ECLIPSE
Plus de vingt siècles se sont écoulés depuis sa haute renommée. Trop lointaine, les alchimistes n’en garderaient-ils plus qu'un souvenir ?
Les Gaulois, peu bavards, taisent leur opinion. Sans doute, ont-ils subi l'influence romaine ? Il faut arriver au 1x siècle pour noter un nouvel effort.
Les Arabes, d’une civilisation plus avancée, admirateurs des Grecs, sont frappés par ces formules savantes et suivent leurs conseils.
RHAZÈS, au 1x° siècle, vante Pemploi de la Vipère dans son traité « De Venenis ». AVENZOAR l’apprécie pour un traitement de la jaunisse.
Nous arrivons au moment de la décadence de la civilisation arabe. Elle s'éteint et, avec elle, la célébrité de ses créations plus moins bizarres s’estompe. Une stabilité relative s’établit, mais la Vipère reste toujours une drogue inespérée.
En 1127, Foucxer, de Chartres, cause de la Thériaque, dont Hugues HÉTEL dit « qu’elle chasse du corps le poison ».
Nous n’avons que peu d’échos de ses vertus.
Roger Bacon (1214-1294) vante le pouvoir de la Vipère et « fortifie son opinion par ce qui était arrivé de son temps à une dame en Allemagne, laquelle avait été empoisonnée par sa sœur, de manière que les cheveux et les ongles lui tombèrent : en usant de la chair de Vipère, elle se rétablit si bien qu’elle revint plus jeune et plus belle et que son teint reprit un plus grand éclat ».
Un peu plus tard, ARNAUD, de Villeneuve, dans son travail intitulé « De Venenis », conseille, « après toute morsure de Vipère, d’écraser la tête et de la mettre sur la plaie ».
Les Anglais eux-mêmes chantent, ici et là, ses louanges.
SHAKESPEARE trahit les idées de son temps. MACBETH nous transporte autour du chaudron où se prépare le philtre de malheur :
€ Filet de couleuvre de marais
Dans le chaudron bous et cuis.
Œil de salamandre, orteil de grenouille,
Poil de chauve-souris et langue de chien,
Langue fourchue de vipère, dard de reptile aveugle, Patte de lézard, aile de hibou,
—SOQT ES
Pour faire un charme puissant en trouble, Bouillez et écumez comme une soupe d’enfer. »
(Traduct. de V. Huao, 1886).
Nous devinons l'emploi courant de tous ces animaux. Mais, si la Vipère, à travers les âges, a su conserver sa réputation, ces vers nous témoignent que maintes formules sont empiriques et frisent la sorcellerie. Il reste encore un grand pas pour noter un progrès sensible vers un usage plus raisonné et moins fantaisiste.