CHAPITRE IV F
Les améliorations dans les conditions de recueil, de transformation e de vente des produits agricoles
Il nous faut évoquer ici les organismes qui apparaissent, aujourd’hui, seuls capables de vivifier l’agriculture française en remédiant aux inconvénients de la petite propriété.
Sans doute la petite propriété, comparée à la grande propriété, se trouve en France dans un état de supériorité. Sa situation oppose un démenti formel aux conceptions collectivistes qui voyaient la petite propriété absorbée dans de grands domaines par l'effort de la production capitaliste. Mais la petite propriété n’est pas sans inconviénient. Les progrès techniques permettent aujourd’hui d’améliorer la production agricole en quantité et en qualité. D’autre part, le cercle des relations s’élargit autour du cultivateur. Il peut atteindre des consommateurs situés de plus en plus loin, mais de plus en plus difficiles sur la bonté
et la régularité des produits qu’ils achètent. Enfin, la concurrence des producteurs étrangers ne peut être indéfiniment neutralisée par des barrières douanières: le cultivateur, comme l’industriel, doit diminuer ses prix de revient, à peine de succomber dans la lutte économique qui s’ajoute à la lutte contre les éléments naturels. ,
À une tâche tous les jours plus compliquée, le travail opiniâtre du paysan français ne suffit plus. L’individualisme a fait son temps. Bien souvent, à regret, le petit cultivateur a dû s’associer à ses voisins pour produire, transformer et vendre ses produits.
Les Coopératives agricoles
L'association professionnelle agricole, telle que nous la voyons aujourd’hui, est assez récente: elle n’a pas cinquante ans (1). Mais elle s’est développée sous des formes extrêmement variées. Lies moyens juridiques mis à sa disposition sont d’ailleurs nombreux. Ce sont, en particulier, les articles 1832 à 1873 du Code civil sur le contrat de société, les articles 18 à 64 du Code de commerce et la loi du 24 juillet 1867 sur les sociétés, la loi du 5 août 1920 (société d’inté-
(1) L'association existe en agriculture depuis plusieurs siècles. Les coopératives fromagères du Jura et de la Franche-Comté datent du xume siècle. Il existait sous l’Ancien Régime des confréries de vignerons en Touraine, des assurances mutuelles contre la mortalité du bétail dans les Landes, Enfin, des Sociétés d’agriculture et des comices agricoles sont plus que centenaires. (Voir Syndicats et Coopératives agricoles, par M. AUGE-LARIBÉ, Paris, Colin 1926.)
rêt collectif agricole), la loi du 21 mars 1884 modifiée par la loi du 12 mars 1920 sur les syndicats professionnels; enfin, éventuellement la loi du 1° juillet 1901 sur les associations.
Le Génie Rural apporte son appui technique à ces divers groupements nés des besoins actuels de l’agriculture et des exigences du marché extérieur. Les nécessités auxquelles doivent se plier ces groupements les obligent à adopter un caractère nettement industriel. Mais comment pourraient-ils apprécier les sacrifices à consentir, les bénéfices à espérer, les dispositions à adopter pour la construction de l’immeuble ou pour son aménagement intérieur ? Il appartient au Génie Rural, par d’utiles conseils, d'éviter les mécomptes en dissuadant les agriculteurs de se lancer dans des entreprises incertaines.
Faute d’une statistique exacte, il n’est pas possible de donner une idée précise de l’œuvre déjà accomplie dans cette voie (2). Les coopératives de production, de conservation, de transformation et de vente sont très nombreuses dans certaines régions de France. Par son intervention, le Génie Rural a donné un essor profitable à l’industrie laitière dans les régions de petite culture. Ces coopératives sont généralement orientées vers la production du beurre, mais certaines se sont livrées à la production du fromage ou à la préparation du lait pasteurisé qui trouve au voisinage des grandes villes un débouché assuré.
(2) AuGE-LaRiBÉ, op. cit, pages 89 et suivantes,
Un gros effort a été tenté en vue de la construction et de l’aménagement de caves coopératives pour le logement des vins ou pour la vinification. Ces caves coopératives, doublées d’une organisation puissante, luttent efficacement pour le maintien de prix de vente rémunérateurs. Un problème analogue se pose d’ailleurs avec une acuité tous les jours plus grande à propos du blé français.
Il convient de citer encore les féculeries, les distilleries, les minoteries, les tuileries coopératives. Enfin, les groupements pour l’entreprise en commun du labourage électrique élargissant encore le domaine de l’association en agriculture.
La question de la coopération de production en agriculture dépasse évidemment le cadre de cette étude. Signalons, cependant, en passant, ses avantages essentiels. Qu'il s’agisse de fabriquer, de conserver, de vendre les produits agricoles, la coopérative peut exercer une action efficace vers la compression des prix de revient, vers la recherche de produits de qualité et, finalement, vers l’augmentation du profit de la coopérative.
La coopérative, en effet, peut s’assurer les services d’un technicien qui saura faire un produit irréprochable, de qualité suivie, et le conserver jusqu’à la vente. Si la coopérative fait choix d’une marque de fabrique, il lui sera facile d’y attacher un renom de bonne qualité qui ne se dément pas.
La coopérative qui traite de grandes quantités de produits, réduit l'importance des frais généraux fixes et, par là, son prix de revient. Pour la même
raison, elle peut passer des marchés importants, étendre le rayon de sa clientèle et ainsi régulariser sa production.
D’autre part, la coopérative peut instaurer une discipline de la production et la moraliser. On a fait souvent le reproche au cultivateur français — et non sans raison, semble-t-il — de n’être pas honnête et de livrer sciemment des produits de mauvaise qualité. La coopérative aura une action efficace, non seulement en éliminant les produits de qualité inférieure ou courante qui se vendent mal, mais en orientant ses adhérents vers la recherche de produits de qualité supérieure. Ceux-ci, en dépit des crises, conservent toujours des débouchés. C’est ainsi que la coopérative paiera le lait suivant la quantité de matière grasse qu’il renferme, la vendange suivant le degré alcoolique du moût, la pomme de terre suivant sa teneur en fécule. S'il s’agit de fruits (pêches ou pommes, par exemple), de légumes (asperges ou tomates, par exemple), d'œufs, etc., la coopérative n’acceptera que des produits absolument intacts et d’un calibre déterminé.
Ces entreprises bénéficient généralement d’un taux de subvention égal à 10 %. Un arrêté ministériel du 16 avril 1929 a institué un régime spécial pour les caves coopératives: le taux de subvention varie de 1/8 à 1/20° du montant des dépenses.