CHAPITRE TROISIEME
Les venins et lPhoméopathie
BOTHROPS LANCECLATUS
Bothrops lanceolatus, Trigonocephalus lanceolatus est un Vipéridé de la famille des Crotalinés. Il règne en maître à la Martinique et à l’ile Sainte-Lucie. Cest un des Serpents les plus venimeux. Sa morsure est redoutable.
« L'action du venin, dit PHisazix, est immédiate ; elle se manifeste par de la douleur locale avec sensation de chaleur, souvent accompagnée de syncopes, puis engourdissement et gonflement de la région mordue et des régions avoisinantes. L'œdème progresse et s’étend parfois fort loin de la plaie, qui saigne. Dans les cas légers, il peut y avoir seulement une disparition de la sensibilité. Une amélioration se produit alors dans le 4° jour, précédée de sueurs et d’une diminution de l’assoupissement. Le sujet n’est néanmoins pas à l'abri d’une complication redoutable, la pneumonie, souvent mortelle. Dans les cas graves, il survient une sensation pénible, irradiant à l’épigastre, des nausées, des vomissements, un affaiblissement musculaire précoce et de la somnolence, la conscience étant quelquefois intacte. Il y à des sueurs froides, de l’hypothermie : le pouls est faible et rapide. On note souvent des hémorragies à distance, par la bouche, les oreilles et, quelquefois, la peau. La mort survient dans l’algidité, quelquefois en moins d’une heure. »
Si le sujet mordu résiste aux effets généraux de la piqûre, il peut se produire d'énormes lésions locales, avec grande destruction des tissus, suppuration, gangrène, mise à nu des os, ouverture des articulations ; le membre est « disséqué » vivant, dit le naturaliste SCHOMBURG, il faut alors l’amputer.
Quand la mort résulte de désordres produits par le phlegmon, elle a lieu de quinze jours à un mois après la piqûre.
Chez les malades qui guérissent, il n’est pas rare qu’il reste des trajets fistuleux, des nécroses, des ulcères dont la guérison est interminable, ou des cicatrices et des déformations hideuses, ou des gonflements œdémateux éléphantiasiques.
À fortes doses, le venin tue par coagulation intra-vasculaire.
À faible dose, il est anti-coagulant et dépresseur. Il est aussi curarisant.
Selon le D' JoussE, étudions sa pathogénésie.
CARACTERISTIQUES
— Un tremblement nerveux.
— Une faiblesse générale avec amaigrissement.
— L'hémiplégie avec aphasie.
— Les hémorragies par voies variées, surtout par les plaies. — La tendance à la suppuration, abcès et phlegmon diffus.
MODALITES Aggravation. — Inconnue.
Amélioration. —— Inconnue.
Latéralités. — Droite.
PATHOGENESIE :
| Psychisme. — Placitude inexprimable.
Motilité. — Dépression, tremblements nerveux, convulsions très fortes, paralysie très importante, hémiplégie droite avec aphasie, paralysie partielle, monoplégie supérieure ou inférieure droite. L'évolution se fait souvent suivant une diagonale. La paralysie reste le plus souvent incurable.
Sensibilité. — Diminution et plus tard disparition. Sommeil. — Somnolence très marquée.
Tête. — Etourdissement,
Yeux. — Amaurose rapide et persistante sans modification de la pupille. Cécité par hémorragie rétinienne, le malade peut difficilement trouver son chemin après le lever du soleil. Hémorragies conjonctivales.
Appareil digestif. — Bouche, aphasie, impossibilité d’articuler les mots, quoique la langue ait conservé toute sa liberté, trismus de la mâchoire.
Gorge. — Rouge, sèche, avec déglutition difficile.
Estomac. — Malaise épigastrique extrême, Vomissement noir.
Abdomen. —— Douleurs intolérables, ventre très sensible, selles sanglantes.
Appareil urinaire. — Hématurie.
Appareil respiratoire. — Dyspnée, expectoration sanguinolente, pneumonie, congestion des poumons.
Appareil circulatoire. — Douleur précordiale, grande alté-
ration du sang, qui est décomposé, noir, fluide, incoagulable. Hémorragie au niveau de tous les organes, de tous les tissus, au cours d’un état infectieux, grave et suraigu. À l’autopsie, pointillé hémorragique des muqueuses gastriques et intestinales, trachées et bronches violacées, cœur mou, taches noires sur le péricarde et sur l’endocarde.
Peau. — Bleuâtre ou jaune, comme à la suite d’une vaste et profonde contusion, sueurs froides et abondantes. Phlyctènes, infiltration séreuse noirâtre et sanguine. Abcès, phlegmon, gangrène profonde, disséquante.
Membres. — Symptômes d’engourdissements, de tuméfactions énormes, molles avec teinte bleuâtre, de la peau, taches violettes très douloureuses, gangrène profonde, nécrose, ulcère interminable, gonflement œdémateux éléphantiasique.
Paralysie du bras droit et de la jambe droite, douleur intolérable au gros orteil droit.
INDICATIONS CLINIQUES
Bothrops a été surtout employé dans l’aphasie et le phleg-
mon diffus et profond.
Le D’ JoussE indique son utilité éventuelle dans la période
d’invasion de certaines maladies graves : grippe, scarlatine, rougeole, variole et surtout fièvre jaune.
Il pourra être employé pour ses symptômes hémorragiques dans la typhoïde, le typhus, la peste, la morve, l’hémophilie, le purpura, la pneumonie. Enfin, nous signalerons son emploi