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AU TRUST, DE LA. DISTRIBUTION

L'un des défauts du régime industriel au plein épanouissement duquel le siècle écoulé a présidé fut certainement de cristalliser en grosses agglomérations Ja population entraînée dans son mouvement de concentration. Ces agglomérations se situèrent ordinai-

. rement en quelques points pldcés dans les plaines à Ha croisée des grandes routes fluviales ou terrestres

où des villes d'importance moyenne existaient déjà. C’est là tout naturellement que s’implanta en preiier lieu le service d'une distribution de l'énergie qui dut faire appel aux mêmes moyens que ceux utilisés par les industriels dont il recherchait la clientèle et qui ne trouva pas d'autre source de puissance que celle résultant de la combustion des charbons. Les chutes des rivières avaient été dans les périodes précédentes presque les seules sources dont se servait l’industrie pour produire la force qui lui était nécessaire. L'on vit alors l’abandon sucessif de toutes ces petites chutes qu'au cours des âges antérieurs la main de l’homme avait aménagées. Une excursion le long d'une de nos rivières est à ce point de vue tout à fait éloquente. Il faut reconnaître d’ailleurs que la faible puissance présentée par ces chutes ne répondait plus aux puissances plus élevées demandées par la concentration industrielle.

Malgré cette première défaveur, l'emploi de la force hydraulique ne pouvait manquer d'être considéré en lui-même comme particulièrement avantageux. Toutefois, pour en faire un usage adapté aux nouveaux besoins, il fallait d’une part apprendre à utiliser les fortes puissances correspondant aux chiffres sans cesse croissants que réclamaient les usines et les ‘agglomérations et il fallait d'autre part trouver le moyen de faire parvenir les puissances captées en des points ordinairement situés à la sortie des montagnes jusqu'aux centres d'utilisation urbains. La science appliquée n’abandonna pas la partie. Dès 1837, FOURNEYRON avait imaginé la turbine qui, en 1850,

avec les améliorations apportées par GïRARD,.

devenait un instrument docile disciplinant la force

naturelle des chutes VEt Cavour baptisait en 1870

l'eau des chutes la « houille blanche », marquant

ainsi Le but dans la concurrence à faire à la « houille noire ». L'industrie pouvait espérer équiper avec la turbine des forces de plus en plus puissantes. Le premier problème était résolu lorsque la mise au point des transports d'énergie à longue distance apporta également la solution du deuxième problème qui devait permettre de rendre à l’utilisation de ces forces naturelles toute l'importance qu’elle avait perdue. C'est en effet dans les environs de GRENOBLE el pour l'utilisation de la houille blanche que MARCEL DEs- PREZ poursuivit de 1880 à 1883 ses essais qui ont été l origine de la distribution d'énergie par secteur.

— Dès lors lutilisation des forces- naturelles hydrauliques entra en ligne dans le service de la pro- - duction et de la répartition de l'énergie. Nous avons même marqué qu'elle fut un des facteurs orientant l'organisation des grands secteurs. Elle conduisait naturellenient à la construction de lignes étendues pour rapprocher les points d'utilisation des points de production. Tout accroissement de clientèle se traduisant sans augmentation de frais de production par des bénéfices, elle poussait à ramifier le secteur créé par des réseaux multiples d'utilisation. Et pourtant, maloré les avantages qu'elle semblait présenter, l’utilisation de la houille banche ne pouvait arriver à acquérir une place de parité vis-à-vis de l'utilisation de la houille noire. Les graphiques donnant les courbes de puissances thermiques et de puissances hydrauliques annuellement équipées montrent que de 1900, époque à laquelle l'industrie de la distribution se trouvait munie de tous les moyens d'utiliser l'énergie hydraulique, jusqu’en 1914, le coefficient d'accroissement a été très différent pour les deux sys: tèmes de production. Pour les nouvelles installations

ere

à vapeur, il a élé deux fois plus élevé que pour les installations à eau.

Cependant la nature a très richement doté notre pays en puissances de chutes. Alors que l'équipement thermique mettait entre les mains de l’industrie un outil d’une capacilé sans cesse supérieure aux inoyens de combustibles dont on disposail, puisque nous avons vu le déficit charbonnier se creuser sans cesse, l'équipement hydraulique trouvait devant lui un nombre considérable de puissances dont il était possible de tirer parti. M. be LA BROSSE, ingénieur en chef du service d'étude des grandes forces hydrauliques dans les Alpes, estimait en 1909 à 4.600.000 chevaux la puissance utilisable à l'étiage, c'est-à-dire pendant une période de basses eaux n'excédant pas 10 jours, et à 8.000.000 de chevaux la puissance en régime normal, c’est-à-dire durant une période supérieure à 180 jours par an, pour Fensemble de la richesse. hydraulique de la France. À la mênie époque, en juillet 1909, MM. Loucueur et ALLEY publiaient dans le Bulletin de la société d'encouragement de l'Industrie Nationale un chiffre en eaux moyennes sensiblement inférieur à 5.900.000 chevaux. Une certaine fantaisie paraît donc se donner cours dans ces estimations. II semble cependant que des études plus complètes arrivent à fixer des chiffres de plus en plus élevés. C’est ainsi que dans Ja Technique Moderne d'avril 1915, : M. ADER évaluait notre puissance hydraulique er Caux moyennes à 9.200.000 chevaux. M. Henri CAHEN, alors qu'il était directeur pendant la guerre du service des forces motrices au Ministère de l’armement, estimait que la France peut disposer de S:000.000 chevaux hydrauliques en toute sécurité. Enfin l'Annuaire de la Houille Blanche de 1920 porte que la puissance moyenne peut être évaluée à

