lui le sens de ce mot. nous n'en pouvons douter.

Jésus avait compris que la loi et les prophètes n'avaient pas leur lin en eux-mêmes, mais tendaient à un régime nouveau riche de possibilités infinies. La loi. il est vrai, ne l'indiquait pas d'une façon précise. Cependant les préceptes du décalogue, par exemple, esquissent une morale qui implique un état de la personnalité produisant spontanément la conduite conforme à la volonté de Dieu. Jésus avait l'intuition de ce rôle pédagogique de la loi. tel que l'apôtre Paul l'exposa clairement plus tard dans l'Epitre aux Galates. Chez les prophètes, cet acheminement vers un avenir espéré s'exprime plus distinctement que dans la loi : leur attente et leurs eflorts allaient trouver leur réalisation.

Quand cet accomplissement se réalise, la loi et les prophètes ne perdent nullement leur prix, mais leur signification n'est plus la même. Qs deviennent superflus ; il est par conséquent inutile de les abolir, tout comme il est vain d'abroger des lois surannées. La vérité

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que Jésus formule ici, il l'a vécue. Il n'a voulu ni révolutionner, ni réformer. 11 n'a porté atteinte ni aux usages religieux, ni aux lois inorales, pas plus qu'à l'ordre social ou aux institutions existantes, mais il est entré comme un élément tout nouveau dans le judaïsme de son temps et dans la vie de son peuple en créant un état nouveau de la personnalité. Gomment l'expansion de cette vie nouvelle réagirait-elle sur l'état spirituel, social et politique d'Israël ? 11 ne s'en mettait point en peine. Il n'y avait pour lui qu'une issue possible : accomplir la loi et les prophètes. Nul n'a mieux compris et exposé ce principe et cette attitude de Jésus que l'apôtré Paul : il n'y a pas de meilleur commentaire <Je Matthieu, eh. .">. v. 137. que Galates, ch. \. v. 2-5.

De ce qui précède ressort tout naturellement l'énergique avertissement dans lequel Jésus indique à ses disciples la conséquence pratique du principe qu'il vient de poser :

« Celui doue qui viole l'un de ces moindres commandements et enseigne ainsi aux hommes à les violer, sera appelé le plus petit dans le royaume des cieux, mais celui qui les pratique et les enseigne, sera appelé grand dans le royaume des cieux. »

Si le royaume de Dieu est avant tout un « accomplissement ». ce n'est pas en ébranlant les institutions existantes que nous en hâterons la venue, ruais en en réalisant dans notre vie le véritable sens et en incitant les autres à le faire. Car nous devenons ainsi des agents de la grande évolution qui doit créer une organisation nouvelle de la vie.

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Telle est la ligne de conduite que Jésus prescrit à ceux qu'il jugeait c< aptes au royaume de Dieu » et qui se demandaient anxieusement quelle valeur conserveraient dans l'avenir les institutions divines du passé et quelle position ils avaient à prendre à leur égard. Mais en quoi ces instructions concernent-elles les chercheurs d'aujourd'hui ?

Pour le comprendre, il faut nous efforcer de dégager clairement la signification universelle et la portée permanente des éléments de vie qui avaient trouvé leur expression judaïque dans « la loi et les prophètes ». Car si le contenu de la loi et des prophètes n'était qu'un produit du sol juif, ne correspondant à rien d'essentiel dans l'âme humaine à toutes les étapes de son histoire, les instructions de Jésus à ce sujet n'auraient plus pour nous aucun intérêt vital. Or tel n'est pas le cas.

La loi et les prophètes résumaient pour L'Israélite toutes ses obligations religieuses, morales, sociales et politiques, tous ses intérêts les plus élevés, tous ses idéals. Prises dans leur sens profond et largement humain, les paroles de Jésus ne se rapportent donc point en dernière analyse à Moïse et aux prophètes, mais à toutes les institutions et à tous les éléments de notre vie élaborés par les siècles et subsistant partout où les hommes sont groupés en tribus ou en peuples, (le seront donc pour nous l'Eglise et l'école, nos institutions sociales et politiques, notre jurisprudence, les rapports de l'Etat avec les individus, les usages nationaux et les conventions mondaines, bref, tout le régime actuel et les mouvements qui se manifestenl dans ces

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divers domaines : mais aussi les conceptions de notre temps et les luttes auxquelles elles donnent lieu, notre culture et les efforts qu'elle inspire, nos ambitions nationales et notre vie politique.

En lace de toute cette organisation de la vie actuelle, telle quelle s'est développée historiquement, l'Evangile annonce à ceux qui en font l'expérience vivante, la venue d'une ère nouvelle. Nous allons au-devant d'un ordre de choses essentiellement différent de celui qui a régné jusqu'ici, et qui restait compatible avec la tradition du passé. Pour en être convaincu, pour connaître l'obsession des problèmes que cette opposition pose aux chercheurs d'aujourd'hui comme à ceux d'autrefois, il ne suffit pas. il est vrai, d'être d'accord en principe avec le point de vue que nous exposons. Il faut s'être engagé dans le chemin que Jésus a découvert et indiqué, il faut être ainsi devenu en quelque mesure participant de la vie originelle. Ceux-là seuls qui ont passé par ce bouleversement radical, par une véritable renaissance de leur moi. peuvent se faire une idée de cette rénovation de l'humanité et pressentir le contraste qu'offriront le régime nouveau, sa nature, son caractère, avec l'état de choses que nous ont légué les temps écoulés.

L'humanité, telle que nous la connaissons, soit dans son ensemble, soit dans ses membres isolés, est encore un chaos qui attend son liât lux. La force motrice de son évolution, c'est l'élan qui la presse d'échapper à la confusion personnelle et générale pour- se constitue!' en un organisme vivant et harmonieux et parvenir ainsi à une existence véritablement humaine. Dès ses origines,

L'instinct de conservation lui a (ait sentit- la nécessité dune organisation solide et dune discipline rigide, destinées à combattre L'influence destructive de l'anarchie des esprits et des instincts, en les domptant, les limitant et les ordonnant de manière à en tirer parti. L'histoire du monde est ainsi devenue l'épopée du combat de l'homme contre le chaos de l'humanité. Les Etats, les législations, les institutions civiles ne se sont créés qu'en vue d'une organisation parfaite de la vie commune, nécessaire à la prospérité individuelle et collective. Toutes les religions, tous les moralistes travaillent à vaincre le désordre chez les individus et à discipliner les peuples. Nos mœurs et nos idéals. toute notre culture intellectuelle aussi bien que l'économie politique et les conventions internationales ne visent qu'à ce seul but.

Mais eu dépit de ces tentatives dont nous ne saurions trop admirer l'extension et les ramifications infinies, le constant perfectionnement et les résultats extraordinaires, L'humanité, dans son fond Le plus intime, est restée un chaos que les efibrts les plus passionnés n'ont point réussi à transformer en un cosmos vivant. Tout L'effort de L'esprit humain pour féconder les aspirations des peuples, est resté impuissant à eu faire éclore l'être et la vie véritables, capables d'affranchir L'humanité de sa misère, et toutes leurs conceptions philosophiques les plus hautes comme leurs créations artistiques les [dus merveilleuses n'ont été que les mirages de leur attente inquiète qui trompaient un instant leur soif de rédemption.

Jésus. Lui, est L'aurore de la nouvelle création et de la

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