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LE SHINNTOÏSME 3i 1

pour conséquence de réduire les cours d'eau à l'état de torrents, le plus souvent desséchés s il s'ensuit que la Rivière du ciel* sera, comme la plupart de celles que le voyageur rencontre en parcourant l'archipel, un vaste lit de cailloux*; c'est tout au plus si l'on y trouvera une mare*. Pareillement, étant donné que les habitants de la contrée primitive se logeaient souvent dans des cavernes^ le Ciel en aura une, peut-être même plusieurs \ Ce pays divin possède aussi ses minéraux, depuis les rochers où siègent les dieux* jusqu'aux pierres précieuses dont ils se parent \ Il a sa flore : arbres et plantes sauvages*, champs cultivés*, jusqu'à des jardins rituels'*. Il a sa faune : les oiseaux, bien entendu ", mais aussi des chevaux

céleste; mais dans le K, 216, le texte peut être compris aussi bien dans un sens que dans l'autre. Cf. N, I, 43, etc.

1) Voir plus haut, p. 125.

2) Amé no yasou-kaha, <c la Tranquille rivière du ciel />. K, 47, N, I, 23, etc. (Le N, I, 29, parle de quatre-vingts rivières célestes. On pourrait aussi entendre par là une seule rivière aux multiples embranchements, ce qui viendrait à Tappui de la lecture ya-sA au lieu de yasou^ proposée par Chamberlain et Aston).

3) N, I, 23, 29, etc. On nous parle bien de ses eaux (K, 100), et aussi d*un pont volant qui aurait été jeté au-dessus (K, 1,80). Mais, d'une manière générale, c'est dans son lit {hahara) que les dieux se réunissent (K, 54, N, I, 42). Cf. d'ailleurs supra^ p. 87. Cette apparente contradiction se résout d'une manière bien simple si Ton réfléchit que les rivières japonaises, d'ordinaire à sec, se changent en torrents à certaines époques.

4) Amé no ma-na-oûi, « la véritable mare-fontaine du Ciel » (K, 47-48).

5) K, 54-58, N, I, 41-50 (supra, p. 67); et cf. K, 100, N, I, 68, etc.

6) K, 111; N, 1, 70; R X, 60; etc. Je ne vois aucune raison pour admettre une interprétation traditionnelle que semble approuver Fiorenz (T, XXVII, part. 1, p. 71), et d'après laquelle, dans Texpression ama no iha koura, iha ne serait qu'une épithète honoriûque; tout au contraire, puisque l'assemblée des dieux se tient parmi les pierres de la Rivière céleste, il est logique de voir Ninigbi se lever de son k céleste siège de rocher ». Cf. d'ailleurs supra, p. 67, n. 5.

7) Vid. sup., p. 216.

8) K, 56, 57, etc. {supra, p. 68-69).

9) K, 52, 53, N, 1, 40, 47 (rizières, avec leurs limites, leurs fossés d'irrigation), N, I, 48 (distinction des diverses sortes de rizières), etc.

10) Dans le N, 1, 83, Amatéras donne à Ninighi des épis de son « jardin sacré » (you-niha), c'est-à-dire de l'enceinte réservée où elle cultivait un riz très pur en vue de la fête des prémices.

11) K, 54 (coqs), 95 (faisans, m&le et femelle dans la variante du N, I, 90),

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ot autres qu.idrupt'fles*. Bref, ce Ciel japonais nous offre, à tons /égards, une parfaite imitation de la nature indigène. Hesto alors le monde inférieur, qui, lui aussi, est relié h la Terre par un passage matériel, la « Pente unie des Knft'rs )»% et qui, comme le monde supérieur encore, bien

lie .>nrlioau), elc ' ausi>i le nom du dieu Amè no bi-ou&shi (aigle-toleil du ci'l).

1) K, r>3, N. h 40, 45; et cf. les « pérhéi céleitet » (ama îwu Uoumi) du K, 230 et du H X, (XMil. (Plus tard, sous l'influence cbinoiie, le « chien céleste », N, 11, 167. elc.)

2) Ynmo Uou hira'Soka {hira, plat, égal, uni \ saka^ P^ote, côte, colline. I/ezpression est donc assez va^ue. 4^hamt»erlain,tr Even Pass » ou « FlatHiil»; Aston, m Ëren Pass» ; Florenz, « Flache Hùprel » ou « Ebne Pasait.En tomme, idée d'une « Plante unie .•). K, 37, 39, 74, N, 1,25, 31. Tout ces textes, où rentrée des Knfers est représentée comme un t*ndroit matériel, montrent l'absurdité de r« xpiication ratiouaiistc qu'essaie de donner une tririante du N, I, 26 : « Certains disfnt que la (Vnte unie des Hnrers n>sl pas un lieu particulier, mais riéHifrnf* seulement l'espace de temps où le souftie s'iHeint, à rapproche de la mort. » Le rédacteur lui-nit'>me ne seinlile fl'ailleurs pas s*arréter à cette interprétation, puisqu'il nous parle, aussitnl aprt>s, du k rocher avec lequel la Pente unie (les Kofers fut hloqure »«. Aussi hien les anciens Japonais avaient-ili situé l'xactpiiient ce r^nicux passafre, qu'ils identifièrent avec Vlfùuya-zaka^ en Idzoumo (K, 39. Ifnutja^ étym. inconnue : d'après Moribé, de you/bu-yanu, " obscurité du soir »V \um\ et lya^ cor.traction d'ifouya, sont encore des noms fie lieux dans cette province, et VUizoumo Fowhki y décrit, sous le nom de Y<tmotxoufaka-Yomo'txffU''anfi (an/i. trou), une caverne aboutissant à un trou où l'on ne pouvait entrer et dont on ne savait pas la profondeur (voy. FIorenz. op. rit., p. '.7, n. *.'".», p. 53, n. 41. et T, XXVll, 108-109). Cf. l'idée générale (l'une entrée au monde des morts par des cavernes, des étangs qu'on croît sans fond et autres accidents de terrain qui semblent conduire à une légion inférieure li. Spencer, I, 2S7j; en Grèce, l'antre du cap Ténare, les maraii d'Achérusie; chez les Latins, le lac Averne aux noires vapeurs; au lloyen- Afre, la cHvern" que saint Patrice ava.t ouverte en Irlande, et où s'enfonça le chevalier Owen; en C.hine, l'eritrée de Teiifr-tchèou; chez les Ainous, une caverne encore, Batchelor, 2*4^7; etc. La Youv» h^u hira-saka^ considérée à la fois comme un pissa^re et comme une hirri re séparant les deux mondes, remplit au Japon roflice des eaux qu'on duit t^aver^'e^ dans d'autres mythologies, en même t»'mps que rexpr«*ssion de " U^iite aux quatre-vingts détours •, destiné»- a exprimer la longueur du v>>\Mu'e, rinpi'lli' le chemin compliqué qu'il fallait suivre pour arriver à riladès (K, KK! N, I, 69 : lilt., » les moins-decenl, qiialre-vnu'ts détours de routp »>; mnm ttarti'iz'iu, moius de cent, n'est que h* njoi-oreiil»T de y'i-so, quatre vii.|jrti!; A 'Uma/yi, \ieux mot que le Dict. de llephurn traduit par embranchements, mais qui semble plutôt désigner ici des sinuosités. Cf. aussi « la Houte unique » du K, 229). Quant à la conception

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qu*à ua moindre degré, va nous rappeler le monde intermédiaire, leur modèle commun.

Par bonheur, le Shinntô, comme tant d'autres religions, a dans sa mythologie des héros divins qui purent descendre, vivants, à cette région souterraine et qui eurent le privilège d*enrevenir. Nous connaissonsdéjàlesaventuresderun d'eux, je veux dire d'Oh-kouni-noushi '; mais cet épisode est secondaire. Le mythe le plus typique, soit en lui-même, soit par ses points de contact avec d'autres récits fameux, c'est évidemment celui d'Izanaghi aux Enfers*. Visitons-les donc sous sa conduite.

Le jeune dieu, plein de regrets et d'espoirs, veut revoir encore sa compagne ' ; il entre au pays des ténè-

d*une Pente unie, cf. la route douce et bien nivelée que suivent les morts dans la mythologie germanique (Grimm, cité par Aston, p. 95).

1) Suprà, p. 270, n. 1.

2) L*origine psychologique de ces visites aux Enfers se trouve sans doute dans Tardent désir qu'on éprouve, eu certains cas, de se mettre en communication avec un mort chéri ou vénéré ; Timagioation, tendue vers cet objet, le réalise dans un rêve ou une hallucination (c'est encore par ces procédés que les shamans, les angekoks esquimaux, les sorciers de toute espèce se rendent dans l'autre monde pour lui ravir ses secrets, A. Réville, I, 25ô, 296-297, II, 209, et cf. le passage, déjà cité, de Vldzoumo Poudoki, prédisant la mort de ceux qui se rendent, en rêve, à la caverne ouverte sur les Enfers) ; ûnalement, de telles visions, racontées par des exaltés, grossies par des auditeurs crédules, aboutisseot à un mythe qui, étant donnée l'uniformité de l'esprit humain, doit fatalement ofTrir partout les mêmes caractères essentiels. Les motifs du voyage peuvent se ramener à deux types principaux : désir de revoir un être aimé, désir de consulter un personnage fameux, de préférence un ancêtre. Premier cas : Orphée et Eurydice ou, à l'inverse, Istaret son amant Temmuz; au Japon, Izanaghi et Izanami. Second cas : Ulysse évoquant sa mère, ou Waïnamoïnen visitant le dieu Tuoni; au Japon, Oh-kouni-noushi chez sou aïeul Szannoô.

3. N, I, 30 : « En arrivant à l'endroit où elle était, il lui paria et dit : « Je suis venu parce que je te pleurais. » Cf. K, 34. — Mais eu même temps, il espère qu'elle reviendra avec lui, pour continuer l'œuvre créatrice (K, 35 : supra, p. 172, n. 1). Cf. variante du N, I, 31 : « Les gardes d»- la Route des Enfers (Yomi tsou Tchi-mori) lui dirent : « Nous avons pour !oi un message, ainsi conçu : ce Moi et toi avons produit des contrées. Pourquoi chercherions-nous à en créer davantage? Je dois rester dans ce pays, et je ne m'en irai pas avec toi 9. A ce moment, la déesse Koukouri-himé dit quelque chose qu'lzanaghi no Mikoto entendit et approuva, puis elle disparut. » {Koukouri^ peut-être de Âîki-iroUf prêter l'oreille, parce qu'elle servit de médiatrice entre les deux divi-

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bres«; et une variante, qui nous dit qu'il vint a au lien mortuaire provisoire* »», montre bien qu'il 8*agit de la demeure des morts. Izanami, qui n'a pas cessé d'être « ce qu'elle était pendant sa vie* », sort du « palais » infernal en soulevant une porte\ et s'avance à sa rencontre. Ils échangent des paroles à la manière des vivants*. Izanami s'écrie : « Pourquoi venir si

niléi : Toîr Florent, p. 68, n. 93. Quant à Yami Uou TcM-mori» ce peat éxn un seul gardien ou plusieurs : dans le premier cas, la Yomo Uou hirO'Saka se Ut>UTerait dans les mêmes conditions que c la porte défendue par Hadès, le puissant gardien », chez Homère; mais la seconde interprétation me parait mieux en harmonie arec l'ensemble de notre récit, où les divinités infernales ▼ont d'ordinaire par groupes).

\) K, 3i; N, I, 24, 31, etc. Les caractères sont ceux qu'emploient les Chinois pour di'si^'ner K'urs « Jaunes fontaines » (Lrgge, Chinesf o/oistcs, V, 6, et cf. N. II, 45, 233), mais qui deviennent, dans la lecture japonûse, le Vomi (on Yom't) ts<iu k'juni^ le « Pays des Ténèbres » (yu ou yurou^ nuit). Conception analofTue, en somme, à celle du Schéul hébreu ou de l'Hadès grec. Vid, sup.^ p. Hi, n. 1.

2) .N, I, 29 {mogari no /oAorc : la maison provisoiri», moya, qu*on édiOait pour y placer le corps en attendant la sépulture dèfînitife, laquelle pouvait n*ii?oir lieu qu«' (|uel<](jes mois ou même quelques années plus tard, suivant Tim* portance du miscLsagki a construire; par ex., le mvyari no miya de Tempereur Temmou, N, II, 380; et dans le Manyôshiou^ Chamberlain» Classical poetry.„t 73). Cf. iuprà, p. liO, II. 3, el, cumme situation analogue, la Tiiite d'un amant hindou à une Tour du Silence : Niebuhr» Voyage en Arabie^ etc., t. II, p. 40. Il sufTit d'ailleurs' de rapprocher le K, 31, et le K, 34, pour se rendre compte que la lumbe d'Izanami sur le mont lliba, aux conQns dldsoumo, et le Yomi uù on retrouve ensuite la déesse, se tenaient de bien près dans Teiprit du rédacteur.

4} K, 3i, 35; et cf. le palais de Szannod, K, 72 seq. L'idée d'une porte infernale se retrouve partout : <« a porta inferi : crue, Domine, animas eorum » (Office des morts).

h K, 3r>, 30, 38; N, I, 2i, 25, 29, 30. Au contraire, chex les Aînoas, grand embarras du vivant qui veut se faire comprendre d*un mort. Un homme atait deux fils; û sa tl.niiire heure, il déclara à l'aîné qu*il léguait à chacun d'eux la moitit» de son héritai^o; mais quand le cadit, qui était absent, revint à la maison {laliTiielle, Pafné ne voulut rien Jui donner. Le cadet descendit aux Enfers et, pat venu au granJ vi.lage, où les chiens aboyaient el où on lui offrit des libations de vin (of. (\'rbère, et les libations antiques}, il entra enfin dans la hutte de eon père. Il voulut lui parler ; mais le défunt ne pouvait ni le voir, ni roiitendre. <Jde faire? Il imagina d'entrer dans le cœur d*un homme du pays funèbre et d*emprunter sa langue pour interroger le mort. Ce dernier lui

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tard I J'ai mangéàriDlérieur des Enfers ! ' ». Puis elle annonce,

apprit alors ses volontés véritables, et l'heureux fils, remonté au monde supérieur, put confondre son mauvais frère, en attendant de lui pardonner. (Batchelor, 229-230, et cf. 226-228).

1) K, 35; et cf. N, I, 24^ M. Chamberlain traduit : « J'ai goûté au fourneau (c.-à-d., à la nourriture) des Enfers » ; le texte original dit simplement : « à Tintérieur des Enfers » (caractère signifiant : porte) ; mais ce sens littéral aboutit, en somme, à la même interprétation. C'est la croyance, si répandue, que lorsqu'un vivant a touché aux aliments du monde souterrain, il ne peut plus revenir à la lumière. Le premier exemple qui se présente à Tesprit est celui de Dèmèter obtenant des dieux qu'ils envoient chercher sa fille, enlevée par le roi des morts (cf., pour de curieuses ressemblances de détail, le mythe Peau-Rouge de Manabozho et Chibiabos : Lang, 571-572). Le terrible ravisseur, nous dit l'hymne homérique^ « sourit en remuant ses sourcils d, et annonça à Persephonè qu*elle pourrait revoir sa mère. Mais u il lui donna, à part, des grains de grenade, douce nourriture qu'il lui fit manger à la dérobée, afin qu'elle ne rest&t pas toujours auprès de Dèmèter au peplos bleu. » En effet, ainsi que Dèmèter elle-même l'explique ensuite à sa fille: «Si tu as goûté ceci, tu retourneras sous les profondeurs de la terre et tu y resteras la troisième partie de l'année, et» les deux autres parties, auprès de moi et des immortels • » (Trad. Lecontede Lisle^ p. 452-454. Cf. aussi, dans l'Odyssée, le mythe des mangeurs de lotus.) Pareillement, dans la légende latine, telle que l'expose Ovide, Jupiter dit à Cérès ;

«... Répétât Proserpina cœlum,

Lege tamen cert& : si nulles contiget illic

Ore cibos. »

Mais déjà Proserpine

« Puniceum curvâ decerpserat arbore pomum Sumptaque pallenti septem de cortice grana Presserat ore suo. »

Même conseil dans l'histoire hindoue de Nacikétas : « Reste trois nuits danâ ga maison (de Yama), mais, bien que tu sois son hôte, ne goûte pas de sa nourriture » (Muir, Sanskrit ^ea?to, V,329). En Finlande, Waïnamoïnen est reçu aux Enfers par la fille du dieu Tuoni, moins accueillante que celle de Szannoô, et qui arrache au héros le secret de sa visite ; ses hôtes, pour Tempôcher de revenir au monde supérieur, l'invitent à boire de la bière; mais le prudent Waïnamoïnen repousse la coupe, au fond de laquelle il a remarqué des crapauds et des vers (Kalévala, cité par A. Réville, II, 207-208). Chez les Sioux, le héros, ayant traversé à la nage un fleuve qui le séparait du pays des morts, entre dans une des maisons rangées sur l'autre rive, et où il trouve justement son oncle défunt, occupé à préparer du riz ; le neveu voudrait bien en manger, mais l'oncle refuse, pour lui permettre de remonter au jour (Tylor, Civil, prim., II, 69, et A. Réville» I, 256-257)» Même croyance encore dans bien d'autres régions» notamment en MélanMs et en Nouvelle-Zélande (Lang, 47, 573).

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suivant les textes, soit qu'elle va s'étendre pour reposer*, soit que, touchée de cette visite de son seigneur bien-aimé et désireuse de retourner avec lui à la région supérieure, elle va en conférer avec les divinités infernales*; mais toujours elle achève par cette recommandation suppliante : « Ne me regarde pas'! » Cependant le jeune époux, dans son impatience, ne peut se résoudre à lui obéir*; il saisit son peigne,

Poun{uoi cette règle si générale? Apparemment, parce que la oommenialité etijlit toujours entre les hommei un certain lien d*amitié; que ce résultat social^ obserfâble autour de dous chex les gens qui se sont assis à la même table, plus net encore dans les repas en commun de groupes plus solidaires, comme ceux des cités antiques, derait se proiluire arec une force particolière chez rbomme primitif, toujours affamé et pour qui manger était presque un rite; et qu^ainsi, le virant devenu Tliôte des morts se trouvait uni à eoz par une sorte d'alliance magique, en même temps que, par contre-eonp, il se voyait éloigne, sépari^ des autres humains (cf. les diverses explications de A. Rèville, 1, 257; Sidney llartiand, The Science of fairy taies, 39 seq.; Marillier, dans liev, irhiit, des rcUgi'»ns, t. XXIV, p. iVl; etc.). Au demeurant, il semble bien que l'assimilation ainsi créée entre le vivant et les morts ne soit pas toujours irrévocable, puisque, dans notre mythe, Izanami annonce qu'elle Ta Toir les divinités infernales pour essayer de faire lever l'interdit.

