‹ Le Service Public de la Distribution de l'ÉnergieChapitre 38 sur 64 · OR · texte numérisé non relu

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même temps que des soucis continuels sur le résultàt du travail fait, qui sont devenus bien étrangers aux hommes rassemblés dans les agglomérations ouvrières. Une seconde caractéristique était l'insuffisance d’un élément progressif dans la vie à la campagne. Getle insuffisance, due en grande partie au dépeuplement qui avait attiré dans les grands centres l'élément le plus évolutif de la population rurale, réduite à ses éléments les plus routiniers, accentuait encore le fossé qui se creusait davantage entre les facilités de travail à la ville où tous les efforts d’organisation et d'invention se trouvaient rassemblés et les difficultés réservées à la vie agricole qui ne s’atténuaient guère, Les deux défauts que nous venons de signaler s’influençaient l’un l’autre, ce qui avait pour résultat de les renforcer.

Il semble que cette situation aurait dû fixer, dès lors, toutes les initiatives en vue d'améliorer les conditions d'existence à la campagne, de façon à y retenir une population et de permettre de faire rendre à l’agriculture son plein effet, dans le risque de voir le territoire ne plus répondre aux nécessités de la Société. :

1° Une des choses qui paraissait la plus simple à réaliser était de satisfaire aux besoins d'éclairage. On ne saurait croire l'importance que joue la lumière dans la civilisation. Eile entraîne la propreté de l'intérieur. Elle pousse après le travail aux causeries et aux lectures et amène ainsi le développement où du moins elle crée l'atmosphère propice au développement de l'esprit dans tous les domaines où les idées qu'éveillent causeries et lectures suscitent une heureuse curiosité. Un-milieu éclairé est un milieu gai et évolutif. On ne saurait mieux s’en rendre compte qu'en entrant le soir yenu dans une ferme où la famil-

le se trouve assemblée et qu'en sentant lenvoûltement qui résulte de la demi-obscurité qui y règne. On a très justement observé que l'ouvrier des champs avait d'autant moins de propension à quitter la culture qu'on lui assurait en partie ce bien-être de l'intérieur dont la lumière joue le premier rôle et que tout rural recherche à la ville. I ne faut d’ailleurs pas omettre le caractère, non plus moral, mais pratique d'un éclairage bien organisé. 11 diminue les dangers d'incendie. Il donne beaucoup plus de facilités aux travaux de la ferme et lorsque le travail presse, ce qui arrive à certains moments des récoltes, il facilite à la fois l'hygiène du travailleur et le rendement du travail lui-même, économisant ainsi temps et'argent.

2° En même temps que la lumière l'introduction du travail mécanique à la campagne aurait dû être l’objet d'incessantes préoccupations. Le (ravail manuel extrémement pénible rebute les habitants qui restent. L'organisation du travail mécanique devrait suppléer aux inanquants.

Déjà avant les hostilités on estimait que dans certaines communes un ouvrier devait façonner le travail d'environ 15 hectares de culture. Aussi malgré les quelques perfectionnements apportés dans les procédés agricoles, on pouvait remarquer d'une façon assez générale que les retards des travaux s’accentuaient à chaque saison et que partout augmentail le nombre des terrains en friche. M. Levy Sarvapor, Chef du Service technique Hydraulique au Ministère de l'Agriculture, estime que pour les besoins d’une ferme la puissance nécessaire aux travaux ne saurai guère descendre au-dessous de 6 chevaux vapeur par 150 heclares de culture (Utilisation des chutes d’eau, 1903, Librairie Polytechnique). Si l’on estime à 6,10 de cheval la puissance que peut déployer un homme,

chiffre ordinairement admis et retenu par M. Auguste PawLzLowsxr dans une note parue récemment sur 1 Electricité et l'Agriculture et de laquelle nous avons retiré plusieurs renseignements utiles exposés dans ce développement (Publication Science et Industrie), on voit que pour les 15 hectares dont 1l devait assurer la culture, l’agriculteur en face d’un effort nécessaire de 0,60 H. P. ne peut donner qu’un effort 6 fois moindre tout en restant soumis à une vie extrèmement pénible. Forcément alors il s'ensuit un mauvais rendement et un manque à la production.