10.060.000 de chevaux et ce dernier chiffre nous senble devoir être retenu. C'était celui dont faisait mention l'exposé des motifs du projet de loi sur les distributions d'énergie de 1897 ! Dans ces conditions, là France serait un des pays les plus favorisés au point de vue de l'énergie de ses chutes. Contre la Norvège disposant de 36 chevaux 60 par kilomètre carré de superficie, la Suède disposant de 0 chevaux, l'Autriche-Hongrie de 19,46, l'Espagne et l'Italie de 10 chevaux chacune, l'Allemagne de 3 chevaux 06, l'Angleterre de 2,60, la France disposerait de 15 à 25 che: vaux et sé placerait de suite après la Norvège. Elle se placerait nettement avant elle si l’on basait la puissance en chevaux par tête d'habitant. En 1911, pour une population évaluée à environ 40.000.000 d’âmes, la statistique pouvait donner un quart de cheval hydraulique par habitant. Si l’on estime que chaque famille moyenne se compose de 4 personnes et si l'on lient compte du tassement des besoins qui peuvent bien nécessiler à un moment donné une certaine somme d'énergie mais qui ne la réclament pas à tout

instant (nous pouvons prendre égal à 6, le .coeffi- cient de lassement), on voit que la richesse de notre sol en forces hydrauliques pourrait mettre à la disposition de chaque famille une puissance toujours hnmédiatement disponible de 6 chevaux.

Nous sommes persuadés d’ailleurs, que Futilisation rationnelle des chutes à laquelle conduirait l'organisallon d’un vaste secteur ramifié réunissant les usines les unes aux autres, serait de nature à relever le chiffre des puissances én eaux moyennes. Nous disposons, en effet, suivant les différentes régions, de régimes d’eau extrêmement variés. Les chutes alpestres et pyrénéennes, celles du moins qui sont d'oriogine glacière, ont leur maximum de puissance en été

à la fonte des neiges. Par contre, les chutes de tout le massif central, du Jûra, des Vosges et de l'Ouest ont leur maximum à la fin de l'hiver. Il est ainsi facile de corriger les caractéristiques contraires de nos régimes hydrauliques, de faire correspondre les eaux moyennes d’un régime avec les fortes eaux s’écoulant aù même instant dans un régime voisin et d’arriver ainsi, grâce à l’unification produite par un secteur les englobant toutes, à un régime moyen général très différent de la somme des régimes moyens. Dans une telle organisation on ne devrait pas hésiter à équiper. les chutes en vue de l’avenir à ménager pour une. puissance capable d'absorber non plus de deux à trois fois la puissance de l’étiage, ce qui se fait actuellement, mais pour une puissance capable d’'absorber les fortes puissances qui sont souvent de trois à cinq fois la puissance à l’étiage. Encore Misserait-on là de côté, le cas des grandes eaux. * D'ailleurs, une organisation encore plus poussée trouverait à utiliser ces dernières. Déjà, afin de profiter des avantages qu'ils obtiennent par là possession d'un bassin versant, certains industriels ont étudié et exécutent même l'aménagement de bassins de retenue judicieusement placés pour leur permettre de profiter d'eaux jusque-là inutilement perdues. Le système des bassins est appelé à se généraliser. Leur uli-. lité serait particulièrement grande dans le cas des chutes d'origine non glacière et de minimum d'été, dont le bassin versant est soumis pendant la saison chaude à des orages violents amenant des crues subites. Des raisons d'ordre agricole, limitation des ravages causés par ies crues, mainiien d'une humidité salutaire à la végétation, s'ajoutent d’ailleurs aux raisons d'un ordre économique et industriel qui sont les nôtres. L’emploï des bassins de retenue viendrait

encore augmenter la puissance moyenne hydraulique dont disposerait l’ensemble d'un réseau national. |

Sans vouloir se placer dans les conditions les plus favorables qui augmenteraient beaucoup la limite de la puissance hydraulique moyenne disponible nous ne retiendrons dans les calculs qui vont suivre qu'un chiffre initial de 6.000.000 chevaux hydrauliques,

En la supposant utilisée pendant 300 jours par an celle puissance ainsi équipée mettrait à la disposition de nos besoins économiques 43.000.000.000 chevaux heures. Si nous nous plaçons dans les conditions d'activité d'avant guerre nous pouvons relenir en chiffres ronds, pour les consommations de combustibles, d’un côté celle de 40.000.000 tonnes utilisée à de la force motrice consommant en moyenne 3,5 kg à 4 kilos par cheval et celle de 20.000.000 tonnes absorbée par le chauffage domestique ou métallurgique. Nous nous mettons dans des conditions très approximatives mais suffisantes. Ces chiffres représentent un besoin en chevaux inférieur à 10.000.000.000 chevaux heures utiles annuellement. Si nous supposons alors le cas d’un vaste secteur alimenté par des moyens purement hydrauliques et que nous admettions une perte en transport et transformations diverses de 30 % de l'énergie hydraulique, nous voyons que l'équipement supposé ci-dessus nous laisse un écart de 24.000.000.000 chevaux heures, tout service de force motrice satisfait, et utilisables soit au chauffage, soit