1) N, I, 2i, où, après avoir dit qu'elle a mangé de la cuisine des Enfers, Iianami sjoute : « Néanmoins {skikaré'lumo), je suis sur le point d*aller me coucher pour dormir ». On pouvait s'attendre à lire ici « en conséquenee » plutôt que « néanmoins » : erreur de scribe qui ne saurait préraloir contre le sens évident du mythe. Cf. Eurydice : «< conditque natantia lumina somnus. « {Géorg., IV, 495.)

2) Yomo tsou kami. K, 35. Cf. les TAAw hypoehthonioïf les Di tn/en, etc. Quels sont ces dieux? Les Femelles hideuses, les tonnerres, l'armée des ténèbres, tous les êtres farouches que nous allons rencontrer. Chamberlain troave une certaine contradiction dans le fait qu'lzanami, qu'on voit consulter m les <livinités souterraines, est appelée un peu plus loin la « Grande divinité des iinîen » ; mais, comme le disait déjà Hirata, on doit supposer que les Fome tsou kami tenaient la première place jusqu'au moment où Iianami la prit ellemême, et cette hypothèse n'a rien d'absurde : Froserpine n'était pas la reine des Enfers avant le jour uù elle y fut entraînée et retenue.

3) K, 35; N, 1, 24, 29, 30. Cette défense est aussi le nœud du mythe d*Or« phée, qui doit remonter au jour sans se retourner, tandis qu'Eurydice (t. 486) marche derrière lui :

Ponè sequens (namque haiic dederat^Proserpina legem).

4) « Ayant ainsi parlé, elle rentra dans le Palais; et comme elle s'y attardait très longtemps, il ne put attendre davanUge. » (K, 35). Dans le N, I, 24, on dit simplement qu'Iianaghi ne tint pas compte de ses paroles. La variante dit

en brise une dent terminale, Tallume comme une torches et regarde : Izanami n'est plus qu'une masse de pourriture, où les vers fourmillent, où gisent les foudres'. Alors, plein de terreur, il s'enfuit'. Izanami lui crie : « Tu m'as remplie de honteM » Et maintenant, furieuse, elle le poursuit de sa

Ny I, 29, suppose qu'Izanami devint soudainement inrisible et qu'alors, comme il faisait très sombre, Izanaghi alluma une lumière pour l'apercevoir. Enfin, dans le N, I, 30, Izanaghi refuse d'obéir à la prière de son épouse, et continue de la regarder. L'idée du K se rapproche plutôt de celle de Virgile, loc, cit., y. 487 et 490.

1) K, 35; N, I, 24, 29 : vid. stip., p. 255, n. 6 et p. 256, n. i . Cf. les kedzourikaké, baguettes de sureau ou de saule coupées près de leur sommet de manière à former une touffe de rognures adhérentes, et auxquelles on mettait le feu pour éloigner les mauvais esprits (Aston, 191 seq.).

2)K, 35-36; N, l, 24, 29-30; supra, p. 104, n. 1, et cf. p. 110, n. 3. Ce tableau réaliste, où apparaît toute la hardiesse de Timagination japonaise, sera poussé plus loin encore dans l'histoire fameuse d'Ono no Komatchi, la fière poétesse du iz« siècle, aussi célèbre par sa beauté que par ses vers délicats, et dont la biographie brillante s'achèvera par de terribles peintures où l'on se plaira d illustrer toutes les phases de décomposition d'un cadavre (voir Anderson. Catalogue, p. 121). Cf., aux Enfers grecs, le dieu Eurynomos, que Poiygnote avait peint, au dire de Pausanias, sous les couleurs bleuâtres d'une mouche à viande, et qui dévorait les chairs des morts ; ou encore, dans le Parsisme, la Druj Nasu, démon qui vient s'emparer du corps après le dernier soupir et qui représente aussi la mouche des cadavres (D. Menant, Les Parsis, p. 181).

3) K, 36; N, I, 24 (« Oh ! je suis venu, sans le savoir, à une hideuse et sale région! »), 25, 29. Le dégoût qu'inspire la vue du cadavre arrête aussitôt, chez le vivant, le désir de ramener le mort; et tout au rebours, il ne songe plus qu'à échapper à la contagion qui le menace (« acontagiis mortalitatis... », Office des morts). En somme, ce qu'on redoute, c'est de se voir assimilé au défunt, attiré par lui dans l'autre monde (cf. plus haut, p. 240, n. 2; au xvii* siècle même, le Crouvernement japonais refusera de répondre à une lettre du roi d'Angleterre, Jacques le», adressée à lyeyas et arrivée trop tard, parce qu'on regardera comme dangereux de se mettre à la place d'une personne morte : H. Nagaoka, Hist, des relations du Japon avec l'Europe aux xwi^ et xvii* siècles, p. 201).

4) K, 36 ; N, I, 25, 30 surtout. Cf. aussi le rituel du Feu : <( Quand Izanami enfanta son dernier-né, le dieu Ho-mousoubi {supra, p. lOô, n. 7), ses parties intimes furent brûlées, et elle daigna se cacher dans le rocher (tombeau). Elle dit : « 0 mon cher et auguste frère aîné, pendant sspt nuits et sept jours, ne me regarde pas I » Mais avant que les sept jours fussent écoulés, Izanaghi, étonné de sa retraite, la regarda; et voici que ses parties intimes avaient été brûlées en donnant naissance au Feu. Izanami lui dit ; « 0 mon cher et auguste frère aîné, tu m'as outragée en portant les yeux sur moi, malgré ma prière de

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haine* : elle envoie contre lui toutes les hideuses Femelles (les Knfers*. Mais c*est un magicien qui sait comment se défendre'. Il prend sa noire couronne, la jette à terre, où elle se change en raisins ^ : et pendant que les Femelles ramassent

tVn abstoTlir dnns un tel momeot. (^est pourquoi tu dois frouverner le monde siipt'rirur, et moi, le monde infmour. Ht rc disant, elle se cacha dans le ro.lj^r. .. (H XII; Aston, 31G: Oriflip. 5i; cl cf. oi-desiu?. p. 107, n. 1 et lOS, n. f)}. r!!n(]n, un rapjirochomi'nt s'impose entre ce mythe et ceux que nous avons dêjii ^tudi*'», \k 271, n. \.

1) <> revirement sul'il est la principale différence qui existe entre notre mythe, où Iz.inami se dresse, farouche, contre l'homme qui n'a pas respecté le mystère d»^ sa mort, et la légende virgilienne, où, tout au contraire, Eurj'dice 8 éloigne (v. 407) av^c une désolation élé^nte :

o Invalidasque tihi tendens, heu ! non tua, palmas n,

Hn Nouvelle-Zélande, le héros, plus heureux, peut ramener son amante (foir Rcv. d'hîst. 'les rr/i//i(.ns, t. XXXVII, p. 126, conte n« l et cf. n^ 13).

2) Yomo Ifiou Shiko-mc. K, 30: aussi appelées, dans le N. 1,25, Hisa-mé, c*e8t-à-dire soit les remelles k qui se tiennent cachées », en embuscade, soit plutôt les Femelles « au front ridé ». I/expression du K pouvant être entendue au singulier comme au pluriel, M. Chamberlain suppose une<f Femelle hideuse » unique; mais le N, qui en indique huit, montre bien qu'on les concevait en troupe. Nous avons ainsi un^^roupede Furies qui correspond aux Erinnyes de Tantiquité, à ces Euménides menaçantes (« coîruleosque implexo? crinibus angues )») que rencontre aussi Orphée :Virg.. /oc. fi7.,v. 480, et cf. Ovide, Métam., IV, 454). Kn même temps, par cette conception des Femelles ridées, les Japonais se rapprochent îles .\inous. qui pensent que les vieilles femmes, en particulier les belles-mères, deviennent fl«*s démons après leur mort (voir Batchelor, 223-22&). Autre ('zomp'c analo^'^ue : celui des deux vieilles femmes des Araueaniens, dont Tune, très laide, ressemblant à une baleine, montre la roule infernale au mort, tandis qu'une autre, un peu plus loin, exige de lui un péage et, s'il ne peut payer, lui crève un œil (A. Réville, I, 403). Dans tous les cas, nos Shikih mé, que Hirata voulait identifier avec les huit tonnerres sans aucune raison |Uaasible, puisque le K les distingue, constituent des Ggures originales, bien à part, et qui étaient encore, sous le nom de Gogo-mé, la terreur des petits Japonais du x« siècle (d'après le Wamiôsho^ cité par Aston, p. 25).

3) Les procédés qu'il va employer se retrouvent chez les peuples les plus divers (voirLang, op. cit.f 602, 616, et Custom and Myth^ 87, 03 seq.; Fie renz, p. 5i, n. 35; etc.) La seule chose dont on puisse s*étonner, c*est qu*Iu« naglii, après avoir transformé tant de choses, ne se métamorphose pas luimôme comme le héros du Kalévala (Kéville, II, 208).

4) K, 30; N, I, 25. — Kadzowa (de kami, chevelure, et tioura, radical de tsouranourou^ enfiler), à Torigine, parure de fleurs et de feuilles, plus tard, tout ornement qu*on piquait dans les cheveux (hana-katsoura^ parure de flearSi tama-hatsoura, parure de JQyauz, etc.); on ne voit pas bien d'ailleurs pourquoi

ces fruits et les mangent, il accélère sa fuite. Les voilà encore à ses trousses : il abandonne son peigne, qui se transforme en pousses de bambous*. Elles les arrachent, les dévorent : il continue sa course*. A ce moment, Izanami lance contre lui toutes les foudres et tous les guerriers des Enfers»;

la kadzoura d'Izanaghi était noire (cf. cependant V. Henry, op. cit., index, v» noir). — YébUkaâzoura, la vigne sauvage, Vitis Thunbergii. Il semble donc certain que la ressemblance des mots a éveillé ici Tassociation des idées. — Ce détail se rattache sans doute au procédé magique qui consiste à jeter aux démons des graines comme appât (dans l'Inde antique, orge, riz, sésame, V. Henry, 44, 207, 213; dans le mythe zoulou, sésame répandu par une jeune fille pour arrêter les cannibales qui la poursuivent, Lang, loc, ci7., p. 93; et au Japon môme, outre les distributions de riz, etc., supra, p. 134, n. 4, grains de colliers ofTerts aux dieux « comme choses pour s'amuser d, R XII et Griffis, p. 57).

1) K, 36; N, I, 25. Métamorphose d'autant plus naturelle que les anciens Japonais, suivant Tobservation d'un voyageur chinois, « liaient ensemble des morceaux de bambou taillés, pour s*en servir comme de peignes » (Parker, T, XXII, part. 1, p. 42). — D'après le K, Izanaghi avait brisé pour s'éclairer une dent du peigne fixé dans la touffe gauche de ses cheveux, tandis qu'il jette maintenant celui qui était planté dans la touffe droite. — Les pousses de bambou {takamounaf de tahé, bambou, mcf, pousse et nUf herbe, appelées aujour-^ d'hui iaké no ho) sont un mets favori des Japonais, qui paraît souvent aussi, à Tokio, sur les tables européennes. — Dans les mythes analogues, un peigne ( « aux dents multiples et serrées », comme disent nos textes) se change souvent en un fourré ou en un buisson : exemple, le N, I, 96, où le Vieux de la Mer tire de son sac un peigne noir qui, jeté à terre, se transforme en un bos-* quet de bambous, dont il fera le « panier » qui doit conduire Ho-ouori sous les eaux; et cf. la légende de Samoa (Lang, loc, cit,, 93, 98). — Quant à l'idée de prendre les Furies par la gourmandise, est-il besoin de rappeler les deux rognons ou les deux boulettes de riz dont on munissait le mort hindou prêt à affronter les deux chiens de Yama, ou le gâteau de miel habilement offert à Cerbère par la Sibylle (Virg.,£n^rf., VI, 420)?

2) A cet endroit se place, d'après une variante du N, 1, 25, la création d'une rivière qui arrête les « Femelles affreuses » (vid. sup,, p. 203, n. 6), et qui nous montre qu'lzanaghi «ne se desroboit point pour tumber de l'eau», comme dit Montaigne (I, 3 et 20). Dans le mythe de Samoa, Siati et Puapae jettent derrière eux une bouteille d'eau : elle devient aussitôt une mer où se noient les parents qui les pourchassent (Lang, loc, ct7., et cf. Mythes., »f 602).

3) K, 36; N, 1, 29 (les foudres seulement). Ces tonnerres se rattachent sans doute à la croyance générale qu'un bruit effroyable se produit parfois dans les Enfers. Par exemple, dans Virgile, au moment où Orphée vient de rompre le pacte : •„. terque fragor stagnis auditus Averni » {Géorg., IV, 492). Conception qui a pu être inspirée, comme le suppose H. Spencer (Ij 287), par les

320 LK SIIIMNTOÏSIIE

mais lui, tirant son sabre, se précipite en avant, brandissant l*arnu' (Icrritrc son dos*. Knfin, il atteint la Pente unie; là, il cucillr trois ptVhos, on frappe ses porséculeurs, qui se n^tirrnt on dt^ronlo. Sur quoi, il déclare aux pèches libératrices : <t De inome que vous m'avez secouru, ainsi devezvous aider tous les hommes visibles de ce Pavs central des plaines de joncs, lorsqu'ils tomberont dans le trouble et qu'ils .seront harassés » : et il leur donne le nom d' « auguste grand Truit divin »*• Tout n*esl pas terminé : car voici enfin Izanami elle-même, qui vient pourchasser le fugitif. 11 soulève alors un roc énorme, et bloque la sortie des Enfers'. Ainsi séparés, les deux époux échan;;ent leurs suprêmes défis : izanami, qui est vraiment (ie\fnue « la grande divinité des Enfers* », menace d(* mort le peuple de la terre supérieure; Izanaghi réplique, niaintirnt lediiroils de lavie, qui, grâceàlui, doivent cnetTet triompher \ 11 prononce la formule solennelle du divorce : « .Notre parcnlt' est rompue*. » 11 dit «« Ilalte-là », et

^'nutrri'S ou ri-'leiilit (in«.* riTiori' bu u tomme, mail qut| au Japon, peut aToir ea pour uri^iiM', plus vriL^ttruiltlultle i-ncon*, lirf ^'londements profonds des volcans ••l «1er lrriuMcim;iils «:t' lorre.

1, K. :;7 ; N, 1, .'5 ^el of. K. 1*^3-124). La dffense de le retourner qu'implpjtii i:« \ li.l, «'l qu(f K' !iort>s avaii sans «loute observée déjà lorsqu'il jetait sa iMiun.uiiitMui .son pcM^Mio, cuiisliiut' t'Dcorc un rite universel. DansPIode, on pre* nul ^TMid .soin iKmii* pas ref^anler on urnore lorsqu'on revenait de la rivière où l'mihViuit puiiiio, lorsqu'on rentrait au village après avoir conjuré Nirrti, d*aiie m lu.i tl- ^'oiiiTâU' touti-8 les lois qu*on redoutait la poursuite des esprits funèl>refl ; iMi Ori'c, i-V'Sl lo visiifce détourné qu'OdvBseusfait ses offrandes aux mftoes ou que M<'16i.> prépare ses œuvres magiques, que le fidèle jette leur pâture à Hécate rt u ba troupe dWnies errantes ou sacriiie aux dieux souterrains (voir V. Henrj, 47, 162; FJoreuz, 52, n. 36; et cf. aussi Fossey, op. eit,^ p. 472).

2} K. 37 ; N, I, 30 : vid. sup,, p. 135, n. 3.

4) Yomo tsou oh-kami : K, 38. Cf. ci-dessus, p. 316, n. 2.

5) K, 38; N, 1, 25 : viiL sup.^ p. 239. — En somme, si on compare t*eiisemble de ce récit à l'épisode d'Orphée et «rEurydice, on doit recoooattre qu'à défaut de la grâce et de la sensibilité virgiliennes, le vieux Yasoumaro nous a laissé un tableau d'une vie plus intense, d'un symbolisme plus riche et, pour tout dire, d*un caractère plus épique.

