CONTRE-INDICATIONS
Ainsi que tout médicament, le venin, doué d’une grande activité, présentera des contre-indications.
Nous avons déjà noté celles relatives à l’'Homéopathie.
En Allopathie, J. VELLARD et M. MIGUELOTE-VIANA, en 1935, signalent des modifications sanguines chez des cancéreux traités par le venin de Cobra, et montrent les effets du venin de Lachesis atrox avec Iyse intense des globules rouges et des globules blancs, diminution du fibrinogène et du complément, élévation constante du pouvoir coagulant du sérum, enfin, quelques troubles hépatiques et rénaux. N.-T. KoRESsIos nous résume à la même époque les dangers d’une Cobrathérapie mal dirigée. Il peut apparaître alors :
l° Réactions locales Œdème, engourdissement, douleurs, urticaires qui peuvent apparaître, quel que soit le sujet, 2° Réactions générales
Fièvre. La température atteint même dans une observation 40°. Céphalée.
3° Réactions à distance
Bulbe. — Syncope, gêne respiratoire,
Cœur. — Diminution de l'index oscillométrique mesuré à l’oscillographe de PLESCH.
Système vasculaire. — Epitaxis.
Intestin. — Diarrhée, incoercible et tenace, pendant plusieurs jours.
Système nerveux. — Accidents psychiques, confusion mentale. N.-T. KoREssIos note dans un cas une parésie radiale.
Etat général. — Grande lassitude, grosse fatigue.
Tous ces phénomènes disparaissent après interruption du traitement.
La purification du venin évite tous ces accidents et un maniement judicieux empêche toute action toxique.
Le venin de Cobra ne semble pas présenter de contre-indications formelles. Toutefois, le mieux sera d’agir avec une extrême prudence, chez des sujets atteints d’insuffisance rénale ou hépatique, ainsi que chez les cardiaques et les asthmatiques.
POSOLOGIE
Le venin est, nous l’avons déjà dit, un produit dangereux. Comme tout poison, il sera, le cas échéant, un remède à des doses convenablement choisies.
Selon N.-T. KoREssios, un dixième de milligramme pour le venin de Cobra s'avère la dose maxima qu’il est préférable de ne pas dépasser chez l’homme.
Mais ici, le problème s’est révélé plus complexe ; le venin de Cobra sort de la gamme ordinaire des médicaments courants. Une notion nouvelle intervient. Il s’agit de la notion du terrain, intimvment liée à la notion d'’intolérance. Ainsi, tel sujet manifeste des symptômes après administration d’une dose initiale de 5 USS., tel autre supporte aisément une injection de 150 U.S. Après des piqûres progressivement croissantes ; ses douleurs pourront même ne pas être influencées. Le D' TAGUET et ses collaborateurs ont essayé d’éclaircir le mystère de la Cobrathérapie.
Aujourd’hui, résultat de leurs travaux, la posologie repose sur deux bases : le seuil d'efficacité, et le seuil d’intolérance.
Le seuil d'efficacité est la plus petite dose de toxine de Cobra, qui détermine une sédation, même minime.
Le seuil d’intolérance « est la plus petite dose de toxine de Cobra qui provoque chez le malade des réactions, réactions douloureuses locales, susceptibles de compromettre les résultats acquis ou d’aggraver le mal antérieur, ou réactions générales marquées par de l’hyperthermie ou des troubles géné- Taux ».
Ces deux seuils sont les limites mêmes de la Cobrathérapie ; ils sont personnels à tout individu, Le venin de Cobra n’agit ni par sa quantité, ni par la fréquence de son emploi.
Ces deux seuils sont en général relativement éloignés l’un de l’autre ; quelquefois, ils sont aussi très proches. Il ne faut pas l’oublier. M. TAGUET nous le rappelle. « C’est pour avoir dépassé le seuil trop rapidement que sont apparues des manifestations douloureuses de plus en plus, au fur et à mesure que le titrage augmentait, et qui ont rendu la piqûre intoléra- Dies
Ainsi, l'effet antialgique du venin est positif jusqu’à la dose optima et au delà devient négatif. Ce phénomène d'inversion demande beaucoup de précautions dans la technique des injections.
Enfin, une difficulté s’ajoute encore : le venin de Cobra est un médicament qui s’accumule. ARTHUS et CUSHNY (1923) signalent l’action cumulative du venin de Cobra administré par voie intraveineuse à un lapin. Le poison persiste dans les tissus, même un mois après l'injection. Le venin semble être retenu sur les terminaisons nerveuses et non dans le Sang. Chez l’homme, l'élimination commence seulement dix à douze jours après l’injection. Il est donc nécessaire d’espacer suffisamment les piqûres, sous risque d'atteindre le seuil d'intolérance. C’est aussi l'avis du D' BizzioTrer (1936) dans sa thèse Contribution à l'Etude de quelques applications thérapeutiques du venin de Cobra. « On se trouverait bien, aussi, semble-t-il, de laisser deux jours de repos au malade après dix jours de traitement, les manifestations d’intolérance que nous avons remarquées étant apparues dans les deux cas vers le douzième jour. »
En résumé, la posologie est ici délicate et doit être surveillée de très près. Les résultats sont très variables et dépendent :
1° du moment de l'intervention ; 2° de la localisation de la lésion ; 3° des interventions déjà subies ;
4° de la tolérance du sujet.