‹ Le serpent vert [microform];Chapitre 8 sur 28 · LA CULTURE INITIATIQUE DE GOETHE · texte numérisé non relu

LA CULTURE INITIATIQUE DE GOETHE

|ouT d'abord, il convient de se demander si Goethe ne s'est pas amusé à écrire un conte énigmatique,pour Tunique plaisir d'intriguer ses contemporains et de leur faire chercher un ésotérisme dont il n'avait nul souci. Goethe s'est plu à laisser croire qu'il en était ainsi. Nul n'a jamais pu obtenir de lui le moindre éclaircissement sur la signification du conte. Dans une lettre à Schiller, il se contente de dire : <c Puisque les dix-huit personnages impliqués dans l'action sont autant d'énigmes, les amateurs d'énigmes doivent y trouver leur compte. » Puis, tournant en dérision les efforts des exégètes, Goethe écrivit en 1797 : « Plus de vingt personnages interviennent dans le conte. Que font-ils donc à eux tous? Le conte, mon ami*. »

1. Mehr als zwanzig Personen sind in dem Mfirchen geschftftig.

Nun, was machen aie denn aile? Das Mftrchen, mein Freund.

Ce mutisme et cette ironie ne prouvent pas que le conte de Goethe ne fasse allusion à rien. J'ai, au contraire, l'impression que le génial penseur y a traduit ses conceptions les plus intimes, celles qu'il ne se souciait pas de livrer en pâture aux discussions incompétentes. Il aurait alors écrit son conte pour les initiés, pour ceux qui ont appris à déchiffrer les hiéroglyphes éternels de la pensée humaine.

N'oublions pas, à ce sujet, que Goethe était Franc-Maçon. La Loge « Amalia », de Weimar, se fait honneur de lui avoir donné la lumière le 23 juin 1780. Un an plus tard, jour pour jour, il fut promu Compagnon, puis élevé à la Maîtrise le 2 mars 1782, en même temps que son ami et protecteur, le duc Charles-Auguste de Weimar. Le 4 décembre de la même année, il se fit conférer le 4® degré écossais de la Stricte Observance, et, le 11 février 1783, il signa son obligation comme Illuminé *.

Mais aux approches de sa vingtième année,

1. Gœthe nnd die Kônigliche Kunst von D* Hugo Wernekke,vormal8 Meister vom Stuhl der Loge Amalia in Weimar. Leipzig, Pœschel et Kippenberg, 1905.

Gœthe s'était initié à toutes les connaissances mystérieuses du passé. Passionné alors pour la Kabbale, l'Hermétisme et plus spécialement l'Alchimie, il se plongea dans l'étude des plus célèbres auteurs de la Renaissance. Il voulait découvrir le secret des opérations de la nature et se faire une religion basée sur le résultat de ses découvertes.

Quel travail s'est-il fait dans son esprit au cours des longs mois de recueillement qui lui furent imposés par le délabrement de sa santé de 1768 à 1770 ? N'est-ce point dès cette époque qu'une imagination aussi fertile que la sienne se trouva fécondée de germes qui devaient se développer par la suite ?

Nous savons que le conte qui nous occupe n'a été rédigé qu'en 1795. Mais depuis quand était-il en gestation dans la sphère mentale du poète? Il se peut, d'ailleurs, que cette gestation ait été inconsciente, sub ou surconsciente, si bien qu'un beau jour Gœthe n'ait plus eu qu'à laisser courir à la fois sa plume et son imagination, pour accoucher une œuvre génialement coordonnée. Il a expliqué lui-même que

ses plus belles poésies furent le fruit d*une sorte de somnambulisme poétique. Elles se sont présentées sous sa plume sans qu'il les ait cherchées, et, pour ainsi dire, sans qu'il en ait eu conscience ^.

S'il en est ainsi, loin de se moquer des lecteurs du conte, Goethe leur a livré le fond, et même Tarrière-fond le plus reculé de sa pensée. Je crois donc qu'il ne faut pas hésiter à faire Tautopaie du « Serpent Vert ». C'est un animal qui se décompose en pierres précieuses. Tâchons d'en recueillir le plus grand nombre possible.

1. FiRMBRT. Nouvelle collection des classiques populaires. Gœthe, p.!l?4. Paris, Société française d'imprimerie et Librairie.

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