0) Variante du N, 1, 30-31, qui éclaire sur ce point le K, 38. « L'augast Iianami dit ; u Nous sommes parents (ouyara, contractioa d'ou^fi-garOj « do

LK SHLN>T0Ï5ME 321

jelte à terre son bâton, qui devient le dieu Founado*; sa

]a même maison ») : ne me regarde pas ». L'auguste Izanaghi ne voulut pas lui obéir, mais continua de la regarder. C'est pourquoi l'auguste Izanami fut remplie de honte et de colère; et elle lui dit: « Tu as vu mon «Hat; maintenant je vais voir le tien à mon tour. » Alors Pauguste Izanaghi fut humilié, et il se disposa à partir. Cependant, il ne se contenta point de se retirer en silence, mais il dit solennellement : « Notre parenté est rompue. » Il dit encore : « Je n'accepterai pas d'être battu par une parente » (allusion à la menace d'fzanami de décimer les vivants). Et le dieu du Crachat qu'il fit aussitôt fut appelé Hayatama no ouo ; puis, le dieu de sa purification fut nommé Yomi tsou koto-saka no ouo; deux dieux en tout. Et lorsqu'il en vint à se disputer avec sa jeune sœur à la Pente unie des Enfers, l'auguste Izanaghi dit : « Que je me sois d'abord attristé et que j'aie langui pour une parente, c'était une faiblesse de ma part. » {Haya-tamano ouo, d'après les caractères, « le Mâle joyau-rapide», mais bien plutôt, en rapprochant tama de tamahif « le Mâle du rapide vomissement » : cf. ci-dessus, p. 254, n. 5, et Florenz, p. 67, n. 88; voir aussi A. Réville, I, 236, II, 114, emploi des vomitifs, en Nouvelle-Zélande comme chez les Peaux-Bouges, pour chasser les esprits impurs. Yomi tsou k'/to-tiaka no ouo, • le Mâle du divorce des Enfers » : koto, chose, saka, de sakarcn, diviser, donc, divorce. Cf. l'expression kotodo ni ouatamu, « r.'soudrel'» contrat avec la femme », employée dans une variante précédente (N, I, 25) : hd-ulo est obscur; mais une hypothèse de M. Tsouboï, qui pense que koto peut être pri^: dans le sens de « rapports sexuels » (voy. Florenz, p. 54, n. 42), contribue à Wclaircir. Voir enfin ci-dessus, p. 271, n. 1).

i) K, 39; N, I, 25, 30. Vid. sup., p. 127, n. 2 et p. 303, n. 3. Les mots tsouki'tatsou (jeter-droit), qui précèdent le nom de Founado dans le K, semblent indiquer que le bâton lancé par le dieu se ficha debout dans le sable (cf. Chamberlain, in loco), ce qui serait bien en harmonie avec l'adresse habituelle de tous ces gestes magiques. Founado est un bâton (malgré la théorie ultérieure qui tente de l'identifier à la lance d'Izan«tghi, et qui d'ailleurs n'est pas aussi incompréhensible que le dit Florenz, p. 54, n. 44, étant donné le caractère phallique commun à cette lance et aux dioux des routes en général). D'autre part, ce bâton, jeté par Izanaghi avec des paroles significatives [a les tonnerres ne doivent pas venir plus loin que ceci », N, I, 30), se dresse à la frontière des Enfers, contre les divinités souterraines, pour leur barrer l'entrée du monde supérieur (d'où l'idée de Hirata que ce serait un icaki-tama do l'âme d'Izanaghi lui-même, tendue dans un ardent désir d'arrêter cette montée furieuse des mauvais esprits : Koshi^denn, VI, 9, et Aston, 3:^). Cette double origine suffit à expliquer la nature complexe d'un dieu qui est, tout à la fois, le patron du voyageur et l'ennemi des démons. Lo premier caractère domine, malgré l'allure évidemment démoniaque des rebelles terrestres, dans la légende où Founado devient le guide des célestes envoyés, lors de l'abdication d'Oh-kouninoushi (N, I, 80-81). Le second apparaît surtout dans le culte : invocation contre la peste (R XIII, ci-dessus, p. 303, n. 3). Enfin, ces deux faces de sa physionomie s^éclairent tout à fait si l'on rapproche deux anciennes coutumes

322 LE SniXXTOÎSME

ceinture, qui devient le dieu Naga-lchi-ha«: son vêlement de dessus, qui devient le dieu Ouad/ouralii': et la suite\ Bref, par tous 1rs moyens, il clierrhe h sVvader pour toujours de cette ré^'ion de mort, d«' maladies, de souillures, et les derniers actes de sa fuite se confondent avec les premiers rites de sa Purification*.

relatives aux ambaisados : au départ d'envoyés japonais, adoration des dieux df*8 routes, en dehors de la ville, pour quMs protèjçent leur Toyage (I\ XXVI, Aston, 315): à l'arrivée d envoyé! étrangers, deux jours avant leur entrée dans la capitale, cérémonie analogue pour se prèsenrer des maladies ou autres iiiflurnces malignes qu'ils pourraient apporter avec eux (Aston, 188; Chamberlain, qui Tut lui-mrme exorcisé du denion de choléra, avant d'obtenir Taccès d'un village, v\\ I^TU, Thiwji j>tpanese^ lit ; et, d'une manière plus gèoérale, Frater, p. 231 seq.'. Quant aux autres dieux d^s routes, associés d'ailleurs i Founado dans toutes ces céri'monies, nous avons tu qu'ils surveillent surtout les croisements de chemin:*; mais ils so confondent plus ou moins avec Founado lui-même (passage du Ki.'udjiki^ cit*' par Aston, 18T-i88;, et c'est ainsi qu'un bMon joue lo principal rôle dans la (s'ulji-oura [u divination aux embranchements de routes y», que nous d'-crirons plus tard). Cf. le cuite des carrefours en Op'co 'les tiennes;, à Homo (les Compilâtes en l'honneur desl^ares, sacra popularia qui ne tombèrent en désuétude qu<^ pour des raisons politiques et que restaura d'ailleurs Auguste : voy. Maynz, ïh'oit r^main^ I, 4S, et cf. G. LaCaye, /l#f . 'fhixt, '1rs reli'jiom, t. XX, p. 37^, et'\

i N, I, 2r>; ou, dans le K, 4'"', Mitcfti no yttga-tchi-ha mitvhi ou Uhi, chemin; tinga^ l^ng; ha, roj'her, d'aprt»5 le r.iractêre, mais peut-être, suivant rinler|»ri'»tatiori d*» Mori!>é, forme aternalivc de wi, étendue, distance. En tout cas, dieu du bjni: nhi-min. Cf. d':Ai'.!eur* \ii Kiouljiki, dans Aston, I88\ Cette mèlamnrjdioFC s'i'xpliquo assez lien lorsqu'on songe que l»*s oti japonais atteignent aisém''nt trois ou quatre mMri'S. .Nous avons \n, dans le sens horixontal, uri" comparaison analogue 'i ccWû qu'implique, dans le sens vertical, le mythe de Tahiti qui raconte q l'un frt"^p^ et i:mi» s«rur, déroulant du haut du ciel leurs longues ceintures, purent les faire dosrrnlre jusqu'à la terre pour enlever leurs parents A. IV-ville, II, \S\

2' N, I, 25; ou, dans le K, 40, nualz-.urahi no oushi : le « dieu des souf* franct'S w ou maladii\-), ou lo dieu « maUn' «les souffrances ».

3) Les «l-ux r^cui.Ml5, d'accord sur les trois .Hpux qui préct-denl, différent un pou en c«» qui i;onc(?rne les autres parties du v.'i» rni-nt divin. Il s'agit d'ailleurs de diviniti's moins importantes. Le seul p-mnI in(»' rossant e^t l'origine du dieu ïchi-mata, que le K, 40 fait naître du haktjn'i ['autalonsbouffaîils d'Izanighi. Hion de plus naturel, en off.^l, que do ciinpii-r la fourche représentée par les jambos d'u:i pnnla'on à l:i rencorUr»^ de îeux r-uto< cf. ci-Jpssus, p. 321, o. I).

4) Los r.'ciis du N, I, 25, 20, 30, se il.ii^'r.i tous ;i la fin du voyage aux Enfers, tandis que la version du K, 39-10 ouvre la seine des ablutions à l'embouchure de la rivière de Talohibana ^sur laquelle cf. N, I, 26, 31, et voir Flo-

LE SHI5>T0iSM£ 323

Tel est ce mvlhe fameux, reconstitué aussi exactement

renz, p. 57. l. 55 : 211:$ -zH ei:hev-?:neira*. des deux èpisjies n'eiSil pas !a meilleure preuie da .i-:3 èiroil q-i les unissiit dir.s /esprit des reJ acteurs? D'ailleurs, Icrs-qu'il ;e::e sjr. bl:3n ei Sfs rèieiie-ls. hina^h: ne fait qu'acberer le mourezie::! c:*=:!nencé par i'abar.don de ses omecceDts de tête : et quand on obserre que, dans la purlScaibn rituelle pri-Uive, îe coupable devait se dépouiller de t:..t ce qu'il posséiait Voj. T, X\VII,part. 1, p. 53 , on peut se demander si ces gestes di dieu, aussi bien pendant sa fuite qu*après sa sortie des Enfers, ce seraient pas une représentation dramatisée de cette cêré* monîe pénale. En tout cas, sa purliîcation proprement dite est manifestement TexpressioD mythique d'une coutume réelle, qu'un voyageur chinois avait obser- Tée au Japon plusieurs siècles avant la rédaction de nos recueils : aussîti)t après les funérailles, toute !a famille du défunt al!ait à la rivière et entrait dans l'eau pour se laver -T, XVI, part. 1, p. 58); et peut-être avons-nous un dernier vestige de cot usage dans une petite régie actueile qu'a relevée M. Floreni (p. 57, n. 54, et cf. Ksmpfor, II, IS : quiconque, s'étant b!essé, perd plus de trois gouttes de sang, ne peut aller au temple de la journée; or, si roffusion n'a été que d'une à trois çouites, il peut s*y rendre, mais seulement après avoir pris un bain. L'idée que tout contact avec la mort entraîne une souillure se retrouve dViUeurs dans d'autres coutumes connexes : à l'origine, on abandonnait la maison du défunt, et c*est ainsi que, jusqu'à l'époque de Nara, la mort de chaque souverain amena un déplacement de la capitale (cf. les .\mous, qui brûlaient la hutte mortuaire, Batchelor, 223, et, d'une manière plus générale, Mauss, Aev. cThiitt. d€S religions, t. XXXV, p. 45 ; on puritlait le palais aussi bien lorsqu'un décès se produisait dans ses environs que lorsqu'on craignait la contagion de la peste; en 801, une grande cérémonie purificatoire fut célébrée parce qu^un chien mort avait été découvert sous l'un des bdtimenls impériaux (Aston, 25V. Pareillement, lorsque Tenceinte d*un temple arait été profanée par la mort d*un homme, aucune fête sacrée pendant un mois ; par la mort d*un aqimalf. pendant cinq jours. £nQo, le même souci^ plus religieux encore qu hygiénique, d*éviler la contagion de la mort se révèle dans l'interdiction d'entrer an temple qui frappe le HdMe atteint d'une telle souillure; éarsî les mois entiers que dut& cette défense en cas de perte des parents peuvBnt s'expliquer aussi, dans juqe certaipe mesure, par dçs raisoqs de deuil plus générales, il n*y a guère de doute sur le motif qui inspira les règles suivantes : abstention de visiter fe temple pendant sept jours après avoir assisté ï\ l'enterrement d'un ami, pendant trois jours après avoir pénétré dans une maison où reposait un cadavre ou après avoir mangé quelque aliment cuit dans cette maison, pendant cent jours après l'incendie qui aurait brûlé un homme ou un animal dans la maison que l'on habitait. Au demeurant, rien de plus universel que cette croyance, avec les luslrations qu'elle entraîne (Tylor, II, 435 seq.), et pour nous en tenir aux seules légendes classiques, la purification d'izanaghi rappelle étrangement celle d'Aikestis sauvée de Thanatos, ou celle de Junon à son retour des Enfers, en attendant que, plus tard, Dante se plonge dans le Léthé à sa sortie du Purgatoire*

324 LE SnCV5T0iSME

que possible d*après toutes les variantes de nos anciens recueils. Des détails matériels qui s'y trouvent épars, il ressort que les Knfers sont une région de ténèbres, où de mystérieusf's divinités babitent un palais, se nourrissent* et végètiMit d'une vague existence farouche : un pays où Ton voit des rochers, mais peu d*arbres, où bambous et raisins ne semblent guère exister qu'en vertu de moyens magiques, où Tunique pécher qu'on nous signale, et qui ne pousse d*ailleurs qu'aux portes de la lumière, surgit d*une manière trop opportune, pour fournir au héros Tabri ' et les fruits dont il a besoin : bref, un royaume funèbre, où les seuls êtres vivants sont, en somme, les vers du tombeau. Ace cimetière dramatisé, comparons les Enfers que visita Oh-kouni-noushi*. Là, encore, un palais, des rochers, des arbres, tout le décor utile à Faction, mais sous un aspect moins lugubre. Il est vrai que ce palais recèle, en dehors de sa vaste salle, des endroits où grouillent les serpents, où courent les mille-pattes, où bourdonnent les guêpes: mais il est habité par un chef plein de force et par ime jeune femme pleine d'ardeur, par des êtres humains qui ne sont pas moins vivants que leur hardi visiteur lui-mêmt», et aux alentours, on voit trottiner la mère souris c'ivcc sa petite famille, c'<'st-;i-dire des animaux secourables qui n'ont certes rien d*infcrnal et qui sont bien les frères de ceux que notre héros avait déjà rencontrés au cours de ses aventures'. Pareillement, la vaste lande où il est traqué par le feu ressemble étrangement h un paysage terrestre, et, faute de tout indice contraire, nous sommes en droit de nous la re- |)réseiitcr comme une plaine sauvage, mais égayée de fleurs, sonihl.ible fi celle où, plus tard, Yamato-daké devait subir unt^ éprouve identique. Kn un mot, nous pourrions presque

1) »r, nu i)<irl (1<^ la roule, il y avait un ^rand pi'cher, au pied duque| Taii^Mi ;|i' I7. inni^lii so cacha » (var. du N, I. 30). 'J Stqn-'t. p. 270, n. 1.

8; K, 08, 70 : supra, p. 267, n, 6.

LE SHINNTOÏSME 32o

nous demander si la « Terre basse el lointaine* » que visite Oh-kouni-noushi ne serait pas plutôt quelque province éloignée, là-bas, sous l'horizon... Mais les textes sont formels : c'est pour rejoindre Izanami, sa feue mère, que Szannoô voulait aller dans ce pays mystérieux'; c'est bien là que l'envoient les dieux, lors de son bannissement"* ; et quand Ohkouni-noushi s'échappe de cette môme région, c'est, comme Izanagbi, par la « Pente unie* ». Nous devons donc conclure que, dans l'antique Shinnto, le séjour souterrain avait été l'objet de deux conceptions différentes, et le caractère particulier des légendes d'Idzoumo nous porte à croire que l'épisode d'Oh-kouni-noushi fut surtout un mythe locaP.

Reste à signaler un dernier séjour, qui se distingue des précédents en ce qu'il se trouve hors du Japon : le Toko-yo no Kouni, ou la « Terre éternelle »". Quand Soukouna-bikona quitte Oh-kouni-noushi, il se rend par mer^ dans ce pays

1) iV^ no Kala-sou Kouni (K, 71 seq.). Vid. sup.^ p. 81, n. 1 ; et cf. aussi Florenz, op. ci7.,p. 47, n. 29, et dansT, XKVII, p. 108.

2) K, 44-i5, 47; N, I, 28 : supra, p. 93. Donc, lorsqu'on désigne plus loin sous le même nom le pays que visita Oh-kouni-noushi lui-m<>me, on veut bien indiquer le séjour dlzanami, c*est-ii-dire le Yomi.

3) N, 1, 50, 51-52 : supra, p. 70.

4) Les deux mythes, si dissemblables à tant d'autres égards, finissent donc par converger sur ce point précis. Détail significatif: une ile Moukadé (nom du mille-pattes) se trouve près d'une presqu'île appelée Yomi no Shima, ce qui rapproche singulièrement la légende du Yomi de celle où Szannoù nous est décrit avec la tôle couverte de myriapodes (voir Florenz, p. 47, n. 29, et Chamberlain, Kojf., Introd., p. lvi-lvu).

5) Remarquons que cet épisode ne se trouve pas dans le N, mais seulement dans le K. M. Âston (p. 146) pense qu'il doit contenir des éléments étrangers et assez récents, et que l'introduction du nom d'Oh-kouni-noushi y est purement accidentelle. J*ai plutôt rimpression que cette légende du cycle. d'Idzoumo faisait bien partie intégrante du corps de traditions relatif à Szannoô et à Ohkouni-noushi, mais que précisément son caractère spécial, qui contredisait la conception populaire des Enfers d'Izanaghi, Tempôcha d'entrer pleinement dans la mythologie générale.

6) TokOf stable, immuable, éternel ;yo, monde, d'après le caractère ; mais cf« cl«de880U8, p. 327y n. 7.

7) Voy. eu effet N, I, 60 ; et cf. K, 87.

326 LE SIIIN.NTOÏSMI:

mystérieux ; el un frèro de Djimmou, .Mi-k6*nou uo mikolo, y passe en marchant sur la crfile des vagues*. Plus tard, ïadjima-mori y va chercher Toranger*. Enfin, une légende plus récente encort» assimile celle région lointaine au palais sous-marin que visite ()urashima\ La « Terre éternelle » nous apparaît donc comme un pays situé h une assez grande distance de Tarchiper. Lrs deux derniers récits donneraient à penser qu'il s'agit, suit des Iles Liou-KiouS soit de la Chine

i) Lo n Maître rio l'auguste nourriture •* : K, i?9.

*J) ■ Lp (!i'*|i*5tc sourerain Souïiiinn; envoya Tadjlma-mori, ancêtre des Miyaké no MourafJji, à la Terre éternelle, pour 8*y procurer le fruit de l*arbre odorant qui n*a pas (!e saison. Tadjima-mori finit par atteindre cette contrée, cueiliit lus Truils (lo i'arl>re, <'t en rapporta huit ramilles avec leurs feuillet et huit ramilles avec le fruit Feulement (deux manières de cueillir les oraoges : Toir les explications di* Motoori, résumées par Chamberlain, îii locû); mais, dans Tintervaile, le O-Ieslc souverain était mort. Alors Tarljima*mori mita part quatre ramilii's complètes el quatre ramilles lîépouillées, qu'il présenta à la Grande Impératrice, v{ il dressa quatre ramilles complûtes et quatre ramilles dépouillées Comme otTran^le à la porte de l'auguste tombeau du Céleste souverain, et, élevant tr«'-s haut le fruit do i'arhre, il gémissait et pleurait, disant : « En ap]>ort.iitt d<> laTern' éternelle le fruit d^' Tarbre odorant qui n*apas de saison, je iiuis venu pour {** servir »; et tMiflii il pleura et se lamenta jusqu'à ce qa*i] mourût. (>. fruit do Tarbre odorant qui n'a pas de saison est ce qu'on appelle inaiiiti'iiaiit r^raiiL^' (itrhif'ana^ peut-être du uom de son importateur, dont U Tamil ■' î^'élait !ix-e ihns la proviur-* «le Tadjima^. a (k, ll^-lb9 ; et ef. N, I,

o) Ver;$ion di .l/aN'/'^/ii/ii, IX, tO. Le N, I. 3G3. dit simplement que U jeuu<.' pécheur, ayant pris une grande tortue qui aussiUU se transforma en uns teuiMii', devint amoureux de cile-ci; qu>3 tou.s deux descendirent alors dans la mer. et ^lu'ils ' .'tU>-ignirent le uiôui liôraï, où ils virent les génies »» (sur le mont l{''ir:ii, un*:* des trois iles fortunées que les Chinois situaient dans la Mer. orientale, v àr F. V. Diokins, Tahéim ilonogaffiri^ Londres, 1888; Andenoa, "p. cit„ 2'2\ ; etc.). La glose du N rend bien lf*s caractères Hvroïsan par les kana Tokii-i/» no Kouni ; mais nous n'avons pas à tenir compte de cette fanUisîe. Hemarquons d'ailleurs, contre le M(myt'*shi»u lui-même, que dans la légende da K, 129, le sort de Mi-ké-nou est nettement distingué de celui de son frdre Ina« ht peut-être d'imi eli/(i, Hiz en balle-riz bj^uilli), qui entra dans la Plaine des mers, patrie de sa mère défunte.

4) « En recevant les ordres de la Cour céleste, j'allai au loin vers une régioa écartée ; j'3 traversai les vagues sur dix mille lieues... C'est pourquoi, durant l'aller et le retour, dix années se sont naturellement écoulées» » (N, I, 187.)

