CHAPITRE II
La solution française
Les questions que soulève tout problème d’amélioration agricole furent aperçues en France en même temps qu’à l'Etranger, notamment dans les pays de l'Europe centrale. Le premier mouvement du législateur français fut de fournir, aux populations rurales, Pinstrument juridique capable de leur apporter la solution de ces problèmes. C’est l’objet de la loi du 21 juin 1855 sur les associations syndicales de propriétaires (1).
Que cette loi n’ait pas eu, d’abord, tout l'effet qu’on pouvait en attendre et qu’elle ait reçu peu d’applications, il ne faut pas s’en étonner. Les populations à qui elle s’adressait n'étaient pas préparées à en tirer profit.
(1) Ceite loi, limitée aux entreprises d’améliorations agricoles, fut étendue par la loi du 22 décembre 1888 aux travaux d’assainissement urbain. Des modifications importantes lui ont été apportées par le décret du 21 décembre 1926 rendu en application de la loi du 3 août 1926.
D'autre part, elle laissait subsister les difficultés d’ordre technique, juridique ou financier propres à tout problème d'amélioration agricole. Des cultivateurs ne sont guère en état de dresser un projet, de dessiner sur un plan le périmètre des terrains à faire entrer dans l'association, d'établir le devis des travaux, le projet des statuts de l’association, avec l’indication des voies et moyens destinés à couvrir la dépense et au besoin à l’amortir. La bonne volonté ne suffit plus. Il faut posséder des connaissances spéciales, que seules les études préalabes ét une longue expérience peuvent donner. Aussi bien, l’on ne peut aboutir dans cet ordre d'idées, que si l’on dispose de praticiens capables d’étudier l’affaire sous tous les angles et de résoudre toutes les difficultés qu’elle comporte.
Les Origines .
Le Ministère de l'Agriculture (2) fut créé par un
(2) On peut faire remonter les origines du Ministère de l’Agriculture à un arrêt du Conseil en date du 26 juin 1700, par lequel Chamillart, contrôleur général des Finances, obtenait de Louis XIV la création d’un conseil général du commerce, point de départ d’une administration spéciale de l’agriculture, des manufactures et du commerce. L’action de cette nouvelle administration fut soutenue efficacement par les successeurs de Chamillart : Desmarest, Trudaine, Bertin, Turgot, Loménie de Brienne. Elle bénéficia aussi de la propagande littéraire faite en faveur de l’agriculture par les Encyclopédistes et par les Physiocrates. Tombée en léthargie sous la Révolution, l’administration de l’agriculture fut réorganisée par le Premier Consul et connut une période féconde en résultats heureux. C’est en 1831 que l’administration de l’agriculture fut érigée en direction et rattachée au Ministère de l’Agriculture, du Commerce et des Travaux Publics.
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décret du 14 novembre 1881. Ce même décret faisait passer au nouveau ministère le Service de l’'Hydraulique Agricole qui, jusque-là, ressortissait au département des Travaux Publics (3). On se proposait d’assurer ainsi une protection plus efficace aux intérêts agricoles, trop souvent sacrifiés à ceux de l’industrie ou de la navigation intérieure. Enfin, en donnant une impulsion plus vive aux entreprises d'améliorations agricoles, on avait Pespoir de combattre la crise qui sévissait à l’époque.
