UT
tres sa valeur, nous irouvons pour ce qui précède que
de
« à » sera égal à 5, y à 29 et x Graphiquement, la relation à laquelle nous avons abouti, y = a x, peut se représenter par une droite issue de l’origine des coordonnés dont les abscisses représentent l'inverse des recette brutes d’exploilation par 100 fr. de capital et dont les ordonnées figurent les bénéfices nets en % des recettes d'exploilation. Le paramètre de cette droite lu sur une ligne paramétrale choisie, donne le bénéfice net en % de l’entreprise. Dans toute comptabilité de secteur, la fixation annuelle des valeurs de x et y est la première qui, à notre avis, doit retenir l'attention de l'exploitant. Nous dirons que ces valeurs déterminent le point d'exploitation de l’entreprise. .
Il est possible de déterminer, à priori, le bénéfice not en % « a » qui doit être atteint pour qu'une entreprise ait chance de se développer. Ce bénéfice doit payer d'une part le loyer b de l'argent engagé et b représente le taux normal d'intérêt des capitaux conliés aux affaires industrielles. IE doit assurer d'autre part un amortissement € du capital investi, c étant calculé sur la nature des investissements. On peut donc pour une entreprise d'électricité en donnant à b la valeur 5 et à c la valeur 10 que nous eslimons vé-
ritablement indispensable au bout des ro premières
années pendant lesquelles aucune réserve sérieuse n'a pu être consentie, construire deux droites issues de l’origine, l’une avec le paramètre b, l’autre avec le paramètre a = b + c. Ces deux droites ménagent entre elles une plage dans laquelle doit se trouver le point d'exploitation (æ, y) de toute entreprise de distribution d'énergie qui donne des possibilités financières. Si ce point d'exploitation est en dessous de cette plage, l’entreprise se voit contrainte de ne faire
aucun amortissement si elle veut servir un loyer des capitaux même inférieur au loyer normal « b » appliqué dans les affaires industrielles. Dans les cas favorables le point d'exploitation se trouvera dans la plage entre les deux droites. On peut vérifier l'ensemble des comptes-rendus d’assemblées générales, ce point ne se trouvera jamais sur la droite de paramètre b + €. Nous estimons qu'il n’y a aucune exploitation d'électricité qui ne soit done soumise à ja crise des immobilisations figurée par tout point d'ex« ploitation situé au-dessous de la droite de paramètre a.
La construction des droites que nous venons de déterminer et la détermination du point d’exploita- Hon d'une entreprise permettront, dans chaque cas, de vérifier rapidement la situation financière. Le tracé de la droite réunissant le point d'exploitation à l’origine par son contact avec la ligne paramétrale fournira d’un côté ie % de réserve que peut consentir l’industrie qui veut servir un loyer normal aux Capitaux à elle confiés et d'autre part donnera l'écart entre les réserves consenties et les réserves à consentir. Le chiffre de cet écart traduira la manière dont l’industrie est atteinte par la crise des immobilisations.
