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visions. La nécessité des secteurs s’iniposa dès lors et succéda très rapidement au développement des réseaux urbains.
Elle correspondait à la possibilité de tirer parti d'unités de puissances plus fortes donnant l'énergie dans des conditions plus économiques à la fois comme consommation de matière et comme main d'œuvre ouvrière. Dans l'ordre technique, elle était la “conséquence de la substitution au courant électrique distribué sous forme dite continue du courant - électrique distribué sous forme dite alternative.
Il va sans dire que de nombreux réseaux séparés se créent encore suivant la première forme suivie par les distributeurs alors que d’autres réseaux déjà créés s'agglutinent ensemble suivant la nouvelle forme adoptée du secteur. Il n’en pouvait être autrement dans le temps d’une période intermédiaire qui s'est étendue fort avant jusqu'à fin r914. Nous voyons encore en 1921, la tendance séparatrice agir contre la tendance contraire, tout à fait dominante et de supériorité incontestable. C’est que l’état des règles administratives admises en matière de distribution d'énergie permettait et permet toujours certaines spéculations contre lesquels il est difficile de lutter. Sans s'inquiéter des conséquences de leur initiative dans le sens de l'intérêt général qui semble être servi par l'extension donnée au nouveau mode, certains industriels se font attribuer par des municipalités devant lesquelles ils trouvent des facilités particulières soit du fait de leur personne, soit à l’aide de promesses hasardées, des concessions pour lesquelles ils exécutent ou non des travaux d’établissement de réseau séparé. Leur but, s'ils ont vu loin, et tout au moins le terme de leur entreprise, s'ils se sont laissés guider par une méconnaissance de la
question, est de revendre ultérieurement leur situation acquise aux secteurs qui s'étendent dans leur direction. Néanmoins, l'allure générale prise par l'industrie de la distribution est très nelte. Nous avons relevé en différentes années, comprises entre
1890 et 1911 d’une part le nombre d'établissements,
de distributions, d'autre part le nombre de machines installées et en troisième lieu la quantité de chevaux-vapeurs distribuable. La courbe établie sur le tableau statistique que nous joignons en prenant comme ordonnées le nombre des établissements et comme abscisses les années, a nettement une allure parabolique avec sommet en 1899. À partir de 1899, le nombre des établissements de distribution qui était de 29 en 1890, et qui atteignait alors le chiffre de 817, est subitement en décroissance. Cette date de 1899 marque doric l'époque à laquelle les tendances jusqu'ici coniraire:, se sont neutralisées. Maigré une augmentation de puissance considérable, c’est-à-dire malgré le développement pris par la distribution, le chiffre des établissements passe à 806 en 1910 et à 795 en 1911. Nous n'avons pu recueillir les chiffres au delà de cette année mais nul doute que la décroissance se soit beaucoup accrue, à en juger par les comptes-rendus des grandes sociétés qui signalent des rachats de réseaux et de petits secteurs déjà établis. Les courbes construites, en pre-
nant comme ordonnées, sur les mêmes abscisses an-
nées, soit la puissance installée distribuable, soit la puissance moyenne distribuable par établissement, comparées à la courbe précédente en doublent
l'intérêt. Elles marquent une allure parabolique très
marquée à direction extrêmement ascendante. De 1891 à 1911, la puissance moyenne distribuable par établissement passe de 128 chevaux-vapeur à 630
chevaux-vapeur et la puissance totale distribuable passe de 29.311 H. P. à 501.376 H. P.
Tableau du développement en nombre et en puissance des productions d'énergie électrique thermiques
Nombre d'établis- Puissanc* {otale Puissance installée
Annés sements installee par établissement 1891 229 29.311 120 1893 304 37.992 125 1894 338 1.388 122 1900 606 139.344 230 IQOI 625 156.137 218 1902 635 168.827 266 1903 k5 657 181.149 295 1904 693 193.919 279 1905 728 209.010 288 1906 762 239-709: % 314 1907 …. 783 270.218 356 1908 805 327.567 ho7 1909- 817 338.780 hr4 1910 « 806 390.339 84
TOI 795 5or.376 630
Ces derniers chiffres sont inférieurs d’ailleurs à ce qu'ils devraient être. Ils sont extraits des statistiques de l'Industrie Minérale et des appareils à vapeur qui comprennent, sous le nom d'établissements, les usines pour lesquelles des déclarations ont élé faites et nonles sociétés-qui possèdent ces usines. Or, les secteurs constitués et ayant absorbé des réseaux ont continué à . garder fort longtemps les anciens établissements de ces réseaux pourlesquels les déelarationsétaient maintenues et où les anciennes machines étaient devenues inactives. Is ont été forcés parfois par suite d'engagements antérieurs passés avec les municipalités qui tenaient à garder sinon la marche du moins la pos-
session des usines locales, dont les premiers concessionnaires imprudents leur avaient reconnu la propriété en fin de concession, ou bien ils y ont été conduits par mesure de prudence en vue de certains secours devenus d’ailleurs fort problématiques. Nous avons connu pour y avoir travaillé spécialement, une Société de distribution qui, en 1911, avait supprimé une douzaine d'établissements locaux à feux éteints lesquels étaient certainement conservés dans les statistiques où nous avons extrait les chiffres qui précèdent. De ce fait, il est porté un nombre d’établissements très supérieur au nombre des sociétés de distribution. Il en résulte, d’une part, que la courbe parabolique des établissements n’est pas assez tôt et suffisamment descendante et que, par contre, les courbes paraboliquées de puissance, elles, ne sont pas suffisamment ascendantes. Il y a enfin un autre facteur contre l’exactitude des chiffres que nous avons retenus au point de vue général dans leur application à l'industrie de la distribution. C’est que, les statistiques ne tiennent compte que des machines à feu et nullement des établissements hydrauliques. Or, dans la décade 1890-1910, ceux-ci se sont développés vers les équipements de haute chute, c’est-à-dire de fortes puissances par établissement et vers l'abandon des petites utilisations hydrauliques. À ne retenir, néanmoins que les résultats des chiffres donnés par les statistiques de l'Industrie Minérale, on trouve qu'en 10 ans, l'index de puissance par établissement a quintuplé. Ce chiffre de 5 peut être pris comme mi-
nimum marquant la vitesse d’accroissement du.
