‹ Le Séro-diagnostic de la Syphilis Son importance pour le diagnostic et le traitementChapitre 17 sur 26 · LE MALADE VIENT CONSULTER AU DÉBUT DE LA SYPHILIS · texte numérisé non relu

LE MALADE VIENT CONSULTER AU DÉBUT DE LA SYPHILIS

Lorsque le diagnostic de syphilis est sûr (nous avons vu dans la première partie la conduite à tenir quand on hésite), il est inutile de faire faire une séro-réaction, et l’on doit par simple probité s'opposer à la fantaisie du malade s’il la demande.

Il faut instituer le plus tôt possible un traitement énergique, et lorsque le malade n’a encore que son accident primitif, enter l'abortion de la syphilis.

De nombreux praticiens et non des moindres pensent que c’est impossible, mais d’autres, par exemple Duhot,

(1) Tout ce qui suit se rapporte à la technique mise en œuvre dans le service du D' pE BEURMANN ; mais le traitement n’est pas le méme partout, et nous décrirons ensuite la thérapeutique de Ja syphilis telle qu’elle est conçue dans d’autres services de l'hôpital Saint-Louis.

Stress Emery, Milian, Guiard, Leredde, etc., sont plus confiants. À cet effet, ils soumettent le malade à un traitement antisyphilitique intensif, Et ce traitement est variable : les uns vantent le mercure (cyanure, calomel) ; d’autres recommandent: exclusivement l’arsenic (arsénobenzol) ; d’autres enfin associent les deux médicaments.

Mais l’on n’a pas seulement essayé l’abortion de la syphilis en traitant le malade par des méthodes générales, on a tenté d’agir localement. |

C’est à peine si à ce point de vue nous signalerons l’excision du chancre qui ne donne lieu qu’à des déboires.

Bien plus importante (malheureusement nous ne pouvons y insisler) est la technique des injections locales mercurielles ou arsenicales, pratiquées principalement par le D' Hallopeau et le D’ Lenglet (1). Ils ont obtenu à diverses reprises des résultats intéressants, mais en fin de compte le but n’a pu être atteint. Q

M. le Dr de Beurmann est d’avis de tenter l’abortion de la syphilis par les méthodes générales et se déclare partisan de l’association des deux médicaments arsenic et mercure. Voici comment il procède :

Il commence par faire faire aux malades une série de piqüres de cyanure, car il estime que le mercure prépare l’action du traitement arsenical et en diminue la toxicité.

Donc pendant 8 à 10 jours, on pralique une injection intraveineuse quotidienne de 0 gr. O1 à 0 gr. 02 de cyanure de mercure. Bien entendu on veille soigneusement

sur la denlition du syphilitique et sur l’état de ses gencives.

(1) Annales de dermatologie et de syphiligraphie, 1908.

RAS | ou

Puis le malade ainsi « préparé » est «blanchi» par un traitement arsenical intensif.

M. le D' de Beurmann emploie indifféremment les deux produits suivants :

Soit le néosalvarsan à doses progressivement croissantes :

9 injections intraveineuses, séparées par 8 jours d'intervalle, dans lesquelles on utilise successivement :

PERS O0EE 300 0 gr. 45 | O'er: 60 0 gr. 75

Ogr. 75 Ogr.75 Ogr. 9,0 0 gr. 90.

ce qui fait un total de 5 gr. 55 (on va parfois jusqu’à 6 gr.) (Mais il importe de se méfier des doses de O0 gr. 90, elles ne sont pas toujours bien supportées chez les femmes, dont le poids est inférieur à celui de l’homme, et ont donné lieu à divers accidents : troubles gastriques, vomissements, céphalée, légers frissons, parfois des érythèmes) ; |

Soit le galyl (en solution concentrée) à doses plus faibles (et en surveillant soigneusement l'excrétion urinaire).

9 à 10 injections intraveineuses séparées par 8 jours d'intervalle, dans lesquelles on utilise successivement : or 15% 0er. 201% 0gr. 25: gr. 25. Ogr. 25 Osr 25m 0er 29 0er, 25-«0'er. 2. (0 gr. 20)

ce qui fait un total de 2 grammes à 2 gr. 20.

L'effet du galyl est plus énergique encore que celui du néosalvarsan, du moins immédiatement ; car son action ultérieure est moins durable.

M. de Beurmann fait suivre immédiatement le traite-

ment arsenical d’un traitement mercuriel. Il fait faire

AG En

chaque semaine pendant 10 semaines une injection intramusculaire d'huile grise: les doses utilisées sont chaque fois de :

8 à 10 divisions de la seringue de Barthélemy pour les hommes ;

6 à 7 divisions de la seringue de Barthélemy ‘pour les femmes.

Tel est le traitement du début de la syphilis qui est employé dans le service du D' de Beurmann ; on y voit que la base est le traitement arsenical.

C'est un traitement extrêmement aclif, amenant parfois des résultats merveilleux (il n’y a qu'à rappeler les faits relatés dans certaines observations de la première partie). Maïs par suite de son action il peut être dangereux quelquefois et nous n'’insisterons pas sur les accidents graves et parfois mortels qui ont pu être observés par un certain nombre d'auteurs.

À notre point de vue personnel,la principale objection que l’on peut faire au traitement arsenical est la suivante:

C’est un traitement beaucoup trop énergique, amenant la cicatrisation des lésions syphilitiques en un temps réellement trop court; si bien que les malades le plus souvent se croient guéris, alors qu’ils sont seulement blanchis : ils cessent leur traitement, et malgré l’insistance et les objurgations du médecin, ne se soumettent pas au nombre voulu d’injections.

Et ceci constitue un grave danger. Tous les cliniciens qui ont pratiqué le traitement arsenical sont d’accord pour reconnaîlre les inconvénients d’une thérapeutique insuffisante.Ils vont même plus loin et déclarent catégo-

da:

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riquement (1): « Il vaut meeux pas d'arsenic que pas assez. » C'est que sous l'effet du coup de fouet provoqué par les composés arsenicaux, les tréponèmes sont mobilisés et se portent vers les centres nerveux. De nouvelles doses de néosalvarsan ou de galyl tueront ces colonies ; mais si, à ce moment, on suspend le traitement, il se produira une localisation au niveau de ces centres, et les malades présenteront bientôt des troubles nerveux fort graves que l’on a désignés sous le nom de neuro-

récidives.

Toutes ces considérations expliquent fort bien que divers praticiens proscrivent systémaliquement les composés arsenicaux et recourent uniquement au mercure, qui lui du moins a fait ses preuves,

Et encore il faut distinguer : les composés insolubles, tels calomel et huile grise, dont l’action, surtout celle du premier, est aussi très efficace,sont loin d'être sans danger, et l’on a cité des accidents très graves, même des cas de mort avec les sels insolubles.

Aussi, à l'hôpital Saint-Louis, dans le service de faculté, ne se sert-on que des sels solubles, et en parti-. culier du benzoate. Sans doute on ne peut espérer avec cette méthode lente faire avorter la syphilis ; mais après tout,cette pratique mérite d'être suivie et si l’on a la persévérance de poursuivre le traitement assez longtemps, on obtient d'excellents résultats.

Voici la Lechnique suivie dans ce service.On faitchaque

{x) GurarD, Syphilis et blennorragie, 3 vol.

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