- 6° Avant la guerre, cette crisé eut pour résultat d'amener une très grande prudence de la part de ceux des distributeurs d'électricité qui, après quelques mécomptes, avaient acquis l'expérience de leur affaire. Ils suivirent difficilement alors les impulsions que ne manquait pas de leur donner l’admi-, nistration du contrôle pour une plus grande extension de leurs réseaux. On commença à comprendre qu'une quantité d'intérêts, notamment l'intérêt des populations rurales, ne pouvait être servie par l'or-
ganisation commerciale de la distribution. Le problème était pourtant étudié avec une bonne for complète par les secteurs. Mais ces extensions se traduisaient toujours par un déficit financier qui leur était propre et qui serait venu compliquer encore la situation déjà mauvaise créée pour l'alimentation des centres qui s'étaient pourtant présentés sous les meilleurs auspices économiques. Nous avons sous les yeux, une étude que nous faisions en 1911, pour Falimentation de 4 agglomérations rurales et qui est vraiment typique de la difficulté financière éprouvée. | À
Il s'agissait de 4 communes présentant en moyenne chacune une population agglomérée de 500 habitants. Nous avions adopté cependant une recette probable par tête d’habitant variable entre 6 fr. et 6,50 qui ne pouvait vraiment être escomptée, étant donnés les tarifs alors appliqués, qu'au bout d’un certain temps,d'exploitation. Le total des recettes montait alors annuellement à 13.500 fr. dans nos prévisions. Or, en face de ces recettes, et malgré le bas prix des travaux à l’époque, il fallait mettre en balance, un chiffre d'environ 100.000 fr. d’immobilisations. Si l'on établit pour ce cas particulier les droites dont nous avons proposé ci-dessus la construction, on voil que, pour se contenter de servir un intérêt de 5 % aux capitaux engagés, il aurait fallu arriver à un bénéfice d'exploitation de 37 % des recettes. En se plaçant dans les conditions les plus favorables, nous ne pouvions compter que sur un bénéfice de 25 %. Done, il était impossible de gager les loyers du capital et à plus forte raison, on ne pouvait compter sur aucun amortissement des travaux.
On peut dire, en résumé, que dès avant la guerre, les entreprises de distribution se trouvaient dans une
+ IOL —
situalion hasardeuse pour ce qui était fait et ne pouvaient plus répondre au travail complémentaire qu'on leur demandait à moins de s'engager lémérairement pour l'avenir.
7 La guerre ne fit qu'accroitre la difficulté,
a). — Les matériaux atteignirent bien vite des valeurs dépassant toutes les prévisions possibles. Nous ne parlerons pas des secteurs en voie de construction lorsque la guerre éclata et pour lesquels ces élévations de prix jouèrent imimédiatement en accusant davantage encore les caractères de la crise des amortissements ou immobilisations dont nous avons causé précédemment. Les anciens secteurs engagés déjà dans les difficultés ne’ furent pas indemnes. Sans étendre leurs réseaux, ils se virent dans l'obligation pour répondre à la fièvre d'utilisation de l'énergie qui se déclara dès 1915, de procéder à des travaux de complément ou de secours qui les entraïînèrent à de nouvelles immobilisations. Afin de montrer quel appel fut fait aux secteurs pendant la guerre, nous allons donner l'exemple des deux villes de Sainr- ETIENNE et de MonrLucex, de 1913 à 1920. Ces viiles sont alimentées par la Compagnie électrique de la Loire et du Centre. Les chiffres marqués sont des kilowatt-heures : :
Exercice 1913-1014 1914-1915 1910-1916 1916-1917 1917-1918 1918-1919
Saint-Etienne
Montluçon 19.304.508 17.512.300 23.871.70Ù 29:997-901 33.097.888 26.243.744
Cette fièvre marque son apogée entre 1916 el 1917.
Ur 0e
Le danger qu’elle présentait était justement de ne pouvoir peut-être se soutenir et d’avoir fail naître des espoirs hasardés. Nous régrettons de ne pas posséder pour SAINT-Erienne et Monr£uçon, les chiffres des consommations demandées pendant les exercices 1919-1920 et 1920-1921. Mais nous ne doutons pas que ces chiffres, s'ils n’ont pas continué à tomber, n'ont pas progressé suivant l'allure rapide qui avait réclamé de nouvelles immobilisations. Néanmoins, les appels pressants de fourniture nécessitèrent des frais importants de la part de la compagnie et les immobilisations qui furent alors consenties correspondirent aux taux les plus élevés des cours. Le compte rendu de l'Assemblée Générale du 26 novembre 1920, en donne un aperçu saisissant. (R. G. E. du a avril 1921). |
Non seulement, les nouveaux capitaux engagés risquaient, et le tableau de statistiques précédent le montre bien, de ne pas correspondre à un effort de recettes soutenu, mais encore, ils étaient donc inveslis d'ordinaire à l'époque la plus troublée du marché des valeurs. Or la hausse des prix qui semble avoir atteint son maximum en août 1920, alors que s’achevait sans doute l'accomplissement du programme d'extension des secteurs, sollicité en 1916-1917, a subi ensuite un tassement considérable. En quelques mots les capitaux engagés avaient perdu la moitié et plus de leur valeur. La construction, par exemple, sur poteaux bois pour le {transport de courant triphasé 15.000 volts, passait en 6 mois d’un prix kilomètrique de 13.000 fr. à un prix kilomètrique de 9.000 pour descendre 6 mois après à l’époque où ces lignes sont écrites à un prix kilométrique de 7.000. Si l’on songe que le fer est tombé en 1 an du prix de 18o fr.