6) Cf. suptaj p. 117, n. 3.

méridionale*. D'autre part, on peut observer que, dans les deux premiers, plus anciens, les héros qui font ce voyage disparaissent pour toujours\ Il semble bien, dès lors, que le Toko-yo no Kouni, finalement conçu comme un paradis occidental', un lieu de délices où, sous des arbres immortels, aux fruits d'or, se réjouissent les génies*, ait été d'abord regardé comme une demeure des morts plus indécise et moins merveilleuse; et lorsqu'on recule ainsi dans la série des mythes, on en arrive à se demander si les brillantes couleurs étrangères dont furent embellis les plus récents d'entre eux ne nous voilent pas une conception antérieure très sombre : la vieille croyance que les morts s'en vont, à l'ouest*, par un long voyage maritime ^ dans les régions lointaines où se couche le soleir.

1) Tadjima-mori était d'origine coréenne (descendant, d'après le N, I, 186, d'Ama no hi-boko, sur lequel cf. supra, pp. 198,211); et c'est sans doute pour cette raison qu'il fut choisi comme envoyé ; mais, Toranger étant très rare en Corée, c'est plutôt en Chine qu'il dut aller le chercher.

2) Soukouna-biko-na vient d'achever sa carrière. Quant à Mi-kc-nou, il disparaît au môme titre qu'Ina-hi, lequel semble bien s'être noyé (voy. en effet N, I, IMj, et désormais, Djimmou n'a plus avec lui que son troisième frère, llsou-sé, qui lui-même ne tarde pas à périr. C'est bien ainsi d'ailleurs que Chamberlain (Ko/., p. 87, n. 12| et Aston [Shinto, p. 54) interprètent ces diBparïtîons. Cf. aussi supra, p. 212, n. 2, et la fin obscure des héros dans la mythologie classique (G. Lafaye, Les Métamorphoses d'Ovide et leurs modèles grfcs^ 1904, p. 227).

'à)' Voir par ex. Edkîns, La Religion en Chine, trad. de Milloué, dans Ahifiaîes du Musée Guimct^ t. IV, pp. 191, 204.

' 4] « Cette Terre éternelle n*est autre que le royaume mystérieux des dieux et des génies, où ne peuvent atteindre les mortels. >» (N, 1, 187).

5) Voy. A. Réville, I, 327, 403, II, 95, etc. Cf. V. Henry, p, 162, n. 1.

6) Cf. les canots-cercueils des Japonais primitifs : supra, p. 132, n. 5.

7) Lés trois caractères employés pour rendre les mots Toko-yo-Kouni signiffent,'mot à mot : pays du monde éternel. Si on prenait le second caractère (yo), non dans son sens idéographique de a monde », mais dans le sens phonétique de « nuit », on aurait : u le pays de la nuit éternelle ». Au point de vue philologique, cette transformation serait tout aussi légitime que celle qui consiste à traduire toujours par a nuit étemelle », dans le mythe de l'éclipsé, la môme expression toho-yo, écrite pourtant avec des caractères identiques, alors que le scribe eût pu aisément choisir, pour désigner les ténèbres, un caractère plus

328 LE flBl.^VTKTOisn

Fn dehors di* celle va^'iie demeure occidentale, où d'ail- Irurs les lext«*& du viii' siècle n'envoient que quelques rares dt'Tunts, oj] vont les- morU? I^ foule obscure, qui hésite rllt''riir*nit* à b*urtrov«3r une immortalité consciente', achève N*s dernier.^ restes de S(»n humide existence dans le mystère du tombeau. Le tri>te srjour où elle végète, ce sont les Kufers d*l/anaini, la fosse que Timagination élargit et creuse iMirore, dont elle fait un royaume profond où grouillent de fjrouclies divinités. C*est là que tous descendent, les bons comme |(?8 méchants; r^r dans le vieux Shinntô« comme dans les autres religions primitives ■, aucune idée derécompens«,'s ou de peines ne vient troubler la froide neutralité de la mort'. Les divinités infernales elles-mêmes ne sont que de vieilles Furies jalouses de garder leur proie, des person* nilicutions de la maladie et de tous les fléaui dont Tarmée

•!iri'<'t. Le Tnk(i-yo no K>>uni si'Mït â''irs, comino le Yomi no Kouni, aoe •i-Miilin* .li'frii'iin- •le'* m^^it^, c*» ijtr s'accoritTail bien avec le fait que les deux <!i<"j\ >|ti. y vunt «li^'iirLiss'Mil di^ la Itvvnl»*. Les textes relatifs aux plas :iii • vu< ri'i'it> ae s>»nt m assez nombreux, ni as^ez chirs pour permeUre iiV>ii!i,]r ri[it*'t|»r*'*riLi)n njuvello <| it* j'i-i<liqie, et qui serait contraire à tout" Il Ir.L liiinii <)«;s (- )[iiini'ntateurs ; in-iis rette tradition, qui ne s*appuie ;.'iiiTf* 4(iif sur 1 liislMin.' ijf T.L<iji:n.'i-iiiuri, me parait encore plus douteuse^

1/ I/iiist ip' •]«• Tarniirlii mi fit à •lt'>n)<iMtier qu'il y avait deux opinions sur ce |M*:nl N>/y.iw. |i. 'Ji).\ n. 1,. (II. lu rriiyniice homorique : n H^las! dit Achille, il ''fl <liiii< Il 'It.'iifun* iriladi-s des innés et des fantômes, mais iU sont prifis '!•• ^^••Ilirnl•nt. »»

i:; Vuir A. Ii.vi:i.», J. 121. 253. iOS-^.'C», 1<J7. 354. I!,Ç6, 97, 211; L. Mtriljjcr, La sunininré' '(>• Va me ci l'idcc d-: jmtvy chez l^ peuples non eivilisét; M. Mniiss. hi ttliijiiifi et les origines du droit ;if*rifi/, dans Rev, d*Msi des reti* Uinns, t. XXXIV. p. 2y4. t. XXXV, p. 31-33; etc.

3; MittO'irl ilitiiiird if Yomi comme «< le pays où vont après leur mort tous \v^ liMiiiiiPs. I«'s f:rands (*t lc:s liumhN'S, les bons cl loi^ méchants.» Nous allons vuir i't'|hM)ii iiit qiic la pri^mion* affirmation est un peu moins exacte qae la Sf'-oii<U*. M. Cii:iiiii)«'rl.'iin f.iit reltc remarque ijuc, dans no5 documents, les iiiuinaiits iii> ji.irlfiit jimiùs d'un monde futur, hon ou mauvais (Ko;., Introd., p. i.vM «'l <:f. j», 3», n. 1) Millf ans apn's, Ivi-npfer «'onstate que les fidè!es dr Shifjnt.*. i< ,iijt jurl |ue idt'e, fort obsciiro f-t fort imparfaite, de rimmortalilé d*; ràm«' «, mais quMs « ne se mettent [loiut en peine de ce qu*iis deviendront dans uno autre vi<î » (•)/). cf^^ t. II, p. 3). Mômes dispositions encore à Theure présente.

bruyante se précipite sans cesse contre les vivants : ce ne sont pas les instruments d'une justice'; et Izanami, l'Èvo japonaise, qui semble représenter dans celte horrible région toute Thumanité souffrante, n'apparaît que comme la victime de ces forces monstrueuses : le sentiment qui la domine est le regret delà vie, de Tamour, de la fécondité, de tous les biens qu'elle possédait sous la douce lumière et qu'elle n'arrive à prendre en haine que pour les avoir perdus». Cependant, tel dieu^ comme Izanaghi, ne partage pas cette destinée générale : c'est dans une lie terrestre, au milieu des

1) C'est seulement plus tard que, sous Tinfluence bouddhique, s'introduira ridée de châUments infernaux. Un passage de Ksumpfer montre bien la transition. Les sbinntoîstes, dit-il, « croyent qu'après que les âmes sont sorties des corps, elles vont dans un lieu où elles sont heureuses, et qui est situé immédiatement au-dessous du trente-troisième ciel, la demeure de leurs Dieux; et à cause de cela, ils l'appellent Takamanosacra (lecture d'un imprimeur latiniste ?), c'est-à-dire les Champs hauts et sous-célestes; que les Âmes de ceux qui ont bien vécu dans ce monde y sont d'abord reçues; mais qu'il n^est pas permis à celles des méchans et des impies d'y entrer, et qu'elles sont condamnées à être errantes aussi longtemps qu'il faut pour expier leurs crimes. C'est là toute ndée qu'ils ont d'un état de bonheur futur. Ils se bornent à ces Champs Ëlysées, à ces lieux heureux ; et ne croyent point d'Enfer, point de lieu de tourment, point de ténèbres épaisses, point d'état malheureux pour les Ames dans la vie à venir » {op. cit,, II, i6). La première partie de cette exposition contient des idées bizarres, tout à fait étrangères au Shinntô primitif : elle indique cependant qu'on en vient peu à peu à la notion de récompenses célestes. Mais la croyance, complémentaire, aux tortures du monde souterrain doit triompher à son tour des répugnances indigènes : une ressemblance verbale, jointe à quelques points de contact entre le mythe de Yama et Yami et celui d'Izanaghi et Izanami, amène à introniser le roi des morts hindou dans le Yomi (sur cette hypothèse, vulgarisée par Ara! Hakouséki, voir Chamberlain, p. 34, n. i, Aston, sur N, I, 24, et Florenz, p. 47, n. 29, qui fait observer avec raison que Yama était devenu, en réalité, Emma dans le bouddhisme japonais) ; d*une manière plus générale, le Yomi est identifié avec l'affreux Djigokou bouddhique ; bref, là-bas comme en Occident, les Enfers deviennent l'Enfer.

2) Cf. la Z^é^tya, où l'on voit bien des supplices, ajoutés sans doute à la version primitive, mais dont, en somme, la vraie morale est un profond regret de la vie. (Achille à Ulysse : « Ne me parle point de la mort, illustre Odysseusl J'aimerais mieux être un laboureur, et servir, pour un salaire, un homme pauvre et pouvant à peine se nourrir, que de commander à tous les morts qui nt sont plus }• (trad. Leconte de Lisle, p. 174).

330 L£ SHI55TuiSlfB

vivants, qu'il choisit son lieu de repos*. Enfin, nombre de h/TOs divins ou d»? [iersonnap«^s illusln?» sont transf»>rt*s au iM\. Dr m»;me qu»- lo (in.*nîier roujik* avait envoyé les plus beaux de ses enfants ;i ctili* ha>iu; Maine pour l'illuminer de leur éclat % de mùm«' l'almiration des hommes élève ses favoris jusqu'aux aslrrs*. l'uurquoi d'ailleurs cette race descendue du Ciel n'eùt-elle pas cru qu'elle pouvait y retourner*? Mais les morts dont la carrière brillante se termine par cette assumption finale ne sont pas les plus vertueux : ce sont les plus glorieux, et leur apothéose n'est que le prolongement de leur puissance antérieure. Au demeurant, point de règles absolues pour la désignation de ces habitats : dans un même document, TempereurTemmou escalade le ciel, tandis que son fils, le prince Ilinumi, demeure enseveli dans sa tombe*. Mais, «Ml somme, le séjour des morts dépend surtout de leur dignité terrestre : la vie future, où n'intervient aucune considération morale, repose sur une notion tout aristocratique:

1; Vid. sup.t p. 1^5'*^ n. 7.

2} c L'écl&t resplendissant de cette enfant (Amatéras) emplissait de la lumière les six ruinons (c.-à-d. nord, sud, est, ouest, zénitb, Dadir). C'est pourquoi les deux divinités se n^jouirenl, disant : « Nous avons eu bien des enfants, mais aucun nV'lait pareil à celte enfant merveilleuse. Il ne faudrait pas la garder longtemps sur cette terre, mais nous devrions nous entendre pour Tenvoyer tout de suite au Ciel et pour lui confier les affaires célestes. » (N, I, 18).

3) Vvi, sup,, p, 200, n. 0 (cf. A. Héville, I, 395, II, 156, etc.; G. Lafaye, f'j), cil., pp. 18, 227; Beurlier, Essai sur le culte rendu aux empereurs rwhainSf p. 09 (« ëideribus rccepti •] ; etc.)...

4) Conception très générale (il. Spencer, I, 283 seq.» 291 seq. : affirmation d'un chef néo-sélandais, etc.}.0n peut se demander si, à l'origine, la Plaine des hauts cieuz n*aurait pas été le séjour réserve aux descendants des conquérants, tandis que les Enfers auraient été laissés à la foule des vaincus. Au vui* siècle, on observe plutôt une distinction assez vague entre les hommes supérieurs et les petites gens ; mais celte opposition n'est peut-être qu'un reste d'une séparation plus pn-cisu; et d'dilleurs, c'est bien de la tribu victorieuse que descen* dfMit les principaux dirigeants.

5) Mani/ôshi'ju, 11, 39 (élégie de Hitomaro, tin du vii« siècle) : « Quand com* ujfincèrcnt le Ciel et la Terre, au bord de la Hiviôre du firmament [hisakata^ vid. sup,f p. 310, n. 5), les myriades de dieux se réunirent en une haute assem- |)loe ; les dieux se rcncontrôrent et tinrent un divin conseil» A la déesse du

LB SHINNTOÏSME 33i

Téchelle des rangs a une cime qui se perd dans les nuages et qui va s'appuyer contre le plancher des dieux *.

Ainsi, les morts se distribuent dans les trois mondes superposés dont se compose Tunivers. La masse vulgaire descend, par le trou tombal, dans la région inférieure; certains héros, plus^ rares, hantent la terre des vivants; d'autres enfin s'élèvent au pays des étoiles. Mais tous continuent de vivre ou de végéter en des demeures humaines : car le Ciel n'est que Fimage de la Terre, et quand les Enfers eux-mêmes ne sont pas conçus comme un paysage japonais, ils ne représentent que le royaume, trop réel, de la pourriture finale. Les esprits humains viennent donc se mêler, très simplement, à la société des dieux de la nature ; la gloire héroïque des uns répond à Téclat physique des autres; ils se rangent dans les mêmes séjours, et en vertu des mêmes principes directeurs.

Soleil, celle qui remplit le ciel de son rayonnement, ils octroyèrent le royaume des Gieuz; à son petit-fils (Ninighi), ils accordèrent la Plaine des joncs, la terre des frais épis, pour qu*il la gouvernât d*une domination divine, aussi longtemps que le Ciel et la Terre dureraient. Alors il fendit, écarta Toctuple entassement des nuages du ciel, daignant descendre dans sa gloire. — Dans le palais de Kiyomi d^Asouka, le grand tsiège de la puissance impériale, comme un dieu régnait TAuguste prince-soleil-brillant dans les hauteurs, jusqu'au jour où il s'éleva dlTinement, ouvrant les portes de rocher sur la Plaine des cieux. •^ 0 notre grand prince, si tu avais daigné gouverner ce monde terrestre, tu aurais été, pour tout le peuple qui vit sous le ciel^ précieux comme les fleura du printemps, satisfaisant comme la pleine lune. Comme en un grand vaisseau, nous avions mis en toi notre conflance; comme la pluie espérée du ciel, nous t'attendions, regardant en haut. Tu as choisi, nous ne savons pourquoi, près de la colline du solitaire Mayoumi, d'ériger là les piliers massifs, de bâtir là un palais altier; mais, au matin, on n'entend point ta voix; les mois et les jours ont passé dans le silence, jusqu'à ce que tes serviteurs, tristes et fatigués, s'en soient allés, nul ne sait où. » (M. Chamberlain, Classical poetry^ 72, croit que tout le poème a trait à la mort du prince; mais je pense plutôt, avec M. Aston, Eist of Jap, Literature, 36, que la seconde strophe fait allusion à la mort de l'empereur.)

1) Cf. Tylor,C»w. prim., II, 97 seq.; A. Réville, 1, 121-122, 253, 257-258, 298, II, 95, 98; etc.

332 LE sinivKTOiiSMr.

!i. L'niSTOlUG DES DIEUX.

Il.ms cos st'jours d'un aspoct si lerreslre se meuvent des di(.*u\ (l*un caractère trop humain pour que leurs ayentures m* s(}i(Mi( pas souvent nM^Ues. La mythologie qui nous raconte ces exploits est, pour une htrge part, du roman : mais elle n'en ncMe pas moins do Thistoire. L'ancienne école philologique cherchait dans tous les héros divins des éléments naturels^ dans toutes leurs actions des phénomènes, et comme les étymologies faciles ne lui faisaient jamsds défaut, elle ne voyait [lartoul qu'aurores et crépuscules ; la nouvelle école évliéniérisle, en revanche, a trop tendu à métamorphoser les dieux naturistes en personnages historiques, à chaM^'(*r les soleils en simples êtres humains; mais, entre ces deux exagérations, il y a place pour une méthode raisonnable. Cherchons donc maintenant ce que la mythologie shinnlolste peut nous apprendre sur les origines du peuple japonais, et, sans songer à découvrir des bribes d'histoire dans toutes nos légendes', tachons au moins de reconstituer, par grandes masses, révolution d'ensemble qu'elles ont dû refléter.

Ces légendes nous laissent voir d'abord ce qu'était le Japon avant les Japonais, puisqu'elles nous montrent les conquérants aux prises avec des aborigènes. Les Emishi de nos textes, les a Barbares » % sont manifestement les Alnous

i) C'est dans ce dernier travers surtout que sont tombés les mythologues japonais. S*ils n'hésitaient pas à soutenir quo la déesse du Soleil aTail été une personne humaine, reine d'un pays nommé Takama no hara, à plus forte raison dcvairntils traiter ainsi les ii'^gendes placées sur ia limite indécise de « Tftge des dieux » et de « iVi^e des hommes n. Par ce moyen, les moindres détails 8*ex[»liquent et p«ir exemple, dans le système de M. Takahashi Goro, le corbeau de Djimniou devient un grand ^«'«néral. 11 est vrai que, chez nous, Klaproth avait vu dans ct*l oiseau une boussole I (cf. .sm;)., pp. 153-154).

