CHAPITRE III
Les améliorations dans les conditions générales d'existence et de travail à la campagne
Nous avons envisagé, jusqu'ici, le cadre extérieur du travail agricole. Il nous faut considérer maintenant le cadre intérieur de la ferme: les bâtiments d’abord, puis les installations qui peuvent y être alimentées par des services publics: distributions d’eau, d'énergie électrique, de gaz.
Le problème que l’on aborde ici concerne plus particulièrement la vie du cultivateur et de sa famille. C’est tout un problème d’adaptation qui se pose. Tandis que les générations passent, la maison qui les a abritées successivement subsiste dans son ensemble. Sans doute, l’industrie en s’introduisant dans certains villages a fait surgir à côté des anciennes maisons rurales d’autres maisons uniquement destinées à l’habitation. Mais, dans la plupart de nos villages, il continue d’exister la maison, grande ou petite, qui, sous son toît, abrite bêtes et gens, quelquefois dans un véritable état de promis-
cuité. L’on voit tout de suite les questions qui se posent: séparation absolue des deux catégories de locaux affectées, l’une aux habitants, l’autre aux animaux, l’aéraion, l'éclairage, la protection contre l’humidité.
A côté du problème du logement, il y a celui de l’organisation du travail agricole : aménagement des bâtiments assurant, par une disposition judicieuse, l'économie des efforts et des trajets, la distribution de l’eau potable dans la maison et ses dépendances, distribution de l'énergie électrique tant pour la lumière que pour les autres usages (force motrice, cuisine, etc.). Toutes ces questions doivent être étudiées avec le souci constant de parer, dans la mesure du possible, aux conséquences du dépeuplement des villages. L’exode vers la ville et surtout la dénatalité, aggravés encore par la perte en hommes de la dernière guerre, épuisent nos campagnes. Sans chercher à vouloir ramener à la terre ceux qui l’ont quittée, peut-être pourra-t-on y maintenir ceux qui lui sont encore fidèles. Le retour à la terre est une utopie, mais il est possible d’enrayer la tendance à l’émigration vers les villes.
Les constructions rurales
Les bâtiments de l'exploitation rurale ne répondent plus toujours aux besoins actuels de la culture. Tandis que les villes ont subi quelquefois une évolution désordonnée, la plupart de nos villages souffrent de n'avoir pas évolué. Sans doute, le type ancien de construction rurale, dans une région déterminée, représen-
tait une adaptation au climat, au mode de culture, aux conditions économiques. Alors que certains de ces éléments ont radicalement changé, les bâtiments sont demeurés les mêmes et rien n’a été fait — ou si peu —pour les mettre en état de répondre à des besoins nouveaux.
Les cultivateurs et les groupements agricoles peuvent toujours obtenir des renseignements pratiques et des plans de bâtiments en s’adressant au Génie Rural. Mais, si l’on excepte les régions dévastées pendant la guerre (1), l’on ne construit pas beaucoup dans nos villages à population décroissante, Pourtant il y aurait bien des améliorations à apporter et la reconstitution des villages détruits a fourni des exemples intéressants de nouvelles constructions rurales.
Un bâtiment rural doit posséder les qualités suivantes: être hygiénique, pratique et économique (2). On
(1) En 1910, le Service des Améliorations Agricoles dut s’occuper de la reconstruction de quelques villages du département de la Marne plus ou moins détruits par des inondations. À cette occasion, les ingénieurs mirent au point un instrument juridique original : la Société coopérative de reconstruction qui connut un succès complet. Aussi bien, en 1919, M. Albert Lebrun, ministre des Régions Libérées, sur les propositions des ingénieurs du Génie Rural attachés à son administration, préconisa la réunion des propriétaires sinistrés en Coopératives de reconstruction dont une loi du 15 août 1920 arrêta le statut définitif. Un service du Contrôle d2s coopératives fut créé dans chaque département sous la direction d’un ingénieur du Génie Rural (décret du 16 juin 1920). Ce contrôle qui portait sur la gestion des coopératives fut l’occasion d’une large collaboration entre l’Administration et les sinistrés : des directions utiles furent données notamment aux architectes, pour la reconstruction des bâtiments détruits, Ces directions ont été résumées, pour le département de Meurthe-et-Moselle, dans une brochure éditée par le Ministère de l’Agriculture (voir Bibliographie n° 15).