Des rapports présentés au Ministère de l'Agriculture, quelques années plus tard, laissent à penser que les espérances fondées sur le nouvel état de choses n'avaient pas été toutes réalisées. En face de ce qui avait été fait à l’étranger, grâce à un effort considérable, les résultats obtenus en France apparaissaient
(3) Le service hydraulique est une création de la 2° République. Le gouvernement engageait l’administration à se consacrer « à « de grandes œuvres d’utilité agricole, telles que l’aménagement < de canaux d'irrigation, de limonage ou de colmatage, la régu- « larisation et le bon aménagement des cours d’eau, la création « de réservoirs artificiels, l'emploi des eaux soit comme moteur hy- « draulique, soit comme agent fertilisant, enfin le desséchement « des maraïs et la destruction des étangs insalubres.»> Dans ce but, un arrêté du 16 novembre 1848 créa, dans chaque département, um service spécial hydraulique, sous les ordres de l’ingénieur en chef, qui avait pour attributions : l’instruction: de toutes les affaires relatives à la réglementation des usines, la régularisation et l’endiguement des cours d’eau; les études et les travaux de dessèchement, de colmatage, de réservoirs et, de tous autres travaux ayant pour but d’assurer le bon emploi des eaux (en conciliant les intérêts de l’agriculture et ceux de lindustrie), la fixation des dunes, les conquêtes des laïis et relais de mer, le contrôle et la direction des travaux publics d'utilité agricole exécutés soit par des propriétaires, soit par des associations syndicales, soit par des concessionnaires avec ou sans subventions du Trésor, des départements ou des communes.
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insignifiants. La cause de notre infériorité n’était pas imputable à notre législation: les moyens juridiques utilisés à l’étranger étaient comparables aux nôtres, quand ils n'étaient pas identiques. L’on ne pouvait pas non plus incriminer le tempérament du paysan français. Sa bonne volonté était manifeste: un exemple récent venait de montrer tout le parti qu’il avait su tirer de la loi si libérale du 21 mars 1884 sur les syndicats professionnels. Mais nous Tlavons dit, les projets d'améliorations agricoles soulèvent des difficultés de différents ordres que la paysan, livré à ses seuls moyens, est, le plus souvent, impuissant à résoudre. Il lui faut un conseiller, presque un guide, à la fois technicien, juriste, économiste et, par-dessus tout, bien au courant des besoins de l’agriculture. Ce personnel de conseillers restait à créer Les agents passés d’un département ministériel dans un autre, à la faveur d’un simple décret, n'avaient pas acquis, pour autant, une formation propre à leur permettre de jouer le rôle nouveau auquel on les appelait. L’exemple fourni par l'étranger, et confirmé par l’expérience, n’avait été suivi qu’en partie: on avait créé le service, mais on n'avait pas créé les agents capables de l’assurer. Le Service de l’Hydraulique Agricole, malgré la haute valeur d’un personnel essentiellement formé à l’exécution des grands travaux publics, n’était pas préparé à ses nouvelles fonctions. Faute d’une formation agricole préalable, il ne voyait dans toute amélioration que le côté purement technique: il n’en saisissait pas le caractère agricole et humain.
Il fut décidé, pour remédier à cet état de choses,
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de réorganiser le Service de l’'Hydraulique Agricole, d'élargir son cadre et de compléter ses moyens d’action. Ce fut l’objet du décret du 27 janvier 1903 portant création du Service des Améliorations Agricoles (4).
Le développement du nouveau service
Ce nouveau service qui, à l’origine, secondait le Service de l’'Hydraulique Agricole, devait être composé d'agents offrant, quant aux entreprises de génie rural, toutes les garanties nécessaires: instruction technique étendue jointe à une forte éducation agricole.
Le Ministre de l’Agriculture assignait, comme but essentiel à ce nouveau service « l’ensemble des travaux « qui peuvent être exécutés par des cultivateurs isolés « ou des associations syndicales, en vue d'augmenter « d’une manière permanente la production de leurs « fonds et de permettre une meilleurs utilisation de « ces fonds et de leurs produits » (décret du 27 janvier 1903). Pour reprendre une expression actuelle, le Service des Améliorations Agricoles abordaïit le problème de l’équipement de la terre, problème très vaste, aux aspects les plus divers, et dont la réalisation commen-
(4) Le Service des Améliorations Agricoles qui dépendait de la Direction de l’Agriculture et des Améliorations Agricoles fut rattaché à la Direction générale des Eaux et Forêts, par un décret du 21 octobre 1911, réglant la répartition des attributions administratives du Ministère de l’Agriculture entre les différents services. Actuellement le Génie Rural dépend de la direction des Eaux et du Génie Rural. (Décrets du 8 octobre 1930 et du 9
août 1931). j'LEE
er cée avec des moyens limités se poursuit de nos jours, suivant un rythme de plus en pllus accéléré, grâce à des moyens sans cesse accrus.