2j N, 1, 12V 1,VJ, 20D (coilTure particulière, tatouages), 202. 203 (pwi d'organiAation sociale, promiscuité, vivent Thiver dans des trous» IVté dans desnîds, se vêtent de fourrures, boivent du sang, sont très pillards), 20Ô (ils se soumettent aisément à Yamato-daké, qu'ils prennent pour un dieu), 212 (réduits en esclavage, ils crient sans rcllchc, coupent les ambres sacrés, menacent iei

LE SHINNTOÏSMB 333

d'aujourd'hui ^ C'est la race qui, à l'origine, s'étendait sur presque tout Farchipel", mais que les Japonais refoulèrent peu à peu, du sud-ouest vers l'est et le nord, jusqu'à ce qu'elle fût entièrement soumise, au xviiie siècle, et acculée enfm dans l'Ile d'Ezo, son habitat actuel' : race antique* de sau-

villageois^ montrent a des cœurs de botes »} 214, 296 {supra, p. 202, n. 1), 377 (en 483, rendent hommage à la cour). II, 38 (en 540, môme démonstration d'obéissance), 96 (en 581, serment de fidélité solennel de leurs chefs, dans une rivière, après s'ôtre rincé la bouche comme rite purificatoire), 168, 176, 209, 249, 252 {supra, p. 119, n. 5), 254 (on leur fait fôte), 259, 260, 261-262 (tribus diverses), 289, 354, 355, 389 (ils reçoivent des rangs honorifiques). Dans certains de ces textes, le nom d'Eoiishi est appliqué à, des tribus barbares mal définies; mais, le plus souvent, il désigne nettement les Âînous, dont nous pouvons suivre ainsi, pas à pas, la soumission progressive. (Pour l^étymologie, cf, Aston, loc. cit.^ p. 12i, qui incline à ranger le nom d'Emishi ou d*Ebisou dans le groupe des mots terminés en sfii ou en sou par onomatopée, comme sont notamment les noms d*oiseaux déjà rencontrés supra, p. 153, n. 3, n. 4, etc...)

1) AïnouSj et non Aînos. Ainos (pris dans le sens d'ainoko, métis) n*cst qu'un sobriquet méprisant donné par les Japonais à ce peuple inférieur, qu'ils représentaient comme issu de l'homme et du chien (voy. Batchelor, op, cit,, p. 16, 281, 284, 309). Ainous, « les Hommes », est au contraire le vrai nom que les Aînous eux-mômes s'étaient appliqué, comme d'autres primitifs, parce qu'ils se regardaient à l'origine comme les seuls hommes existants ou, tout au moins, comme les hommes par excellence.

2) M. Chamberlain s'est attaché à démontrer ce point en signalant, jusque dans les parties méridionales do Tempire, des noms de lieux qui lui paraissent venir de la langue aïnoue {Language, Mythology and Geographical Nomencla^ turc of JapaUf viewed in ihe light of Ainu Studies, dans Memoirs of the Likrature Collège, Impérial University of Japan, vol. I, Tokio, 1887). Mais, dans bien des cas, on peut donner à ces noms de lieux une étymologie japonaise plus naturelle (voir par ex. Aston, JSihongi, 1, 109). Heureusement, ces arguments philologiques, si incertains, sont inutiles, nos anciens recueils offrant assez d'indications historiques pour établir, de la manière la plus nette, Tancienne domination des Aînous dans le pays.

3) On trouve même des Aînous plus au nord, notamment dans l'ile Sakhaiine, où ils voisinent avecies Ghiliaks (voy. Batchelor, p. 281 ; Rein, 385; etc.). CI, supra, p. 145, note.

4) Le trait le plus curieux de leur anatomie est, en efTet, un aplatissement de rhuméruB et du tibia qui les distingue de toutes les races existantes, et qu'on ne retrouve que chez certains hommes des cavernes de l'Europe préhistorique. (Voir Y. Koganéi, Beilrdgc zur Physischen Anthropologie der Aino, dans Mitth, aus der Medicinischen FacuUdt der Kaiserlich-Japanischen Universitat, Tokio, 1894, band 2, n» 1).

.'tïti LE SlilNNToïSSifi

vagos barbus el chevelus*, 1res doux et pIuliM sympathiques*, mais sales', rebelles à (oui progrès* et livras h Talcool qui achèvera leur deslruction '. Avant eux, ou h côté d^eux, n'y avail'il pas eu d*aulres indigènes? Les demeures souterraines découvertes à Kzo et dans les tles adjacentes ont conduit à supposer l'existence d'une race antérieure, que les Aïnous auraient poussée vers le Nord comme ils Tétaient eux-mêmes par les Japonais, et qui serait représentée aujourd'hui par les habitants des Kouriles*. Ce seraient les Koropok-ghourou

1) Colle villosilé, r|u'avaienl reinariiti<*e les anciens foyageurs chinois (Chain* berlain, Koj., Inlrod.. p. Lxif, Parker, l(>c, cit.^ p. 55), et que signale aussi un rt'cil jiiponais reUliriiu vi' su>cle N, II, i*ù), a loujours frappé les Européens ; elle ne con^liluc pourtanl pas un caranlère aussi exceplionnei qu'on le croit en gént'ra) (par «x.. Thiwjx Jnpanrs^^ p. 22]; les Todas de IMnde méridionale, les Kulius de Sumnlra, les \Vaï,::iou de la Nouvelle-Guinée sont velus 'comme des singes (d<? (Juulrfr-igfs, Hommes fossilts et Hommes sauvages^ p. 667 seq; A. héville, 11, 118, pour la diTnière de ces peuplades).

2) Nos anciens recueils les rppn'S'Mitent plutôt comme méchants ; mail c'étaient des adversaires. <* Les ^'ens de ce pays... sont d*bn caractère farouche. Kn outre, leur lern' t.*>t vaste et f.*rli;e. .Nuus devrions donc les attaquer et la prendre. » (N, 1 , 200.) Comm*.' Itfs Krnislii résistaient, ils devinrent d'affreux « rebelles ». 11 est fiossible aussi que leur douceur fût moins grande alors qu'après df'S sif'cies «le srij*Hion. En tout cas, de nos jours, M. Batchelor déclare (p. 19) qu'on trouverait inalaisfuienl un peuple plus aimable ; et même en tenant compte de la stympalliie parlicuiière que fait naître l'élude approfondie d'un pays, CL'lte upiiiion, qu'ajtpuiont encore d'autres témoignages, peut être tenue pour vraii*.

3) Détail important qui, à lui seul, suOirait à expliquer pourquoi la raea la plus propre du monde ne se ini'langea [tresque pas à la Toisine.

4' Kxemplcs dans BatclitMor, pp. io (ruuisson avec des coquillages), 63 (persécutions contre un .Mnou qui voulait se faire construire une maison à lajaponaisej, 20O (refus d'employer des engrais, et vifs reproches au missionnaire de peu de loi qui leur conseillait ce procédé, injurieux pour la puissance divine)t etc.

&) Malgré les dispositions paternelles du Gouvernement japonais actuel, les Ainous ne sont plus qu'une peuplade en décadence (17.30U Ames d'après le recensement de llHX), dont le total répond presque exactement à celui de 1895: lies, stat, ik iEmp. duJitpon pour 11HJ2, p. 17). ^ SurEto elles Aïnous, voir biblio^Tupbie, par J. Batchelor, de tous '.va ouMm- ■& publiés jusqu'en 1887, dans Mtm, of ihc Lit, CoU,, n^ cit. ; pour les travaux ultérieurs, BibU de Wenckstern, p. 301 seq.

6; J. Milne, dans T, VllI, p. 61 seq., X, p. 187 seq. Cf. aussi Ë. Morse, The Shell Uc'ipB vf umori, dans M^m.v-n nf the Science Ikpartment of îhe

LE sniNNToïsMe 335

de la tradition aïnoucs les Tsoutchi-ghoumo de nos anciens documents*. Mais Tliabitalion en descavernes est un fait bien vague, bien général' ; et si les Tsaulchi-ghoumo étaient peutêtre des sauvages^, peut-être aussi furent-ils tout simplement des brigands de même race que les Japonais'. Ce qui demeure

University of Tokio, vol. I, part, i ; Chamberlain, Things Japanese^ p. 26 seq.; Batcbelor, 295 seq.; Torii Ryouzô, Tchishima Aïnou (Tchishima, « les Mille lies », nom japonais des Kouriles), Tokio, 1903; eto... M. Tsouboï assimile cette race aux Esquimaux (mémoires divers dans le Tokio djinnrouigakka'i Zasshi, Bulletin de la Soc. d*anthrop. de Tokio). Voir enfin S. Yagi, Nihon Kôkogakou (Archéologie du Japon), Tokio, 1898.

1) « Ceux qui habitent en dessous », c'est-à-dire dans des trous souterrains. Voir Batchelor, 307 seq., qui d'ailleurs soutient aujourd'hui, contre Chamberlain {Memoirs of ihe Lilt, Coll., loc. cit.), qu'aucune race ne précéda les Aïnous dans le Japon septentrional {The Koropok-guru or Pit-dwellers of Norih Japan, Tokio, 1904, eiJapan Mail, vol. XLII,p. 12). Cf. aussi R. Hilchkock, The ancient pU-dwellers of Yezo, Washington, 1892.

2) Voir plus haut, p. 164, n. 9 et p. 286, n. 4. — L'expression Tsoutchigboumo est rattachée par certains au mot komori, se cacher, et ce sobriquet voudrait dire alors « ceux qui se cachent dans la terre » ; mais comme le mot koumo a la même racine, l'araignée étant pour les Japonais « celle qui se cache » (Aston, loc. cit., p. 129), la question ne présente guère d'intérêt.

3) Rien de plus naturel, en effet, que de se creuser des sortes de caves pour se garantir du froid. Sans sortir de la région qui nous occupe, nous trouvons cet usage chez les Chinois et les Coréens (Aston, Nihongi, I, 71, n. 4), chez les Mandchous (Parker, On Race Struggles in Corea, dans T, XVIII, part. 2, p. 173-174), chez les Aïnous (N, I, 203, et cf. Batchelor, p. 281, Dooman, op. cit., p. 107-108), enfin chez les Japonais eux-mêmes, soit dans l'antiquité (le fnouro : N, I, 71, 85, 123, 297, 376, 379, H, 375, et cf. supra, p. U2, n. 1). soit de nos jours, dans les campements installés au début du xix' siècle, à Ezo et aux Kouriles justement, comme défense contre les Russes (notes du baron A. von Sieboldy communiquées à M. Aston : voir Nihongi, loc. cit.).

4) Une poésie duN, 1, 124, les désigne en efTet sous le nom d'Ëmishi. (M. Y* Koganéi voit même en eux des Aïnous proprement dits : Ueber die Urbewohner von Japan, dans les Mitthdlungen.,., 1903, p. 297 seq.). — M, Aston (op. cit., I, p. 62, n. 4, et Shinto, p. 108) pense que Soukouna-biko-na pourrait être un indigène des Kouriles, où les habitants cousent ensemble des peaux de pétrels pour s*en vêtir. D autre part, nous avons vu que ce dieu a son parallèle dans d^autres légendes septentrionales [supra, p. 188, n. 3, et cf. aussi Lang, p. 167, n. 2). Les deux observations peuvent d'ailleuis s'entr'aider*

5) Le fait que nos légendes placent ces rebelles dans des régions depuis longtemps conquises, comme le Yamato ou même Tsoukoushi, viendrait à Tappai de cette dernière opinion, qui est celle de M. Aston {ibid,, p. 129, n. 1) ; maLi il resterait toujours à expliquer la poésie précitée. — Cf. R« Noumada,

336 LE SnlN.NTOÏSSIE

certain, c*est qu*un peuple au moins, les Aïnous, occupait déjà le pays quand les couquéranls s*y établirent*.

<Ju*étaient-cc donc que ces conquérants, dont les descendants viennent d*élonuer le monde? De quelle race étaient-ils sortis? I)*oii étaient-ils venus? Uuand étaient-ils entrés dans Tarchipel?

La dernière de ces' questions parait insoluble ; car les plus vieux recueils d*annales du pays, rédigés seulement au début du \m^ siècle de notre ère, et les plus anciennes relations chinoises du Japon, qui elles-mOmes ne remontent qu'au i" et au II'' siècles, ne peuvent nous éclairer sur des événements à coup sAr bien antérieurs. Nous voyons sans doute qu'à ce moment, vers h> temps de Jésus-Christ, les Japonais étaient un peuple avancé dtj:i rt depuis longtemps sorti de la barbarie primitive ; nous les trouvons en possession d'une civilisation matérielle a^se/ complète, d*une organisation sociale assez développée, d'une culture morale assez remarquable : et comme un tel étui de choses ne se crée pas en un jour, nous pourrions être tentés d'attribuer, par ces seuls motifs, à un passé très lointain Tépoque de leur établissement dans les lies. Ce serait là une déduction téméraire, puisque nous n'avons aucun moyi'u de Jislin;;uer les progrès qu'ils accomplirent depuis leur arrivée au Japon de ceux qui pouvaient leur être acquis déjà dans un habitat antérieur. Nous ne possédons d'ailleurs que dos renseignements incertains sur leurs rapports avec Tétruiiger dans les premiers temps de l'ère chrétienne, et à [)lus forte raison ignorons-nous si des circonstances fortuites, comme la visite imprévue de naufra-

Ki/if^n (ijinii<hju .s/ii/mrun ; Nouvelle di^cusî-ion sur les races d*hommes du Japon)i 'ioUiO, l'JOJ; ci voir enfin N. Gordon Munro, Prirnitivt Culture in Japatit daiiS T, XXXI V, pari. 2 {àvc, IWù .

1) Dans son pclilchupilre sur le Japon, (}ui coiitionl plus d'une vérité, mais nalurvliiMueiil au^bi beaucoup dVrri'urs, Voltaire ecril que « les Japonais ne paraissant pas Olie un lue.ange de tliiliieuls peu[>Ies, comme les Anglais, et prcsiju*^ toutes nos nations: ils sunii'itiit itro ULK'iigèncb. » {Essai sur les Mœun, cil. CXLIl). En réalilci les Japunais ne font pas aborigènes, comme nous venons de le constater; et d*autre part, les conquérants sont an mélange dft plMs'»Pur> neuplpp, comme nous Pallons voir.

gés porteurs de connaissances nouvelles, ne vinrent pas donnera leur progrès, à une époque fort ancienne, les élans qu'une évolution normale n'eût pas produits». IV^ais nous pouvons constater aussi que les tombeaux des empereurs et des grands, par leur aspect archaïque comme par la longue série de générations que suppose leur nombre même, nous reportent fatalement à'quelques siècles avant Jésus-Christ* ; que la langue japonaise, si différente de toutes ses voisines implique pareillement une élaboration très lointaine'; et qu'enfin le caractère primitif des traditions relatives aux origines de la dynastie confirme toutes ces impressions*. Il semble donc légitime d'accorder aux Japonais^ pour des raisons de bon sens, la haute antiquité qu'ils s'attribuent en vertu d'une chronologie puérile. Les hommes du viii*" siècle qui fabriquèrent cette chronologie étaient assurément fort embarrassés pour satisfaire l'orgueil national ; ils avaient devant eux une tradition orale, bornée par les limites de la mémoire humaine, déchiquetée par l'oubli, et qui, de toute nécessité, n'embrassait que quelques centaines d'années : vieille tapisserie, pleine de trous, qu'ils reprisèrent et allongèrent tant qu'ils purent ; mais qui sait si, en reculant au vil* siècle avant Jésus-Christ l'avènement de leur premier empereur, ils ne se montraient pas, sans le vouloir, trop modestes, et si la réalité cachée derrière ce voile ne ferait pas apparaître des commencements encore plus lointains? Cette question de durée est d'ailleurs peu importante en comparaison de la question d'origines qui s'y rattache. D'où

i) C'est ainsi que plus tard le coton, par exemple, devait être introduit à deux reprises dans Tarchipel (voir notre article sur la Végétation au Japon, dans Annales de Géographie f no cit.).

2) Voir Satow, Ancient sepulchral mounds in Kôzuke, dans T, VIII, part. 3 ; Aston, Nihongi, 1, p. 135 et pass,\ Chamberlain, Things Japanese, 28 seq.; Japan Mail, 2 mai 1899; S. Yagi, Kôko Bennrari, Tokio, 1902; etc.

3) Cette anomalie linguistique conduit justement M. Chamberlain à rejeter ce to an indefinitely early perlod » l'immigration du plus ancien élément de la nation {Things Japanese, p. 347),

i^Vid. sup;,-p. 71,;i37,:i50,1151,:i53,:etc.

338 LE ftHI!l5T0ÎSSfC

étaient venus les conquérants? De quelle région et de quelle race? Pas de prol»lème qui ait, h un plus haut de^é, excité la curiosité des japonistes, exercé leur patience, et fait surgir enfin plus de lahorieuses explications dont les meilleures sont douteuses et dont les pires sont étranges. Le vieux Ksempfer pensait que les Japonais, avec leur langue singulière, n'avaient pu sortir que de la tour de Babel* : un pieux Écossais retrouve en eux. avec une joie bruyante, les Tribus perdues d*[srai^l': et M. Ilyde Clarke va découvrir leurs aïeux jusque dans la Haute Afrique'. A côté de ces systèmes, qui visent trop loin, il en

1) Op. cit,^ lif . I, eh. fi ; et ef. tupra, p. 191, n. 2. Krmpfer coDsUtail que la difT^rencp des langues ne permet pas de rattacher les Japonais aui Chinois; et il avait In'^s bien remarqué aussi que, soit par l'opposition foncière de leurs etraeléres natioriaux, soit par)fs milie contrastes qui apparaissent dans leur manière de manfrpr, Ao l.oTf , d<» dormir, de so vAtir, de se raser la tête, de saluer, de s'asseoir, dVcomplir entin tous les actes de la vie, les deux peuples ne peuvent être rapprochés. Par n alheur, à celte partie négative de son système, Ksmpfer ajoutt* uue partie positive aussi bizarri* que la première était raisonnable. Pour lui, les .Iiponnis descrn lonl di-s plus anciens i« habitants de Babylone », et leur langue est une de celles que la Providence, dans sa sagesse, jugea bon d'inspirer aux vains bâtisseurs de la Tour de confusion. Et le grand voyageur nous décrit par le menu, comme s'il en avait étt> lui-même témoin oculaire, Titiriérairede la truupe errante qui, partie des rives de TEuphrate, traverse la Perse, la Chine et la Corée, j>r)ur aboutir enfin à Tarchipel japonais.

2) N. Me L^eorl, Kpitome of the ancient history of Japan and the ien loU tribes of lirtn'l, iliustrat<'d with the likeness of the Tycoons and heads of each dynasty, and narratives of iheir lives ; il also contains ail the proofs of the Japanese descent from O^ee, the last king of Israël, the Golden Unicorn, U)e lirest of the house of Bphraim, being in the centre of the Mikado's crown^ Nagasciki, 1875; et Uluslrationx to the Epitome of the kneient History of iapan^ inclurling gui'lebook-views, spécimens of the Kihnotogy of the dilTerenl raees iti Japrin, and their spécial belongings. Shinto and Buddhist pictures, legends and illustrated proofs of the descent of pari of the Japanese nu;e irora lost Israël, Tukio, 1879.

