LA LIGNE DE CONDUITE DES GHERCHEUHS ÎOJ
rédemption de l'humanité, le début d'une évolution de la vie profonde qui veut transformer le désordre hétérogène et anorganique en un organisme vivant et homogène. Si donc nous pressentons dans les aspirations douloureuses de notre siècle les angoisses de l'enfantement d'une humanité nouvelle, si nous ne voulons pas le voir avorter comme tant de ibis jusqu'ici, si nous sommes prêts à tous les sacrifices pour permettre à la semence répandue par Jésus de lever enfui, une des questions les plus urgentes à résoudre sera celle de la position (pie nous avons à prendre à l'égard de tous les facteurs constitutifs de notre culture contemporaine, tels qu'ils se sont développés au cours de l'histoire. Devons-nous les combattre comme s'étant montrés inefficaces, et chercher à les détruire? Devons-nous les transformer «selon l'esprit de Jésus» et les l'aire servir à une organisation nouvelle de la vie ? Faut-il révolutionner et abolir? Faut-il réformer et christianiser ? S'il est une tentation actuelle pour les chercheurs de nos jours, c'est bien celle-là, et nous y succombons tous, me semble-t-il. jusqu'au moment où retentit en nous cette parole de Jésus: «Je ne suis pas venu abolir, mais accomplir».
La connaissance que nous avons acquise du caractère et de la signification de nos agents de culture actuels, d'une part, et du dessein de Jésus, de l'autre, nous permet de saisir cette parole dans toute sa profondeur et toute sou étendue. Il serait insensé (pie le mouvement qui prétend l'aire du chaos un cosmos par l'action pénétrante d'une vie nouvelle, commençât par abolir les institutions qui le réfrènent et par renverser les soutiens qui le préservent d'une destruction coin-
plète. On ne saurait provisoirement s'en passer : ils conservent l'humanité en vue de son épanouissement intégral, et grâce à eux la situation reste en quelque mesure supportable. Ils doivent être maintenus jusqu'au moment où la création de l'humanité nouvelle les rendra superflus, c'est-à-dire pour employer l'expression même de Jésus : « jusqu'à ce que tout soit accompli ». Ces digues protectrices demeurent indispensables même au point de vue de l'œuvre entreprise par Jésus, car en disparaissant, elles laisseraient les germes de vie qui doivent en assurer la réalisation, à la merci des flots déchaînés de ce sinistre chaos.
C'est donc une erreur funeste que d'attaquer, de chercher à corriger ou même à supprimer au nom du Christ les institutions existantes, comme l'a fait Tolstoï, par exemple. C'est méconnaître non seulement leur nature et leur signification, mais surtout le but poursuivi par Jésus. Evidemment, c'est par la lutte entre les choses anciennes et les choses nouvelles que se réalisent tous les progrès qui s'accomplissent dans le monde. Mais il en est autrement du royaume de Dieu, car il n'est pas un progrès, il ne peut être question île progrès que dans les choses de même nature. Or. le royaume de Dieu est d'un autre ordre, unique. Il n'entre en conflit avec ce qui l'a précédé qu'en faisant toutes choses nouvelles.
Au cours des luttes passionnées entre l'ordre ancien et l'ordre nouveau, dont, l'histoire nous offre le spectacle, le progrès ne s'est jamais effectué que par une série *\*compromis entre l'un et l'autre et il fallait ensuite tout un travail de dissociation pour en dégager les éléments