. pour des besoins industriels nouveaux. Nous n’avons

pas tenu compte, il est vrai, de celles de ces énergies hydrauliques équipées qui servaient déjà, en 1913, à satisfaire des besoins grâce aux secteurs qu’elles alimentaient. Mais nous pouvons én faire une évalua-

tion. On peut compler que sur 1.000.000 chevaux hydrauliques équipés en 1913, 300.000, tout au plus, semblaient utilisés pour la distribution de l'énergie. Par suite d'un manque de coordination d'emploi et d'organisation méthodique, nous ne croyons pas que cette puissance ait été utilisée en moyenne plus de 2.000 heures par an. Nous avons, sous les yeux, les rendements au départ de la station d’un secteur pour une chute dont l’exploitation 1910-1911 était pourtant extrêmement poussée, car elle marchait concurremment avec de l’énergie achetée par le secteur à ses voisins. Or, son rendement départ station n’est que de 32 %. Avec les pertes à la distribution de ce point que nous pouvons d’une façon assez générale évaluer à 25 %, on doit compter qu il tombait au rendement de 24 %. En nous plaçant dans le cas que nous avons considéré d’une année commerciale de 300 jours de 24 heures, cet exemple d’une bonne exploitation ne marque qu'une utilisation annuelle de 1.790 heures de la puissance hydraulique utilisable. L'approximalion de 2.000 heures pour 1913 est donc extrêmement favorable. Appliquée à 300.000 H. P. elle donne l'évaluation de 600.000.000 chevaux heures à 1.000.000.000 comme représentant l'énergie en chevaux heures demandée, dès 1913, à nos chutes d'eau. Finalement l'exploitation rationnelle de 6.000.000 chevaux hydrauliques nous donnerait un surcroît de 23.000.000.000 chevaux heures, donc de 53 % du total, utilisables soit par le chauffage, soit pour plus que doubler la force motrice totale, c’est-à: dire suffisant pour accroître dans des proportions considérables notre activité industrielle. | Dans ce qui ‘précède nous avons tablé sur un minimum de 6.000.000 chevaux de puissance équipée. Mais nous savons qu’il existe au-delà une marge im-

portante de puissance équipable. Il est vrai que nous avons {ablé également sur une utilisation complète de l'équipement pendant 300 jour par an, ce qui représente environ 7.000 heures, alors que nous avons vu en pratique, avant guerre, l'utilisation moyenne atteindre difficilement 2.000 heures. Mais il faut retenir d'abord que la marche d'avant guerre est fort éloignée de celle que l’on peut espérer dans cette or- ganisalion définitive qui doit être toujours présente à notre esprit. En même temps qu'elle est appelée à relever, ainsi que nous l’avons vu, le niveau de la moyenne des puissances utilisables, la liaison des usines les unes aux autres et des secteurs entre eux est appelée également à relever la moyenne du rendement de la puissance utilisée. C’est là le résultat de la loi des grands nombres. Il est peut-être téméraire, néanmoins, de compter sur l’utilisation de 7.000 heures de la puissance hydrauliquement installée, mais il ne semble pas impossible que l’on arrive à une utilisation finale de 4.000, voire même de 6.060 heures. I] faut, d’ailleurs, remarquer, qu’en arrêtant à 300 jours l'utilisation de la puissance disponible nous avons déjà admis une diminution d'environ 18 % de son plein rendement. Si toutefois nous supposions que la durée de l’utilisation ne dépasse pas 4.000 heures nous voyons que la puissance équipée de 6.000.000 de chevaux répond au-delà à tous les besoins de forces en 1913 qui serait même satisfaits par une utilisation de 3000 h. environ. L'augmentation d'activité économique en gardant l’utilisation de 3.000 h. devrait correspondre alors à une augmentation d'équipement prise sur la large marge laissée encore aux équipements possibles.

-. — La France possède ainsi, dans l’énergie des chutes dont elle est pourvue, un réservoir capable de ré-

pondre à tous les besoins de son économie, sans qu'il soit nécessaire de recourir à d’autres utilisations de sources énergétiques naturelles. Il semble donc que toutlogiquement l'industrie pourvuecommeelle l'était dès 1900 environ: des moyens d’équiper et de transporter la puissance des chutes allait abandonner la vogue accordée jusqu'alors à la production de énergie par procédés thermiques. Cette vogue était une conséquence de la concentration industrielle et une adaptation grossière aux premières nécessités de cette concentration. On devait retrouver la voie naturelle qui est non plus de produire mais de capter l'énergie. Comment expliquer, alors que le développement de la distribution basée sur les moyens hydrauliques devait prendre la plus grande extension, que ce développement fut si sensiblement resté inférieur au développement basé sur les moyens thermiques.

La chose devait provenir de la manière même dont s'était organisé chez nous le service de la distribulion. Laissé comme nous l’avons vu aux mains des intérêts particuliers, ce service était astreint aux préoccupations nçrmalement imposées à ces intérêts, dans la situation ‘égale où ils se trouvaient.