La force mécanique mise convenablement à sa disposition devrait lui permettre, tout en lui laissant des loisirs et en substituant l'effort cérébral à la fatigue physique déprimante, de remplir exactement la totalité des obligations réclamées par la culture et d’obtenir en même temps le maximum de rendement, M. Henri CAHEN exposait au deuxième Congrès de la Jouille Blanche, à propos de l'électricité, toutes les applications réalisables par la force.motrice à la ferme. Administrateur de nombreuses sociétés d’électricité, il avait alors en mains tous les documents sur le programme des réalisations à effectuer dans ce domaine et soumis aux initiatives de ses collaborateurs. I faut citer les nombreux appareils employés dans la préparation des aliments pour les animaux : les concasseurs de grains, les meules, les coupe-racines, les presse-paille, les appareils à fractionner les tourteaux, etc... Toutes les manipulations que l’on fait avec ces machines sont exécutées d’une façon extrêmement rapide par la force mécanique et sans déploiement de grands efforts. Elles permettent en outre de réaliser de réelles économies. Nous ne donnerons comme exemple que l'avantage reconnu au concas- . sage de l’avoine qui diminuerait d’un quart la quan-

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üté de grains nécessaire pour la nourriture des chevaux. Il faut citer également l'emploi de l'énergie à la marche des scies à bois, de l'outillage des laiteries tel que : écrémeuses, malaxeuses, barattes. La facilité que donnerait la vulgarisalion des moyens mécaniques entraïnerait en outre la récupération de quantité de produits qui trop souvent sont perdus à la campagne : tels que les fruits que l'installation de ventilateurs dans des sécheries permettrait de donner au commerce et telles que d’autres denrées périssables que l'emploi des glacières rendu facile par l’installalon de machines à glace permettrait de conserver. La force motrice serait également utilisée avec profit pour le pétrissage des farines, pour l'extraction de la caséine du lait, pour la traite des vaches. On signale que cette dernière pratique est aujourd’hui presque générale en Danemark où l’agriculture a fait de remarquables progrès. Il ne faut pas oublier de mentionner tous les usages de l'énergie au pompage pour l'irrigation des terres et l’arrosage des cultures ainsi que pour les opérations des caves, pour la préparation des fumiers, puis son emploi pour les opérations de battage et de labourage, etc...

3° Enfin, à côté de la lumière, du travail mécanique, on doit tenir compte de tout le champ laissé libre à l'application des découvertes scientifiques non plus pour la préparation des terrains et la présentation des matières, mais pour l’action sur la nature elle-même.

#— En face du vaste programme laissé aux initiatives qu'avait-on fait avant-guerre pour répondre aux nécessités d’une meilleure vie agricole ?

On peut répondre, du moins en comparant aux progrès réalisés dans d’autres domaines : rien ou à peu près rien. Au point de vue de la force motrice de nombreuses tentatives avaient pourtant été répétées

pour vulgariser l'emploi des moteurs à vapeur ou à essence. L'annuaire de statistiques de 1900 ne porte qu’une puissance mécanique de 0,0185 H. P. comme utilisée en 1898-1899 par tête d'habitant dans l'agriculture. C’est là un résultat vraiment bien modeste en coniparaison des 0,60 H. P. nécessaires. La population rurale comprenait fort exactement pourtant l'avantage à retirer. Les chiffres qui lui étaient souinis dans les conférences agricoles étaient au surplus tout à fait probants. M. Levy SALVADOR vulgarisait les chiffres suivants pour l'exemple du battage. Prenant une ferme de 100 hectares dans l'Aisne, il eslimait qu'elle pouvait produire 1.200 quintaux de blé ou d'avoine et évaluait en 1903 à r,50 le prix du baltage au quintal par locomobile à vapeur, ce qui représente pour le tout 2.100 fr., chiffre qu'il est bien difficile de mettre en comparaison avec le prix du li'avaii nanuel qui aurait été nécessaire pour remplacer la force motrice. Il estimait d’ailleurs que par des moyens électriques le même travail aurait été effectué pour 612 fr. ce qui représentait encore une économie de 70 % sur le prix du battage à vapeur. Mais il faut se rendre compte de tous les soins spéciaux que réclame l’utilisation des machines à vapeur ou à essence. Elles nécessitent une habileté professionnelle qui fait défaut aux champs et qu'il faut aller chercher très loin sans être bien sûr de la trouver lorsque l'exigence de travaux pressants nécessiterait le plein usage de la machine que l’agriculteur a entre les mains. Enfin l'emploi des machines à feu ne permcellait pas facilement, sauf des installations extrêmenent coûteuses de dynamos et d’accumulateurs, ces dernicrs étant de manipulation fort délicate, de répondre aux besoins d'éclairage des habitations rurales, De plus, il ne semblait d'aucune utilité pour le

