‹ Le sermon sur la montagneChapitre 58 sur 65 · LA CONDITION DE LA VIE COMMUNE · texte numérisé non relu

LA CONDITION DE LA VIE COMMUNE

Le contact intérieur peut seul nous faire pressentir le caractère particulier de nos rapports mutuels, qui marque «le son empreinte spéciale chacune des relations humaines. Il nous avertit de ce que notre prochain attend de nous, des impressions que nous provoquons chez lui ; il nous apprend jusqu'à quel point nous pouvons nous occuper de lui et entrer dans son intimité. II détermine la mesure, le temps et le rythme de la vie commune. C'est grâce à lui quelle se constitue organiquement.

La vie commune repose sur l'intuition que nous avons des autres, de leur nature, de leur état intérieur, de leurs circonstances. Sans intuition, il ne peut y avoir ni compréhension, ni rapprochement véritable ; nous sommes séparés par un abîme. Aussi les égoïstes ne sauraient-ils vivre réellement d'une vie commune : ils n'ont aucun instinct de leur prochain. Autant attendre des aveugles un échange mutuel, avec cette différence cependant qu'il reste aux aveugles d'autres sens qui les renseignent, tandis que les égoïstes n'ont aucun sens qui les mette en rapport avec leurs semblables. C'est pourquoi leur vie en commun n'est qu'une collision perpétuelle.

De cette intuition immédiate et de ce contact intérieur naît spontanément une vie de communion, par le fait que les éléments qui constituent chacune des personnalités en présence et qui déterminent leur.' rapports réciproques se dégagent et sont mis en valeur tout naturellement. La vie qui n'en est point l'effet involontaire, n'est jamais originale, judicieuse, harmonieuse, féconde; elle n'a aucune valeur vitale parce qu'elle ne s'est point

3ûO LA VIE COMMUNE RÉALISÉE

développée organiquement, mais extérieurement et mécaniquement et quelle n'a aucun fondement intérieur. C'est une réplique, non une réaction, reflet d'une initiative individuelle, non le fruit d'une communion mutuelle. Qu'on envisage l'importance du développement organique de la vie en commun sous ses formes les plus simples, dans les relations entre époux, entre parents et enfants, entre maîtres et élèves, par exemple, et l'on se rendra compte qu'il peut seul établir entre les hommes une vie véritablement commune.

Page 1