À. — Or, en premier lieu il faut remarquer que quel que puisse être son avantage au point de vue de l'économie générale, l’utilisation de l’énergie hydraudique nécessite immédiatement une sortie de capilaux considérable dont le service n’a pas la couverture d’une utilisation thermique. Nous avons vu que même pour l’utilisation thermique les secteurs, tout en limitant leurs moyens de production aux débouchés qu'ils ont en vue, se trouvent déjà entraînés vers des difficultés très lourdes pour assurer le loyer des

Capitaux qui leur sont confiés el à fortiori l'amortissement de ces capitaux. Dans le cas de l’utilisation hydraulique, si, comme il est naturel, on se laisse guider par le soin de capter la plus grande énergie possible, on ne limite plus la puissance produite à la puissance dont on espère la vente et, de ce fait, on se laisse entraîner de suite à un investissement de fonds qui risque de dépasser les sorties d'énergie à espérer d'ici un très long temps. Au surplus, l’immobilisation d'une mise en valeur hydraulique à puissance égale est toujours très nettement supérieure à l’immobilisation nécessitée par une installation thermique. Les travaux d’eau sont extrêmement coûteux. On peut, en moyenne, estimer l'équipement du cheval brut hydraulique à troisfois la valeur de l’équipement du cheval brut thermique. Si l’on ajoute à ces frais d'équipement du cheval brut ceux nécessités par l'obligation de construire des fééders de transport jusqu'au centre de gravité de l’utilisation de l'énergie, ordinairement éloigné des chutes, et ceux nécessités par l'installation d’une usine thermique de secours ou d'appoint qui accompagne dans le système des secteurs d'avant guerre une installation bien comprise d'ordre hydraulique, on peut considérer l’immobilisation mise à l’utilisation d'une chute comme en moyenne 5 fois supérieure à l’immobilisation censentie dans une exploitation d'ordre purement thermique.

Certaines valeurs données par les tapes sont de nature à confirmer ce chiffre.

En 1911, on estimait à 300.000 HP les puissances hydrauliques équipées pour satisfaire aux besoins d'éclairage, de traction et de force et à 430.000.000 fr: le capital investi dans les affaires les absorbant. Cela fait ressortir un capital investi par HP de 1430 fr. On

me Dex

pouvait alors évaluer à 300 ou 350 fr. le capital investi dans r HP thermique. Le rapport ést de 4 environ et il est fort improbable que chaque HP d'hydraulique ait été doublé d’un thermique. De plus, les meilleures” utilisations hydrauliques, les moins coûteuses commie présentant les chutes-les plus voisines des points de vente, étaient les premières réalisées, ]

Dès le milieu de 1914, il avait été consacré environ francs 550.000.000 aux installations hydrauli- ques pour 375.000 HP équipés (renseignements puisés dans l'Annuaire de la houille blanche de 1919- 1926), ce qui fait alors 1.470 fr. par HP équipé en hydraulique, l'installation du thermique ayant, lui, sensiblement baissé. Le cocfficient est donc en hausse el voisine 5.

Pendant la guerre on aurait travaillé à l’aménagement de 275.000 nouveaux HP hydrauliques desnés à la distribution avec un effort financier qui, en 1919, était déjà évalué à fr. 325.000.000, que M. Henri Cahen pensait, en 1919, voir doublé en cours de réalisation, mais qui, à notre avis (les emprunts et augmentations de Capitaux considérables faits par les secteurs qui ont effectué ces travaux semblent le confirmer) devrait être finalement évalué au triple. Cette statistique qui ne représente pas encore le total de l'effort financier car ne sont pas alors exécutées les lignes de secours nécessitées par les entreprises en voie de réalisation, fait néanmoins ressortir un investlissement de 3.500 fr. par HP. Le HP thermique dans la même époque moyenne, valait 550 fr., en prenant la proportion entre le prix de 300 fr. de 1914 cÜle prix de 1.200 fr. de 1920. Le rapport est encore voisin de 5.

IT est entendu que la première immobilisation né-

cessitée par l'équipement de la chute elle-même correspond à une mise en valeur presque définitive d'une richesse naturelle qui n'est pas astreinte à un amortissement rapide. Mais les 2/5 des immobilisa- Uons complémentaires qui correspondent au double des inrmobilisations d'une usine thermique donnent une charge, non seulement d'intérêt, aussi d’amorlissement, qui est de nature à faire reculer des ca- .pitaux engagés dans une affaire privée. D'autant plus que le non amortissement des premières mises de fonds qui forment les 3/5 du total ne dispense pas du service d'intérêt à leur fournir.

