‹ Le sermon sur la montagneChapitre 32 sur 65 · NOS RELATIONS AVI'.C DIEU 2<>I · texte numérisé non relu

NOS RELATIONS AVI'.C DIEU 2<>I

« Notre Père qui es aux cieux. »

(Quelle allégresse débordante respire ce cri du cœur ! Il faut la connaître [tour en mesurer l'étendue. Dans la vie universelle, ardente, intarissable, qui nous pénètre et nous porte, et dont l'action créatrice et vivifiante s'insinue en nous par chacun des événements journaliers, nous découvrons la source de notre être et le salut de notre existence. Pour exprimer ce mystère ineffable, il n'est qu'un mot. un balbutiement: «Père! » Dans l'énergie vitale universelle, nous distinguons L'amour infini qui est l'atmosphère même de notre âme, et dans son action une puissance paternelle, patiente et sage, qui nous soutient, nous conduit et nous secourt. Ce que nous sommes procède de lui. Ce qui se meut au tréfonds de notre être émane de sa vie. Nous lui appartenons indissolublement. Il est notre père céleste parce qu'il est l'auteur de l'être originel qui germe en nous. Nos aspirations à la vie nouvelle, l'impulsion irrésistible qui nous pousse à la perfection et à « l'accomplissement » portent son caractère. Certes, nous sommes ses enfants, véritablement nés de lui, puisque nous sommes de ceux qui cherchent et qui n'auront de repos que lorsque sa vie qui nous presse aura remporté la victoire. C'est pourquoi de noire Ame transportée s'échappe ce cri : Noire Père !

Mais qui dira ce que renferment ces deux mots ! La certitude triomphante d\\ jour qui se lève, car à l'instanl où nous avons reconnu en Dieu notre père, le monde entier sortant des ténèbres s'est illuminé de sa gloire : la révélation soudaine du sens de notre exis-

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tence, car elle s'éclaire maintenant du rayonnement de notre être véritable qui commence à palpiter en nous ; le sentiment d'une sécurité absolue, car nous reposons en paix dans les bras de notre père ; la béatitude du paradis, car nous l'avons reconquis en entrant clans la sphère de la vie divine.

Telles sont les émotions qui nous submergent lorsque nous nous tenons devant Dieu, subjugués par sa grâce, heureux dans son amour et dans le pressentiment de sa gloire, plongés dans le courant de vie qui procède de lui et qui nous entraîne vers le but de l'humanité.

Ce cri de joie, expression instinctive de la vie divine qui vient de sourdre en nous, ne peut naturellement devenir la note dominante de notre existence que lorsque nous avons passé de la recherche inquiète à l'expérience claire et immédiate de Dieu, lorsqu'il est apparu en Jésus à notre âme avide de lui. et par son appel créateur a éveillé en nous L'être originel. C'est en contemplant Jésus-Christ que nous apprenons à Lire dans le coeur de notre père céleste. Alors les écailles nous tombent des yeux : délivrés de l'aveuglement qui nous dérobait la vue du monde réel et de la vérité située par delà, nous contemplons toutes choses à sa divine lumière. Alors de notre cœur débordant d'une joie filiale et s'oubliant dans la contemplation de sa gloire, cet ardent souhait monte à nos lèvres :

« Que ton nom soil sanctifié ! »

Le nom de Dieu est l'expression, la révélation de son être. Il résume tout ce que nous savons de Lui. Ainsi l'entend tout l'Ancien Testament. Son « nom » marque

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donc son caractère d'auteur de toute vie, de père de tout être originel. C'est en cette qualité que nous souhaitons le voir universellement tenu pour saint.

Etre sanctifié ne signifie évidemment pas être mis à part de tout ce qui est profane, ordinaire, simplement humain. Il ue s'agit point d'adorer ce nom. de lui rendre un culte, de le craindre, le respecter, le préserver de tout usage abusif et de tout mépris. Le nom de Dieu est saint, il est impossible d'entrevoir quelque chose <le ce qu'il exprime sans en ressentir une impression solennelle : il n'a donc nul besoin d'être rendu saint, et Jésus a en vue tout autre chose. Luimême a. ici encore, apporté le parfait accomplissement: en face de la vénération officielle du nom de Dieu, qui était alors poussée si loin qu'on s'abstenait même de le prononcer, il a révélé Dieu par sa personne et par son activité, il a été l'organe pariait de son action. G est ainsi qu'il a sanctifié le nom divin qu'il annonçait.

Sanctifier ce nom. c'est laisser transparaître le Père qu'il représente dans tous nos actes et dans tous les traits de notre caractère. La gloire et la beauté divines manifestées dans l'être et dans la vie personnelle, telle est la seule célébration véritable du nom de Dieu. En disant: «Ton nom soit sanctifié», nous exprimons donc le désir qu'il soit reconnu comme le Père, partout et toujours, nettement et pleinement. Cette aspiration s'éveille en nous aussitôt que nous nous sentons ses enfants et que nous découvrons ce qu'il est pour nous. Dans ce vomi déborde l'amour de Dieu répandu dans nos cœurs.

Son ardeur s'accroît à mesure (pie nous constatons le peu de place que Dieu tient dans l'existence humaine.

En le voyant se révéler sans cesse aux hommes dans la nature, dans l'histoire et dans la vie, apparaître au milieu d'eux et leur témoigner son amour dans la personne de Jésus-Christ ; en constatant d'autre part combien leur être et leur vie sont encore loin de porter son empreinte, nous ne pouvons que nous écrier avec ferveur : Ton nom soit sanctifié !

Bien que sanctifiant officiellement le nom de Dieu. \ la façon des Juifs, notre société chrétienne ne le profane-t-elle pas continuellement, n'en obscurcit-elle pas l'éclat? Combien ceux qui le confessent l'abaissent à leur insu au niveau de leur médiocrité ! Faire ce que l'on fait au nom de Dieu et de ce nom, n'est-ce pas chercher à le mettre de force au service de nos désirs arbitraires et de nos convoitises impures ? La parole que l'apôtre Paul adressait aux Juifs : ce Le nom de Dieu est blasphémé parmi les païens à cause de vous», ne s'applique-t-elle pas aussi bien aux chrétiens? Sous le couvert d'une civilisation chrétienne, confesseurs aussi bien que négateurs de Dieu ne vivent-ils pas en fait dans la nuit de l'athéisme ? Il faut avoir ressenti le poids de cette douleur et de cette honte pour comprendre cette requête : Que les hommes trouvent eu toi leur Père, se reconnaissent et se proclament tes enfants !

Si le Père était mis en lumière par notre être et par notre vie. ceux qui ont le cœur pur verraient Dieu. Les égarés le retrouveraient et rentreraient dans le chemin. Les enfants de Dieu dissiperaient les ténèbres, non par des enseignements et des paroles, mais par la révélation de la vie. Tant qu'on raisonne, qu'on discute, qu'on cherche à prouver Dieu théoriquement, au lieu «le lé-

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