J LE TÉTANOS
Le Directeur régional me chargea tout particulièrement de visiter les foyers de tétanos.
C’était en septeml)re, au moment où les blessés arrivaient chaque jour par milliers. Plus de 300.000 de nos vaillants soldats avaient été transportés dans les trains qui servaient aux mouvements de troupes, au ravitaillement et au transport du niatériel et des munitions.
^ Ils arrivaient dans les centres de répartition après un séjour de trois, quatre ou cinq jours > dans des fourgons à peine garnis de paille, mal suspendus, d’où l’on se contentait de descendre aux principales stations ceux qui venaient de mourir en route, ij Des ordres formels de la 7® Direction défendaient de descendre des blessés, fussent-ils 'I en danger, avant la résidence fixée à l’avance par les gares régulatrices qui, d’ailleurs, ne tenaient aucun compte du nombre de lits disponibles dans chaque région.
Trois ou quatre cas de tétanos se déclarèrent dans une ville et ces cas se multiplièrent pendant quelques jours, puis cette petite épidémie locale s’atténua et cessa tout à coup. Ces faits se reproduisirent dans un certain nombre d’hôpitaux.
J’ai recherché si l’on devait accuser comme facteur du tétanos la paille des vagons, ou 1 bien s’il y avait eu contamination d’un blessé à l’autre par des instruments mal désinfectés ^ et par les mains des infirmiers. Mon enquête me permit de constater que les cas de tétanos ■ survenus dans une même ville et au même moment affectaient des blessés qui venaient du même champ de bataille et dont les plaies avaient été souillées par la même terre.
Toutes les plaies compliquées de tétanos, petites ou graves, étaient des plaies sanieuses ’ et septiques, contenant des débris vestimentaires ou des corps étrangers; plusieurs de ces ’ f plaies avaient été inconsidérément suturées dans les ambulances du front.
Ces plaies étaient compliquées de suppuration fétide ou de rétention purulente, favorisée ' par l’adhésion du pansement sec aux bords de la plaie. Le traitement du tétanos confirmé ’ par les méthodes ordinaires, chloral à hautes doses et injections sous-cutanées de sérum ’ antitétanique ne donnant pas de résultats appréciables, sauf dans certains cas à longue incubation, que l’on sait d’un pronostic moins sévère, j’ai engagé les médecins de la ' 10® région qui observaient des cas de tétanos à les traiter, soit par les injections sous-
1 dure-mériennes de sérum, suivant la méthode de Borrel, soit, suivant la méthode plus simple et inaugurée avec succès à la fin de Tannée 1909 chez deux malades par le D*' d’Hotel, de Poix-Terron (Ardennes) qui venait de me faire part de ses résultats, je veux dire par les injections intrarachidiennes de sérum suivies de renversement du tronc en position de déclivité bulbaire.
Les injections de sérum sous la dure-mère crânienne n’ont pas amélioré l’état des tétaniques. Il en fut autrement des injections intrarachidiennes, suivies de renversement du ^ tronc.
* Une première série de succès obtenus par le D® Brisset, de Saint-Lô et par le D*" Le Monnier, de Granville, a démontré que cette méthode méritait d’être étudiée avec le plus grand soin, afin de déterminer quelle dose initiale devait être injectée et quels devaient être l’intervalle et les doses des injections suivantes. On comprendra l’importance de ces résultats et l’enseignement qui en résulte. \^V. Soc. Biologie, 31 octobre 1914).
Je me suis renseigné en même temps sur ce qui se passait au front : ma documentation ' est précise, car j’ai interrogé les blessés évacués depuis la retraite de Charleroi jusqu’à la bataille de la Marne, puis ceux qui ont été évacués depuis l’offensive générale jusqu’à l’occupation du terrain reconquis sur l’ennemi.
J’ai appris par tous ces blessés, dont un certain nombre étaient des médecins de l’armée active ou de la réserve, le désarroi des premiers jours, le mauvais fonctionnement des corps indépendants de brancardiers et des ambulances divisionnaires, dont la plupart n’avaient pas le matériel nécessaire ou bien restaient inutilisées, enfin les incohérences et les fautes des services de l’arrière, dont dépend l’évacuation des blessés vers l’intérieur.