À oO
& 80 fr. les 100 kilos, que dans la même période le
charbon à diminué dans les nième proportions, sinon davantage, el qu'un lassement analogue sans être aussi accentué néanmoins s’est fait sentir sur les ciments, on ne peut songer sans crainte, aux difficultés accrues que les réseaux doivent aborder et à l'augmentalion pour eux de la crise des immobilisations. Comment corriger cette dévalorisalion alors que la productivité des entreprises de distribution ne permettait pas dans son ensemble d'assurer les amortissements d'avant-guerre des travaux exécutés dans une époque de valeurs faibles. Nous connaissons telle entreprise qui avant même qu'une ligne haute ten- SION pour transport à 30.000 volts ait pu être mise en service avait dù consentir en 1921, de par la dévalorisation, une perte de 40 % environ du capital engagé qui de 800.000 fr. en espèces, ne valait plus que 320.000 fr. en fait. Et pourtant l'argent consacré à ce travail était bien entièrement dù.
La dévalorisation des travaux n’est pas out, il faut se rappeler au surplus que des sommes ont été empruntées soit par créances, soit par obligations, pour couvrir les appels de fonds considérables que ces travaux ont nécessité. Or, ces emprunts ont été faits aux taux du jour, et dans le même temps que s'accusait une dévalorisation des travaux, a tendance à s’accuser, avec il est vrai un certain freinage, une dévalorisation du taux d'emprunt. Si nous nous reportons par exemple à l'entreprise que nous avons en vue ci-dessus, nous pouvons compter qu'elle dut émettre des obligations à 6 % nets d'impôts avec peut-être un prix d'émission de 425 fr. pour une valeur de 5oo fr., ce qui représente un emprunt à - % nets d'impôts. Il est à présumer que la valeur de l'argent reviendra à 5 % pour des émissions presque
au pair, si bien que les capilaux engagés perdront
ho
d'une part, 4o % pour la dévalorisation des matériaux et environ 2 % de loyer annuel pour tassement du prix des valeurs. Ce dernier tassement correspond à une nouvelle perte.d’'environ 30 % du capital. . Si nous nous reporlons aux comptes rendus des Assemblées générales de différentes sociétés, nous voyons que tous les secteurs ont dù pendant la guerre sans étendre leur rayon d'action, consentir de lourdes immobilisations et accepter toutes charges en découlant. e.
b)—Lahaussedes prix n’accentue pas seulement la
crise des amortissements du fait des immobilisations :
engagées au taux de la hausse. Elle a une conséquen-
ce d'ordre plus général sur toutes les immobilisations .