3} D'après lui, les Accadiens-Babyloniens, les Egyptiens, les Lydiens, les ICtrusqucs, les fondateurs de l'empire chinois et de l'empire japonais, les cons* truclours des monuments de i'Amérique du NorJ, les auteurs de la civilisation du Mexique ol du Pérou, tous en bloc appartiendraient à une race blanche touranionno, dont le berceau se trouverait dans les régions saines et favorables de la haute Afrique, qui aurait conquis d'abord l'Afrique centrale, puis se serait répan(hie en Itl^^ypte, en Grèce, en Babylonie, dans l'Inde, en Chine, au Japon euiln, tandis qu'une autre branche allait, dans le sens opposé^ tqi deux eonti*

LE SHIN.NTOÏSMB 339

est un qui, au coniraire, cherche le but trop près, dans l'archipel même, et qui fait descendre les Japonais des Aïnous^ Viennent enfin les théories qui rattachent ces conquérants, soit au continent asiatiques soit h la région malaise', et qui, toutes deux, méritent un sérieux examen.

La solution du problème peut être cherchée de deux manières : par un ensemble de raisonnements tirés de nos connaissances actuelles sur la race japonaise et sur celles qu'on peut lui comparer; et par l'étude des traditions anciennes, des souvenirs que le peuple japonais lui-même a pu garder de ses plus lointains commencements. Constatons tout de suite que la première méthode n'a donné jusqu'à présent aucun résultat décisif. Parmi ceux qui l'ont employée, les uns étaient des anthropologisles qui croyaient pouvoir tout expliquer en rapprochant quelques traits physiques, d'autant plus difficiles à saisir que la nation japonaise est un

Dents de TAmérique; et cette race primitive, antérieure aux Aryens, après avoir facilement dominé les aborigènes des Iles japonaises, se serait maintenue d'autant plus aisément dans le pays 'qu'elle y demeurait isolée. Ici encore, la langue est le point de départ, M. Hyde Clarke fondant sa théorie sur les rapports qu'il aurait découverts entre le japonais et les dialectes des Achantis et autres peuples de l'Afrique occidentale.

1) Thèse soutenue autrefois par GrifTis {Mikado^s Empire), qui d'ailleurs l'a abandonnée depuis, et admise aussi, dans une certaine mesure, par Satow (T, XXV, p. vil), Dooman {ibid,, p. 122), etc. On peut invoquer sans doute les mariages que signalent nos vieux documents. Mais, sans parler même de toutes les différences qui séparent] si profondément les deux peuples, il suffit de remarquer que les métis d'Aïnous et de Japonais s'éteignent à la quatrième génération (voy. Balchelor, 20, 289).

2) Les Japonais seraient alors des Mongols, arrivés par la Corée. E. Baelz, DU kôrperlichen Eigenschaften der Japaner, dans MitlheUungen.,.^ vol. III, part, 28 et vol. IV, part. 32, et cf. le môme, Menschen-Rassen Ostasiens mit specieller Mcksicht aufJapan, dans Verh, der Bcrl. Gesellsch, fur Anthrop,, 1901, pp. 166 seq., 202 seq. ; J. J. Rein, op. cit., 383 seq. ; Chamberlain, Tkings Japanese^ 346 seq. ; N. Kishimoto, The origin of the Japanese People, dans The Far East, oct. 1897 ; etc.

3) Hypothèse rendue très vraisemblable par la direction du Kouro-Shio (Courant Noir), qui, remontant des Philippines et de Formose vers le nord, baigne les fies Liou-Kiou et enveloppe enfin les côtes de Kioushiou (Rein, 21 seq., 388). Voir notamment W. Doenitz, dans Mittheilungen,,.^, vol. I, part. 2 et 8, vol. II, part. 12, etc.

340 LE SHINNTOYSME

mélanj^e d(* rarrs divori^cs : d'aulrcs élaiont des philologues qui s'exap^Taienl Timporlance des langues en matière d elhnopraphie et qui s'en lonaiont trop volontiers à d'incertaines rcsseinhlanres. La question est autrement compliquée. Pour la traiter avi'C l'ampleur qu'elle comporte et critiquer suivant un ordre logique tous les ("'Irments quVlle peut renfermer, il faudrait, nous |)laçant en face des Japonais, et surtout des Japonais primilifs. l(*s rludier d'abord comme unité humaine, avec Ions leurs caractères, pliysiques et moraux ; et il faudrait ensuite, examinant la façon particulière dont ces unités elles-mAmes se sont combinées pour former un corps, analyser en détail la société, avec les formes variées de son organisation et avec ses produits de toute sorte, bref avec tout ce qui semblerait de nature h nous révéler, ici encore, des traits >péciriques et distinctifs. Mais, sans entrer dans trop de détails, il rst aisé de montrer que cette étude elle-même, si complète et si minutieuse qu'on la suppose, ne saurait guère conduire à de vraies certitudes. Au point de vue physi<|ue, les Japonais offrent surtout le type mongol ; mais, par certains côtés, ils rappellent la race malaise ^ Au point de

!■ Caractrrps analoiiiiiiues : chewux' noirs' el droits, pommettes saillantes, hartio rarOf yeux oli!i<]Ui'?, [lonu jilus ou moins jaune. Mais il ne faut pas perdre de vue (\iïo \r$ Mîi!:»is f>->î;p.'"l«'nl les principaux traits de ce type mongol. Les Jap(nni« prr'forili-rjt 'l'aillours une vari<»ti' ilo pliysionomics qui déroute Tobserv.itrur : l'irnitz trouve «ju'ils ont la fai'o inala'se; lUin, qui admet pourtant Tori/.' r rniiiiiH'Mlalc, rtconnait c!)ez certain? le icint plus foncé des Malais (op. fit., .'^S^, :.:'.M) : le ])r \„ Vinr.-nl fFtim"^ que la nuance dominante est un brun olivAlre, l'iin «libliiirl du jaune chinois »/,-. Ja}tnn^ conlrib. à la pcogr. médic.»I.*, drins .Ar'7j»r. de Mt^tl. nar., ISl^i» ; et Hroca lui-même, ayant remarqué un ji'une hrrsilien qui suivait ses enurs, lui 'Ifuunda un jour s'il n'était pas Japonais iliordier, (n^oyra}thie imfin'ale,[i. \W . — Caractères physiologiques. On a ol)s(Tv6 notamment que les .Malais sont la seule race dont tes plon^urs aient la farultè dt? rest-r sous l'eau fort lonirli-nîps ( Bord ier, 506). Si ce fait est vraiment uni-jne, il contribuerait à indiqu'T a parej.ié malaise des Japonais de Kiousliiou, qu'un vnyaf:«'ur chinois du i;i' <\vr.\o s'«'lonne de voir plonger, pour attraper fU-s puisst»ns, saiiss s'inquii-trr dt- la profon-Kur [voy. .Aaton, Harly Jop. ///>/.. p. 5t) . — ''.aractèreB pathnK'p.îue*. l'ne nialadic faïufuse des Japoliîiis, le halikc, n*esl autre chose que le 1- ri-héri de l'Inde et de la péninsule nialnicp w. Andersen. Kahkc, dans T, Vl, part. 1, p. 155 seq. ; Baeli, InJapan vorkommcnde Infectionikranhhcihn, dans Mitthcilùngen,.,, vol.lll,p.301 ;

LE sinNirroîssft 341

vue moral, l'opinion moyenne des observateurs occidentaux leur reconnaît certaines qualités et quelques défauts qui, de prime abord, semblent typiques^; mais, à la réflexion, on s'aperçoit que la plupart de ces caractères mentaux sont tantôt universels*, tantôt variables avec les provinces du pays, les classes de la société ou les époques de 1 histoire* : et finalement, si Tâme japonaise, vue d'ensemble, présente une originalité qui Téloigne du continent* en l'approchant peut-

Dr B. Schciibe, Die Japanische Kakke; Gh. Rémy, Notes médiccUes sur le Japon, dans Arehiv.gén, deméd., vol. I, p. 513 seq., II, 157 seq; D^ K. Miura, mémoires divers dans Virchow Archiv , f, pathologische Anatomie^ vol. 111, 114, 115; P. N. Gerrard, of the Malay States Service, Beri-beri, Londres, 1904). Remarquons aussi que la lèpre, si répandue chez les Malayo-Polynésiens (Bordier, 507, A. Réville, II, 22), apparaît justement comme une des antiques <c offenses » de la Grande Purification (B, X, 61 : cf. d'ailleurs infra, p. 369, n. 1).

1) M. Chamberlain résume assez bien cette opinion générale en leur attribuant, d'une part, la propreté, la bonté, un goût artistique raffiné, d'autre part la vanité, le manque du sens des affaires et une certaine inaptitude à apprécieras idées abstraites {Things Japanese, 234]. Sur les trois premiers points, nui doute possible : aucun peuple asiatique n'approche des Japonais pour la propreté corporelle, qui est d'ailleurs un principe essentiel du shinntoïsme ; aucun peuple au monde ne les égale pour la douceur et le charme des rapports sociaux ; aucun peuple enfin, pas môme les anciens Grecs, n*a poussé aussi loin l'amour du beau dans la nature et l'extension de Tart à toutes les classes de la société. Sur les trois autres points, il y aurait des réserves à faire (voir notes suivantes).

2) Exemple : la vanit(^. Les Français se croient le flambeau du monde; les Anglais se considèrent comme l'aristocratie de l'humanité; etc.. Si les Occidentaux qui arrivent au Japon se montrent si choqués de la vanité japonaise, c'est simplement, je crois, parce que, se regardant comme d'une espèce supérieure, ils sont fort étonnés de rencontrer un peuple qui, de son côté, professe la môme opinion. Sous ce rapport, les Chinois sont peut-être, au fond, le peuple le plus raisonnable, parce qu'ils ont plus d'orgueil que de vanité, qu'ils sont pliis Oers de leur culture que de leurs exploits et que leur attachement aux choses du passé n'a rien de commun avec le nationalisme étroit des races guerrières.

3) Par exemple : esprit particulier des gens du Sud ; morale spéciale des samouraïs; transformation des idées sous les diverses influences étrangères. Variations importantes à considérer : car, dans le temps, nous devons essayer de dégager surtout, au point de vue des origines, les caractères vraiment primitifs; et dans l'espace, certains traits régionaux peuvent contribuer à nous éclairer sur la nature des plus anciens groupes ethniques.

4) On s'est longtemps Jmaginé le contraire. Lejprésident Grévy, recevant en

342 LE SHINNTOÏSSIB

Être des tics océaniennes^ on ne peut cependant tirer de là dos conclusions absolues quant aux origines de la nation. Ni Tanlliropologie, ni la psychologie ne peuvent donc nous éclairer pleinement. Serons-nous plus heureux avec la sociologie? On pourrait penser, à première vue, qu'en examinant l'organisation sociale primitive, depuis la constitution intime de la famille jusqu'au système politique général, certains points de contact per^' ettruentd*établirquelque filiation avec d'autres peuples : ni..iS le droit, tant privé que pénal et public, se développe partout, sous Tempirc des mi^mes besoins, avec des aspects trop uniformes pour que la seule analogie de quelques coutumes suffise a démontrerTexistence d'un tronc commun'. De même pour les produits sociaux. Les produits

Qudipnce M. Sienkiewicz, ministre de France au Japon, ditail à ce diplomate : <( Vous allf'z chez les Japonais : ce sont des Chinois, n'est-ce pas ? >* (Je me permets de citer c(> trait d*une conversatiun dont les deux interlocuteurs sont morts). Donc, il n'y a pas très lon^'temps, le chef d'un grand Etat moderoe /'tait aussi afanci* que les enfants japonais du xxw siècle qui prenaient les Kuropppnft pour des Chinois (voir Krmpfer, 11,374). C'est eo se fondant sur des notions de ce ^^enre qu*on fait d^bonne politique étrangère. <— Depuis lorF, l'Kurope a appris que les Japonais ne sont pu des Chinois; et en réalité, un abîme profond les sépare les uns des autres. Pour s'en rendre compte a?ee quelque pn'oision, comparer II. Smith, Chine$e characteristics^ et Walter Dening, Mental charactrristir$ t,fthe Japanesc^ dans T, XIX, p. 17 seq.

i Méprenons les trois qualités ind:qu»>es plus haut. La propreté japonaise, qui forme un contraste si frappant avec la saleté chinoise, se retrouve au contraire chez les Polynésiens, grands nageurs, qui vivent presque autant dans l'eau que sur terre et se baignent au moins une fois par jour (voir A. Réville, II I 1()). Pour la Uouiôf on peut choisir comme critère précis l'accueil fait aux <Hr.-ingers : chez les Chinois ou les Coréens, hostilité manifeste; en revanche, dans l'empirp que K».*mprer proposait si justement k l'Europe comme « une f>oIo de riviiit^ » (II, 374\ hospitalité parfaite; or, les Polynésiens aussi rpçuront d'abord les Occidentaux en amis et ne se montrèrent pas moins enclins que les Japonais à l'adoption des nouveautés étrangères. Quant au sens esUiètique, enfln, lorsqu'on s'imagine les Japonais primitifs, avec leurs tatouages et leurs parures brillantes, dansant couronnt^s de fleurs et chantant des vers i la nature, ne croirait-on pas assister à une scène de la douce vie polynésienne d'autrefois? (voir K, 320 et pass., et cf. A. Héville, II, 23 seq., où sont résumas les travaux de Fornander, Gerland, etc.).

2) Par exemple, qu'on prenne le système familial, tel qu'il résulte surtout de la nomenclature des parentés. On aura beau retourner de toutes façons les tableaux de Morgan {Systems of consanguinity and af^nity ofthe Auman /!ami/y, Smithso-

LB SHINNTOÏSME 3i3

matériels élaborés par la plus ancienne civilisation japonaise sembleraient devoir fournir des indices précieux, parce que ce sont là choses tangibles ; mais si certains détails paraissent d'origine malaise', d'autres témoignent plutôt d'influences continentales* ; et l'archéologie peut d'autant moins nous

nian Institution, 1870], et comparer les systèmes malais ou touraniens au système japonais (pour lequel voy. par ex. Chamberlain, Koj,, Introd., p. xxxvi seq.) : on ne pourra tirer de là aucune détermination au point de vue des affinités ethnographiques, parce que, comme Ta très bien montré Lubbock (op. cit,f chap. IV, en particulier pp. 154, 164, 177, 19i, 197), le dc^veloppement de la parenté est Texpression d*un progrès tout à fait général et spontané.

1) Alimentation : liqueur fabriquée peut-être comme le kava polynésien {wpraf p. 187, n. 8 et cf. A. Réville, H, 23, A. Bordier, 172, etc.) ; usage possible du bétel (Munro, loc. cit,^ p. 138); emploi des assiettes de feuilles, qu*on retrouve jusqu*à Madagascar (A. Rambaud, France coloniale, 405). — Habitation : constructions malaises par Térection du bâtiment sur des piliers et par la disposition particulière des latrines (E. S. Morse, Japanese homes and their surroundings, Boston, 1885; Dooman, 56; Dœnitz, loc. cit.; etc. Dans la langue archaïque, les latrines sont appelées kaka-ya, « maison de rivière », ce qui semble bien indiquer qu*elles étaient placées sur un cours d'eau : voy. Chamberlain, £o;., Introd., p. xxvii. Rein explique les piliers de la maison japonaise par l'utilité d'avoir, dans un climat humide, un courant d*air entre le plancher et le sol. Cependant, deux passages obscurs du K, 130, 195, semblent parler d'habitations sur pilotis; et le Yamato Xîonogatari^ T, VI, part. 1, p. 109, nous dit formellement, au x^^ siècle, que « jadis, les gens demeuraient dans des maisons élevées sur des plateformes qui se prolongeaient sur la rivière Ikouta j». Il est fort possible d'ailleurs que ce système ait été simplement local). — Mobilier : l'oreiller de bois polynésien (voy. A. Réville, H, 22, et cf. d'ailleurs P. Pierrot, Dicl. d'arch. égypl,, p. 127); poteries de forme malaise (Munro, loc. cit., p. 126). — Vêtement : le sarang malais (un Chinois le remarque : Parker, loc. cit., p. 42). — Cercueils : supra, p. 132, n. 5.

2) Alimentation ; après avoir longtemps mangé avec leurs doigts (observations chinoises dans Aston, Early Jap. Hist., p. 54, et Parker, loc. cil,, p. 44), les Japonais emploient les baguettes de leurs voisins (K, 60, etc.). — Habitation : on 8 cru retrouver un souvenir de la tente des tribus nomades dans les passages du K, 130 et du N, 1, 112, où il est dit que deux chefs locaux b&tirent pour Djimmou et son frère une salle de banquet reposant «x sur un pied unique » ou c sur un seul pilier »\ mais le texte du N, en ajoutant que cette censtrucUon fut établie sur le bord d'une rivière, donne plutôt raison à Motoori, qui voit dans ce « palais » un édifice surplombant Je cours d'eau et appuyé sur un pilotis. Comme détail d'architecture, le iorii serait d'origine continentale (voir Satow, T, II, p. 104; Chamberlain, dans ioum. Anlhrop. Institute of Great Britain, 1895, T, XXIII, p. xxxvui, et Things Jap., 407-408; Samuel Tuke, dans Trans. Jap. Soc, vol. IV, part. 2; Aston, dans T, XXVII, part. 4,

3il LE SilINNTUÏSME

instiiiire on ce qui louche les Japonais primitifs que leurs plus «lurahles monumonis, c'esl-à-dire leurs lombes, ne porlèrenl jamais d inscriptions *. b*aulro part, les produits moraux dt* celte antique société, à commencer par le langage, viennent s'()ppns«>r h tout système absolu. Le japonais est uiw. laiifTue airL'Iuliiiante qui, par sa grammaire, se rapproche du coréen et qui peut donc être classée, comme lui, avec le nioufrol et lo mandchou « dans le groupe des langues altaïques'; mais, par son u>cahulaire, r*est une langue à

p. i'ui «rq., el Shintn^ 17k, 231-232; GoMet «l'AIviella, La Voie ik$ dieur^ VJlij, p. 23). — ViMomenl : un Chinois constale que le costume des femmes japoriais'S rip[>p!le certains vrti'inents de son pays (Aston, ibid,^ 54*. — Parure : certains dps <• joyaux courhé.< » sont faits d'une sorte de jade qu'on ne ntroiivi* pas au J.iriMi li^nry von SirlxiM, A'o^rj <m Japanese Arckeology^ p. 15; .\M[ir, 7/if- St •!' A'j' in Jii/>'in, dans J'iurn, Anthrop. Instit, ofGr. liiit., v«'!. X, II" 1 ; vi. il'aiiiMjrs Asl«»n. Harhj Jap, liist.^ p. 54). — Outils : la chïirruf jafinniiisc, «pii ri'ssi'int>le fort a rrile de l'antique Egypte» pourrait étnr vcîiut* du mnlinent (\oy. TAiM'/i Jnj:ancse, p. 19). ^ Armes : la flèche silll.'intc supra, p. 270, n. 1) itérait d'oiik'inc chinoise (Chamberlain, K, Inlro*!., p. i.Mx": ('il •'.-> i\\[ <{U" ers tr.iils rés-innanls (« à huit yeux n, suivant le N, 1, ST i-t.u-nl ili'-o li> s par les bantlils ciinimo signal d*attai{uc; d'après Parker, ce MTÙt unt* iiivi-tition des Huns; vu tunl cas, i! semble bien que nous ayons U une inipurlat.il m ruiilificntuli'. — Toinbi'aux : pnteries corôenneB [voir Thingt Japtuii^r, :i3, l't rf. Asloii, Sih'Wji, %*> « polttTS ». — Hestenil à savoir de (]ua:id diitrnt Iluis ces nnprunts; car plusieurs d*enlre eux nous apparaissent commi* (iV|io'pii' Ui-Sfz rcriMjte, ol par consi'ijui'nt, au point de vue des origines, ils no prôsriiirril pas le ni^'ini' inlOirt t\uv Ijs drtails de source océanienne, sans duuli' biiMi antiTicurst.