troisième point des améliorations que nous avons exposées et qui se rapportent à l’action sur la nature elle-même.

— Par contre tout était attendu de l'électricité qui seule semblait répondre à la totalité des besoins d’une meilleure organisation de la vie rurale. Par la manœuvre d'un simple interrupteur le rattachement à un secteur permet de répandre à profusion la lurmière. Le moteur électrique particulièrement robuste et d’une manipulation simplifiée au maximum se plie ‘toutes les exigences de transport d’un point à un autre de la ferme où son usage est réclamé et de la ferme elle-même jusqu’au champ où l’on peut avoir l'utilisation de l'énergie. IL n’est pas jusqu'aux actions extrêmement fructueuses que l’on ne soit en droit d'attendre de l'électricité pour pousser la nature dans la production de ses richesses. L’éleciro-culture ou le traitement des plantes par l'électricité avait dès 1790 attiré l'attention d’un savant écossais Mow- BRAY. À la fin du siècle dernier on avait reconnu que l'on peut augmenter dans des proportions considérables la croissance des plantes à l’aide de décharges électriques exerçant un pouvoir ionisant sur le sol. Il est intéressant de citer quelques chiffres que nous puisons dans l'étude de M. PawLowski : « Les résul- « tats obtenus se peuvent résumer comme suit : De « jeunes plants de fraisiers ont vu leur rendement « accru de 80 %, de vieux plants de 25 à 35 %. L'ac- « croissement de la production pour les pommes de « terre atteint jusqu’à 50*%. Pour les tomates, carot- « tes, betteraves, l'augmentation varie de 20 à 50 %. « On a enregistré un développement du blé de 20 à « 4o % et dans des conditions exceptionnelles de 50 % « le rendement supplémentaire en paille s'élevait à «90 % ». L’électro-culture, comme on le voit, peut

fort bien être appelée à transformer complètement ce que l’on attend d'ordinaire comme rendement du sol. C’est que, ainsi que nous l'avons dit dès le début, l'électricité c’est l'énergie elle-même mise à la disposition de l’honrme et dont il peut tirer des quantités de profits même encore inconnus dans son action sur la nature.

— Si toutefois l'électricitéavaitfaitnaître de grands espoirs elle n'avait accordé que fort peu de réalisations. Alors qu’en 1906, au début, en quelque sorte, de l'industrie de la distribution on comptait déjà 2,900 communes recevant l'électricité, en 1915 on n'en comptait que 7.000 et nous avons vu, par ailleurs que, les régions les plus fructueuses comme exploitation électrique. étant alors desservies, l’accroissement de la distribution rurale se ralentissait, les distributeurs semblant arriver en quelque sorte, & un point mort de leurs efforts. Le développement de l’ensemble de la distribution électrique dont une très faible partie d’ailleurs était réservée à l’exploilation rurale proprement dite n’était, en 1914, que de 46.000 kilomètres au total. Plus que dans tout autre domaine l’organisation privée de la distribution ne pouvail assurer, par les moyens qui lui étaient alors impartis, le service que lui demandait Fagriculture. La pénétration de tout le territoire aurail réclamé des immobilisations considérables investies dans les lignes qui, au surplus, auraient nécessité des frais d'entretien proportionnés à leur extréme étendue. La limitation'des prix de vente restait à une valeur inférieure à ce qui aurait été nécessaire pour obtenir non pas même la garantie des immobilisations mais encore le prix exact de revient en exploitation.

