‹ Le sermon sur la montagneChapitre 3 sur 65 · LES BASES 1) CNE JUSTE INTERPRETATION · texte numérisé non relu

LES BASES 1) CNE JUSTE INTERPRETATION

sera temps de chercher ses pareils, pour le faire rentrer, le cas échéant, dans une catégorie donnée.

Cette libération est nécessaire à l'égard <le Jésus d'une manière générale et du Sermon sur la montagne en particulier, car toutes les explications qu'on a données de ce discours sont entachées d'idées préconçues. Les uns y voient le Décalogue de la nouvelle alliance, d'autres les principes fondamentaux de l'éthique de Jésus, d'autres enfin la loi morale absolue dont la pureté et la profondeur ne sauraient être surpassées. Autant de jugements, autant de préjugés.

Le Sermon sur la montagne n'est point une loi morale. Il ne veut ni ne saurait l'être. 11 renferme sans doute certains éléments qui justifient cette définition, mais telle n'est pas cependant sa signification première. Une loi morale doit avoir une portée générale et son accomplissement doit être possible, humainement parlant. Le Sermon sur la montagne, au contraire, s'adresse à un groupe strictement délimité d'auditeurs, et ses instructions envisagées comme des préceptes moraux dune portée générale, émettent des prétentions irréalisables.

Le radicalisme conséquent de Tolstoï a prouvé que les principes du Sermon sur la montagne, effectivement et universellement pratiqués, entraîneraient la dissolution de L'Etat. C'en sérail fait du servie»' militaire comme de l'exercice du droit civil et Au droit pénal. de toute concurrence économique ; ussi bien que de L'application de la loi <ie la réciprocité.

En outre, peut-on réellement imposer à on être de chair et de sang !«■ fardeau moral de cette parole : cr Qui-

conque se met en colère contre son frère est un meurtrier, quiconque regarde une ièmme avec convoitise commet un adultère » ? Peut-on exiger d'un homme qu'il n'oppose aucune résistance au mal. mais accepte et subisse tout ? Peut-on commander l'amour des ennemis — alors qu'on ne saurait aimer que lorsqu'on y est irrésistiblement entraîné — et ordonner à la main droite d'ignorer ce que l'ait la gauche? Evidemment non.

Envisagé comme une loi morale, le Sermon sur la montagne est un instrument de torture au moyen duquel on se martyrise en vain, ou une relique humblement révérée, mais dont on ne saurait faire usage. Le témoignage le plus évident de ce qu'il a d'insoutenable en tant que loi morale universelle, nous est fourni déjà par les plus anciens manuscrits des Evangiles. Nous y trouvons, en effet, des corrections destinées à atténuer ses ce exigences insensées » et ses «paradoxes hardis ». afin de les rendre acceptables. Ainsi au passage : « Celui qui se met en colère contre son frère », on a ajouté les mots ce sans cause ». et à la parole qui interdit le divorce, ceux-ci : ce sauf pour cause d'adultère».

La coutume des églises chrétiennes confirme nos allégations. Dès les temps les plus anciens, en effet, il y est tacitement admis que les ce exigences outrées» de ce discours n'obligent personne dans la pratique. Nul n'y songe à tout subir sans résistance, à bénir ses persécuteurs, à prendre à l'égard des biens terrestres l'attitude prescrite, ni même à suivre les instructions de Jésus relatives à la prière. On se rend fort bien compte. d'ailleurs, que l'on est en contradiction flagrante avec les paroles du Maître. Remarquez, par exemple,

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