Nous allons établir une formule qui nous permettra d'estimer les charges comparatives d’une installation hydraulique et d’une installation thermique. Appelons À la mise de fonds nécessaire à l’établissement d’un cheval thermique, 1 l'intérêt que l’on estime devoir servir au capital et R la réserve d’amortissement annuel en % d’un matériel industriel normal pour la distribution d'électricité, exclusion faite des travaux hydrauliques proprement dits. Nous nous placerons dans le cas des coefficients indiqués précédemment pour la plus-value des travaux hydrauliques sur les travaux d'installation thermique et nous eslimerons à o l'amortissement à prévoir pour les constructions d'eaux. Nous pouvons alors écrire Ja formule suivante des charges annuelles évaluées au cheval d’un capital investi dans une distribution d’énergie satisfaite par une chute :

PRASESRA L(5I 5h) I0O IO0

Dans le cas d’un secteur n'utilisant que des moyens fhérmiques, le service financier est assuré

par cheval installé avec une somme représentée par : IA+RA A (I + R)

100 LKO10)

Il faut donc que par des avantages recueillis dans l'exploitation elle-même, l’industrie de la distribution A (41+4R) pour qu'elle ait intérêt à tirer parti de nos richesses

puisse répondre à une charge financière de

hydrauliques en énergie. :

Il y a certes des avantages d'exploitation évidents. Alors que la chute équipée ne dépense aucune matière première, l'usine thermique absorbe pour la production du combustible. Mais il ne faut pas oublier qu'un secteur normalement installé dans les conditions actuelles avec l'équipement d’une chute est également tributaire de la houille pour son usine de secours ou d'appoint. Nous allons évaluer ce qu’absorbe en charbon annuellement un cheval pris en moyenne dans le cas de 1 une et de l’autre installations. Nous avons vu que dans les conditions d’avant-guerre l’uülisation moyenne de 2.000 heures d’une puissance installée était une bonne utilisation. L'expérience nous prouve que bien des secteurs répondant au type moyen auquel l’industrie privée est arrivée ont des utilisations qui ne dépassent pas 1.000 heures. L'utilisation de 2.000 heures à la sortie de l’usine avec un rendement de 25 % de l’ensemble du secteur correspond à 1.500 heures utiles chez les abonnés. Alors que le secteur thermique demandera ses 2.000 chevaux heures par cheval installé à la consommation du combustible, un secteur hydraulique pourra se contenter de demander 500 heures de marche d’un cheval à son usine de secours thermique donc à la combustion du charbon. Il ne faut pas d’ailleurs qu'il

compte Lirer un avantage de la vente de cette puissance thermique de secours qui est toujours très onéreuse, pour couvrir le service de ses capitaux. Cette vente n'arrivera d'ordinaire qu'à couvrir les frais de production qui ont été nécessaires. Nous admettrons que les frais généraux de main-d'œuvre et d’entretien sont sensiblement égaux dans les deux cas envisagés. On nous objectera que la main-d'œuvre pour l'exploitation d’une usine hydraulique est très inférieure à celle nécessitée par la marche d’une usine thermique et que l'entretien dans la dernière hypothèse est-également beaucoup plus élevé. Mais on ne doit pas manquer d'observer que dans les centrales modernes le rendement de la main-d'œuvre a été très poussé. La puissance accrue des groupes à diminué la dépense unitaire. La manutention mécanique du charbon a entraîné des économies notamment très importantes à la chaufferie. Enfin, la plus grande somime de capitaux investis dans ces installations mixtes que nécessite l’organisation d’un secteur hyYdraulique réclame par les {travaux plus importants auxquels elle correspond un personnel d'entretien et des frais également plus élevés que le personnel et les frais nécessaires dans une exploitation d'ordre uniquement thermique. Notre supposition ne s’écarte donc pas beaucoup de la réalité. Il nous suffira alors, pour résoudre. le problème que nous nous sommes posé, de mettre en balance d’une part, le surplus des charges financières que supporte un secteur alimenté en hydraulique par rapport à celles d'un : AGIT +R)

secteur thermique et qui est de = et d'autre

\ part la quantité de charbon brûlé par cheval an avec la marche continue d'une seule centrale thermique.

Pour nous mettre dans les conditions les plus favorables à l'hydraulique, nous supposerons que da centrale ne soit pas équipée d’une façon très moderne faisant ressortir une consommation de 515 grammes par cheval heure et nous retiendrons le cas d’une centrale bien installée d’avant-guerre mais consommant encore 1.000 gramimes par cheval-heure. Pour 2.000 heures de marche du cheval par an, la eonsommation en combustible montera à 2.000 kilos. Si nous appelons C le prix de la tonne de charbon rendue à l'usine, il faut, pour que l’industrie de la distribution dans les conditions de marche que nous lui savons trouve avantage à l'installation hydraulique, qu'elle puisse satisfaire constamment à l'inégalité

Avant-ouerre, À valait 300, I était d'environ 5 % pour des capitaux industriels, C pouvait être coté. 25 fr. dans des conditions moyennes de transport et de manutention à l'usine. Enfin nous estimons que K devrait être de 7 en rappelant qu'une extrême sagesse de laquelle l’industrie de la distribution est malheureusement fort éloignée, conduirait à adopter le coefficient 10.11 est évident, en appliquant ces chiffres à l'inégalité qui précède, que toute installation de secteur basée sur de l'hydraulique ne pouvait souffrir alors la concurrence d’une installation de secteur utilisant des moyens thermiques. L'écart de défaveur donné par l'inégalité est de 3 fr.