Les débuts du nouveau service furent modestes: il est vrai qu’il était difficile de recruter immédiatement un personnel nombreux et spécialisé (5). Un certain nombre d'ingénieurs furent répartis sur le territoire, ayant reçu pour mission d'étudier, à titre gratuit, les projets intéressant les entreprises de génie rural, c’est-àdire : provoquer, au besoin, la formation d’associations syndicales de propriétaires, guider les agriculteurs dans les diverses phases que comporte la constitution de ces associations, exécuter sur le terrain les opérations topographiques nécessaires, rédiger les devis et mémoires descriptifs, surveiller l’exécution des travaux. Enfin, un personnel d’inspection avait pour rôle essentiel de contrôler l’activité des ingénieurs, d'examiner les projets dressés par eux, de coordonner leur action à travers le territoire (6).
Au bout de très peu de temps, le nouveau service fut très apprécié des agriculteurs. L’on put enregistrer, comme on l’avait fait à l’étranger, un nombre considé-
(5) Le corps des agents des Améliorations Agricoles fut constitué et organisé par un décret du 5 avril 1903.
(6) Un arrêté du 22 juillet 1903 tenta d’établir une collaboration entre le nouveau service et les professeurs départementaux et spéciaux d’agriculture. Ceux-ci avaient notamment pour mission de rechercher et de signaler aux ingénieurs des améliorations agricoles les entreprises susceptibles d’être exécutées. Cette collaboration ne donna pas, à l’époque, de résultats notables. Elle se poursuit aujourd’hui sous une autre forme beaucoup plus fructueuse, entre les ingénieurs du Génie Rural et les Directeurs des Services Agricoles. -
rable de demandes de concours, à tel point que le personnel, complètement débordé, dut être porté à 50 agents, inspecteurs et ingénieurs (décret du 12 mai 1910 portant réorganisation du Service des Améliorations Agricoles).
A la veille de la dernière guerre, ces cadres se révélaient insuffisants et, malgré le dévouement des ingénieurs, un grand nombre de projets demeuraient en souffrance.
Les événements qui se déroulèrent de 1914 à 1918 placèrent, au premier plan, toutes les questions concernant l’agriculture. L’expérience venait de mettre en évidence l’importance du ravitaillement en vivres du pays, ainsi que l’intérêt qui s’attachait à tirer des ressources nationales le maximum de rendement. Pour assurer cette évolution, il convenait d’élargir le rôle jusque-là dévolu au Service des Améliorations Agricoles. Les applications possibles de l’électricité à la campagne se précisaient; le Parlement venait de donner le jour à la loi sur le remembrement de la propriété rurale (loi Chauveau du 28 novembre 1918); enfin, après la victoire, il fallait reconstituer les villages et les fermes du Nord et de l'Est de la France.
Un décret du 26 décembre 1918 décida que le Corps des Améliorations agricoles prendrait le nom de « Corps du Génie Rural ». Le personnel du Corps était limité à deux inspecteurs généraux et à quatre-vingt-six ingénieurs en chef et ingénieurs. Enfin, il était créé un cadre secondaire analogue à celui qui existait auprès des Ingénieurs en chef des Ponts et Chaussées. Ainsi
= 66 — le personnel supérieur pouvait se consacrer plus spécialement à un travail d'initiative, de coordination et de contrôle; le personnel secondaire demeurant essentiellement chargé des travaux d’étude sur le terrain ou de la confection matérielle des projets.
