NOS RELATIONS AVEC DIEU
l'intuition directe el vivante do Dieu, la prière cesse d'être une opération profonde et spontanée de la vie personnelle partout où Ion cultive une idée de Dieu, une doctrine, une croyance, où l'on entretient une dévotion correspondante, où l'on organise ecclésiastiquement la vie religieuse. Elle revêt alors le caractère d'un devoir de piété, avec toutes les conséquences qu'entraîne cette déformation. Jésus ne s'élève point ici contre ces choses. — il les tenait sans doute pour inévitables provisoirement, et il se bornait à saluer de loin le temps où les vrais adorateurs adoreront le Père en esprit et en vérité ; d'ailleurs, il ne voulait point abolir la prière telle que les Juifs la pratiquaient, mais l'accomplir. — mais il dit aux chercheurs qui pressentent Dieu dans l'inquiétude de leur cœur: Quand cous priez, faites-le dans le secret, car vous pouvez prier véritablement. Les autres en sont incapables, c'est là leur excuse ; aussi émeuventils malgré tout la miséricorde divine. Mais pour vous, toute prière qui n'émane pas comme un rayon invisible de votre relation cachée avec Dieu, est une hypocrisie. La répugnance instinctive qu'inspire aux chercheurs de nos jours la manière dont la prière est pratiquée dans la chrétienté, l'impossibilité où ils se trouvent de s'y conformer, sont en parfait accord avec cet ordre de leur maître. Leur instinct de vérité se révolte contre cet abus et ils ont raison de l'écouter. Gardons-nous donc de prier lorsque nous ne nous sentons pas pressés de le faire. Et quand nous prions, que ce soit dans le secret. afin que notre prière soit une manifestation tout impulsive, l'adoration en esprit e1 en vérité, qui s'élève vers Dieu dans une chasteté complète.
IÇ)(i r.A VIE PERSONNELLE
« Quand vous priez, ne multipliez pas les paroles, comme les païens qui s'imaginent être exaucés à force de prononcer des mots. Ne leur ressemblez pas, car votre Père sait de quoi vous avez besoin, avant que vous le lui demandiez. »
Lorsque notre vie intérieure tout entière s'élève vers Dieu comme une vapeur s'élève des champs après l'ondée, nos prières ne sont, en réalité, que les émotions suscitées en nous par la vie quotidienne, qui remontent à lui involontairement, et nous mettent directement en contact avec lui sans paroles et sans enchaînement. Cependant elles ont besoin de trouver leur expression, même défectueuse. Il ne leur suffit pas de s'exhaler dans un soupir ou dans un cri de joie ; i! faut qu'elles se formulent. Comme toutes les opérations de notre vie mentale, la prière réclame des représentations intelligibles"et une expression nette.
Toutefois les mots et les représentations ne sont pas la substance de la prière, mais seulement ses aspects. Elle est essentiellement un mouvement spontané du cœur, l'écho que le divin éveille en nous. Si elle emprunte le langage humain, c'est pour se faire entendre, non de Dieu, mais de nous-même. Dieu comprend de loin nos pensées. Il perçoit plus distinctement que nous ne le ferons jamais, les sensations obscures qui s'agitent en nous, notre angoisse indicible et les maladroits battements d'ailes de notre âme inquiète. Il entend notre requête, altranchie des formules, des obscurités, des petitesses humaines et subjectives. Il démêle nos vérita-