Néanmoins l'usage de la formule à laquelle nous sommes arrivés montre que dansles conditionsoù nous nous sommes placés, une exploitation immobiliste avec les prix d’avant-guerre sur l'établissement d'une chute devient une opération fructueuse dès que les

charbons ont dépassé le prix de 40 fr. la tonne rendue aux portes des chaudières. Geci nous fait saisir tout l'intérêt que la révolution apportée par la guerre dans les conditions économiques a donné aux secteurs élablis avant-guerre, malgré les conditions désavantageuses alors de l'opération, avec une organisation de fourniture hydraulique. Comme il y a lieu de supposer que d'ici très longtemps encore le prix de la tonne de charbon rendue à l'usine sera supérieur au prix de 41 fr., ces secteurs qui ont pu faire durant les hosülités et jusqu'à maintenant des bénéfices fructueux ont-encore devant eux la perspective d’un bel avenir d'exploitation. IF y a lieu toutefois de mettre une ombre au tableau de leur développement. Bien peu de ces secteurs pour répondre aux appels de puissance sans cesse plus importants auxquels leur industrie était soumise ont hésité à immobiliser de nouveaux capitaux dans les affaires hydrauliques qui leur avaient si bien réussi. L'opinion publique, d’ailleurs, les y poussait. Ils ont alors alourdi leur situaton financière d'une façon dont ce qui va suivre peut donner une idée.

. Mettons-nous en effet maintenant dans le cas d’une installation construite pendant la période qui vient de s’écouler. Dans l'inégalité que nous avons établie, ji faut donner à À une valeur égale en movenne à 3 fois sa valeur d’avant-guerre. Et encore ce coefficient tient compte de ce qu’une installation hydrauhque demande un très long temps et qu'il y a lieu de prendre le chiffre moyen des hausses du marché des inatériaux. S'il n’en était pas ainsi et si l’on devait s arrêter au coefficient d’entre 1917 et 1921, il faudrait remplacer le chiffre 3 au moins par le chiffre 5. Remarquons toutefois que malheureusemênt beaucoup des immobilisations n’ont été consenties qu'à

partir de 1917, au moment où le développement de la clientèle avait absorbé la plus grande partie sinon toutes les disponibilités d'usines. Il faudrait au surplus augmenter également le chiffre 1 consenti pour le loyer annuel de l'argent. Il est passé dans les affairesindusiriellesen dehors de toute idée de spéculation de 5 à 6 puis à 7. Comme les dividendes de société sont distribués non nets d'impôts, que les impôts sur les valeurs de rentes se sont sans cesse accrus et que l’idée du revenu net d'impôts s’est de plus en plus implanté dans les milieux capitalistes, le loyer d'argent de 7 % impôts en sus est même devenu un loyer qui pour beaucoup semble insuffisant: Nous en resterons, néanmoins, à une valeur de À égale à 900 et à une valeur de I égale à 5. Cette sous-estimation sera compensée par ce fait qu'avec la dévalorisation à laquelle nous assistons, le coefficient 7 adopté pour l'amortissement ne manquera pas de paraître pour certains un coefficient fort. Si les réserves, en effet, sont faites en prévision du matériel qui s'use, il est indubitable que le coefficient doit diminuer en même temps que diminue la valeur des matières par suite des dévalorisations du marché. Il est vrai que si les réserves ne doivent pas être consenties en vue du remplacement des matériaux el si elles sont faites en vue du remboursement du capital quelle que soit la dévalorisation, le coefficient de réserve doit conserver une valeur inchangée et la compensation dont nous faisons état ci-dessus n’est pas appelée à jouer. Nous estimons donc que les chiffres de coefficients auxquels nous nous sommes arrê- ‘rêtés sont favorables dans le sens d’une installation hydraulique. En appliquant ces chiffres à l'inégalité, nous trouvons que l'installation hydraulique établie dans les dernières conditions des cours par l'indus-

CAN T1 à

trie privée ne peut être intéressante que tant que le charbon rendu à pied de combustion sera d'un prix supérieur à environ 120 fr. la tonne.

Comme on prévoit la descente assez rapide du charbon à un taux voisin de 5o fr. sur carreau mine et que cette descente sera d'autant plus accentuée que par l’organisation rationnelle des secteurs notre déficit charbonnier serait moindre, on voit que toutes les installations hydrauliques faites pendant la guerre et que celles engagées en ce moment, entrainent les Sociétés de distributions vers une situation financière extrêmement difficile. La différence des avantages d’une installation thermique sur ceux d'une installation hydraulique est encore accusée par les deux faits suivants. D'une part, les supercentrales thermiques arrivent à consommer 5oo granimes de charbon par cheval heure alors que nous avons basé notre inégalité sur une consommation double de 1 kilo par cheval heure. D'autre part, le prix d'installation d'un cheval thermique diminue au fur et à mesure que l’on adopte des puissances de groupes plus élevées alors que l’on n’est pas libre du choix de sa puissance dans l'équipement des chutes hydrauliques. Il en résulte que l'écart de 3 que nous avons retenu entre l'équipement d’un cheval hydraulique et celui d’un cheval thermique devrait être augmenté dans de nombreux cas.

On conçoit donc très bien qu'avant guerre comme . maintenant, les capitaux dans les affaires de distribution aient donné d’une façon très générale, la préférence aux équipements thermiques sur les équipements hydrauliques.

Nous relevons ci-dessous un extrait de la dernière assemblée générale, bilan 1920, d'une Société typique des distributions de régime hydraulique.