(2) R. PrEauD (15, Bäliments agricoies) page 5.
a relevé maintes fois, dit M. Hottenger « les mau- « vaises habitudes de nos populations, une insouciance « et un excès d'économie qui se prêtent mal aux amé- « liorations nécessaires. » Les paysans utilisent généralement assez mal l'air pur, la lumière et le soleil qui leur sont si largement dispensés. Cependant, l'hygiène n’a pas moins de raison d’être au village qu’à la ville. L’insalubrité du logement des personnes favorise les maladies (3) et augmente la mortalité. L’absence de confort favorise l’exode vers la ville, surtout lorsqu'il s’agit d'ouvriers agricoles que des intérêts puissants n’attachent pas au sol. L’hygiène n’est pas moins importante pour les animaux et les bénéfices d’une étable ou d’une écurie propre, éclairée et aérée ont été vérifiés de tout temps.
Il convient de mentionner, en passant, l’importante question des plates-formes à fumier et des fosses à purin si négligées dans nos villages. L’absence de soins au fumier, l’inutilisation du purin se traduisent, annuellement, pour l’agriculture française, par des pertes
(3) La mortalité à la campagne est supérieure à la mortalité à la ville. Voir M. Moine (Bulletin de l'Office National d'Hygiène Publique, T. XXIII, 1931, Fasc. n° 8). L’auteur a comparé un groupe urbain de trois départements avec 7.600.000 habitants et un groupe de 8 départements ruraux groupant 2.500.000 habitants. Il a constaté, en 1928, dans le groupe urbain, 155,3 décès pour 10.000 habitants. Dans le groupe rural il y avait 178 décès pour 10.000 habitants. Poursuivant son étude, M. Moine montre qu’il y a plus d'adultes à la ville qu’à la campagne où la mortalité infantile est plus importante.
Cette conclusion est en accord avec les faits : le logement agricole laisse beaucoup à désirer et ne répond plus au besoin de bien-être qui se manifeste aujourd’hui,
que le chimiste Müntz estimait à plusieurs centaines de millions de francs (avant-guerre).
= Les bâtiments ruraux ne sont pas toujours pratiques, c’est-à-dire adaptés aux besoins de la culture. En général, on entretient aujourd’hui plus d'animaux que jadis et cependant, le logement des bêtes n’a pas varié. Enfin, il n’y avait nul souci d’économiser la maind'œuvre, jadis abondante, mais combien rare aujourd'hui.
Nous n'avons fait qu’effleurer les principales questions que soulève l'étude des bâtiments ruraux. Sans doute, il ne saurait être question de jeter bas tout ce qui existe pour « faire du neuf » à la place. Mais bien des aménagements sont possibles, bien des réadaptations pourraient être exécutées sans trop de frais et pourtant c’est sans doute la branche de son activité où le Génie Rural — à part les questions des régions dévastées — n’a réalisé que peu de choses.
Les encouragements du législateur n’ont pourtant pas manqué. La loi du 13 juillet 1928 (loi Loucheur) a accordé le bénéfice de ses dispositions « à la cons- « truction, à l’acquisition d'immeubles déjà existants « en vue de leur reconstruction, à l'aménagement, à la « réparation et à l’assainissement des habitations des- « tinées au logement des ouvriers agricoles et des pro- « priétaires ou petits exploitants peu fortunés... » (art. 19).