antérieurement consenties. En effet, si nous avons vu après une valorisation exhorbitante, se produire une dévalorisation rapide, il n’y a aucun doute que cette dernière arrivera à se stabiliser. à la suite d’oscillations successives à un niveau de valeurs supérieur aux prix pratiqués avant-guerre sur le marché des matériaux. [Il est assez difficile de Sxer de suite quel sera ce niveau. Certains se sont arrêtés un peu rapidement peut-être à un coefficient de hausse définitif de 5 à 4. Nous ne serions pas étonnés, quant à nous, que pour les objets qui intéressent l’industrie dont nous nous occupons le prix final des matériaux d’après guerre ne se fixent qu'à deux fois le prix des mêmes matériaux d’avant-guerre. Or, il faut remarquer que ce coefficient de deux aura une répercussion, même sur les immobilisations faites avec le coefficient de un. Si l’on admet, en effet, que les réserves sont prévues pour rempiacer en temps opportun les ouvrages amortis par des ouvrages correspondants et cela sans augmentation de cepital, :! feudra que les réserves soient doublées r'iisque au moment des remplace-
TT
ments lessouvrages auront en argent une valeur double. Il est vrai que si l'on se met non plus au point de vue remplacement, mais au point de vue valeur de { actif en fin de société, on a chance de voir doublée la valeur de cet actif. Mais nous avons vu qu'il se réduit du fait des remises gratuites. Ces remises en bon élal supposent un entretien soigné, qu'affecte alors la hausse définitive des prix. |
— À notre point de vue, et en se plaçant en face dela situation exacte et en dehors de toutes les préoccupations de crédits qui forcent bien entendu les distribu- Leurs d'énergie à donner une note optimiste, on peul se demander si déjà avant-guerre et si à fortiori à la suite de toutesles complications entraînèes par les bouleversenients de la guerre, la crise des amortissements où immobilisations subie par l'industrie de fa distribution n'est pas sans issue à moins d’uneintervention des pouvoirs publics, et cela par le caractère même du service public tel qu'il s'est organisé. Le mal arrive à se dissimuler par des combinaisons nouvelles : augmentations de capital, augmentations de nouvelles immobilisations dissimulant la situation des anciennes, rachat de secteurs par des secteurs plus importants absorbant les déchets d’immobilisations antérieurement consentlies. Il faudra qu'un jour ou l’autre, la situation soit éclaircie. Or on doit remaruer que l'industrie est fort éloignée d'avoir supporté l'effort financier nécessaire à l’organisation du service public de l’énergie.
IL serait facile par quelques exemples de montrer que malgré la part plus importante qui devrait lui être fdite, on ne met au compte amortissement que des allocations nettement insuffisantes. C’est qu'à moins de perdre un crédit plus que jamais nécessaire, il faut arriver à un dividende voisin du taux d’in-
térêt normal, ce qui supprime couramment la possibilité des réserves.
Après avoir fait de nombreux relevés de bilans, nous avons retenu les six exemples suivants dans le cas de sociétés anciennes et, extrêmement considérées. On nous periettra de les donner sans les références de noms, par discrétion professionnelle.
Exemple 1. — Après 15 ans d'exercice la part d'amortissement fotale di capital investi est :
En 1919 de 5,55 % du capital En 1920 de 6,78 % du capital. ;
Les biens de la Société ne comportent que lignes, réseaux et usines thermiques de secours, donc tous à amortissements rapides.
Les dividendes en 1919 et 1920 n'ont été que de 6 % en face de la nécessité de consolider des créances. Le capital investi est de 27.000.000.
Exemple 2.
Après même durée d'exercice, cette société dont le capital investi est de 27.000.000 environ en 1919, à en réserves diverses 5.63 % du capital et ne distribue qu’un dividende de 5 %. Usine thermique et réseaux dont l'amortissement devrait être prompt.
Exemple 3. — Cette Société contre un capital invesli en :
1919 de 73.000.000 fr. a une réserve de 10,50 % 1920 de 89.000.000 fr. a une réserve de 8,75 % Exemple 4. — Cette Société contre un capital in-
vésit en : e 1919 de 142.000.000 fr. a une réserve de 5,50 % 1920 de 190.000.000 fr. a une réserve de 4,85 % Dans ces deux derniers cas, nous trouvons des usi-
nes hydrauliques, mais il faut noter que d’importantes immobilisations ont été faites aux prix forts. Ces
soeiétés ont vécu une longue existence de près de 20 ans.
Exemple 5. — Voici les cas les plus favorables possibles. Les sociétés ont plus de 20 ans. L'une a en réserve 13,10 % du capital investi, l’autre 29,25 %. Pas d'hydraulique. Cette dernière est en déficit d’exploilation extrêmement sérieux et se considère ere dans une situation des plus critiques.