Le

‘À propos du programme nouveau d’aménageinents hydrauliques, qui devaient donner lieu à des réalisations intéressantes pour la Cie, notons soiyneusement ce recul tout de prudence :

« Pour réaliser le programme il faudra, bien en- « tendu, envisager la constitution d’une ou même de « plusieurs Sociétés avec l’aide de concours nou- « veaux ; le rôle actif de la Société sera alors terminé « et elle n'aura plus qu'à utiliser, au fur et à mesure « de ses besoins, les quantités d'énergie et les puis- « sances qu'elle se sera réservées ».

Cette reculade est extrêmement significative, et marque un renversement complet de politique. La Société avait fait antérieurement pour 25.000.000 de travaux neufs | .

B. — Un second ordre de considérations doit être retenu, après avoir marqué ce premier point de la trop lourde charge d’immobilisations qu'entraîne l'industrie de la distribution de l'énergie hydraulique. Elles viennent l’appuyer et dérivent de la situation légale même des entreprises particulières dans ce genre d'industrie comme d’une façon générale de la situation de toutes les entreprises commerciales. Nous voulons parler de la durée.

Si nous reprenons l'étude de la formule d’inégalité que nous avons posée précédemment, nous voyons que parmi les facteurs constants que nous lui avons fixés, le-facteur 2 correspondant à 2.000 heures d’utilisation en moyenne du HP installé dans une usine de distribution, est un facteur d'estimation qui pourrait peut-être varier et très utilement pour la suite de nos conclusions. Alors que avec 2.000 heures de marche du cheval vapeur dans les conditions présentes la baisse du combustible au-dessous de 120 fr. la ton-

ne condamne l'équipement hydraulique, avec 4.000 heures la concurrence s’établirait entre hydraulique et thermique pour toute valeur du combustible supérieure à 60 fr. et avec 6.000 heurès d'utilisation en se plaçant sur le terrain des intérêts privés, sans faire même entrer en ligne les considérations d'autre espèce que nous avons fait intervenir pour commander la plus stricte économie des houilles, la concurrence est définitivement et pour longtemps, en faveur des équipements hydrauliques à l'usage des distributions d'énergie. Il reste, au surplus, encore toute une marge de 2.750 heures pour arriver au plein rendement. On appelle chevaux sauvages, c’est-à-dire indomptés ou perdus le nombre de chevaux inutilisés correspondant à la différence entre les heures d’utilisation et la possibilité de l’utilisation totale. Nous voyons ainsi que toute réduction du nombre de ces chevaux donnés par la différence entre 8750 heurès ct le temps d'utilisation est en faveur de l'utilisation hydraulique sur l'utilisation thermique.

De tout temps, l'emploi des chevaux sauvages a été l’ébjet des vives préoccupations. Pour le favoriser,on on a envisagé de consentir des prix de vente très inférieurs pour les applications électriques réclamant une fourniture en dehors de ces heures de grosse utilisation de l'énergie qui forme ce que l’on appelle les pointes des secteurs et dont la somme très élevée comme d'assez courte durée par rapport à l'utilisation moyenne est cause du mauvais rendement général des puissances installées en usines. Mais avant d'arriver à de telles fins, il est nécessaire à la fois de faire une campagne commerciale de longue durée et d'attendre des perfectionnements d'ordre technique qui sont de nature à lassèr 1 impatience naturelle des capitalistes. Nous devons citer les essais relatifs à

des ventes d'énergie pour les emplois de chauffage d'ordre industriel ou domestique et à des consiructions d'appareils facilitant ces ventes.

Dans cette vaie, il y a lieu de noter les essais et résultats déjà obtenus depuis quelques années en [talie dans la production de réserves de vapeur, notamment pour les papeteries souvent installées à proximité des chutes. On peut dans cette industrie régler très exactement l’utilisation des chevaux hydrauli-

‘ques sauvages utilisés au chauffage d'après les disponibilités de puissance lues au tableau de l’usine. M. P. BERGEON, sous-directeur de l'institut électro-technique de GRENOBLE a étudié de telles applications dans les régions alpestres. Il a d’ailleurs généralisé l'étude du problème et en collaboration avec M. Du- SAUGEY, ingénieur civil des mines, il a fait part de ses conclusions dans l’article l'Utilisation Intégrale des Forces Hydraulques par l’électrification des chaudières paru dans la Revue Générale de l’'Electricité du 23 avril 1921. Au point de vue des utilisations domestiques des chevaux sauvages, M. MaizrerT, directeur des établissements Joya,a faitparaîtrelegavril 1921, dans la même revue, des aperçus originaux sur des accumulateurs de chaleur emmagasinant les chevaux sauvages de nuit. L'agent nécessaire à l’accumulation pourrait être l'eau ou un massif en matière réfractaire. L'eau pourrait être portée sous 15 kilos de pression, à 200 degrés environ dans des réservoirs Calorifugés. « On peut concevoir, dit-il, l'organisation « dans les grandes agglomérations urbaines d’entre- « prises de chauffage central distribuant la chaleur à « tout un pâté de maisons sans parler de la possibi- « Hité de satisfaire aux, autres besoins domestiques « ques tels que la cuisson des aliments et des appli- « cations industrielles bien connues déjà et que l’a-

« venir verra se développer et se perfectionner ra- « pidement ».