Aussi bien, il est apparu au bout de quelques années, que ce travail d'initiative, de coordination et de contrôle devait former l’élément essentiel de l’activité du Génie Rural.
Il existe, en effet, à la campagne, des ressources insoupçconnées d'énergie, de volonté et d’aspiration vers le progrès scientifique, économique ou social. Le paysan français est un observateur doué de bon sens et il a généralement l'intuition de ce qu’il faut faire pour perfectionner ses méthodes de travail ou les conditions de son existence; mais il ne sait pas ou il n’ose pas toujours traduire ses sentiments dans le domaine des actes positifs, soit qu’il manque d’instruction — ce qui est de moins en moins fréquent — soit qu’il craigne d’éveiller les soupçons, voire les railleries de ses voisins. Le paysan français, qui a par ailleurs tant de qualités, possède parfois un défaut bien gênant: c’est un individualiste farouche. Que l’un d’eux apporte une idée neuve, logique, dont la mise en pratique serait profitable à tous, loin de récolter des encouragements et une aide efficace, il se heurtera quelquefois à une hostilité plus ou moins déclarée, dès l'instant où il faudra unir les efforts de chacun pour aboutir.
Est-ce à dire que toute œuvre d’ensemble soit impossible à la campagne? Certainement non et les nombreuses associations syndicales ou sociétés cooporatives,
les nombreux syndicats de communes qui existent aujourd’hui en France apporteraient, si c’était nécessaire, le démenti le plus net à une telle proposition. Mais si des œuvres d'intérêt collectif ont pu être mises au point et réalisées c’est que, la plupart du temps, une tierce personne, possédant la confiance de tous, tant par ses connaissances techniques que par son désintéressement, a pu intervenir, exposer en termes clairs ce que tout le monde sentait confusément, traduire les éléments du projet en quelques chiffres simples, préciser les formalités administratives à remplir ou les difficultés juridiques à résoudre, exposer en peu de mots le bilan financier de l’opération. Alors, la crainte des uns, la méfiance des autres se dissipent. Que cette tierce personne donne l’assurance que l'affaire, une fois lancée, elle en suivra l’exécution jusqu’au bout, alors elle mobilisera autour d’elle toutes les bonnes volontés.
D'autre part, il a semblé que pour beaucoup de projets, l'exécution des études, tant sur le terrain qu’au cabinet, pouvait être confiée à des entrepreneurs privés: ingénieurs, architectes ou géomètres. Il existe, dans ces corporations, des ressources considérables de savoir technique et de pratique professionnelle qu’il était intéressant de mettre en valeur. Plutôt que de développer un personnel d'Etat travaillant concurremment avec ces entrepreneurs privés, il a paru préférable de les utiliser et d'établir une collaboration profitable à tous. Du point de vue purement technique, les projets étudiés par le Génie Rural sont généralement simples et font appel à des connaissances scientifiques assez répandues; il suffira de veiller soigneusement que
me 68 — l’homme de l’art chargé de l'étude la poursuive confotmément aux besoins de l’agriculture (7).
Un décret du 10 juillet 1926 (8) élargit le cadre supérieur du Génie Rural — initiative, coordination et contrôle — aux dépens du cadre secondaire — exécution, suveillance —.
Ce décret vise au-delà d’une simple réorganisation du service du Génie Rural. C’est l’affirmation d’une doctrine. Les ingénieurs du Génie Rural auront essentiellement pour devoir d'étudier dans leur ensemble les problèmes d’améliorations agricoles, de proposer des solutions et des plans d'exécution suivant un programme logique, de persuader les intéressés, particuliers ou communes, de l'intérêt qui s’attache aux améliorations étudiées et à leur réalisation suivant le programme exposé. Si le projet est adopté, les ingénieurs en contrôleront l’exécution pour s’assurer, notamment, qu’elle demeure dans le cadre tracé par leurs soins. Aux entrepreneurs d’études privés (ingénieurs, géomètres, architectes), incombera la tâche de préciser, dans leurs détails, les projets à exécuter suivant le programme établi parles ingénieurs du Génie Rural, ou sous leur contrôle.
