‹ Le sermon sur la montagneChapitre 59 sur 65 · Le principe de la vie commune · texte numérisé non relu

Le principe de la vie commune

« Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faites-le aussi pour eux ; car c'est la loi et les prophètes. »

Cette courte sentence résume tout ce que nous avons à faire pour les autres et à leur donner : tout ce que nous leur demandons nous-mêmes. Or ce que nous leur demandons en réalité, ce que nous cherchons auprès d'eux, c'est la vie. C'est là la raison profonde qui nous pousse vers nos semblables. Nous ne pouvons nous passer d'eux, parce qu'ils sont nécessaires à notre vie. Aussi nous sentons-nous pressés de nous rapprocher d'eux, même lorsque la timidité, la misanthropie, le mépris nous font désirer de les éviter. Celui qui parvient à se retrancher complètement de la société humaine se perd lui-même et prouve ainsi que nous ne saurions exister seuls.

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Ce que, dans leur soif de vivre, les hommes réclament les uns des antres est aussi divers que ce qu'ils entendent par vivre. Ceux qui mènent une vie d'apparence cherchent auprès de leurs semblables des éléments de vie fictifs, et trouvent en suffisance les excitants et les poisons destructeurs de la vie. Quant à nous qui sommes sur le chemin de la vérité et de la vie réelle, nous cherchons en eux des germes et des forces de vie divine, nous leur demandons des valeurs éternelles, des impulsions qui stimulent notre être originel, le contact avec le nouveau devenir, et les expériences de la vie véritable. Et dans la mesure où nous entrons en contact avec eux. nous savons aussi ce que nous avons à leur donner.

Ce que nous recherchons pour nous-mêmes, un enrichissement de vie originelle, nous devons aussi le vouloir pour eux. Or si toute notre existence est en rapport étroit avec notre évolution nouvelle, si dans chacun de nos mouvements vibre le désir de réaliser le règne de Dieu, la vie qui nous anime se trahira involontairement en toute rencontre, et se communiquera à notre prochain. Elle le fera sans effort, si elle palpite véritablement en nous et nous inspire pour lui une sollicitude toute spontanée. Tel sera le cas si nous nous sentons membres les uns des autres, car chaque membre vit et souffre'avec tous. Alors notre manière d'être à leur égard correspondra à Leur degré de réceptivité. Nous laisserons simplement déborder sur eux le trop-plein de notre coMir. Ils nous trouveront à leur côté quand ils auront besoin de nous. Leur cause deviendra la nôtre et nous porterons avec eux leurs fardeaux. Nous mettrons à leur service

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tout ce que nous avons et tout ce que nous sommes, nous les supporterons avec patience et miséricorde ; bref, nous les aimerons de l'amour qui est propre à l'être nouveau.

Cette parole : « Tout ce que vous voulez que les hommes fassent pour vous, faitesde aussi pour eux », n'est (pie l'énoncé différent du principe identique formulé dans ce commandement : «Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Aussi Jésus ajoute-t-il : « C'est la loi et les prophètes». On ne saurait définir plus brièvement le principe de la vie commune : nous avons à nous donner mutuellement la vie. Or là où la communion est réelle, se transmet du même coup la vie véritable.

Telles sont les indications que Jésus nous donne sur l'établissement d'une véritable vie commune résultant tout naturellement de l'épanouissement de la vie originelle dans notre vie extérieure et du lien que crée spontanément entre les hommes le nouveau devenir. Ces indications sont assez claires pour nous laisser entrevoir la terre merveilleuse qui est encore pour nous un mystère et nous montrer la voie qui peut nous en ouvrir l'entrée.

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