1 Ai-j<' bosoin do rappoler quo les Japonais ne possé'laient aucun système dVcriluiy jiiS'iue vrrs l'an iOO do nolP' «to, ou ils ail optèrent les idéographes chinois? ^Conin* le» prôtcndus 'Ijinivln-mnlji^ ou « caractères de Tàge des di<'ux )', \i»ir Chaïuborlain, dans T, X, supp.i p. xuii, dans Journ, Roy, A'^i'it. S.'.:, fil' Créât firi/ain, juillet 1SS3; A^^tun, dans Chrysanthemumf mai issl, dans Jufirn. /I"//. Asial, 2).;c., juillet 181^5, dans T, XXIII, p. 1 seq.; M. (Anirant, dans T, XXlil, p. 5 seq. ; etc...) Mais il est curieux de constater que, in '[ne aprôs le v siècle, la coutume des tombeaux sans inscriptions persisle, sans doute par esprit conservateur.

2> Hesseniblannes e.itre le japonais et le coréen dans la conjugaison des verbes; «ians le fait i}ue radjertir aussi se cuiijuguo, plus complètement d'ailleurs i".ï cor-eii qu'en japonais; dans remploi des particules; etc. (voir Aston, A romparutivc stu iy nf (hc Jiip'int'*^e awt K"rcan l/itvjuages, dans Joum, Boy. A^iat. S'jc, New scr., vol. XI, part. 3, et A. II. Lay, The Study of Koreim from thc standpoint of a student of Japanese, 1906, dans T, XXXIV, part. 1,

part, qu'on n'a jamais pu ranger dans aucune famille connue^ ; et ses terminaisons, si riches en voyelles, rappelleraient bien plutôt les idiomes sonores de la région océanienne^ La philologie ne peut donc guère nous fournir ici que des renseignements fallacieux' ; et le caractère douteux de ses conclusions apparaît d'une manière plus évidente encore lorsqu'on réfléchit que la plus étroite parenté entre les langues de deux nations ne prouve nullement l'identité de leurs origines ethniques\ Quant aux autres produits moraux de la vieille

p. 49 seq.). Ce caractère agglutinant du japonais le rapproche également des langues dravidiennes de l'Inde méridionale (voy. T, XXV, p. vni, et cf. H. B. Hulbert, A Comparative Grammar of the Korean Language and the Dravidian DicUecis of Southern India), du turc (parallèle grammatical par Dooman, dans T, XXV, p. 19-31), du basque, etc. Voir aussi K. Munzinger, Die Psychologie der Japanischen Sprache, dans les Mittheilungen,,.^ vol. VI, part. 53.

1) M. Aston (loc, cit.) a vainement essayé d'établir des points de contact avec le vocabulaire coréen ; comme le dit M. Chamberlain {Things Japancse, 347), ces connexions sont « scantand shadowy. » Du chinois, les Japonais ont tiré quantité de mots, d'abord quand ils reçurent la civilisation même de la Chine» puis, de nos jours, quand ils jugèrent plus commode de forger avec des mots chinois, comme nous faisons avec des mots grecs, tous les termes techniques qu'exigeait l'adoption de la culture européenne; mais, aux origines, rien de commun entre les deux vocabulaires, et, aujourd'hui même, un Chinois ne peut comprendre un Japonais. Les ressemblances de mots que M. Aslon avait cru trouver entre le japonais et les langues aryennes (lias Japancsc an afflnity with Aryan languages'^f dans T, II, 199 seq.) me paraissent absolument illusoires. Bref, le seul idiome au monde qui, comme vocabulaire, soit proche parent du japonais, c*est le dialecte des îles Liou-Kiou (voir Chamberlain, Essay in aid of a grammar and dictionarg of the Luchuan Language, dans T, XXIII, 8Upp., et cf. A Vocabulary of the most ancient words of the Japanese Language, par Chamberlain et Ueda, T, XVI, part. 3, p. 225 seq.).

2) L*organe japonais est rebelle aux consonnes finales, qui au contraire terminent la plupart des substantifs coréens. Pour dire « France », un Japonais prononcera « Fourançou ». £n revanche, lorsqu'on lit des ouvrages relatifs aux races de TOcéanie, on trouve à chaque page des mots d'allure si japonaise que parfois, d'instinct, on les traduit. Si ces analogies peuvent être fortuites quant au sens, elles n'en indiquent pas moins une certaine parenté physiologique. Je pense donc, avec Satow (T, XXV, p. viii), et ihalgré les objections de Doomau {ibid,^ p. 123), que l'abondance des voyelles rapproche le japonais de ces langues du Sud.

3} J'emprunte cette expression & un grand maître de la philologie japonaise, Sir Ernest Satow (/oc, ci^, p. vi).

4) Chez nous, les descendants des Francs ne parlent pas une langue germa-^

340 Lk shin.ntoïsmb

culture japonaise, morale proprement dite, esthétique, bagage intellectuel, les quelques inductions qu*on en pourrait tirer ne n'^sisteraicnt pas mieux à une critiques crupuleuse' ; et le seul éU'Mnent qui, en dernière analyse, semble pouvoir apporter quelque lumière directrice dans les complexités de ce débat obscur, c'est peut-être la religion, parce que là se trouve Tinslrument traditionnel et conservateur par excellence*.

Voyons donc si le Sbinnlô ne pourra pas nous donner la clef de ce fameux problème ; et puisque tous les raisonnements abstraits qu'on peut faire à Theure présente ne conduisent à rien de certain, essayons d*une autre méthode: adressonsnous au peuple japonais lui-même, à la mythologie où survivent ses plus anciennes traditions. Cette mythologie, prise dans son ensemble, apparaît comme un vaste drame dont les tableaux se succèdent avec une certaine unité d*action, mais sans unité de lieu ; tout au contraire, la scène se trouve transportée, à plusieurs reprises et par des sauts brusques, d'un bout à l'autre du monde connu des Japonais primitifs ; et par suite, il est clair que des masses légendaires diverses, correspondant à des groupes sociaux distincts, ont dû se réunir autour d'un centre commun sans perdre tout à

niqup, mais un iJioiiu' dérivé du lalin, ce <]ui n'implique pourtant pas une origine identique à celle df*8 Italiens, des Portugais ou des Espagnols. Si nous avons une langue latine, ce n'est pas i]ue nous descendions uniquement des Romains : c'est que les Gaulois ont appris très vite la langue supérieure de leurs vainqueurs, et que les Francs .i leur tour ont Tacilement accepté la langue supérieure de leurs vaincus. Qu'on applique ces observations à rorigine, si lointaine, des Japonais, et on verra ce qui peut rester des théories philologiques absolues.

i) Par exemple, les mœurs faciles des Jii])onais primitifs rappellent bien rOrt'.'Lnit' (voir Cliimberluin, Knj», Intro<l., p. XL se<{.. Hein, 390, etc., et cf. A. Héville, 11, 20, 'iô et piiss.); mais on ne fK'ut f^nier de conclusions précises sur un fait d'ordre si général. Leufs tatoua^e^ e;^M!e ment font songer aux Polynésiens {supra, p. Ii2, n. 'J, et cf. A. H-viile, il, 67-72, BorJicr, 412); mais les Emislii aussi se tatouiiient (supra, ibil.). Les éléments intellectuels appor* tés par les légendes du dehors perdent .eur caractère spécifique en entrant dans un monde nouveau (sur ce point, voirLang, p. 612-613). Etc..

2) Cf. supra^ p. 107, n. 2, p. llO, n. 1 et 2, etc.

LE suinnItoïsme 347

fait leur marque d'origine. Précisonsie mouvemenl du récif, au point de vue topographique. Au début, le couple créateur descend du Ciel dans Tiie d'Ono-ghoro et, presque aussitôt, engendre Ttle d'Awadji, c'est-à-dire la grande île qui ferme, à Test, la Mer Intérieure, entre Tîle Principale* cl Tile de Shikokou ; lorsque Izanami meurt, elle est ensevelie à la frontière d'Idzoumo, dans la partie nord-ouest de Tlle Principale, et c'est dans Idzoumo encore qu'lzanaghi trouve la sortie des Enfers; mais quand il se purifie ensuite, c'est en Himouka, au sud de Tsoukoushi, l'Ile de Kioushiou actuelle; et son dernier lieu de repos nous est signalé dans la région du lac Biwa, donc, de nouveau, en pleine île Principale*. Cette diversité, jointe aux connaissances géographiques étendues que suppose l'énumération des lies créées par les deux dieux, montre assez que ce premier mythe fut arrangé à une époque où toutes les provinces étaient déjà unies sous la même domination : donc, Impossible d'en tirer des conclusions ethnographiques ; mais voyons les mythes suivants. Aussitôt après la guerre céleste entre Amatéras et Szannoô, ce dernier inaugure sa carrière terrestre sur les bords de la rivière d'Idzoumo, et c'est dans celte région qu'une longue suite légendaire situe ses aventures et celles de ses descendants, en particulier celles d'Oh-kouni-noushi*. Cependant la déesse du Soleil décide de conférer à son petit-Hls la souveraineté du Japon, et Oh-kouni-noushi finit par se soumettre; mais, chose curieuse, ce n'est pas à Idzoumo que descend alors le dieu céleste: c'est, contre toute logique, sur un pic de Tsoukoushi, à l'autre extrémité de l'empire ; et une autre légende nous montre bientôt un H'^ ses fils, llo-ouori,

1) Celle lie, qu'on appelle souvent à tort Ni lion ou Nippon (le « Levant », c. à d. le Japon en général), n'a point de nom populaire enj^iponais; les noms arliÛcieli Hondo ou Honsbiou, qui lui furent appliqués à une époque assez récente, signiHent simplement a terre principale v. — La Mer Intérieure, qu'on désigne volontiers par l'expression Séto no outchi (m. Di m. a dans les détroits »), n'a pas davantage de nom vulgaire.

348 LE SDINNTOÏSSIE

enseveli auprès du même monl Takalchîho, après cinq cent qualro-viugls ans de s^'jour dans ce pays'. De là, deux petitsenfauls de llo-ouori, à savoir Djimmou et son frère, partent vers Test, suivant un itinéraire qu^ou nous décrit dans tous ses détails*, et, après la conquête du Yamato, le premier empereur humain est enterré sur le mont Ounébi, une colline de cette province fameuse, qui va demeurer le siège du gou^\*ni(.*meiit sous une longue lignée de successeurs'. Le Yamato vi les districts adjacents deviennent donc le centre de la légende, bien que le grand dieu d*Idzoumo se rappelle encore, plus d*une fois, au souvenir des vivants^; et Yamato-daké étend au loin, par ses vastes conquêtes à Touest comme à Test, la gloire de cr pa\s dont il porte le nom'. Néanmoins, peu après, un autre groupe de légendes nous montre, de nuuviau, liieapilulc dansTsuukouslii,d où s'embarque Djinnghû pour son expédition en Corée'; à son retour, du reste, elle remonte au Yamato, où se termine sa carrière^ et où sera désormais la scène des événements*. Que conclure de

1) K, loi, 111 seq., 128.

1!) K, 130 leq., et cf. N, I, 110 seq.

3) K, 153, 151, 156, 158, loi», 162, 166, 173, 1S3, 201 et 226 (en tout, douze eniperours doul les capitales resp'^ctives sont toujours siluéei daos celte régiun).

l) K, 146, 175 stq.. 1U3 se.|. Cf. supra, p. 20.^, n. 2.

5) K, 200 seq., 2Uj seq.

0) K, 227, 22'J, 2:^^ seq. Le N, l, ^VJ suppose que son époux, Tchouaî, uurail ou sa rcsidiMice dans le Yamalo d'abord, puis dans Tsoukoushi, ce qui établirait un lien entre les deux i^roupes de lè^'eudes. Le K, 227 dit simplement ({Ut; Tempcreur » habita le palais de Toyora^ à Anato, et aussi le palais de Kusltiki, d.iiis Tsoukoushi. » liemarquons cependant que^ mi^me d*après cette derni'.-re viTâiun, les.'capitales de Tehuuai !ie sont plus, comme celles des premiers con(]uêranls, dans le su-i de Kiousbiou, mais au nurd de cette Ile : Tsoukoushi, dans un sens restreint, désigne en.elTet la partie de Kioushiou la plus rapprochée de l'ilc l'rincipale; et c*esl le détroit actuel ue ^himonoseki qu*on appelait Anuto, « la i'orle du Truu s parce que, d'après une vieille tradition recueillie par Motuori (vuir Chamberlain, sur K, .106, n. 22), les deux grandes lies avait.nt été jadis unies par un isthme percé d'une cavité naturelle où les jonques pouvaient passer»

7)K, 235 seq., 2*0.

^) :ài bien que l'expression <( Yamato*Qei£o » {tuko, terme honoriQque)|

tous ces chaDgementsà vue, sinon que la mythologie shinntoïste est un mélange de trois cycles légendaires, dont les centres respectifs furent Idzoumo, le Yamalo, Tsoukoushi? Et nos récits, que viennent d'ailleurs appuyer dans une certaine mesure les annales du continent*, n'indiquent-ils pas clairement, soit qu Idzoumo fut absorbé par le Yamato% puis le Yamato par Tsoukoushi', soit qu'Idzoumo et le Yamato furent soumis directement par Tsoukoushi encore \ mais qu'en tout cas des immigrés établis dans TUe Principale furent peu à peu conquis par des hommes venus du Sud?

Reste à savoir d'où étaient arrivés, d'abord les habitants deTUe Principale, ensuite leurs vainqueurs. Les conditions géographiques désignent tout naturellement, pour les premiers, la Corée*. Pour les seconds, elles permettent de sup-

appariie d*abord dans les noms propres de trois successeurs de Djimmou (K, 158, 162, 166, N, I, 146, 147, 148), semble devenir ensuite une sorte de nom commun, comme Pharaon ou César (N, II, 210),

\) Voir Chamberlain, Kojiki, Introd., p. lxiv; Aston, Early japanese Hisiory, pp. 40, 53, 55, etc. — Les derniers travaux archéologiques confirment ces distinctions : voy. en effet Munro, hc, cit., p. 168 et pass.

2) Si Ton ne suppose pas qu'Idzoumo fut d'abord un royaume indépendant, on ne peut guère s'expliquer la place toute particulière qu'il occupe dans la mythologie. Le cycle d'Idzoumo, que nos recueils placent d'ailleurs avant le cycle du Yamato, mentionnait à peine cette dernière province. La déposition d'Ohkouni-noushi a toutes les apparences d'un récit historique : le vieux chef défend d'abord son royaume, résiste à tous les messages du peuple conquérant; mais finalement, abandonné par ses fils, dont l'un est allé « poursuivre des oiseaux et attraper des poissons », tandis que l'autre se laisse tout de suite effrayer par les envoyés célestes, il faut bien qu'il cède à la force et disparaisse (K, 100-105). Pourtant, en abdiquant sa puissance temporelle sur « le fertile Kitsouki », il s'est réservé un certain rôle religieux (voir N, 1, 80, R XXVII, dans Aston, p. 275, et cf. p. 145) : double circonstance qui éclaire ses vengeances posthumes contre les gens du Yamato. Enûn, Yamato-daké est obligé de paciQer encore Idzoumo, tout comme les terres non encore conquises (K, 208-209).

3) D'une part, toute la légende de Djimmou en témoigne ; d'autre part, les récils chinois (voy. Chamberlain, loc. cit,) disent nettement que Jih-pên engloutit le Yamato : or, pour eux, Jih-pén, c'était Tsoukoushi.

4) Hypothèse moins probable. Il est vrai que les documents chinois ne parlent pas d'Idzoumo comme d'un royaume distinct du Yamato ; mais cet argument négatif ne saurait prévaloir contre les indices très nets qu'offre le récit indigène.

5) La mythologie encore vient à l'appui de cette induction normale : d'après

'4fii) LE SIIINNTOÏSME

poser l'Insulinde« que les Liou-Kiou prolongent, comme un trait crunion dircrl*, jusqu'au point du Japon où, d*après nos légrndt's, le clan divin loml>a du cieb. Les plus anciens

uiit' varianto bif^nific.itivo, Sz:iiii)oA, harini «lu ciel, serait descendu d*abord, avoc ifoii lils IiakiTou, en Cor>'t\ puis:, ne trouvanl pas ce pays \ son goût, il nuniit passé au Japon i>our s'rlahiir enfin dans la province d^Idzoumo N, I| 57-5S, K, H9). Cf. aussi N. I. !♦)•«, 225, etc.