Cette manière de procéder présente des avantages certains. Outre ceux que nous avons déjà signalés, la collaboration des ingénieurs de l'Etat et des techniciens privés permet à tout moment de limiter le personnel d'étude aux besoins à satisfaire. D’autre part, elle éta-
(7) Voir plus haut page 16, (8) Modifié par un décret du 8 octobre 1931.
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blit entre les deux catégories de techniciens des échanges de vues profitables aux uns et aux autres. Par les relations sans cesse renouvelées qu’ils entretiennent avec les représentants les plus divers de l’agriculture, de l’industrie et du commerce, les ingénieurs du Génie Rural acquièrent une formation générale peu commune chez les techniciens. Ils sont parfaitement au courant des progrès de la technique moderne et nul n’a jamais pu leur reprocher de demeurer pCeroeRes à des méthodes de travail périmées,
L'intervention du Génie Rural. Les formalités
Le succès rencontré à l’étranger par le personnel des divers services d’améliorations agricoles tenait, en grande partie, à sa parfaite connaissance des besoins de l’agriculture. Aussi bien, lorsque fut créé, en France, le Service des Améliorations Agricoles — aujourd’hui le Service du Génie Rural — il fut entendu que le personnel serait recruté parmi les anciens élèves de l’Institut National Agronomique ou des Ecoles Nationales d'Agriculture. En 1918, devant l’importance de son rôle dans notre économie rurale, l’on dut imposer au Corps du Génie Rural des conditions de recrutement plus sévères: désormais le personnel du cadre supérieur est recruté uniquement parmi les anciens élèves de l’Institut National Agronomique (Ingénieurs Agronomes). Les élèves ingénieurs suivent pendant deux ans l’enseignement de l'Ecole Supérieure du Génie Ru-
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ral (9). La deuxième année, les élèves ajoutent à leurs cours ceux de l’Ecole Supérieure d’Electricité. Les cours portent sur les matières d’ordre technique dont les questions d'améliorations agricoles supposent la connaissance: mathématiques, mécanique rationnelle et appliquée, résistance des matériaux, construction des bâtiments ruraux, topographie, drainage, irrigation, construction des chemins ,des ponts, des barrages, etc. A côté de ces études d’ordre technique, figure un cours de droit administratif qui donne au futur ingénieur les connaissances juridiques indispensables à l’étude complète des projets et à la gestion des entreprises qu'il aura créées.
Telle est aujourd’hui la formation du personnel supérieur. Les cadres fixés par le décret du 10 juillet 1926 comprennent: trois inspecteurs généraux, trente-deux ingénieurs en chef, soixante ingénieurs et quarante ingénieurs adjoints .Les inspecteurs généraux assument essentiellement une mission de contrôle des services extérieurs. Les ingénieurs en chef sont placés à la tête de circonscriptions territoriales comprenant deux, trois ou quatre départements (10). Ils ont pour mission essentielle de surveiller l’étude des projets exécutés par le
(9) Le décret du 26 décembre 1918 prévoyait la création d’une section du Génie Rural à l’Ecole Nationale des Eaux-et-Forêts de Nancy, qui aurait pris le nom d’Ecole Nationale des Eauxet-Forêts et du Génie Rural. Cette décision n’eut pas de suite. L'Ecole Supérieure du Génie Rural, sise à Paris, a été créée par un décret du 5 août 1919.