Nous allons avoir recours à une formule posant

analytiquement le prix de revient de l'énergie utilisée dans l’agriculture. On peut le considérer comme formé de trois facteurs. Un premier que nous appellerons « À » correspond à la valeur de l'intérêt et de l'amortissement du capital engagé dans la distribulion rurale, c’est-à-dire à la rétribution des capitaux depuis le point où la ligne d'intérêt agricole se rattache à la ligne générale. Un second facteur que nous désignerons par B est le prix de revient de l’unité d'énergie employée. Un troisième facteur qui sera C est le facteur pertes. Le prix de revient sera alors : AR Bit TCe

Si nous nous placions dans le cas d’une distribution idéale qui sera le point d’aboutissement de notre étude, les choses se présenteraient d’une façon acceptable et pour l’agriculteur et pour le distributeur. Nous avons considéré précédemment avec M. Lévy- SALVADOR qu'une puissance de 6 HP était en moyenne nécessaire pour une exploitation de 150 hectares. Or, cette puissance correspond à celle d’un poste de transformation de construction normale, et une pro priété de 15o hectares correspondant elle-même à une surface de 1.200 mètres de côté peut fort bien être desservie par un poste central. Nous supposerons alors le territoire décomposé en une succession de parcelles identiques de 150 hectares chacune, et un réseau en mailles serrées distribuant l'énergie à un poste dans chaque parcelle. Dans de telles conditions, l'exploitation d’une parcelle devrait rétribuer une longueur de 1200 mètres de réseau agricole. Nous incttons à la charge de l’agriculteur la construction et la propriété du poste de transformation. Avant guerre le capital ainsi engagé par parcelle dans la distribution aurait été de 3.000 fr. et la charge annuelle de ce capital à amortissement rapide serait

snontée à environ 450 fr. Pour avoir la valeur À correspondant à la charge par unité d'énergie utile, il faut se faire une évaluation du rendement d'une puissance agricole. Dans des, conditions moyennes favorables, ce rendement est d'environ 600 heures de la puissance installée. Pour 5 kilowatts environ, on devrait compter sur 3000 KWH, et À serait alors égale à 0,15 fr. Comme les pertes que doit couvrir C d’après des valeurs courantes pour la construction du matériel actuel et des transformateurs de la puissance envisagée sont, par an, de 200 fois à peu près la puissance inscrite sur l'appareil de transformation, on voit que l’on a sensiblement en pertes (200 x 6 KVA — 1200 KWH) le tiers de l'utilisation annuelle. Le prix de revient du kilowatt-heure utilisé par le client agricole aura ainsi une valeur moyenne de :

Avant guerre, lorsque l’on était passé par tous les frais de production et de charge des capitaux depuis l'usine comprise jusqu'au réseau rural envisagé, on aurait pu prendre pour B la valeur 0,20, ce qui mettait le prix de l'énergie utile à 0,45 environ. Actuelfement, en nous plaçant dans le cas d'un secteur nalional organisé comme nous le supposerons, c’est-àdire produisant dans d'excellentes conditions, la même valeur B pourrait être gardée, mais À devrait avoir presque triplé et le prix de l'unité d'énergie utilisé à l’agriculture pourrait monter à 0,79 fr. en moyenne. Ces prix sont, en somme, d’aileurs, acceptables. À

