NOS RELATIONS AVEC DIEU
« Mais délivre-nous du mal. »
En présence des séductions de La vie, aux prises avec leur importunité ensorcelante, nous découvrons la puissance colossale du mal qui partout pénètre, dévaste et détruit; nous touchons du doigt la dépravation, le retour à la barbarie, la dégénérescence, l'intoxication morale, la folie d'auto-destruction qui ravagent notre humanité chaotique. Et de l'effroi que nous inspire l'énergie sinistre de la corruption, de notre sollicitude anxieuse pour la croissance de l'être originel qui semble livré à ses assauts, de notre aspiration à un salut libérateur, à une rénovation de tout ce qui est humain et à la révélation de la gloire divine, monte à Dieu notre requête: Délivre-nous du mal!
Dans ces sept demandes s'écoule le torrent des émotions qui jaillissent du contact de notre vie personnelle avec le Père. En elles retentissent les battements de la vie que les béatitudes nous ont fait connaître, d'une vie tout autre et toute nouvelle. En elles monte et bouillonne la sève de la vie originelle. En elles vibrent les aspirations de la recherche et du devenir. Ceux qui peuvent prier ainsi sans hypocrisie, les hommes du cœur desquels jaillissent impétueusement ces désirs, doivent avoir subi une transformation intérieure complète : ils sont nés de nouveau.
Le moi passe à lanière-plan dans ces requêtes. Et pourtant chacune d'elles est pénétrée d'une ardeur passionnée et toute personnelle. C'est que Le moi n'est plus le centre et l'objet de la prière, mais le foyer d'où en
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jaillit la flamme. Il ne sort de l'ombre que pour se mettre au service de l'ensemble dont il s'est fait partie intégrante. Son autocentrie égoïste est vaincue. Tous ses intérêts individuels ont disparu. Toutes ces demandes ont un caractère d'objectivité, résultat de l'expérience immédiate d'une réalité objective. L'amour pour le Père est la dominante qui y retentit avec une force égale d'un bout à l'autre.
Dans le cœur de ceux qui prient ainsi, le Père est parfaitement glorifié, et cela d'une manière immédiate, car tout s'y fond en un sentiment filial spontané. En trouvant Dieu, ils se sont retrouvés eux-mêmes. Devant leur regard qui cherche le Père, s'évanouit tout ce qui n'est qu'extérieur, apparent, éphémère; les sources profondes, bouillonnantes, créatrices font irruption dans l'âme, qui perçoit l'écho du travail mystérieux de la divinité. Le sort de L'humanité, sa nouvelle création, son avenir, priment tout le reste. Tout est considéré en vue du but auquel tend notre devenir. L'aspiration séculaire à la rédemption trouve son expression personnelle ; elle devient une certitude fondée sur l'expérience concrète. Plus rien n'est voulu ni raisonné, tout est le fruit d'un développement naturel. Des profondeurs de la vie intérieure élémentaire, la prière jaillit comme le trop plein qui déborde.
On s'étonne à tort de tout ce qu'on peut introduire dans chacune des requêtes de l'oraison dominicale ; on a tort aussi de se figurer que pour La prier véritablement, il faut en épuiser en pensée toute l'étendue et toute la profondeur. Ge n'est pas comprendre ce que