LES ROIS ET LE VIEUX A LA LAMPE
IB sanctuaire souterrain abrite quatre statues royales. La première, qui est entièrement com- __^^___^ posée de Tor le plus pur, figure la Sagesse, basée sur les vérités éternelles, immuables et inaltérables comme le métal précieux. La seconde correspond aux Apparence», aux formes extérieures variables, qui s'imposent par leur charme, leur beauté. Son métal est l'argent. La troisième statue, solide dans sa massivité d'airain, représente la Force qui exécute. Nous retrouvons donc ici le ternaire maçonnique Sagesse, Force et Beauté, puissances destinées à régner sur terre quand la quatrième statue, celle du Roi composite, se sera effondrée.
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L'airain, l'argent et Tor fournissent la substance de cette dernière statue, qui symbolise l'opportunisme, régime équivoque, destiné à crouler sous l'action dissolvante de la critique, habile à lui soustraire ses éléments de soutien.
Les Rois posent des questions analogues à celles du rituel maçonnique :
— D'où viens-tu ?
— Des crevasses où réside l'or (de la Loge de Saint-Jean, où j'ai reçu la lumière).
— Qu'y a-t-il de plus splendide que l'or ?
— La lumière (elle est vivante dans son rayonnement, alors que l'or est mort dans sa fixité).
— Qu'y a-t-il de plus réconfortant que la lumière ?
— La parole (le Verbe agissant ne se contente pas d'éclairer l'esprit, il pénètre Tâme et la réconforte).
Le Serpent n'est pas embarrassé pour répondre, car il possède désormais un degré suffisant d'instruction initiatique. Il n'est cependant pas instruit de tous les secrets. Le
véritable Maître du mystère est un chétit vieillard, vêtu en paysan, et porteur d'une petite lampe dont la suave lumière projette une clarté enveloppante ne laissant place à aucune ombre. Ce personnage, qui passe à travers le roc sans rencontrer de résistance et glisse sur l'eau sans y enfoncer, ne semble guère matérialisé. Il fait songer à l'Ermite du Tarot, prudent vieillard qui cache sa lanterne sous son manteau de philosophe, pour n'en montrer la lumière qu'à bon escient.
Lorsque, brusquement, l'Homme à la Lampe sort de la paroi rocheuse de la crypte, le Roi d'or lui demande :
— Pourquoi viens-tu, puisque nous avons
de la lumière ?
Vous savez qu'il m'est interdit d'éclairer les ténèbres.
Le Vieux personnifie l'Esprit initiatique supérieur aux individus. On peut, dans une certaine mesure, l'assimiler à Iliram, le Maître immortel qui ressuscite dans l'adepte suffisamment éclairé. Le Serpent, c'est-à-dire l'association des Initiés, malgré tout l'or qu'il a
LB SERPENT VERT
pu s'assimiler, n*éclaire qu'à très courte distance. Sa phosphorescence lui permet de reconnaître les objets les plus rapprochés, mais il faut qu'une autre lumière intervienne pour que l'ensemble du Sanctuaire soit illuminé, sans que rien ne reste dans l'ombre. Il s'agit cette fois d'une lumière intégrale, de la « Vraie Lumière », comme disent les Maçons.
Cette lumière ne peut se manifester au sein de l'obscurité complète ; mais un commencement de clarté initiatique fait appel au Vieux à la Lampe, qui achève l'initiation en conférant la Maîtrise.
Esprit pénétrant, il a le don de prévoir l'avenir. Il sait que le règne du Roi d'Argent n'est pas près de prendre fin, car les hommes risquent bien de n'être jamais gouvernés par la raison pure (or). Les apparences et leurs illusions continueront à les dominer vraisemblablement toujours.
Quant au Roi d'Airain (Volonté qui exécute), son heure est proche. Une fois levé, il devra s'allier avec ses frères aînés, le Roi d'Or (Sagesse qui approfondit) et le Roi d'Argent (Art
qui séduit les âmes). En se levant, il mettra fin au règne du Roi composite (compromission, incohérence opportuniste).