Mais les causes qui avaient empêché l’application de la loi sur les associations syndicales se retrouvent ici. Le cultivateur qui voudrait profiter des avantages que lui accorde la loi — à supposer qu’il les connût
exactement — se trouverait immédiatement devant un appareil administratif qui le déconcerte, parce qu’il lui apparaît trop compliqué et qu’il ne le comprend pas très bien. Aussi, la loi Loucheur n’a pas connu beaucoup d’applications à la campagne (4). La modernisation des bâtiments ruraux qui devait avoir «.. pour « son exécution un droit de priorité sur le tiers des cré- « dits affectés aux habitations à bon marché» (art. 19). n’a pratiquement rien utilisé de ces crédits.
Les distribution d’eau potable
La compétence du Génie Rural en matière de distribution communale d’eau potable est de date récente (arrêté ministériel du 18 septembre 1930 [5]). Jusquelà, le Génie Rural limitait son intervention aux amenées d’eau créées par des associations syndicales pour les besoins des fermes ou hameaux éloignés. Les projets intéressant les communes et subventionnés grâce au produit des prélèvements opérés sur les sommes engagées au Pari Mutuel demeuraient sous le contrôle exclusif du Service Hydraulique assuré par le personnel de l'Administration des Ponts et Chaussées. Sans rien modifier aux errements antérieurs et pour répondre à un vœu du Parlement, il a été décidé de venir
(4) I1 convient de mentionner cependant une intéressante application: de la loi Loucheur, faite à l’occasion de la reconstruction, sous la direction du Génie Rural, du village de Saint-Jean-de- Belleville (Savoie) entièrement détruit par un incendie (27 août 1928).
(5) J. O. 19 septembre 1930. Lars 3
— Ali —
plus particulièrement en aide aux petites communes, ainsi qu’à celles dont l'alimentation laisse le plus à désirer. Pour ces communes, l'intervention gratuite du Génie Rural était désormais admise.
Cette nouvelle branche de l’activité du Génie Rural est encore trop jeune pour qu’il soit possible de lui consacrer plus qu'une mention. Mais, d’ores et déjà, dans un problème aussi complexe, une question apparaît essentielle: c’est la recherche de l’eau et sa répartition entre les agglomérations humaines à qui elle fait défaut. C’est, au fond, toute la difficulté du problème, mais c’est une difficulté à laquelle il n’est pas toujours possible d'apporter une solution économique. Selon les conditions locales, il y a lieu de prévoir des solutions communales isolées ou bien le groupement de plusieurs communes en syndicat pour l’utilisation d’une même source ou d’un même ouvrage.
De telles études ont déjà été particulièrement abordées en Meurthe-et-Moselle où deux cent vingt et une communes ont été munies de tous les renseignements nécessaires à l’établissement de leur distribution d’eau (6). Des réalisations importantes ont vu le jour dans le cadre ainsi tracé et les conditions hygiéniques de la vie locale ont été transformées sur des zônes importantes. « Le but à atteindre est multiple: d’une part, « améliorer l'hygiène des populations et les préserver « des épidémies typhiques et cholériques; d’autre part,
(6) On a constaté au mois de mars 1933 que sur les 38.000 communes françaises, 10.657 possédaient une adduction d’eau convenablement établie. (Documentation du Comité Hygiène et Eau),
« permettre le développement et l’isolement du bétail « en fournissant partout une eau saine et abondante. « Cet idéal ne sera atteint que le jour où chaque exploi- « tation disposera en propre d’une distribution d’eau. « Mais la tâche est lourde, nul ne peut se le dissimuler; « les villages favorisés par la nature possèdent pour la « plupart les installations nécessaires; par contre, cer- « taines régions déshéritées n’ont pu, jusqu'ici, malgré « leurs efforts, pourvoir à leurs besoins, tant sont diffé- « rentes et onéreuses les solutions du problème qui les « intéresse. » (7).
