STABILITE
Le venin a ses propriétés qui s’atténuent, surtout s’il est en solution.
D’après Mme PHisaLix, les solutions glycérinées s’abîiment moins vite que les solutions aqueuses. Les solutions chloroformées ou éthérées aident à leur conservation. A basse température, chloroforme et éther s'éliminent aisément, Cet avantage peut être appréciable.
Mais les solutions aqueuses sont celles qui répondent à la nécessité de l’isotonie. Employé en injection, le venin sera utilisé sous cette forme. Ecoutons à ce sujet lavis de N.-T. KORESSIOS :
« Le venin de Cobra que nous employons'a toujours été mis dans des ampoules blanches. Son activité s’est maintenue pendant six mois. Après cette période, de six à huit mois, nous trouvons que les réactions sont moins nettes, nous considérons, par conséquent, que le venin a perdu de son activité. Par contre, on peut conserver le venin en poudre dans des tubes bouchés, plus d’une année, sans qu’il perde de son activité. » (1935).
Le titrage est donc limité à une certaine durée et toute préparation doit indiquer la date d'utilisation.
Elle est en général réduite à six mois.
C’est là un gros ennui qui arrête l'extension de ces nouveaux produits. Obtenir une stabilité durable, tel est le secret espoir de tous,
TITRAGE
Le venin, nous l’avons vu, n’a pas toujours des propriétés constantes.
C’est un produit dangereux. En effet les venins de serpents produisent, à faibles doses, des effets pharmacodynamiques intenses, et, selon Houssay, leurs actions sur l’organisme peuvent être divisées ainsi :
1° les actions toxiques ; 2° les actions protéasiques ; 3° les actions thrombiniques.
Son emploi thérapeutique demande beaucoup de prudence, un titrage de tout échantillon s’impose donc.
Une méthode chimique ne saurait encore exister puisque la composition du venin n’est pas élucidée.
Mais si la nature exacte du venin n’est pas connue, ses effets peuvent être appréciés et ainsi pourrons-nous évaluer la toxicité du produit.
Tout d’abord la plus simple solution a été d'envisager un dosage pondéral, et une unité pondérale fut préconisée. Une certaine quantité de venin, dans les limites de la posologie, était diluée dans de l’eau distillée et répartie en ampoules dosées à un centième ou un cinquantième ou un dixième de milligramme.
Ce procédé était aisé, car très simple. Mais la quantité du venin ainsi ne rentrait pas en jeu. Et, ne l’oublions pas, ioutes les conditions de sa récolte jouent et, pour une même espèce, le venin présente des variations assez sensibles.
C'est pourquoi, à l’unité pondérale, DUMATRAS, en avril 1933, propose à la Société de Pathologie comparée, de substituer une nouvelle unité : Unité toxique dite : Unité-souris (U.-S.).
Ainsi, pour un venin de Cobra, l’unité-souris est la quantité minima de venin susceptible de tuer la souris blanche de 20 à 25 grammes en 7 heures.
Une unité-souris équivaut de 1/100° à 1/50° de milligramme de venin de Cobra, selon la qualité.
Cinq unités correspondent done à 1/20° ou 1/10° de milligramme de venin de Cobra,
Conduits par leurs recherches sur les affections vasculaires de l’œil, traitées par le venin de Cobra, MM. BAILLIART et KoREssios ont établi une unité nouvelle. Unité physiologique dite Unité hypotensive. Elle correspond au cinquième de Ja quantité minima du venin de Cobra qui, injecté dans la veine fémorale d’un lapin de 3 kg., est capable d’abaisser sa tension arté-
rielle intra-carotidienne de trois centimètres de mercure. Cette unité hypotensive peut être différente de l’unité toxique ou unité-souris. Elle oscille entre un cinquantième et un centième de milligramme. Donc une unité hypotensive correspondrait à une unité-souris. « Telle est l’équivalence où il ne faut observer que des chiffres très approximatifs », nous dit N.-T. KoRessiOs (1935).
En résumé, toutes ces méthodes ont leurs raisons d’exister et l’une ou l’autre, selon l'emploi thérapeutique, peut être retenue.
Le titrage de venin de Cobra est rendu obligatoire par la Pharmacopée Française. Nous y insisterons et signalerons l'arrêté au chapitre de la « Législation »,
INCOMPATIBILITES PHARMACODYNAMIQUES
Le venin, prduit complexe, présente, ainsi que tout Corps chimique, des incompatibilités aussi bien in vitro qu'’in vivo ; mais ici, ne l’oublions pas, nous avons entre les mains un remède né du poison ; les incompatibilités demandent à être attentivement retenues. Elles risqueraient d’engendrer des corps toxiques. L'expérience, en effet, a montré que certaines peuvent occasionner la mort.
Nous allons passer en revue, successivement, les agents physico-chimiques, les corps chimiques minéraux et organiques.
1° Rôle des agents physico-chimiques
Les radiations ultra-violettes, les émanations de radium, Ja radiothérapie, se montrent des agents destruteurs de venin.
Mme M. PHisaLix et M. F. PASTEUR (1929) ont étudié l’action des rayons ultra-violets sur le venin de Vipère aspic. Les rayons ultra-violets n’influent pas sur la toxicité du sérum, mais le pouvoir antivenimeux est détruit, ainsi que le pouvoir rabicide. Leurs effets sont identiques sur le venin de la Vipère aspic. MM. LACASSAGNE et BOUVIER ont étudié, en 1938, l’influence de l’imbibition sur l’action de la radio-sensibilité sur le venin de Vipère. Cette action dépend des conditions. Les propriétés des venins subissent donc des variations par irradiation.
