NOS RELATIONS AVEC DIEU M
Jésus nous «lit de la prière. Il n'est point surprenant qu'on y puisse découvrir dos trésors inépuisables. Car chacune de ces sept demandes n'est qu'une échappée ouverte sur des horizons infinis. Mais pour qu'elles soient la révélation impulsive de notre relation vivante avec Dieu, il faut que chacune n'exprime que ce que nous ressentons spontanément. Dès que nous y mêlons l'effort de notre volonté réfléchie, l'intégrité de notre vie intime est troublée, nous quittons le terrain de la vérité et de la vie. Chez tout être qui prie véritablement, les désirs formulés dans chaque demande particulière jaillissent de l'impression puissante de la réalité qu'il vit et dont il sou lire. Mais il en est comme dune contrée qu'on embrasse d'un coup d'œil et où le détail disparaît dans l'ensemble. On ne prie en vérité l'oraison dominicale «pie lorsque chacune de ses requêtes est une unité, non une énumération.
Cette prière', énoncé d'impressions simples, portera l'empreinte de la vie personnelle de celui qui la prononce. Autrement elle ne serait point un phénomène vital élémentaire. Il n'y aurait donc pour nous qu'un médiocre intérêt à savoir quelle était la vision intérieure de Jésus et de ses disciples lorsqu'ils prononçaient l'oraison dominicale, à supposer même qu'il nous lui possible de le déterminer. Ce qui importe, c'est qu'elle soit la forme sous laquelle se décharge notre courant de vie le plus intense et le plus profond. C'est ce qui a lieu lorsque les aspirations et les désirs qui animaient autrefois ces hommes <\u devenir, vivent pareill Miienl dans noire âme, quelque différemment du
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reste qu'ils se formulent dans notre esprit, et lorsque la même opération créatrice se poursuit en nous, quelque dissemblables qu'en puissent être les symptômes.
Comprise de cette façon, l'oraison dominicale illustre dune manière concrète les enseignements de Jésus sur la prière. Toute autre interprétation nous entraînerait précisément à la façon de prier contre laquelle il a mis en garde ses disciples.
La doxologie qui. selon certains manuscrits, termine l'oraison dominicale : « Car c'est à toi qu'appartiennent dans tous les siècles le règne, la puissance et la gloire », n'est sans doute pas authentique. C'est une conclusion liturgique, mise en usage par l'Eglise, et grâce à laquelle la prière du Seigneur s'achevait dans un hymne de louange. Mais Jésus lui-même y ajoute un éclaircissement dont l'importance fondamentale n'est pas encore suffisamment appréciée.
« Car si vous pardonnez aux hommes leurs offenses, votre Père céleste vous pardonnera aussi. Mais si vous ne pardonnez pas aux hommes, votre Père ne pardonnera pas non plus vos olï'enses. »
il y a donc des conditions à l'exaucement de notre prière. Celui qui n'y satisfait pas ne saurait s'étonner que sa prière reste sans écho. Jésus, comme à son ordinaire, ne nous montre à l'œuvre que sur un seul point la loi de nature dont il s'agit ici : pour que Dieu réponde par une communication de grâce et de force à notre demande de pardon, il faut que nous répondions aux manquements de notre prochain par nue miséricorde surabon-
NOS RELATIONS AVEC DIEU Jl\)
dante. Les béatitudes nous ont déjà révélé cet enchaînement des processus intimes et nous le rencontrerons de nouveau dans notre chapitre traitant de la vie en commun. Il se vérifie dans tous les domaines. Nous n'éprouvons l'ellet des lois constitutives du royaume de Dieu que dans La mesure où nous les observons dans notre vie.
Il faut que notre prière n'exprime que ce qu'exprime en même temps notre vie, sinon elle reste mensongère, vide, et par conséquent stérile, parce qu'elle n'est pas un*» manifestation vitale immédiate. Impossible de prier véritablement d'une façon et d'agir de façon contraire. Car nos émotions spontanées s'actualisent aussi involontairement dans notre conduite qu'elles se formulent dans notre esprit, si nous n'intervenons pas intentionnellement. Ces deux phénomènes sont aussi inséparables que la flamme et la lumière, le goût et le jugement. 11 ne s'agit donc point ici d'une attitude spéciale envers le prochain, que Dieu exigerait comme condition de l'exaucement, mais d'un caractère de la prière véritable, auquel Jésus nous rend attentifs. Si nos prières sont l'expression de sentiments d'emprunt, elles ne seront jamais en harmonie avec notre vie. quelque peine que nous nous donnions pour adopter une conduite correspondante. Les prières spontanées, au contraire, ne peuvent manquer de rayonner dans chacun des mouvements de notre vie.
Nul ne peut en vérité donner à Dieu le nom de père sans être son enfant. Nul ne souhaite avec ardeur de le voir glorifié en tout et partout sans déployer dans la vie sa puissance rénovatrice. Nul n'aspire à la venue du
royaume de Dieu sans régler sa conduite sur les lois divines. Nul ne soupire après l'accomplissement de sa volonté sans la réaliser instinctivement. Celui qui confie tout à Dieu ne saurait continuer à craindre et à s'inquiéter. Toute prière authentique devient ainsi le ressort de la vie. Or la prière authentique est seule exaucée. Dieu n'entend que les appels qui montent de notre vie, comme nous-mêmes n'entendons sa voix que dans la vie ; les mots rendent un son creux quand ce n'est pas elle qui les soutient et les interprète. Veillez donc à ce que votre prière s'embrase au plus profond de votre être, afin que son ardeur cachée pénètre votre existence toute entière.
N'oublions pas cependant que la prière n'est qu'une manifestation parmi beaucoup d'autres de notre relation personnelle avec Dieu, et que la loi naturelle que Jésus nous découvre ici s'applique à toutes également. Considérons-en donc brièvement la portée générale.
Quand notre contact avec Dieu est une réalité positive, un fait objectif dont l'action sur notre vie personnelle se manifeste tout d'abord par un malaise intérieur et par une recherche inquiète, puis, arrivée à un certain degré de force, nous devient directement conscient, nous nous trouvons en présence de phénomènes vitaux s'accomplissant dans le tréfonds de l'être humain. Si donc Dieu est en nous une puissance objective, créatrice, vivifiante, illuminante et libératrice, son énergie doit jaillir des sources profondes de notre être et déployer ses ellets d'une manière immédiate et générale. Si au contraire notre « communion avec Dieu » n'est qu'un