L'Homme à la Lampe connaît trois secrets. Il est probable qu'il s'agit des réponses à la triple énigme du Sphinx : D'où venons-nous ? Que sommes-nous ? Où allons-nous ? La première question intéresse plus particulièrement le Roi d'Or, qui remonte aux principes, aux vérités nécessaires d'où dérive la Sagesse, autrement dit la connaissance rationnelle. Pour le Roi d'Argent, qui s'en tient à la surface des choses et à l'effet qu'elles produisent, le secret le plus important se rapporte aux phénomènes constatables. Or, les progrès de la science nous révèlent le mystère de ce qui existe et nous font comprendre ce que nous sommes. Le Roi d'Airain lancera l'éclair de sa volonté, ou brandira sa massue (frappera un coup de maillet), quand il sera fixé sur l'objectif à poursuivre, quand il saura où nous allons.
Le Roi composite se désintéresse de ces questions, car il manque de raison d'être et
ne subsiste qu'à la faveur d'un illogisme nécessairement fragile et transitoire.
Les Rois sont des statues immobiles, érigées dans des niches. Ils attendent que le Vieux leur communique son triple secret ; mais rinitié doit se taire tant que la Parole perdue n'est pas retrouvée.
Or, le Serpent détient le quatrième secret; il le siffle à Toreille du Vieux, qui clame alors d'une voix formidable : « Les temps sont révolus ! »
Quel mot magique le Serpent avait-il donc surpris? L'or provenant des Feux Follets a pu lui suggérer un vocable synthétique, indice d'un certain état d'esprit atteint par la mentalité humaine. Les hommes, en nombre suffisant, ont-ils pris conscience de leur solidarité ? La parole qui annonce que l'heure du renouvellement est venue serait alors « ^umanité ». La notion du Grand Œuvre constructif humanitaire est-elle devenue lumineuse dans l'esprit des penseurs? Le mot sacré pourrait alors équivaloir à « Travail ». Sur ce point, le champ reste ouvert aux conjectures.
car le Vieux seul a recueilli le secret du Serpent.
Secret formidable, mot d'ordre d'une création nouvelle, d'une rénovation intégrale du monde. Son énoncé à voix basse, ébranle le Sanctuaire, d'où se retirent, en sens opposé, le Vieux et le Serpent, chacun traversant à sa manière la masse rocheuse de la montagne. Le Vieux s'enfonce vers l'Occident et le Serpent vers l'Orient. Le Serpent retourne ainsi à la source de la lumière émancipatrice qui dissipe les ténèbres de la nuit. Ce qu'il s'est assimilé de la Tradition va lui permettre de lutter contre les préjugés, de combattre les erreurs qui s'opoosent à la réalisation de l'idéal désormais formulé. Quant au Maître spirituel, il regagne le domaine des esprits, ce mystérieux Occident où Osiris disparaît. Son passage à travers la montagne y laisse un couloir comblé d'or, par la clarté de sa lampe qui transmue les pierres en or, le bois en argent et les animaux morts en minéraux de prix, à la condition toutefois de ne se combiner avec aucune autre lumière . Le rayonne-
LE SERPff^îT VERT
ment de la Lampe magique perd, en effet, sa vertu transmutatoire dès qu'il se combine avec d'autres radiations, car il se contente alors d'éclairer très agréablement, tout en pénétrant les êtres vivants d'ondes réconfortantes (fluide vivifiant).
Il s'agit bien ici du Verbe, envisagé dans son irradiation vivifiante, autrement dit du Grand Mercure des Sages, qui pénétrant partout, éclaire les intelligences réceptives et stimule toute ardeur généreuse. Cet agent, pourvu qu'aucune autre influence ne s'associe à la sienne, transforme en or spirituel toute pierre, c'est-à-dire toute substance bonne à concourir à la construction humanitaire, au sens où l'entendent les Francs-Maçons. Déposez vos métaux, qui seraient anéantis par la lumière initiatique, isolez-vous du monde profane, et, Hiram vous illuminant, le Grand Œuvre s'accomplira en vous !
Produit de la vie végétale, le bois mort se transmue en argent sous l'action du Grand Agent magique universel. La forme éphémère qui survit se trouve alors fixée en beauté :
l'Art est intervenu pour stabiliser et donner une valeur durable aux apparences, aux fictions et aux illusions esthétiques.
Mais comment un animal mort peut-il se pétrifier en un objet précieux? Le Carlin va nous l'apprendre.