Exemple 6. — Les sommes engagées dans l'affaire montent en 1920 à environ 125 millions et la Société date de 14 ans. En réserves diverses, il y a alors envi- Ton 2.000.000, soit un peu moin de 1,75 % et le dividende n'a été que de 5 %, bien que l’alimenta- Uon soit principalement hydraulique. L'année 1919
n'avait pas laissé de dividende. Il y avait eu pendant
l'exercice 1919 pour 25 millions de travaux neufs à dévalorisation rapide. Contre à peu près 85 millions de capital consolidé en 1920, il y a 4o millions à peu près de capital non consolidé. »
ER es
En plus de la crise des immobilisations, l’industrie libre de la distribution de l'énergie souffre de sérieux mécomptes d'exploitation proprement dite. La faute en est la fixité et le bas niveau des prix.
L'habitude qui dans cette industrie a été prise d'établir les dépenses d'exploitation sans tenir compte des charges du capital est assez arbitraire. Les dépenses réelles se composent en réalité de 4 facteurs : le premier correspond aux frais de ‘production ou d'achat de l'énergie, le second s'établit sur les frais wénéraux, le troisième est fourni par le loyer du capital et le quatrième enfin est la part qui doit être mise de côté pour amortissement. Or, en général, on
appelle dépenses d'exploitations, les dépenses données par les deux premiers facteurs seuls.
La crise des immobilisations dont nous avons parlé, si l'on tenait compte d'une formule exacte d’exploitation, ne serait déjà que le résultat des mécomptes d'exploitation eux-mêmes. a
Mais l'industrie de la distribution fut touchée au-
delà et jusque dans les prévisions qu'elle avait faite
sur les facteurs : frais de production et frais généraux. La chose fut particulièrement sentie depuis 1914 et un examen des comptes profils et pertes des sociétés d'électricité, qui encore une fois laissent en dehors toutes charges des capitaux, ferait ressortir très souvent des balances débitrices. En général, les sociétés n'aiment pas publier les résultats défavora-. bles ou elles ne le font que lorsque les difficultés ayant l'air de s’atténuer, il leur est possible de marquer des améliorations. Néanmoins, il serait loisible de relever quelques déclarations saisissantes.
Cette situation difficile devint à ee point critique qu'elle finit par émouvoir les pouvoirs publics. Dans sa Circulaire du 24 novembre 1919, le Ministre des Travaux Publics la signalait aux Préfets dans les termes suivants : « Mon attention a été, depuis un cer- « tain temps déjà, appelée sur l’état des entreprises « des distributions d'énergie électrique dû au boule- « versement que la guerre a amenée dans la situation « économique générale. Certaines entreprises n’ont « pu continuer à fonctionner que par des moyens de « trésorerie provisoires, d’autres ont dû suspendre « leur exploitation. Il semble nécessaire dans l’inté- « rêt général d'examiner la situation de ces entre- « prises, dès que les intéressés le demanderont.…. ».
