NOS RELATIONS AVEC DIEU HM
regard du croyant passe de la constitution générale de la vie aux laits qui la composent, et de son cœur s'échappe ce soupir : Oh ! si les manifestations si variées et si multiples de la vie sur notre terre devenaient l'expression et l'accomplissement de la volonté de Dieu ! Si tous les hommes, à chaque instant de leur existence, et dans chacun de leurs mouvements, n'étaient que les souples organes de son action souveraine ! Si le vouloir du Père devenait le nerf moteur de l'humanité nouvelle !
L'expérience journalière des enfants de Dieu suffirait à leur inspirer ce vœu. Lorsque nous prenons conscience de la direction paternelle qui régit notre vie. nos yeux s'ouvrent pour apercevoir dans chacune des obligations qui nous sollicitent, dans tout événement qui surgit, dans toute impression du dehors comme dans toute impulsion du dedans, un désir, une volonté divine, un appel à «l'accomplissement ». Partout nous distinguons sa voix ; nous prêtons l'oreille afin de la mieux saisir, et plus nous redoublons d'attention, plus son langage nous devient intelligible, jusqu'à ce qu'enfin nous discernions en toute chose ce qu'il veut nous dire. Ainsi notre existence, constante manifestation de la volonté du Père, prend un sens, une valeur, s'éclaire et se vivifie.
Cette expérience n'a rien de commun avec les efforts tentés pour mettre notre vie quotidienne en rapport avec les impératifs de la inorale ou les préceptes de la religion. L'énergie créatrice de la puissance de vie universelle ne cesse de pousser l'homme vers sa perfection. C'est elle qui nous presse de réaliser en toute occasion notre humanité véritable, de résoudre le problème de l'existence
dans chacune de nos obligations quotidiennes, et de faire épanouir les germes de vie que recèlent chacun de nos instants. Dans cet attrait qui s'exerce sur nous, nous percevons l'appel du Père à devenir, par l'accomplissement du devoir et l'emploi intégral du moment, les instruments de Dieu, en sorte que, dans toute notre activité, s'inaugure la rénovation universelle que Jésus voulut apporter au monde.
Celui qui connaît ces expériences sent monter de son cœur ce soupir : Ta volonté soit faite ! C'est la pulsation d'une vie nouvelle. Dans la mesure où la volonté divine est pressentie, comprise, et réalisée d'une manière actuelle et vivante, le règne de Dieu se constitue, il s'installe dans la vie et dans l'être humains, et le Père est pleinement manifesté. Tel est l'enchaînement interne des trois premières demandes de l'oraison dominicale. Elles traduisent les aspirations qui nous envahissent quand notre regard rencontre celui du Père. Elles sont l'expression toute spontanée des émotions que fait naître au cœur de l'homme la vie nouvelle qui s'épanouit en lui.
« Donne-nous aujourd'hui notre pain quotidien. »
Dans la demande précédente s'exprimait le sentiment des obligations diverses et multiples que Dieu, par le langage des événements journaliers, nous appelle à remplir. Celle-ci réclame le pain quotidien, condition indispensable de leur accomplissement. L'homme vit selon son être véritable de la « parole de Dieu », c'est-à-dire des manifestations de la vie et de la volonté du Père, qui deviennent pour lui l'objet «l'une expérience iinmé-
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diiite et constante. Mais cette vie repose sur les conditions matérielles auxquelles nous sommes assujettis. Elles sont toutes impliquées dans cette demande, sans y être énnmérées cependant.
C'est une requête simple et enfantine, et non l'expression tumultueuse de nos angoisses, de nos soucis et de nos convoitises, ni un cri de révolte contre la détresse et la soufïrance. Le Père sait de quoi nous avons besoin, avant que nous le lui demandions. A la confiance avec laquelle il attend de nous une parfaite obéissance à sa volonté, répond la confiance avec laquelle nous attendons de lui tout ce qui est nécessaire à notre vie. Inutile de discourir longuement à ce sujet : si nous le mentionnons dans notre prière, c'est parce que notre abandon filial a besoin de s'exprimer. La brièveté même de notre requête en est le témoignage ; de longues et pressantes supplications trahiraient une secrète défiance et contrediraient cette autre parole : Que ta volonté soit faite ! Demander simplement notre pain quotidien, c'est dire : Nous remettons à ta sollicitude le soin de ce qu'il faut à notre vie ; mieux que nous tu sais ce qui nous est nécessaire.
« Kl remets-nous nos dettes comme nous les remettons à nos débiteurs. »
Notre pensée se reporte aussitôt à noire vocation d'enfants de Dieu et le sentiment de la distance à laquelle nous restons de son accomplissement, qui, dans les trois premières demandes, s'élevait à Dieu en une ardente aspiration, devient une honte brûlante et. de
nouveau, nous jette aux pieds du Père : Pardonne, nous écrions-nous, ne nous tiens pas rigueur, ne permets pas que nos fautes fassent obstacle à ta vie en nous et dans le monde.