(10) En Alsace-Lorraine, chaque département forme une circonscription. Le personnel des Améliorations Agricoles d’Alsace- Loraine a été incorporé dans le cadre du Génie Rural par un décret du 20 mars 1925,
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personnel sous leurs ordres. C’est à eux que revient surtout l’initiative des entreprises de génie rural susceptibles d’être réalisées dans leurs circonscriptions. Par la voie des journaux agricoles, par les conférences et surtout par leurs rapports constants avec l’élite du monde agricole, ils ont le moyen de faire pénétrer dans un milieu particulièrement méfiant, les idées, les suggestions qui tendent à améliorer le capital foncier, les méthodes de travail agricole, à assurer dans de meilleures conditions la transformation ou la vente des produits récoltés, en un mot, à poursuivre l’équipement de l’agriculture française. Les ingénieurs et ingénieursadjoints sous les ordres des ingénieurs en chef, étudient les projets qui leur sont confiés. Enfin, le personnel est complété par des agents du cadre secondaire (ingénieurs des travaux ruraux et adjoints techniques) qui sont recrutés au concours dans des conditions fixées par arrêté ministériel.
Tout ce personnel est mis à la disposition du monde agricole et il prête son concours aux collectivités publiques ou privées — exceptionnellement aux particuliers — pour résoudre les difficultés que soulève tout problème d'amélioration agricole. Ce concours est essentiellement gratuit. Il s’appliquera, non seulement à toutes les opérations d’ordre juridique ou économique que nécessite l’exécution complète de lopération envisagée: constitution d'associations syndicales de propriétaires, de sociétés coopératives ou de syndicats de communes s’il y a lieu, projet de répartition des dépenses, d'amortissement d'emprunt, etc. En un mot, les ingénieurs du Génie Rural, à toutes les phases de l'opération,
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proposent une solution à toutes les questions, quelle qu’en soit la nature, qu’il s’agit de résoudre. Lorsqu'une collectivité ou un particulier croit pouvoir bénéficier de l'intervention du Génie Rural, il demande au Ministère de l’Agriculture de la lui accorder. Le Génie Rural dresse le projet et, s’il y a lieu, il propose l'attribution d’une subvention. Ensuite, il contrôle l'exécution de ce projet. Il semblerait donc, si l’on s’en tient à la lettre des règlements, que toute initiative échappe au Génie Rural. En fait, il n’en est rien. Par la force des choses, il faut que l'initiative appartienne au Génie Rural, qui dressera le cadre dans lequel chacun devra agir, à la place qui lui sera assignée et suivant le rôle qui lui sera dévolu. L'initiative doit, en effet, appartenir au Génie Rural parce qu’il sera généralement seul à posséder les éléments d’information suffisants pour examiner une question dans son ensemble et, partant, pour proposer la solution logique qui s’impose, si l’on veut concilier l'intérêt général et celui de chacun. Car, c’est au fond, la difficulté essentielle à vaincre dès qu’on aborde un projet de quelques importance. Il est rare qu’on réalise, dès le début, l’unanimité des intéressés sur l’exécution d’un projet déterminé ou même sur son opportunité. On voit souvent se dresser des opposants, qui dépensent des trésors d’ingéniosité et de persévérance, à faire échouer des projets dont l’utilité ne fait aucun doute. Il est facile de persuader un groupe de cultivateurs ou le conseil municipal d’une commune rurale, que son adhésion à tel syndicat va à l’encontre de ses intérêts et profite au voisin. Cela est d'autant plus facile que la
SR Ce sauvegarde de l'intérêt général ne résulte, au fond, que des sacrifices consentis par les intérêts particuliers. De tels arguments sont d’un grand poids sur un public âprement attaché à la défense de son patrimoine.
Aussi bien, le succès d’une entreprise de quelque importance sera assuré, dans la mesure où les initiatives particulières n’auront pas eu le temps de s’affirmer et de s’opposer. Il faut absolument qu’au moment où elles commencent à se manifester, elles trouvent le cadre dans lequel elles devront agir et hors duquel elles seront neutralisées. Dès lors, ces initiatives particulières ne s’opposeront plus, mais travailleront dans le même sens. Elles seront groupées d’une manière logique, selon leurs affinités naturelles et non pas au gré du hasard ou d'intérêts particuliers d’ordre commercial ou électoral. Toutes les activités mises en jeu seront aussi bien coordonnées que possible et, partant, auront le meilleur rendement.