Le Gouvernement avait mis d’ailleurs un certain temps pour se rendre compte des conditions excep-
üonnelles qu'avaient à supporter les distributeurs
d'énergie, obligés de s’en tenir à des tarifs invariabies
depuis 1914 et déjà très critiquables à cette époque, alors que tous leurs chapitres de dépenses se trouvalent accrus de façon tout à fait anormale, L’industrie de la distribution était la seule qui malgré des charges écrasantes avait été obligée (l'industrie du gaz avait pour elle de splendides bénéfices antérieurs à la guerre) de garder des prix de vente de plus en plus disproportionnés avec la valeur de sa marchandise. Bien mieux elle ne pouvait refuser une clientèle qui dans de telles conditions n'avait pas besoin d'être poussée pour abonder et l’acculer à l'extrémité de ses moyens. La hausse générale s'était faite sentir à la fois sur laimain-d'œuvre, sur les matières de remplacement et surtout sur le combustible dont la plu-
part des distributeurs étaient soit entièrement. soit
partiellement tributaires. Et non seulement il y avait eu hausse de prix mais en même temps diminution de qualité : main-d'œuvre imposée et de rendement trop souvent dérisoire, matières difficiles à se procurer et pour lesquelles on ne pouvait songer à discuter la qualité, charbon donné sans tenir compte des nécessités des foyers les utilisant et souvent de qualité tout à fait inférieure par suite d’une pénurie qui fai-
sait tout accepter. L'exemple du charbon est tout par-
ticulièrement frappant. Alors qu’en 1914, on pouvait se procurer un tout venant industriel de première qualité sur carreau mine ou sur port de débarquement qui ne dépassait pas un prix de r9 fr. la tonne, on vit successivement le charbon monter à roo fr. puis à 200 fr. jusqu'à des valeurs inimaginables de 4oo fr. la tonne. Si actuellement (été 1921) on peut trouver des charbohs cotés 8o fr. sur carreau mine, il ne faut pas manquer de remarquer que quiconque
aurait parlé d'un tel prpix en 1914, aurait certainement passé pour fou. À ce prix d’ailleurs, s'ajoute la valeur augmentée des transports par voie ferrée qui: seinble avoir sensiblement quadruplée. Pour un centre noimalement éloigné du marché des combustibles, la valeur du transport à elle seule par tonne vaut le prix dela tonne de charbon en 1914 et le prix du charbon vendu encore actvellement est de ce fait de plus de 5 fois le prix du charbon vendu avant la guerre.
À laisser de’côté tout autre coefficient de hausse, la hausse sur le prix du combustible devait avoir les répercussions les plus fâcheuses et qu'il n’est pas sans intérêt de chiffrer. En nous plaçant dans des conditions favorables de groupes électrogènes normalement puissants, on peut dire qu’à un kilowatt heure auxbarres dedistribution de l'usine peut correspondre kilo 2 de charbon consommé aux grilles des chaudières. Mauvaise qualité du combustible, mauvais rendement des chauffeurs : il faut considérer que pendant la guerre, cette consommation normale de ‘ k. 2 était portée très fréquemment à 1 k. 5 lorsqu'elle ne dépassait pas ce chiffre.
Mais entre les barres de l’usine génératrice et le compteur de l’abonné, il y a une déperdition d’éner-. gie dont on doit tenir compte. D'abord il y a les Vignes de transports qui laissent écouler du courant par les supports, par les contacts d'arbres, par les décharges que l’on est obligé de prévoir dans certains postes de sûreté munis de ce que l’on appelle des aps pareils Timiteurs, et qui, en plus, donnent une déperdition calorifique par le passage du courant dans le cuivre des canalisations. Il y a ensuite les transformateurs qui sont des dissipateurs constants d’énergie, même lorsqu'il ne fournissent pas de passages
réels. Tous les organes de transport sont des occasions de pertes. Si l'on suppose que. le. rendement industriel de chacun d'eux est en moyenne de 90 %, on voit que, à la sortie d'un poste de distribution, le kilowalt-heure vendu correspond non plus à r kilo 5 de charbon, mais à environ 1,£r ce qui signifie rendement de 72,5 %. Là ne s'arrêtent pas les vicissitudes. Le courant rendu à la sortie du poste n’est pas encore le courant vendu. Il y a, par surcroît, toutes les per- Les du réseau de distribution basse tension. Dans les meilleures conditions de villes très importantes, on peut compter, alors que le courant n’a subi qu’une cascade de transformation d’abaissement après une une Cascade d’élévation déjà comptées au transport, que le Kilowatt-heure vendu ne correspond qu'à 65 % du Kilowatt-heure sorti de l’usine si bien qu'il faut compter dans le cas que nous avons envisagé sur une consommation d'environ 2 kilos de charbon par kilowatt-heure de recette. Si nous nous placions dans le cas de petits secteurs ruraux très éloignés de l'usine génératrice d’un grand secteur et où le courant aurait dû subir la cascade de plusieurs transformations, ainsi que des pertes à vide considérables dans ces transformations, il ne faudrait pas s'étonner que le kilowatt-heure vendu ne correspondit qu'à 5 % du kilowatt-heure fourni par l’usine, si bien qu'un kilowatt-heure de recette nécessiterait environ la consommation de 6 kilos de charbon. k
En remarquant qu’à 1 fr. de hausse dans le prix du charbon par tonne correspond 0,001 de hausse par kilo, il est facile de dresser un tableau de: la hausse du fait du charbon du prix de revient du kilowalt-heure vendu par secteur dans les deux conditions que nous avons retenues (cas de 2 k. par kilowatt-heure pour les grands réseaux urbains, cas ex-
trème de 6 kilos pour les petits réseaux ruraux) audelà du prix d'avant guerre basé sur du charkon à 25 fr. rendu à l'usine. Ce tableau ne tient compte que de la hausse due au charbon pour différentes valeurs de la cote et laisse complètement à part l'augmenta- Lion des autres charges du distributeur.