Il convient d’ajouter que les bienfaits d’une distribution d’eau potable ne se limitent pas à une amélioration de l’hygiène des hommes et des animaux. L’eau sous pression à domicile contribue puissamment à faciliter le travail agricole : travaux ménagers de la femme, abreuvage des animaux à l’écurie ou à l’étable (8), arrosage du potager. Enfin, il est possible d’organiser la défense contre l'incendie, souvent inexistante à la campagne.
Les travaux communaux d’adduction d’eau potable sont subventionnés par l’Etat sur les ressources fournies au moyen d’un prélèvement effectué sur les fonds engagés au Paris Mutuel en vertu de l’article 102 de la loi de finance du 31 mars 1903 (9). Le taux de subven-
(7) R. PreauD et M. THi£saur (16, Éaux), pages 7 et 8.
(8) Cette considération revêt aujourd’hui un intérêt particulier dans les villages traversés par des routeS à grande circulation.
(9) Les modalités d’attribution et l’origine des subventions pour adductions d’eau sont en voie de changement. Le produit du prélèvement effectué sur les fonds engagés au Pari Mutuel est désormais: versé au- budget général à titre de fonds de concours.
tion varie essentiellement suivant la valeur du centime communal. Il atteint en moyenne 50 % du montant des dépenses. Enfin, les communes dévastées pendant la dernière guerre bénéficient d’une subvention supplémentaire (art. 36 de la loi du 12 août 1919) qui a pour effet de limiter encore l’effort financier de la commune et de le réduire à un taux excessivement modique (10).
Enfin, il est probable que dans un avenir prochain Padduction de leau potable posera le problème de l'évacuation des eaux usées au moyen d’égouts. Certaines communes se sont déjà engagées dans des travaux de ce genre que se traduisent immédiatement par une plus grande propreté des rues du village. Un arrêté du 13 juin 1931 a accordé le concours gratuit du Génie Rural aux communes rurales qui désiraient entreprendre des travaux subventionnés par le Ministère de l’Intérieur sur la partie du fonds des jeux qui lui est affectée (égoûts, cimetières, bains-douches, etc.).
L’électrification des campagnes
Ï1 nous faut aborder maintenant le problème de l’électrification des campagnes. Il ne saurait être question de traiter en quelques lignes un problème aussi complexe et nous n’en retiendrons ici que les éléments les plus caractéristiques (11).
(10) Circulaire ministérielle (Agriculture) du 30 juin 1930, J. O. 26 juillet 1930,
(11) Voir une étude très détaillée du problème dans P, FROMOXT : Le régime juridique de l’électrification dans la région lorraine, (Thèse, Nancy 1924). (8).
viit
Rire
Les avantages de l’électricité à la campagne ne font
plus de doute pour personne. « L’électricité apporte
la lumière la plus pratique, la plus agréable et la moins coûteuse : l’éclairage électrique permet de mieux utiliser tous les locaux de la ferme, d’augmenter en quelque sorte le rendement en travail des journées d'hiver; il améliore notamment les conditions d’existence à la campagne et, par tous ses avantages, il constitue l’un des facteurs susceptibles de favoriser le maintien à la terre.
« Pour tous les appareils mécaniques nécessaires à l’agriculture, l'électricité fournit la force motrice la plus simple, la plus rustique et la plus économique: le moteur électrique s’adapte instantanément à toutes les situations, qu’il s’agisse des divers ateliers de la ferme, des chantiers de battage ou même d’installations de labourage en plein champ. » (12).
Quelle est aujourd’hui la situation de fait ? « Sur les 31.705 communes où une distribution d'énergie électrique fonctionne au 1° janvier 1932, 12.175 communes ont été pourvues sans intervention du Ministère de l'Agriculture; 19.530 communes rurales sont desservies par des réseaux ruraux établis avec le concours du Ministère de l'Agriculture. » (13). Ces
communes rurales réunissent une population totale de 9.680.000 habitants. Il reste, en chiffres ronds, 7.000 communes rurales à électrifier et, si les travaux avaient
(12) R. Preaup. (14, Région Lorraine), page 5. | (13) Notes et documents statistiques sur l’électrification rurale.