En clinique elles sont d’une importance considérable. Il v a donc intérêt à laisser un intervalle d'au moins quinze jours entre un traitement à l’ultra-violet ou au radium et le traitement par le venin de Cobra.
2° Rôle des agents chimiques minéraux
L’iode se place au premier rang. Sous toutes ses formes, utilisés par voie interne ou externe, l’iode et les dérivés iodés : iodures, liqueur de Gram, sont incompatibles. LE Gac et MAuvoIsIN ont signalé, le 12 octobre 1934, à la Société de Médecine de Paris, un cas de mort rapide par association de venim de Cobra et de lipiodol.
Nous nous permettons de penser que les protéines du venin sont très sensibles aux dérivés iodés. Cette incompatibilité a une importance énorme du point de vue pratique. Avant toute injection, il ne faudra jamais recourir à la teinture diode pour aseptiser la peau.
Les hypochlorites : le chlorure de chaux, en solution à 1 qu'on dilue avant l’usage dans 5 à 6 volumes d’eau distillée, détruit les propriétés toxiques du venin de Cobra et précipite le venin (CALMETTE).
L'eau oxygénée détruit rapidement la toxicité du venin de Vipère en présence de cuivre (BOQUET, 1939).
Le charbon a des propriétés adsorbantes vis-à-vis du venin de Cobra. MM. CATAN (1921) et BOQUET (1928) les ont étudiées. Ce pouvoir persiste même in vivo.
Le permanganate de potasse influe aussi. 5 mg. de ce sel suffisent à détruire complètement 15 mg. de venin desséshé de Crotalus adämanteus ; ceux du Crotalus horridus et de Naja sont également détruits in vitro, mais non ën vivo.
Les sels d’argent et les sels d’or sont incompatibles avec Île
venin de Cobra qu’il détruisent. Durant le traitement il faut donc s'abstenir de prescrire ces sels, Un traitement aux ions cuivriques, suivi d’une action de CS?, transforme les antigènes venimeux en contre-antigènes spécifiques doués d’un pouvoir fioculant et atoxique. (Lorsr- LEUR, 1938).
3° Rôle des agents chimiques organiques
L’'aldéhyde formique atténue les venins. (Travaux de MM. RAMON, ARTHUS et GRASSET et, en 1939, MM. Césarr et BOQUET).
Les barbituriques associés au venin de Cobra semblent causer des accidents psychiques. Ce cas nous est signalé par le
D' TAGUET, le 14 décembre 1934. Il faudra faire attention à ne pas associer les deux analgésiques.
L’« dinitrophénol présente une action antagoniste vis-à-vis du venin de Vipera aspis sur la température et les échanges respiratoires. Cette action a été montrée expérimentalement par GAUTRELET, J. HALPERN et CORTEGGIANI (1936). Le venin de Vipera aspis a une action hypothermisante considérable produite sur le cobaye et le chien, par l'injection intrapéritonéale de doses toxiques de Vipera aspis. L’a dinitrophénol, au contraire, a un effet hyperthermisant.
L’adrénaline empêche l’absorption du venin de Cobra par la peau (Essais sur le cobaye, DouGLas, 1924).
L’éosine précipite le venin de Cobra. G. PICADO nous le rappelle (1928).
Le cholestérol ne semble pas détruire, comme la bile et ses sels, au dire de Mme PuHisazix, le venin in vitro. En 1936, MusrarA ALI et NicoL L. l’affirment.
Les savons ont un pouvoir neutralisant vis-à-vis du venin de Cobra. Maurice RENAUD (1928-1930) a réalisé des expériences qui confirment cette action détoxicante et a mis au point des cryptotoxines venimeuses.
La lanoline, dont l'influence sur les venins de Cobra et de Vipère a été étudiée par RicHou R. et NicoL L. (1935), a une certaine action. Fait curieux, la lanoline hydratée, en contact prolongé avec le venin sec, a une action plus sensible. Elle rend le venin moins toxique.
Le glutathion et quelques composés sulfhydrés (cystéine, thiolactate, thioglycolate, et thioacétate de sodium) précipitent in vitro le venin de Cobra.
La trypsine détruit in vitro le venin de Cobra.
Les gloxines, matières protéiques complexes associées au venin de Cobra, produisent des effets curieux que nous relate dans le Lyon Médical le D' GUEYTAT (1934).
Deux cancéreux, ainsi traités, constatent une disparition de douleurs, une amélioration sensible de l’état général, une fonte de la tumeur, mais bientôt succèdent un ptyalisme très marqué, incoercible, des malaises, crampes, asthénie, enfin, une atteinte psychique, température en clocher et apparition rapide de la cachexie.
La salive a un pouvoir destructeur vis-à-vis du venin de Daboïa. L'effet caogulant de celui-ci est annihilé. Ce cas a été observé en particulier par le D° TRAMUSET.
Le sulfate de spartéine influe aussi sur les venins. BILLARD (1926) a montré son rôle considérable. Celui-ci est curieux, et c'est pourquoi nous le rangeons en dernier. Le sulfate de spartéine exerce un pouvoir « anagotoxique » sur le venin des Vipères d'Auvergne (Vipera aspis). Ainsi, les moutons qui abusent des pousses vertes des genêts, deviennent en état de « mal spartéinique » et sont alors, paraît-il, réfractaires au venin de Vipère. BILLARD a expérimenté sur des cobayes et a mis en évidence un fait analogue, après injection de sulfate de spartéine.
Les eaux de Châtel-Guyon présentent aussi ce même pouvoir anagotoxique.
En règle générale, nous conclurons qu'il vaudra mieux s'abstenir pendant un traitement au venin de tout autre médiation, pour ne pas modifier les fragiles substances qui sont les principes actifs du venin.
Ainsi, travaillera-t-on avec prudence et sûreté.