Charbons JO 100 17 200 fr. 300 11- 1° Cas 0,000 0,100 0,3000 0,0500 2° cas 0,1900 0,4500 1,0900 1,6500
Les chiffres de ce tableau montrent combien les tarifs d’avant-guerre, lesquels variaient dans les petits secteurs entre 30 et 5o centimes pour le prix du kilowatt-heure force et entre 70 centimes et 1 franc pour le prix du kilowatt-heure éclairage étaient loin de correspondre aux nouvelles conditions de lexploitalion. On peut interpoler entre chacun de ces chif- Îres extrêmes pour avoir des conditions moyennes.
Il ne faut pas oublier parmi les charges nouvelles, celles de la loi de 8 heures, qui nécessite dans les centrales l’organisation de trois équipes au lieu de deux ot qui dans l’ensemble de l'exploitation se traduit par une augmentation d'un quart des frais de main-d’œu-. vre indépendamment de toutes les augmentations de main-d'œuvre dues à l'augmentation du coût de la vie. |
Enfin, on ne doit pas passer sous silence non plus, l'habitude prise du changement de l'heure qui apporte une diminution ‘de 10 à 15 % en moyenne sur la vente des consommations nécessitées par l’éclairage. Tant que les ventes sont déficitaires, en valeur d'exploitation, le changement de l'heure peut être ccnsdiré comme favorable pour certaines sociétés. Mais 1} doit être envisagé comme un élément de per-
a TsiRRs lorsque, ce qristinormabicar Lens
que des déficits d'exploitation ne peut être évideminent que très limitée, le prix de vente du kilowatt heure d'éclairage dépasse le prix de revient de production. La perte est d'autant plus sensible qu’elle s'exerce sur une vente au prix fort qui est chargée de couvrir en grande partie les frais généraux.
Fort heureusement, une proportion importante des secteurs marchant sur courant électrique d’origine hydraulique échappent, sauf toutefois pour la portion de l'énergie qu'ils doivent à leurs usines de secours thermiques, au gros élément de déficit que présente [a hausse des combustibles. Ils restent atteints par tous les autres facteurs d'augmentation et pour être moins cruelle la crise d'exploitation les touche pourtant lourdement. Par sa circulaire spéciale du 17 Janvier 1920 sur les distributions alimentées par des usines hydrauliques, le ministère des Travaux Publics reconnait d'ailleurs que « les principes devant régler l'établissement des tarifs de vente dans les distributions d'énergie électrique sont les mêmes que l’énergie proviènne d'usines thermiques ou en tout ou en partie d'usines hydrauliques et que seules quelques modalités d'application diffèrent.
‘Le résultat de ces déboires d'exploitation est encore, comme pour la crise des amortissements, un écart de plus en plus grand entre l'intérêt particulier qui ne trouve plus son compte à l'extension de l’industrie et l'intérêt général qui ne peut plus être satisfait par l’état dans lequel est arrivée l’organisation de la distribution de l'énergie.