(Publié par le Ministère de‘ l'Agriculture, 1932).
pu se poursuivre à la cadence soutenue au cours de ces dernières années, l’électrification complète des agglomérations rurales en France eut été acquise en 1935.
Exception faite des communes situées à proximité des lignes élecriques existantes — et qui souvent ont pu bénéficier de quelques obligations imposées aux concessionnaires d'Etat — le Génie Rural s’est efforcé, autant que possible, d'éviter les solutions individuelles et de préparer des réseaux d’ensemble intéressant un nombre important de localités. « Les limites de ces réseaux « ont été étudiées dans chaque situation particulière, « en tenant compte des lignes existantes et de leur « extension prévue, des conditions de fourniture et de « production du courant, des limites naturelles, crêtes « boisées, lignes d’étangs, vallées importantes, etc. ; « par contre, les limites administratives de cantons, « d’arrondissements et même de départements ne peu- « vent être retenues dès l’abord pour dessiner logi- « quemeænt les réseaux à préparer. » (14).
Ces réseaux doivent s'appuyer sur des groupements: syndicats de communes, coopératives, sociétés d'intérêt collectif, associations syndicales, etc...
Cette solution présente de nombreux avantages. Seule, une étude d’ensemble permet de trouver la solution la plus économique, à savoir le minimum de kilomètres de lignes pour un nombre donné de localités. Elle permet également de réserver l'avenir par lalimentation du réseau en plusieurs points. Enfin, les demandes émanant d’un groupement important ont
(14) R, Preauo (3, Région lorräine), page 7.
beaucoup plus de poids à l'égard des entreprises de production et de distribution d’électricité. Les conditions d'exécution des travaux et de fourniture d’énergie électrique, en raison des quantités en jeu, peuvent être obtenues à des prix plus avantageux.
Telles sont les principales idées directives qui ont guidé l’action du Génie Rural pour la construction des
réseaux.
En ce qui concerne l’exploitation, les solutions dépendent évidemment des situations de fait variables avec les régions. D’abord, c’est seulement dans des cas très particuliers que le groupement agricole pourra produire lui-même l’énergie dont il a besoin. Cette solution oblige le groupement à exploiter lui-même son réseau, soit directement, soit en régie. L’exploitation sera onéreuse et conduira à des tarifs de vente élevés, à moins que le groupement ne puisse desservir une certaine clientèle industrielle dont la consommation améliorera le rendement de la distribution. L’exploitation d’un réseau rural exige toujours un minimum de frais fixes, indépendant de la consommation, dont le montant a une lourde répercussion sur les dépenses de cette exploitation. Aussi bien et chaque fois que cela est possible, il faut « appuyer » le réseau rural sur une entreprise privée dont lexistence est déjà assurée par ailleurs, grâce à une importante clientèle industrielle et urbaine. Cette entreprise peut étendre son action au réseau rural voisin sans augmenter notablement ses frais d’exploitation: les tarifs de vente peuvent devenir bien plus avantageux. Sans doute, les entreprises privées sollicitées par
le groupement agricole subordonneront leur collaboration à l’assurance que leurs frais seront au moins couverts. Sans parler de bénéfices, elles voudront au moins être garanties contre les pertes. C’est l’origine des garanties de consommation souvent exigées par les sociétés concessionnaires. C’est ici que VPaction du Génie Rural s’est particulièrement exercée en collaboratoin avec le Service du Contrôle des Distributions d’Energie Electrique. Souvent, ces garanties peuvent paraître insupportables aux usagers; dans les assemblées élues, elles sont quelquefois vivement reprochées aux sociétés concessionnaires. Mais il ne faut pas oublier leur objet, surtout après la guerre, à une époque où l’on avait peu de renseignements sur les utilisations possibles des abonnés ruraux. Aujourd’hui, la question est mieux précisée. Très souvent, les prévisions les plus optimistes ont été dépassées. Dans de nombreux réseaux syndicaux — en Lorraine notamment — la courbe des consommations marque une allure ascendante qui ne laisse pas de faire impression. Dans ces conditions, les garanties n'avaient pas d’autre effet que d’effaroucher la clientèle en l’incitant à limiter le nombre et la puissance des appareils récepteurs. Certaines sociétés, bien inspirées, ont profité des révisions périodiques de tarifs pour supprimier les garanties. D’autres se sont contentées de ne plus les appliquer.
