‹ Le Service du Génie RuralChapitre 26 sur 35 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Nous avons donc examiné les caractères essentiels du Génie Rural. Nous avons étudié les besoins auxquels il doit faire face et les méthodes qu’il emploie pour remplir sa mission.

Si nous voulons résumer d’un mot toute l’action de ce service, nous dirons que son œuvre, est essentiellement une œuvre de collaboration.

Sans doute la collaboration n’est pas une chose inconnue dans la vie administrative : quand l’administration intervient pour mettre en œuvre notre appareil législatif, elle fait œuvre de collaboration. Mais c’est une collaboration qui s’impose et que les citoyens — qu'ils agissent comme électeurs, comme contribuables, comme justiciables, etc, — ne sauraient méconnaître. C’est une collaboration à forme autoritaire.

La collaboration du Génie Rural — et c’est là son caractère original — est une collaboration que lon sollicite — à moins qu’elle ne soit spontanément offerte — mais que l’on peut toujours décliner si l’on ne juge pas opportun d’y faire appel. |

Mais pourquoi déclinerait-on cette collaboration qui présente tant d'avantages ? Nous avons vu les ingé-

nieurs du Génie Rural, grâce à leur formation, tendre vers des entreprises bien adaptées aux besoins de l’agriculture et user de méthodes qui reflètent les caractères, les tendances, les aspirations des intéressés eux-mêmes.

Nous avons vu l'Etat intervenir de ses deniers, contribuer à accroître la richesse foncière du pays et sanctionner ainsi la collaboration de ses ingénieurs et des populations agricoles.

Mais nous ne voudrions pas clore cette étude sans insister sur ce fait que l’administration, quand elle abandonne ses prérogatives d’autorité pour se faire la collaboratrice des populations rurales, ne peut abdiquer complètement sa prééminence. Elle conserve le prestige qu’elle tient de sa vocation tutélaire. Elle manquerait à son devoir si, par complaisance, par faiblesse même, elle renonçait à sa situation privilégiée pour se faire la complice des solutions faciles, paresseuses, qui lui gagneront, sans doute, une popularité éphémère, mais de mauvais aloi.

La collaboration, qui est à la base même de l’action poursuivie par le Génie Rural, ne postule pas l'égalité des deux conceptions en présence. L’une s’inspire, par définition, de l'intérêt supérieur de la collectivité. L’autre a été, le plus souvent, élaborée en contemplation d'intérêts égoistes.

Il faut —— dans toute la force du mot — que le point de vue du Génie Rural triomphe, Et pourtant il ne dispose d’aucun moyen de contrainte. Nous l'avons vu, c’est par la persuasion, par le prix toujours plus élevé qui s’attache à ses avis, qu'il finit par emporter l’adhé-

sion du plus grand nombre, sinon de tous. Le concouts financier, qui est le corollaire de son concours technique, sanctionne l’accord intervenu entre ses ingénieurs et les membres de la collectivité intéressée.

C'est ainsi, mais pour des raisons qui lui sont propres, que le Génie Rural partage avec les autres administration la prééminence qui s’attache, en France, à l’entreprise administrative en général.

Cette prééminence s'analyse finalement dans ,une soumission volontaire des collectivités intéressées à des propositions arrêtées par le Génie Rural et sous son entière responsabilité, mais minutieusement étudiées, sous le signe d’une confiante collaboration.

Cette collaboration de l'Etat et des paysans français ne peut que devenir tous les jours plus étroite; elle a, en effet, pour base et pour objet la terre de France. Après avoir nourri des générations d’hommes depuis les temps les plus reculés, la terre de France n’a rien perdu de sa fécondité. Bien au contraire, sa fertilité, comme la diversité de ses produits, semblent être le fruit du labeur des milliers et des milliers d'hommes qui se sont penchés sur elle et qui continuent à le faire. Mais les temps changent, aujourd’hui, avec une rapidité déconcertante. L’ardeur au travail et la bonne volonté ne suffisent plus. Notre vieille terre de France doit lutter contre des concurrents jeunes, entreprenants, qui bénéficient de son expérience sans en avoir jamais supporté les frais. Mais elle gardera l'avantage ni nos paysans veulent mettre en valeur les richesses qu’elle recèle et qu’elle livrera à ceux-là seuls qui sauront les lui faire rendre. Pour y réussir, nos paysans,

en même temps qu’ils améliorent la terre, leurs moyens de production, de récolte, de vente, devront perfectionner leurs connaissances, étendre leur instruction pour tirer tout le parti possible des nouveaux outils qu’ils auront mis entre leurs mains. Ce faisant, ils auront conscience de leur valeur et se grandiront à leurs propres yeux.

C’est une œuvre digne des ingénieurs du Génie Rural qui veut, qu’en améliorant la terre de France, ils rendent meilleurs ceux qui la cultivent.

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