PURIFICATION
Le venin brut ou entier demande, en vue d’une application thérapeutique, une purification. En effet, comme nous l'avons déjà précisé, les venins sont constitués par des composants non isolés, de composition complexe, substances protéiques, matières grasses, sels, grosse quantité d’eau (65 à 80 %), du mucus, des débris épithéliaux.
Ces poisons se rangent parmi les produits d’origine organique non définis chimiquement : les toxalbumines, dont les effets physiologiques sont seuls mis au point.
Les premiers essais en thérapeutique avaient donné lieu à des phénomènes de choc. Il est de toute nécessité de les éviter. Il faut essayer de supprimer les albumines hétérogènes et inactives responsables de ces accidents. SIMONIN et BRIOU ajoutent au sujet des venins de Cobra « qu’il semble que la protéotoxie accélère la curarisation par la cobratoxine en fonction même de son intensité... et qu’il faut considérer que leurs effets spécifiques peuvent être troublés dans leur régularité par l’intervention d’une fonction protéotoxique ». Certaines subtances ne répondent pas au résultat cherché. Ainsi, dans la Cobrathérapie, l’hémorragine ne joue aucun rôle heureux. Le D’ LAVEDAN signale l’apparition d’une tendance hémorragipare dans certains cas de traitement par du venin de Cobra brut.
Il faudra donc éviter ces réactions fâcheuses.
Enfin, le venin peut contenir certains microbes.
Si les Serpents semblent présenter une immunité naturelle vis-à-vis de l'infection par le Trypanosoma cruzi, affirmée par les expériences de Dras (1933), et s’ils possèdent un bacilie tuberculeux (Mycobacterium thamnopheos), dit inoffensif pour les mammifères et non pathogène pour l’homme. Ils peuvent avoir, le cas échéant, le microbe du tétanos et du cocobacille de la peste, le Cobra, par exemple, est un grand amateur de rats pesteux.
RODHAIN, RATCHIFFE et GEIMAN signalent que l’Entamæbainvadens provoque une dysenterie amibienne fatale pour l’'Ancistrodon mokassin, de même, BRUMPT, expérimentalerent, réussit à provoquer une septicémie chez les Vipères (1935).
Il n’est pas rare aussi de rencontrer des « moisissures » dans le venin.
C'est pourquoi, au venin total dilué au 1/80.000° et seulement tyndalisé, DuMaTRAs substitue pour le venin de Cobra, un venin purifié, privé de ses hémorragine et hémolysine, et partiellement désalbuminé, enfin, rigoureusement aseptique.
A cette solution nouvelle, solution colloïdale de venin purifié, il donne le nom de « Gobra-toxine ». Cette purification peut avoir lieu par des procédés physiques ou chimiques, où peut-être même les deux.
La filtration sur bougie Chamberland, si elle exerce peu d'influence sur la toxicité du venin de Cobra, modifie en revanche celle des vipéridés.
Toutefois, les venins de Cobra, filtrés ou non filtrés, n’ont pas les mêmes propriétés. Ainsi, le D' CHAssaING (1935), dans sa thèse Sur les affections vasculaires de l'œil traitées par la Cobrathérapie, compare les deux venins. Le venin filtré détermine très rarement de la fibrillation, celle-ci est toujours faible. Le venin non filtré, au contraire, produit souvent une fibrillation rapide et très nette ; l’amélioration de l’acuité visuelle se révèle plus importante.
Le venin non filtré renferme, il n'y a pas de doute, des Substances qui lui sont particulières. Selon l'hypothèse du D' CHassaING et ali, ces protéines insolubles ne pourraientelles pas contenir des substances actives ? Et n’injecte-t-on pas, parfois, des Corps microbiens broyés et leurs endotoxines, plutôt qu'un lysat filtré de ces corps.
Telles sont les remarques relatées au sujet de la purification du venin par la filtration.
La chaleur, si elle agit peu sur le venin sec, atténue nettement la toxicité des venins. L’utiliser comme moyen de purification sera délicat et exigera certaines conditions bien précises.
Enfin, les corps chimiques sont appelés à avoir eux aussi un rôle sur les propriétés du venin. |
HANSEN, en 1931, avait proposé des essais de purification de divers venins de Serpents par l’hydrate aluminique. I1 a constaté qu’il est difficile de séparer ainsi le principe venimeux proprement dit des matières protéiques.
Nous insisterons au chapitre des « Incompatibilités » sur l'influence éventuelle des divers produits : le permanganate de potasse, les hypochlorites, et bien d’autres encore.
et
À des doses convenables, certains pourraient servir à des purifications. Quels agents interviennent ? Nous ne saurions percer ici les secrets des laboratoires où le venin est purifié par des techniques spéciales.
En 1937, DUMATRAS à mis au point « une Cobratoxine nouvelle » : solution stérile de toxine de Cobra suractivée et non choquante obtenue par la suppression de protéines hétérogènes et freinatrices.
Cette déprotéinisation est effectuée par un procédé spécial sans filtration.