Une question à l’ordre du jour est celle de « l’électrification des écarts », c’est-à-dire l'extension des réseaux desservant les agglomérations aux hameaux et fermes éloignés. Dans un sentiment très louable, on
a voulu donner à des cultivateurs particulièrement désavantagés du fait de leur éloignement, les bienfaits de l’énergie électrique. Si la question ne présente pas de difficultés immédiates au point de vue de la construction, elle pourra avoir des répercussions dans Pavenir. Alors même que l’on comprime les charges d'exploitation, en adoptant des procédés de construction très soignés (supports en fer ou en ciment), la desserte des écarts n’en demeurera pas moins une source de frais élevés eu égard à la faible consommation prévisible, puisque, par définition, ces écarts groupent quelques ménages ruraux seulement ou même n’en contiennent qu’un seul. Le problème est trop récent pour qu’il soit possible de dégager maintenant Tes effets de l’électrification des écarts. On peut seulement regretter que les sages mesures de temporisation proposées par l’Administration n’aient pu être maintenues (15).
Il ne saurait être question dans cette étude de nous étendre plus longtemps, malgré son importance, sur le problème de l’électrification rurale. Les études statistiques sur les consommations réalisées par les abonnés ruraux sont encore trop fragmentaires pour qu’il soit possible de juger le parti que les cultivateurs ont
5) L’Administration voulait subordonner l’électrification des écarts à un certain niveau de consommation dans l’agglomération: 20 kwh par an et par habitant (arrêté du 1‘ juillet 1929 pris en application de la loi du 30 mai 1929, art. 75). L’arrêté du 7 juin 1930 pris en application des art .182 et 183 de la loi des finances du 16-4-30 a supprimé cette restriction,
su tirer, dans l’ensemble du pays, de cette forme nouvelle de Pénergie mise à leur disposition (16).
Le concours financier de l'Etat, en matière d’électrification rurale, est défini aujourd’hui par l'arrêté ministériel du 6 mai 1932 qui fixe les conditions d’attribution des subventions et par la loi du 2 août 1923, modifiée par l’article 141 de la loi de finances du 30 décembre 1928 relative aux avances de l'Etat à la Caisse Nationale de Crédit Agricole, laquelle est chargée d'accorder des prêts à taux réduits aux diverses collectivités d’électrification rurale.
Au 1° janvier 1932, le montant des travaux d’électrification rurale étudiés en France par le Génie Rural atteint 5.323 millions de francs. Les subventions de l'Etat atteignent 2.167 millions de francs et les prêts accordés, en vertu de la loi du 2 août 1923, dépassent 515 millions de francs.
(16) Toutefois des études sont poursuivies sur les réseaux lorrains depuis 1923. Elles font apparaître une augmentation lente mais continue de la consommation. Il ressort des renseignements recueillis que, dès le début de la mise en service d’un réseau, la totalité des habitants desservis utilise l’électricité pour les besoins de l’éclairage. Par contre le nombre des moteurs augmente lentement. Selon les régions, les consommations varient de 25 à 33 kilowatt-heures par habitant. Les premières études faites immédiatement après la guerre laissaient espérer une consommation de 10 à 15 kilowatt-heures,
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