mouvement dirigé vers l'établissement des secteurs.
Nous aurons à regretter plus loin, que l’utilisation des forces hydrauliques n’ait pas pris le développement souhaitable. Ce développement se poursuivait
Éd Er
néanmoins et il aida beaucoup au développement des secteurs avec agglutination des réseaux existants. Le plus souvent, en effet, pour ne pas dire forcément, à l'utilisation d'une chute pour une industrie de distribution se joint la constitution d’un secteur, car il est nécessaire de transporter l'énergie de cette chute qui se trouve fort rarement aux points d'utilisation. De plus, les gros capitaux investis dans les équipements hydrauliques et les lignes de transports qu'ils nécessitent engagent plus avant encore dans l’organisation des secteurs les industriels qui s’y sont intéressés. Îl faut qu'ils cherchent à utiliser sans cesse davantage la pleine puissance dont ils ont la libre disposition sur l'arbre de leurs turbines, ce qui, sans augmentation de frais de production, leur vaudra des recettes impérieusement réclamées par le haut chiffre de leurs immobilisations.
Les exemples marquant l’organisation d’un secteur sur l’utilisation à faire d'une puissance hydrauhque équipée se multiplient dès 1892. À cette date on peut citer la Société Lyonnaise des Forces Motrices du Rhône, constituée pour tirer parti de l’aménagement d’une chute du Rhône artificiellement créée à Jonage. Et pourtant l’usine de Jonage se trouve aux portes de Lyon, et, pouvant être considérée comme usine locale, réclamait moins impérieusement son secteur. La même année la Compagnie Electrique de la Loire était fondée pour « l'exploitation des chutes du canal du Forez, de la Loire et de ses affluents ». Autour de l'équipement des chutes de la Brillanne-Villeneuve et de celles que l’on envisage sur la Basse-Durance et dans la région du Sud-Est se
créent l'Energie Electrique du littoral méditerra-
néen en 1900, le Sud-Electrique en 1906, et en 1910 la Société de Distribution de la Vallée du Rhône. Le
type du Sud-Electrique est particulièrement intéressant, car il forme un secteur simple et en principe sans production propre d'énergie. Cette Société appuie sa fourniture sur des achats d’une part aux énergies alpestres, d'autre part à l'aménagement d'une chute installée à Madières dans l'Hérault et collationnant par la Vis des eaux du Massif Central. Elle s’agglutine ensuite soit par absorption, soit par contrats de vente les différentes utilisations d'énergie existant dans la région qu’elle a assignée à son activité : la Société Avignonnaise d'Electricité, les tramways d'Avignon, la Société Nîmoise d’Eclairage et de Force Motrice par l'Electricité, la Société d’Electricité de Montpellier, les réseaux particuliers installés à Tarascon, à Arles, à Barbentane, à Cavaillon, à Marsillargues, à Aigues-Mortes, etc.
L'exemple des secteurs formés autour d'une chute s'étend au cas des fortes Centrales thermiques, lorsque surtout furent mises au point les turbines à vapeur de grande puissance et cela pour les mêmes raisons. L'Est Lumière, fondée en 1900, possède vingt concessions dans la région parisienne en 1908, pour l'utilisation de son usine d'Alfortville d’une puissance de 15000 H. P. thermiques.
— Le vrai régime qu'adopte le développement de la distribution d'énergie est donc dans une évolution. naturelle le régime des secteurs qui paraît répondre à un type définitif. Dans l’organisation en secteurs le distributeur tirera plein avantage des moyens divers dont la loi ou la jurisprudence aidée de l’AQministration, l'ont armé. Plaçons nous en face des désirs qui animent cet industriel, de la lutte qu'il a à soutenir et des moyens dont il dispose : x
Il s’agit, pour lui, de se créer une zône d'action aussi belle et aussi large que possible et de prendre
position dans celte zône. Au gré de relalions enta-
mées avec certains concessionnaires de distribution. du gaz, concessionnaires auxquels on se substitue en vue de l'exploitation de l'éclairage électrique dont ils ont gardé le monopole, ou bien par la possibilité
que l’on envisage de fournir l'énergie nécessaire à la
marche de quelque industrie importante, un indus-
triel envisage la création d’un secteur et il délimite,
parfois un peu au hasard sur la carte d’un bureau
d'études, une région qu'il désire soumettre à son ac-
tivité.
