LES BASES DE LA VIE COMMUNE
nous nous excluons du royaume îles cieux dans lequel règne non la justice, mais la miséricorde : nous nous livrons à la justice dont nous nous taisons les partisans. Car pour obtenir miséricorde il faut pratiquer la miséricorde. Telle est la loi de nature que. pour la troisième lois, nous présente le Sermon sur la montagne.
Ceux qui cherchent, ceux qui sont entrés en contact avec le Père, ne jugeront donc point. Mais il ne se contenteront pas de cette attitude négative : ils auront foi dans les hommes, partout et toujours. Car leur propre expérience leur enseigne que sous toutes les déformations et les déchéances de l'être humain, se cache le germe indestructible d'un être éternel ; que le péché n'est pas notre essence, mais notre dégénérescence, non notre nature, mais notre anti-nature. Dans son fond et quoi qu'il puisse advenir de lui, l'homme est et demeure bon et infiniment précieux, car il est de Dieu et il le reste. Aussi celui qui pressent en quelque mesure la réalité de Dieu et de sa propre âme croit-il sans réserve et sans conditions dans ses semblables. L'intuition de ce qu'il y a de divin en eux détermine son jugement et son attitude à leur égard.
Cette confiance absolue dans l'homme n'a rien de commun avec la bonhomie qui ne le considère jamais tel qu'il est. parce qu'elle ne veut pas voir, et qui nous rend par conséquent inaptes à une vie collective fructueuse. Elle n'est pas non plus une croyance fanatique, à laquelle on se cramponne malgré toutes les impressions contraires. Elle est une intuition spontanée qui jaillit du contact intérieur de l'Ame réveillée avec celle du prochain. Elle n'est point voulue et factice, mais vivante,
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comme l'expérience de Dieu, avec laquelle elle est en relation intime. Si nous crovons en Dieu, nous crovons dans les hommes, et celui qui ne peut croire imperturbablement aux hommes ne saurait pas non plus croire inébranlablement en Dieu. La foi dans les hommes n'est point aveugle, mais clairvoyante et perspicace. Pénétrant au-dessous de la surface, en vertu d'une intuition immédiate, elle discerne à travers tous les voiles le caractère propre de l'être et reçoit l'impression directe de la beauté qui sommeille en lui. Toutefois elle ne méconnaît point ses déformations, elle les reconnaît au contraire d'autant plus nettement. On ne comprend les hommes que lorsqu'on croit en eux.
Pour s'en rendre compte, il faut lavoir éprouvé. Il faut avoir, au moins une fois dans sa vie, souffert de la méchanceté et de la bassesse d'un être humain sans pouvoir cependant cesser de croire en lui. tant s'imposait le pressentiment de la gloire divine captive au fond de son être. Impossible alors de condamner, on ne peut que chercher à comprendre, et l'on apprend à le faire si l'on consent à subir patiemment jusqu'au bout cette expérience contradictoire. On finit par se rendre compte que ce qu'il y a de mauvais dans l'homme est reflet de son anarchie intérieure, de son impuissance en lace des séductions, de sa dépendance d'éléments étrangers à sa nature, c'est-à-dire de ce qu'il y a d'impersonnel en lui; ou encore la suppuration de plaies cachées, la fièvre intérieure d'une âme qui devient, la manifestation d'une souffrance intolérable que provoquent des circonstances adverses. C'est ainsi, par exemple, qu'un profond mécontentement de soi se fera jour peut-être