Mais combien en nous plaçant dans ce système idéal nous sommes éloignés des réalisations industrielles possibles aux initiatives privées ! Qui oserait investir le capital nécessaire à l'exécution du pro-

gramime que nous avons envisagé, qui devrait être récupéré en dix ans environ et qui suppose imimiédiatement l'exploitation des parcelles en plein rendement. II doit être fait d'ensemble ou n'être pas. Supposons-le réduit au dixième, le facteur A doit être multiplié par 10, ce qui nous conduit alors à des prix de revient d'avant guerre de 1,80 le KWH et à des prix actuels de 4,80 fr. et ce dernier supposant en core que la partie du programme d'un vaste réseau national est exécuté intégralement. On voit ainsi, pourquoi l’industrie privée était incapable de répondre, et est de plus en plus incapable de répondre aux besoins d’une pleine mise en rapport par la distribution de l'énergie du sol national. Des chiffres que nous relevons sur un rapport de M. Goy au Sénat, du 18 juin 1920, nous voyons qu'en 1918, au total le nombre de mètres de canalisations électriques en France était de 188 mètres par kilomètre carré, Ce qui correspondrait sensiblement en brut à 120 mètres pour l'étendue des parcelles agricoles que nous avons considérées. Mais si l’on déduit les longueurs de canalisations urbaines qui entrent pour une grande part dans le total et les longueurs de canalisations de transport à hautes tensions qui ne se prêtent pas à une distribution rurale, on peut retenir un développement du 30° à peine de notre réseau idéal, ce qui mettrait le prix moyen de revient de l'énergie agricole en 1918 à 13,80 fr. le Kilowattheure utilisé !

— La guerre n’a fait qu'augmenter la crise agricole qui avait commencé avant 1914. La perte en hommes à surtout agi sur nos campagnes qui sont itoujours soumises en plus au dépeuplement progressif produit par l’attirance des villes. La chose à pris, dans certaines régions, un tel degré d’acuité, que

l’on est obligé d'avoir recours à l'immigration. C'est ainsi que l’on songe en ce moment à faire le repeuplement de certains départements particulièrement touchés du Sud-Ouest du Plateau Central en y fixant des familles bretonnes. La concentration industrielle ne paraît pas décroître en intensité. Enfin Ia diminution pour un certain temps de nos moyens de production perturbés dans les régions du Nord réclame une production plus intensive de la part des terrains qui n’ont pas cessé d’être en culture. À cela s'ajoute le sentiment qu'il faut nous dégager dans un point de vue de sécurité nationale de toute nécessité d'achats à l'étranger pour combler nos déficits et que la chose a d'autant plus d'urgence qu’il ne faut pas tarder pour consolider notre situation financière à limiter très exactement nos achats si lourdement grevés par la valeur des changes. Tout le monde, dans de telles conditions, proclame hautement l'importance qu'il y à à apporter sans tarder des remèdes à notre situation agricole.

Nous revenons ainsi à l’idée du secteur général à laquelle nous avait conduit l'examen de la crise charbonnière avec la solution hydraulique. Jusque-là nous l’avions plutôt considéré comme étendant ses artères d'agglomérations en agglomérations pour répondre aux appels de l’industrie et de la population des villes, et s'appuyant de chutes en chutes pour capter l'énergie dont il doit assurer la distribution. Nous le voyons maintenant ramifiant en mailles serrées ses lignes sur toute la surface du pays de façon à atteindre tous les-points possibles d'utilisation agricole. On assiste à un mouvement d'opinions parfaitement cohérent, qui le réclame avec insistance. Les Chambres d'Agriculture font appel d’abord à l’intervention du gouvernement auquel elles demandent

l'établissernent d’un programme d'ensemble de la question, ensuite à l'intérêt bien compris des agriculteurs eux-mêmes. Les vœux émis par la Société des Agriculteurs de France lors de sa séance du r1 mars 1921, réalise tout ce que l’on peut espérer de plus net à ce sujet : « 1° Création de réseaux électri. « ques dans les campagnes. La Société des Agricul- « teurs de France attire l'attention des groupements « agricoles sur l'intérêt qu'il y a pour les agricul- « teurs à participer à la création de réseaux d’éner- « gie électrique destinés à assurer l’application de « l'électricité aux besoins si variés de l’agriculture ; « 2° Utilisation de la Houille Blanche. La Société des « Agriculteurs de France émet le vœu que dans l’a- « ménagement des ressources hydro-électriques de « la France l'aménagement des divers bassins soit « effectué dans un plan d'ensemble de manière à « utiliser le maximum de ressources hydrauliques « de chaque bassin. Que dans l’étude qui sera pour- « suivie l’utilisation de l’énergie électrique pour les « besoins de l’agriculture soit envisagée en premier « lieu. Que les syndicats et les associations agricoles « soient appelés à coopérer aux travaux d’étude pré- « paratoires poursuivis par les commissions inter- « départementales. » Le gouvernement, d’ailleurs, n’est pas resté sourd aux appels des agriculteurs. Il intervint en premier lieu afin de favoriser les applications de la force mécanique en accordant des subventions pour les achats de machines. Dans des conditions de groupements qu'il exige afin de trouver en face de lui des intérêts plus collectifs, par son arrêté du 7 septembre 1915 il accordait déjà pour certains achats une participation de 33 %. Par son ar- ‘rêté du 8 octobre 1917, le ministère de l'Agriculture accordait une subvention de 50 % dans les achats de