Il va sans dire que cette intervention préalable du Génie Rural suppose un certain doigté. Elle pourrait susciter des réactions que l’espérance d’un concours financier ne saurait toujours apaiser. Au fond, c’est par la confiance qu’il a su inspirer, que le Génie Rural a fini par imposer son contrôle et ses méthodes de travail. Les préventions qui ont pu naître chez certains ont disparu. On ne voit plus dans l'intervention du Génie Rural une nouvelle forme de tutelle administrative que la promesse d’une subvention rend plus supportable. Ce n’est pas le moindre succès du Génie Rural que son intervention, loin d’être subie est, aujourd’hui, vivement désirée, On s’étonne et l’on regrette parfois
PRE que certaines affaires échappent à sa compétence. Sous la pression de l’opinion, il y a maintenant une tendance de plus en plus marquée à faire porter le concours du Génie Rural sur des matières fort éloignées de la pensée de ses fondateurs. Ceci s’explique d’ailleurs assez bien. Pendant longtemps, les campagnes n’ont eu que peu de besoins et ont vécu sur elles-mêmes. Tout ce qui intéresse l’amélioration des conditions de la vie, du travail, de l’hygiène n’avait jamais tenu beaucoup de place dans les préoccupations du paysan. Mais les récents progrès de la science ont amené une large circulation des gens et des idées. Enfin, la Grande Guerre a complètement modifié les conditions de la vie rurale. Des problèmes se sont posés d’une manière impérieuse, qui n'avaient été jusque-là que des préoccupations d'amateurs éclairés.
Mais qui pouvait résoudre ces problèmes qui s’offraient, tout d’un coup et en bloc, à l’attention des paysans français ? Comment eussent-ils pu les résoudre, alors que rien dans le passé ne les y avait préparés? C’est à ce moment que le Service des Améliorations Agricoles, devenu le Service du Génie Rural, allait donner la mesure de ses moyens et mettre en relief la valeur d’un personnel capable d'apporter à tous les problèmes que le monde agricole lui présentait, des solutions simples, logiques et rationnelles.
Caractères du Service du Génie Rural
Avant de clore ce chapitre, il convient de faire une remarque essentielle sur les caractères du Génie Rural.
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Les ingénieurs qui assurent le fonctionnement de ce service sont d’abord des techniciens: les études auxquelles ïls se livrent, celles qui ont contribué à leur formation professionnelle sont en grande partie des études techniques.
Cependant, la technique n’est qu’un moyen d’action pour le Génie Rural: elle n’est jamais une fin en ellemême. Il n’est pas question de contester, ici, l’importance de la technique dans les problèmes d’améliorations agricoles. Mais il convient de souligner qu’en s’efforçant d’être plus qu’un service technique, le Génie Rural a pu réunir une variété d’attributions que ne connaissent pas certains services similaires étrangers, en Allemagne et en Amérique notamment.
La technique, en effet, est incapable d’insuffler la vie à un projet. Elle le définit, elle en détermine les éléments, elle en précise les moyens d’exécution: elle n’a créé, pour autant, qu’une œuvre inerte. Seules des considérations d'ordre économique, juridique et social pourront situer ce projet dans le cadre de l’activité nationale — ou l’en faire rejeter —. La technique s’enorgueillit chaque jour d’avoir reculé plus loin les bornes de son pouvoir. À quelles déceptions, à quels échecs ne conduit-elle pas si l’on n’a garde de tempérer son action par un sage examen des possibilités économiques.
Pénétré de cette idée que la technique est essentiellement quantitative, que seules les considérations économiques, juridiques et sociales sont qualitatives — donc d’un ordre supérieur — le Génie Rural français se présente à nous, moins comme un service tech-