Cette demande — sa teneur et son contexte en l'ont foi — a trait aux obligations que nous impose notre qualité d'enfants de Dieu. Noblesse oblige, la noblesse d'ordre divin plus que tout autre : elle nous oblige à glorifier le Père en toute occasion, dune manière positive et complète, à établir son règne en instaurant la vie humaine normale, et à réaliser sa volonté dans chacun des mouvements de notre vie. Ceux qui ont trouvé en Dieu leur père comprennent la rigueur sacrée de cette dette d'honneur, et leur supplication témoigne de l'humiliation qu'ils ressentent pour y avoir si insuffisamment satisfait : Pardonne-nous nos manquements envers nous-même. envers notre prochain, envers la vie. Pardonne notre infidélité en face des exigences de la vie nouvelle. Prends pitié de notre faiblesse, de nos lenteurs, de notre tiédeur et de notre indolence, captifs cpie nous sommes trop souvent encore de notre vieille nature. Use d'indulgence, comme nous le faisons envers ceux de nos semblables qui ne remplissent point leurs obligations envers nous.
Il nest nullement question dans cette demande d'une rupture de nos relations personnelles avec le Père, qui exigerait une réconciliation. On y sent vibrer, au contraire, une assurance filiale et une parfaite intimité. S'il en était autrement, elle figurerait au début de l'oraison dominicale, et non dans la seconde partie seulement. Comment cela serait-il possible, d'ailleurs? L'aspiration
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passionnée qui se fait jour dans les trois premières demandes ne témoigne-t-elle pas d'un contact vivant avec le Père? On y sent palpiter l'élan de sa vie. elles rayonnent de L'ardeur de sa grâce et sont toutes pénétrées de son esprit.
Nous ne saurions donc trouver dans cette prière la base d'une notion abstraite et dogmatique du péché. Elle est la confession spontanée de lame croyante qui s'humilie de son insuffisance et de ses infidélités sans en faire grand état, et qui, en présence des pièges qui l'environnent, implore le secours du Père avec la naïve certitude qu'il ne garde jamais rancune, mais ne vient que plus volontiers au secours de ses enfants.
« Et ne nous induis pas en tentation. »
C'est-à-dire : Ne permets pas qu'aucune chose nous soit en piège. Cette demande a sa raison d'être, car il n'est rien qui ne puisse devenir une tentation pour nous. Les mêmes impressions, les mêmes devoirs, les mêmes expériences qui nous appellent à glorifier le Père, à faire triompher notre nouvelle nature en réalisant d'instant en instant ses intentions et en puisant en toutes choses des éléments de vie, sont autant de sollicitations séductrices. Elles agissent en sens contraire de notre vocation qui est de les saisir et de les jugera la lumière de notre expérience immédiate de Dieu, et de les faire servir à notre vie comme à celle des autres, en prenant envers elles la position qui convient. Elles nous désarment en provoquant eu nous la crainte, les soucis, les
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déceptions, l'accablement ; elles tentent de nous asservir en éveillant nos convoitises ou en absorbant notre intérêt. Elles risquent de troubler notre jugement, de paralyser notre énergie et de nous livrer à la fausseté, à l'arbitraire, à l'absurde.
Si nous cédons à leur attrait, notre intuition de Dieu s'obscurcit, notre contact personnel avec lui s'interrompt, la sève de l'être originel cesse de monter, son développement s'arrête et son activité s'étiole. C'est là le redoutable péril auxquels sont sans cesse exposés les hommes qui « deviennent ». Il n'est aucune chose dont notre vieille nature ne s'eflorce de composer un poison subtil qui nous surexcite, nous enivre, et s'infiltre en nous pour détruire notre véritable moi. Toute âme réveillée connaît ce danger et en éprouve continuellement les atteintes. Les plus sobres et les plus vigilants en ont ressenti la puissance séductrice, semblable au regard fascinateur d'un monstre qu'il s'agit d'affronter. Aussi nous écrions-nous le cœur serré de détresse: Rendsnous invulnérables, ô Père, afin qu'aucune tentation n'ait de prise sur nous! C'est implorer de lui la force de résister aux impressions funestes, de nous affranchir des apparences illusoires, de rester supérieurs à tous les événements comme à toutes les influences. Tiens-toi près de nous, lui disons-nous, afin que les courants contraires viennent se briser contre notre fermeté ; que notre regard reste assez limpide pour distinguer les véritables éléments de vie et discerner en tout l'essentiel ! Accorde-nous la victoire dans toutes nos épreuves et affirme la souveraineté de l'être nouveau en réduisant à néant tous les efïorts du mal.