Une autre manière de réduire le nombre des chevaux sauvages consiste, évidemment, par la loi des grands nombres dont nous avons fait mention à différentes reprises, d'obtenir un meilleur rendement général de la distribution. Mais la chose nécessite à la fois une augmentation considérable de la clientèle et pour mieux l'obtenir une augmentation plus considérable encore des lignes de distribution. Là encore le temps doit faire son œuvre. Nous avons vu, au surplus, que l'établissement des lignes vient grossir les frais déjà supportés si malaisément par les entréprises privées. Nous tournons dans un cercle vicieux, augmentant les capitaux engagés pour arriver à trouver la couverture d’une somme déjà trop considérable de capitaux investis. |

Or, il ne faut pas oublier que les Sociétés de distribution ne peuvent attendre. Elles ont une durée limitée comme toutes les Sociétés commerciales en général et plus limitée encore par les obligations qu'on leur a imposées et auxquelles elles ont souscrit. Elles sont liées par des concessions d’une durée fixée à 30 ou 4o ans. (Nous ne faisons pas intervenir la dernière législation de 1919) et ces temps révolus, elles se trouvent même dépossédées d’une grande partie de leur actif. Nous avons vu, en effet, qu'aux termes des concessions le matériel de distribution du réseau, postes et canalisations, revient à la commune. II faut donc que dans le temps commercialement et administrativement imparti à son exploitation un distributeur n'engage pas des capitaux pour une somme plus élevée que celle qu'il peut espérer avoir récupérée à la fin de cette exploitation. Dans ces conditions, l'utilisation aux fins de la distribution de léner-

gie des richesses hydrauliques ne saurait être envisagée par les distributeurs sans augmenter encore les difficultés du service des capitaux qu'ils ont assumé.

Ainsi s'explique que le développement de la distribution basée sur lhydraulique malgré toute la logique qui semble appuyer en sa faveur soil restée avant guerre si inférieure au développement basé sur le thermique.

— La guerre avec la crise charbonnière de quantité et de prix est naturellement venue donner un regain considérable de faveur pour lexploitation de notre richesse hydraulique. « Il semble, n’hési- « Lait-on pas à écrire, en 1917, dans un grand organe. « financier, que la France soit prise d'une fièvre &« d'hydro-électricité, comme elle le fut, à un certain « moment, de la fièvre de l’or et du charbon. C’est « un signe des temps et l'aurore de jours nou- « veaux ». La question gagne toutes les sphères de l'opinion. Le milieu syndicalisie s'en saisit el proteste naturellement contre la mauvaise utilisation faite jusqu'alors de nos puissances naturelles. MM. Léon Jounaux et Henri PRETE, dans une étude que nous avons citée déjà : « La Houille Blanche, une solution ouvrière », émettent des idées qui attirent l'attention des milieux économiques les plus contraires, puisque M. R. LecouEz, membre de la Chambre de Commerce de Paris, dont l'autorité est connue dans les milieux électriques, concluait de la manière suivante, un article paru le 5 janvier 1918, dans la Revue Générale d'Electricité, én critique de cette brochure : « M. Jounaux revendique la participation du ‘ travail à la gestion. Soit, l'expérience vaut d’être ‘ tentée ; mais le sacrifice des vieilles idées de lutte doit être bilatéral. Pour que le-patronat renonce a

« sa méfiance, il faut de leur côté, que les travailleurs

« renoncent à leurs attaques contre le capital ». Les idées des militants de la Confédération Générale du, travail semblent en partie admises. « Dans le passé « la France, disent-ils, était tributaire de l'étranger « pour le combustible nécessaire à ses usines... Ce- « pendant ses richesses inestinables en chutes d’eau « auraient amplement suffi à parfaire sa consomina- « tion de force motrice. Cette négligence coupable « dans l'exploitation de nos forces hydrauliques in- « combe pleinement, nous pouvons le dire, aux « hommes d’affaires de la bourgeoisie dirigeante. «(Les remarques que nous avons failes précédem- « ment sur l'impuissance de cette bourgeoisie, con- « séquence de conditions économiques inexorables, « répondent à cette attaque mal fondée.) Pouvons- « nous, après avoir assisté à ce spectacle d’impuis- « sance tragique, nous reposer, pour apporter un re- « mède, sur ceux qui ont abouti à nous faire une pa- « reille situation ?... La Houille Blanche doit être mi- « se en pleine valeur, non pour des fins de spécula- « tions, mais pour contribuer au développement in- « dustriel qui permettra la réduction de l'effort dans « le labeur humain et contribuera à améliorer le sort -« des travailleurs... »,

Sans épouser les idées des tenants du socialisme, on pourrait, toutefois, remarquer que leurs critiques ne sont peut-être pas toutes injustifiées.

En effet, depuis 1898, après échecs sur échecs dus aux interventions multipliées des intérêts particuliers, des projets sur la législation à faire relative à la mise en valeur des chutes d’eau dormaient devant.le Parlement. La poussée de l'opinion, depuis 1914, semble pourtant irrésistible. Tout le monde s’entend, en quelque sorte, sur les conclusions auxquelles ar-. rivait toujours M. Léon Journaux dans un discours

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