L'accord passé avec le gazier dans la ville importante de la région, moyennant ristourne qui lui sera faite sur les ventes d'électricité, et le contrat signé pour la fourniture nécessaire à tel ou tel industriel ne suffisent pas parfois à établir l’affaire. L’électricien y joindra alors quelques accords de concessions dans des agglomérations adroïitement choisies el qui permettent de compter sur un chiffre de recettes complémentaires. Avec de telles bases, l'étude financière sera établie de manière à faire ressortir des bénéfices certains. Il ne faut pas oublier, en effet, que les facteurs de vente par tête d'habitant soit dans les concessions, pour lesquelles les formalités sont en voie d'accomplissement, soit pour celles acquises d'accord avec le gazier, soit à fortiori pour l’ensemble d'une région dont on envisage l'exploitation, sont des chiffres extrêmement élastiques. D'ailleurs, à défaut d’élasticité dans le chiffre des recettes, celle qu'on ne manque pas de trouver dans le prix de revient donne la possibilité de présenter l'affaire sous un jour dés plus favorables. Jamais découragé le même optimisme se montre toujours à chaque nouvelle expérience soit sur l'importance des immobilisations, que les entrepreneurs les plus conscien-
cieux ne manquent jamais de dépasser, soit sur les frais d'exploitation, qui se grèvent de frais généraux toujours inattendus. La région délimitée est là avec ses industries florissantes et l'importance d'une population riche en même temps que dépensière. Alors une simple multiplication du bénéfice évalué à l’unité d'énergie par le nombre de kilowat-heures que l’on estime absorbables par tête d'habitant assure, vu le chiffre de la population, au plus difficile des capitalistes la rémunération certaine et accrue de ses capitaux.
L'affaire s’est ainsi créée avec toute la liberté que lui accorde la,loi quant au choix des concessionnaires par les municipalités et quant aux marchés contractés avec les industriels auxquels les concessionpaires gaziers sont assimilés. Elle s'appuie en plus sur la valeur de durée que lui donnent les monopoles consentis et qui s'étend habituellement jusqu'à 4o ans. Si nous sommes déjà en 1908, il y a bien à envisager la reprise gratuite des travaux de concessions à l'échéance par l'autorité concédante (Cahier des charges type du 17 mai 1908): Mais d'ici la fin de la concession on est convaincu d'avoir amorti. La société ne vivra d’ailleurs guère plus qu'elle et rien ne doit assombrir-l’avenir.
FH convient maintenant de défendre la région délimitée par l'entreprise contre les concurrences toujours possibles qui peuvent et librement se constituer et librement s'imposer, en suivant la même méthode, et qui seraient extrêmement gênantes pour la situation que le distributeur veut arriver à se créer. Dans cette voie la concurrence de projets n’a d’ail. leurs pas tardé à jouer. Une surenchère sur les prix a tenté d'une part certaines communes qui avaient été laissées un peu imprudemment de côté à la suite
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de pourparlers inlerrompus et qui ont été entreprises par un confrère plus audacieux. D'autre part, dans des parties délaissées de la région certains électriciens n'ont pas manqué d'appuyer sur la corde toujours sensible du patriotisme municipal, tantôt en proposant l’utilisation économique d’une petite chute locale, tantôt en faisant miroiter la sécurité que présente une usine spécialement destinée aux besoins de la commune, le tout s'accompagnant bien entendu de faveurs particulières sur les prix consentis au service municipal. Aussi pour arrêter les mécomptes que ne manqueraient pas de lui donner des campaones aussi contraires à con développement, l’industrie dont nous suivons l'organisation se hâtera de procéder le plus rapidement possible à l'installation des fééders qui doivent relier les différents centres ‘où elle a su ou voulu déjà s'imposer. La chose est de nature à retenir l'impatience des municipalités avec lesquelles on n’a pas encore contracté. La loi du 20 juin 1895 donne aux canalisations ainsi établies le caractère de permission de voirie sans que l’industriel ait à s'imposer d’autres obligations nouvelles que celles auxquelles il a souscrit avec les concessions préalablement obtenues par lui. Plus tard, la loi de 1906 ne lui refuse pas ce droit et la circulaire du 3 août 1908 l'établit bien nettement : « Un même entrepreneur peut demander séparément des concessions dans plusieurs communes sans que l’ensemble de la distribution doive faire l’objet d’une distribution d'état. » Il y a bien eu ensuite la circulaire du 0 mai 1910 et celle du 1° octobre rg12 voulant Jjustement imposer la concession d'Etat dans la situation où se trouve notre distributeur. Mais nous sommes sans doute loin encore de cette époque. Quand elle arrivera le secteur que nous voyons se créer aura déjà