LA LUMIÈRE 1>K LA VIE
préventions subjectives et que la vérité grandissant en nous éclaire notre regard, pour que nous acquérions la faculté de contempler la vie sans idées préconçues et comme d'un autre monde.
Notre faculté visuelle dépend donc absolument de notre état personnel. C'est nous-même que nous voyons en tout. Notre conception des choses n'est cpie le reflet de notre être, et notre vision l'effet de ce que nous sommes. Sommes-nous sincères, nos impressions sont franches. Sommes-nous compliqués, tout nous parait enchevêtré. S'il v a de l'unité dans notre vie. il y en a dans nos conceptions. Dépendons-nous de notre humeur du moment, tout se teinte de sa nuance particulière. La vérité intérieure nous fait-elle défaut, nous ne voyons que ce que nous voulons voir. Manquons-nous de décision, tout miroite et chatoie. Le désordre règne-t-il en nous, tout se brouille et se confond. C'est donc de la pureté, de la simplicité et de l'ingénuité de notre esprit que dépend la question de savoir si notre vision des choses est, ou non, une force éclairante pour notre vie.
Mais cette question dépend pour le moins autant de de notre attitude personnelle à l'égard de la vie. Si notre centre de gravité se trouve en dehors de nous, dans n'importe quels biens ou quels idéals, notre esprit tombe en leur pouvoir. 11 en esi si possédé, si pénétré. que ce n'est plus lui en réalité qui conçoit et qui juge, mais bien plutôt la puissance qui nous s ibjugue : nous voyons par les yeux de Mainmon. de nos passions, de nos intérêts dominants. Tout ce à quoi nous attachons notre cœur nous parait précieux, indispensable, et capable de nous satisfaire. Le domaine de l'apparent.
du périssable, de l'éphémère devient [tour nous l'essentiel. Un train de vie dépourvu de sens et de valeur nous semble assez important pour y consacrer notre existence, tandis que nous n'avons pas un regard pour ce qu'il y a de réel dans la vie humaine, même lorsque quelque effroyable désastre nous ouvre un instant les yeux sur notre folie. Notre édifice magnifique s'écroule, il git à nos pieds comme un amas de décombres, mais nous sommes incapables de discerner les valeurs vitales et les biens permanents ensevelis sous ces ruines. Dès que nous nous affranchissons au contraire de nos esclavages, nos illusions se dissipent; les brouillards qui nous dérobaient la vue du monde vrai se déchirent et nous 1 apercevons dans sa réalité.
Précisons davantage encore. Nos yeuxne s'ouvrent véritablement et définitivement que lorsque s'empare de nous l'inquiétude intime qui met en question tout ce que nous sommes et tout ce que nous possédons. Alors s'évanouissent les vaines apparences auxquelles nous avions attribué jusque là du prix, de la stabilité, de la réalité. La substance des choses, qui réside sous les phénomènes, se révèle à nous. L'élément métaphysique de notre être entre en rapport avec l'élément métaphysique du monde. Nous pressentons le pouvoir paternel qui régit notre vie. L'organisme vivant de nature spirituelle qui se dérobe sous l'aspect d'un mécanisme de 1er, sans âme et sans vie, nous devient évident dès (pie nous prenons conscience de notre place dans sa structure. Nous discernons le sens et l'énergie motrice de tout ce qui vit. Les véritables valeurs se dévoilent. La fatalité de l'ordre ancien nous apparaît aussi distincte-