batteries de tracteurs pour matériel de labourage à vapeur ou matériel de labourage électrique. L'idée de la coopération de l'Etat se développe. Par la suite, les services administratifs favorisent plus nettement encore l'orientation vers la solution électrique qui, nous l’avons vu, semble finir par être la préoccupation dominante et cela jusqu'au moment où ils comprennent enfin toute la valeur du programme qu’on leur réclame. La circulaire du 19 octobre 1919 sur « l'emploi généralisé de l'énergie électrique en vue de la réorganisation économique du pays » est certainement un des documents les plus intéressants que l'on puisse lire. Les pouvoirs publics paraissent alors avoir compris le problème dans toute son ampleur. Après des données générales sur l'importance des: buts à atteindre, ils n'hésitent pas à promettre la participation la plus large des finances publiques et organisent tout un système où Etat, agriculteurs réunis en Coopératives, communes, ou syndicats de communes sont appelés à s'entendre pour remplir le plan d’un vaste réseau rural à créer. Cette circulaire est suivie, au surplus, le 15 juin 1920, d’une autre circulaire complémentaire adressée aux ingénieurs en chef du génie rural, pour leur donner des instructions sur le rôle de leur administration dans la création des réseaux ruraux des distributions d'énergie et sur le mode de détermination de la participation financière de l'Etat à ces entreprises. Le Sous-Secrélaire d'Etat à l'Agriculture, expose que le but complet ne serait pas atteint si l’on interprétait la circulaire précédente d'une manière restrictive. Il faut en étendre l’application non pas seulement au cas de la ferme mais au cas du village et arriver, en somme, à assurer une distribution qui intéresse l’ensemble complet de la population rurale.

Les besoins du réseau agricole conduisent à une vue très nette qui se concrétise rapidement. Tout le monde est d'accord. Il faut construire un vaste réseau rural de répartition. Il devra s'appuyer sur des moyens d'obtenir l'énergie au meilleur compte possible, et se reliera donc excellemment au réseau national de production et de répartition qui est la fin à laquelle nous sommes arrivés d'autre part. Mais com. bien les propositions d'organisation envisagées par l'Administration Centrale sont tortueuses surtout pour ce milieu agricole qui préfère à tout les solutions simples et les comptes de bonne femme aux comptes compliqués. Le rapprochement des différentes dates que nous avons citées suffit, au surplus, pour convaincre qu'il ne faut pas se faire trop d'illusions sur le monument qui sera bâti -avec les matériaux divers proposés par le ministère de l'Agriculture. Ses circulaires sont du 19 octobre 1919 et du 15 juin 1920, et les vœux toujours platoniques des Chambres d’Agriculture sont du 11 mars 1921 !

Cependant, tout ce mouvement montre que l’opinion publique non seulement réclame üne organisation poussée très loin de la distribution de l'énergie de laquelle elle attend une rénovation agricole, mais qu'elle est prête à faire les sacrifices nécessaires qui lui seront demandés, pourvu qu'on lui soumette enfin un plan d'ensemble et autre chose que des promesses vaines. Elle a pleine conscience, qu'il revient aux pouvoirs publics de donner eux-mêmes une organisation au service public de l'énergie et de s’occuper activement et directement de la question.

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