1) Non st'uleinont cftto io.'iu'uo rancriM? d'îles sVtend, comme une série d étapes toutes préparées, de l'extrémité n>^rd-est de Formose aux premiers îlots da Japon méridional, mais l'aspect même des habitants, leur langue, leurs coutumes sont autant de points <li^ cuntacl voir S:ito\v, yotes on Looehoo, dans T, I, p. i seq.; M. II. Hrunlon, A'oft.^ (akcn durifi'j a visit /o OA'inat/a-SAifii(i, T, IVt p. (>> seq. ; Cliandierlain, (>n (fie munnrrf and curtom.* of the L'»ochoann^ T, XXI, p. 271 scq., et Thinjs Japawsf^ LTÛ seq., 34S ; cf. aussi Rein, op. cit.^ 531 5Pq. ; Dou:nan, l"v, rit,, p. 123; otr.). Au point de vue linguistique, M. ChaniInTlairi invn pu* :<• r.irartére altaïque commun aux deux idiomes pour RMUtenir l'oii^'ine C'intiiM-nt.iie iies cunquérants japonais {Luchuan Languag»\ p. ^ seq.,. Mais uni- prufonde uljscuritè enveloppe les relations du Japon et des Liou-Kiou jusc|u*u la tin du xi\* siérlc, et si l'on constate une parenté entre le japo« nuis archaïque et le «lial'rti? dl•^i Mou-Kiou, on ignore quelle langue pouvaient pailcr k'S hahit.ints do ci'S llrç: au moment de la conquête, plusieurs sièclei avant Ji*su5-<ltirist. Il est trcs | ossihle qu'un mouvement ethnique fort ancien, venu du sud par les Liou-Kiou au Japon, ait ètô suivi plus tard d'un reflux linguistique all.intdo l'archipel dominant à ces lies subordonnées ; et l'hypothèse est d'autant plus vraisemMahIe <|ue, do nos jours encore, comme le constate M. Chamberlain lui-inéme t6/'.{., p. 5 seq.), le dialecte des Liou-Kiou ofTre, pour chaque i'ire, une couple do mots, dont i*un, le plus nouveaui est tiré du japonais, tandis que le plus ancien (!em>'ure tout à fait étranger à cette langue.

Z) K, 111-112. Il *>frt aisé <le coniproiidre pourquoi le fils des dieux descend sur la cime d'une montagne. L'histoire des voyages en Océanie établit ce fait que des étrangers ahonlani utie lie sont pris constamment pour des dieux, et qu'on les regarde volontiers comme tombes du ciel (voy. A. Réville, H, 44, les indigènes de Noukahiva, apercevant les premiers navires européens, les croient venus des nuages, avec du tonnerre dans leurs canons; 105-107, Cook tué à llawai pour n'avoir rien compris à cette situation ; 1G2, 156, 159, 167; cf. aussi Lul)bock, 2^0, etc.). Cet état d'esprit engendre une croyance solide, que la vanité humaine fait ai ?v ment adopter par les conquérants eux-mémei, et qui devient un mythe précis (voir par ex. H. Spencer, 1, 292, 294, n. !}• Consé« qumce : les notions de mer et de ciel se confondent dans les imagiaationt ; flf inv.vtoncux vais?raux volent a travers les vents aussi bien qu'ils fendent les \agues ,iii/. stip., p. 1«9, n. 1, p. 3uS, n. 5, G, 7). Mais plus la conception d'une ori^Mne céleste se i)recise dans la tradition ^voir par ex, T, XVIi part. 1) p. Ci^f p'US elle &e dégage aussi, peu à peu, de Tidée de navigation qui lui avait donné naissance. On en vient donc à la vision légendaire d*un dieu

LE shL^.xtoïsmc 351

colons seraient ainsi des Mongols d'Asie^; leurs conquérants, des Malais ou des Malayo-polynésiens, amenés sans doute par la grande roule du Courant Noir' ; et ainsi s'expliqueraient les complexités que nous avons observées chez le peuple japonais. Examinons donc si cette hypothèse, fondée sur la topographie même des cycles religieux, va se trouver confirmée ou affaiblie par les autres éléments du problème. En ce qui louche, d'abord, les caractères physiques, elle concilie les deux systèmes en présence : Timmigration continentale aurait fourni la masse de la population ; Timmigration malaise, la classe aristocratique; et la proportion même de ces deux éléments ferait comprendre la prédomi-

qal. descend tout droit du ciel ; et quoi déplus naturel, dès lors, que de le faire atterrir sur un de ces hauts sommets, couverts de nuages, qui semblent si près de la plaine céleste? C'est ainsi que Ninighi arrive, en fendant les nues, sur le pic de Takatchiho {supra, p. 306, n. 1 et p. 310, n. 2, 3, 4). — Quant à l'endroit où il bâtit ensuite son palais (K, 112-113, N, !, 70. 73, 87, 90), les commentateurs discutent longuement sur le point de savoir s'il se trouve au sud-est ou au sud-ouest de Kioushiou; mais de pareils détails n'offrent guère dUntérét dans un récit fabuleux qui ne peut avoir de valeur [que comme indication générale; l'important est de constater que, pour la monta^rne comme pour l'emplacement du palais, nos mythes indiquent le sud de l'ile.

1) Non pas des Coréens, mais des Mongols venus de TAsie centrale par la Corée.

2)L*archipel malais fut le berceau de presque toutes les peuplades répandues dans les lies du Pacifique. C'est de là que partirent, vers le sud-ouest, les étonnantes migrations que la mousson et les courants amenèrent, comme les pierres-ponces du Krakatoa, jusqu'à Madagascar (A. Grandidier, Hist. de la géogr, de Madagascar , 1835, etc.; Max Leclerc, Les peuplades de Madagascar; Girard de Rialle, La population de Madagascar ^dàna Rev, d'hist, des religions, t. XX, p. 180 seq. ; E. F. Gautier, op. cit., p. 293 seq., 308,3H ; etc.). Ces de là aussi que s'élancèrent, vers le sud-est et Test, les essaims puissants qu», par degrés, peuplèrent toute la Polynésie, de la Nouvelle-Zélande aux Sandwich (voir A. Réville, 11, 18, etc.). Comment ne pas admettre qu'une idernière branche de cet immense éventail se soit étendue aussi vers le nord-est, où la portaient les mêmes raisons naturelles, achevant d'envelopper l'océan par la conquête de l'arobipel japonais 7 Tout porte même à croire que, dans l'ordre historique, ce développement dut suivre une marche inverse^ et que c'est du côté de leurs si proches voisins que les Malais furent tout d'abord entraînés» En tout cas, que les conquérants aient été des Malais purs ou des Malayo-polynésiens, c'est seulement par une origine océanienne qu'on peut expliquer une bonne moitié des oaraotôret japonais.

nance du type mongol*. Les caractères moraux de nos Japonais seraient pareillement élucidés : c'est au sang généreux de la race méridionale qu'ils devraient celte vive et souple intelligence, ce fier esprit guerrier, cet amour joyeux de la nature et de l'art qui font d'eux un peuple unique en Asie'. Au point de vue social, la différence des deux races mettrait en pleine lumière l'organisation antique : une immense classe rurale, destinée à rester pour d'ionombrables générations dans un état de servage*, et, très audessus d'elle S une caste dirigeante subdivisée à son tour suivant des distinctions où se perpétuaient les souvenirs de

1) Thèse d*autant plus vraisemblable que la race japonaise actuelle offre encore deux types bien distincts : d'une part, le type du paysan, avec sa large face rondo, ses gros yeux peu bridés, son nez large et aplati, ses pomnaettes sailianti^s, sa large bouche entr'ouverte; d'autre pari, le type noble, celu' des vieilles estampes qui représentent des acteurs dans leurs rôles épiques, avec le visage ovale, les yeux obliques et fendus, le nez un peu aquilin, les joues moins proéminentes, la bouche plus fine. Or, le premier type est celui qu*on observe le plus souvent dans le nord-est; le second, dans le sud-ouesl; el le second est plus rare que le premier.

2) Aujourd'hui même, c*est de Satsouma, au sud -ouest de Kioushiou, que viennent les chefs de la marine et de Tarmée; de Tchôshiou, nom chinois de Nagato, la province de l'île Principale la plus rapprochée de Kioushiou encore, que sortent les grands politiques (marquis Tto, comte Ino-oué, etc.); et, sous le nom abrégé de Sat-Tchô^ ce sont ces deux clans du sud-ouest qui, après avoir restauré le pouvoir impérial, continuent de diriger l'évolution du pays. — D'une manière générale, l'esprit éveillé des Japonais, leur humeur joviale, leur amour des aventures, leur passion pour l'art oratoire, les chants lyriques, les représentations dramatiques, bref, tout Tensemble de leurs dons et de leurs goûts intellectuels, établit enlre eux et les Polynésiens (voy. A. Réville, II, 20, 25, etc.) une connexion qu'on ne retrouve plus lorsqu'on les compare à leurs voisins du continent.

."'O Voir D. B. Simmons et J. H. Wigmore, Notes on Land Tenure and Local Institutions in Old Japan, dans T, XIX, part. 1, p. 133 seq., 150 seq. ; K. Florenz, A/(;apani5c/it' Culturzustànde, toc, cit.y p. 168 seq. II eût été bien étrange de ne pas trouver, au Japon comme partout, certaines formes d'esclavage : Chamberlain, qui en avait nié l'existence (Koj., Introd., p. xli), l'admet aujourd'hui {Things Japanese, 347).

4) Observation chinoise, au ni<> siècle : « Quand des hommes de la basse classe rencontrent un homme de qualité, ils quittent la route et se retirent dans rherbe. Pour lui adresser la parole, ils s'accroupissent ou s'agenouillent, les deux mains sur le sol, » (T, XVI, part. 1, p. 58.)

LE SUINNTOÏSME 353

la conquête'. Les prodaits matériels de celte civilisation, avec leur variété si déconcertante, deviendraient aussi intelligibles : on concevrait pourquoi une construction malaise pouvait être meublée d'ustensiles coréens*. Môme solution enfin pour les produits moraux. La langue japonaise, en particulier, serait la transformation, très vraisemblable, d'un vieux fonds altaïque, analogue au coréen, qu'auraient parlé les habitants de Tile Principale, et que les guerriers du Sud, moins civilisés, auraient adopté en radoucissant suivant leurs propres besoins'. Quant aux autres produits moraux, ils seraient également la résultante des deux actions en présence*; et le plus important d'entre eux, c'est-à-dire la religion, serait une combinaison toute naturelle des croyances et légendes locales, groupées autour de la tradition maîtresse des conquérants, puis augmentées encore de développements

1) La liste des noms de famille {Séishi-rokou ou Shûdji-rokoii), dressée un siècle après la rédaction de nos mythes, nous donne à cet éganl une clussiQcatioQ d'autant plus intéressante qu'elle est tout à fait précise. On y distingue DetlemeDt : 1* les kôbetsoUy familles impériales qui font remonter leur origine à la déesse de Soleil, et qui apparaissent d'abord dans 1<!3 ouvrages historiques comme apparentées à Djimmou; 2° les shimmfjelS'Aiy nobles de sang divin, qui se subdivisent eux-mêmes en tennshinn (dieux c« Ieâtcs],'descendanlsde3 iunnlgrants venus du sud avec Djimmou, et en Ichiki (dieux terrestres), descendants des chefs locaux qu'il rencontra dans le Yamato ; 3<^ les hamhttsou ou hanlokou, descendants dos immigrants arrivés, à diverses époques, de la Coice et de la Chine. (Pour la correspondance de cette classification avec les kalanc, Toir Florenz, loc. cit., p. 166 seq., 171 seq.).

2) La tradition se maintient bien plus longtemps pour Tarchitecture que pour les objets mobiliers. C'est ainsi que les temples shinntoïstes, où entrèrent pourtant maintes choses étrangères, sont encore bdtis, de nos jours, sur le modèle de la hutte primitive (voir description détaillée dans Satow, T/te^Vim^o Templts ofiséf T, II, 100 seq.). Les « deux grands Palais divins >», éternellement reconstruits sur le môme plan invariable, ont gardé, à travers ce renou- Tellement perpétuel des matériaux, la pureté du type ancien (cf. en Babylonie : C. Fo8sey,Rev. (Thist, des rel.y t. XLIX, p. iW).

3) Il n'est pas nécessaire d'aller bien loin pour trouver dans l'histoire un phénomène de ce genre : en Chine, les conquérants mandchous apprirent le chinois, en le prononçant à leur manière; d'où le dialecte de Pékin.

4) Pour la morale, notamment, il semble bien que l'antique distinction des ama-tsou'tsoumi (péchés célestes) et des kouni-t.iou-tsouini (péchés terrestres) se rattache à cette diversité d'origines (voir R X, 00-61).

^51 T-E SIIINNTOÏSHE

spontan^^s pendant leur séjour dans Tarchipel manie; par où Ton s*expliquorait pourquoi le Shinnlô contient, outre ses traits universels, certaines id^^es continentales, en m^me temps que les conceptions océaniennes dominent, comme nous Tavons vu à maintes reprises et comme nous le verrons encore, danslos mythes aussi bien que dans le culte public'. Ainsi, en supposant un ancien peuple mongol submergé par mut vagu<^ océanienne, tout s*éclaire, et les questions que laissaient obscures les partisans d*une origine toute mongole ou toute malaise se résolvent d'elles-mêmes par la conciliation de ces deux systèmes absolus*. Simple hypothèse, d*ailleurs : mais l'histoire est faite de conjectures: et lorsqu'une théorie, appuyée sur un large corps de traditions, aide à

r Nombre ile iiiylhce japonais préientent un caractère trop anÎTertel pour ()u'on m puisse tirer «les indices etbnogrraphiques. L*étude comparée des religions primitives détruit les conclusions étroites des philologues qui voyaient rinfluence chinoise dans tous tes cas où ils aperceraient un rapport entre un mythe japonais et un mythe chinois ; il no serait pas moins exagéré d'affirmer une influence océanienne toutes les fois qu*on découvre de pareilles ressem* liUnnes entre un mythe japonais et un mythe polyné.«ien ; car, non plus que les lanfTUi'B, les légendes ne peuvent prouver la parenté absolue des races, et l'unilr foncirTe de i'esprlt humain, qui fait s*épanouir partout les mêmes croyances s[»ontanées, les voyages des marchands, qui colportent des contes aux pays les {ilus éloignés, les mille in^^i'Ients ignorés qui peuvent unir aussi ais'''ment I«'s hommes par les chemins do la mer que par les grandes voies contineiitales, montrent sufilsamment qu*i! n*y a point de limites à la puissance de (lifTiision li'un rrcit. 11 n'en reste pas moins que, prises par grandes masses, les ni\tiio!ogies arquiôrent un sens que leurs détails n'avaient pas. La légende du sipL'e et de In tortue est h m>*me au Jap'^n qu'aux Philippines et à Java (Iv-rn, Hrr. d'hist. des rWij/''>»is XX. *"î^ ' concordance curieuse, mais dont on ne saurait tirer «'vi'lemment aucune conelusion précise quant à Torigine mnl'iise (l<>s Japonais. Kn revanche, quand nous constatons que nos légendes d'Mzoumo, maniffstement relatives à un peuple d^agriculteurs, contiennent en mém'» temps des allusions raractérisliques à la Corée 'N, l, 57, elc.>, et qu*;iu<sit'M après le cycle de Tsoukuushi se trouve rempli d'histoires océaniennes (K, 114-120). point «le d»*p:irt de toute l'ep.'pi't^ «les conquérants, n*avons-nous pif= Il «le s^Miriix inli'^es quant aux direi^ic»')-; d'où étaient venus les groupes d'.-"'nii.'i! i;ul ^■^)!i^f'^v•TeIll «^es lé^rendt-fs? Or. ce '|u'in'li«jue déjà l'histoire des 'îii'ax -lu "^ u::\'> >>'Và CMnTrmé encore pir !.i ririt'ire l-"* leur culte.

-) Pjr "\-;!.i.:'', M. r.ii.ciil.orîain, i]u: .'il-iii-! l'origino mongole ,r, XXIII, supp., p. ^;, e.sl bien oliligi'» «l'aiouer i|uo, dans ces conditions, la langue japonaise r^sie inexplicable [Thitifjs Japativs^ :ii7).

LE SHliNNTOÏSME 35o

élucider tous les points qui s'y rattachent, peut^ôlre approche-t-elle bien près de la vérité.

La mythologie du Shinntô nous fournit donc, par sa topographie générale, par ses indications sur la mêlée des anciennes tribus, par les caractères mômes du trésor religieux qu'elle livre à la science comparative, une solution probable et rationnelle du problème le plus abstrus qu'ait soulevé l'histoire japonaise. Â partir du momeut où les divers courants légendaires se trouvent canalisés dans le Yamalo, ils ne présentent plus le même intérêt. Pourtant, le règne d'Ohdjinn*, fils de Djinnghô, contient encore, sous forme de récits fabuleux, de précieux renseignements sur les débuts de cette influence continentale' qui, trois siècles plus tard, avec l'introduction du bouddhisme, devait transformer toute la civilisation du pays. Mais sous le successeur d'Ohdjinn lui-même, Ninntokou', le merveilleux est déjà plus rare dans nos annales, et sous l'empereur suivant, Ritchiou\ on voit paraître enfin des historiographes*. Désormais, cette légende de la classe conquérante qui constituait la ligne directrice des mythes s'infléchit tout à fait dans le domaine positif : l'épopée des héros divins reste dans

1) Intermédiaire entre le règne de Djinnghô, au ui« siècle, et celui de Ninntokou, qui remplit le iv« siècle. L'examen des annales chinoises amène M. Aston à cette conclusion qu'il y eut bien une impératrice japonaise au iii° siècle, mais qu'il est très peu probable qu'elle ait conquis la Corée (EarlyJap. IlUit,^ 48seq., 73); cependant, les annales coréennes que cite M. Aston lui-môme (p. 61) peuvent laisser à penser que, si la vanité japonaise, exagéra cette conquête, Tamour-propre coréen, d'autre part, tendit à diminuer l'importance des incursions réelles et fréquentes qui eurent lieu vers ce moment.

2) Voir K, 252, 253, 258, etc. Cf. aussi le H XI (dans Aston, 305).

3) 313-399, d'après la chronologie oficielle.

4) 400-405, suivant cette même chronologie. Mais ce n'est guère qu'un siècle plus tard, vers Tan 500, que les dates seront généralement exactes.

5) N, I, 307, qui attribue le fait à l'an 403. Ces historiographes (foubito) furent surtout des rapporteurs chargés de noter les choses extraordinaires qui pouvaient se passer ou se raconter dans les provinces ; mais ils n'en conservèrent pas moins le souvenir de faits intéressants au point de vue psychologique, et leur existence môme permet de bupposer que la cour avait déjà ses archivistes (voir d'ailleurs Aston, Nihonrfi, p. xii).

3r)K LB SBl!fNT0Ï8XI

lo8 hauteurs du passé, et la chronique nouvelle n'est plusque rhistoire des hommes.

iu La vie des dieiv.

La mylludogic no nous renseigne pas seulement sur This* loin* d(;s Japonais primitifs : elle nous fait connatire aussi leur culture. Les grands cycles légendaires nous montraient ré\()lu(i()n générale du peuple, la mêlée des tribus qui s*unirent pour le former, la naissance et Torganisation de Tempirc : les détails de ces mythes viennent h leur tour éclairer les aspects plus intimes de la civilisation nationale. La vit' des di(*u\ nous peint toute Texistence matérielle, socialt* el morale des conquérants.

Au point de vue matériel, d*abord, nous voyons se dégager les premiers linéaments de Téconomie politique japonaise. Nnus observons comment les anciens Japonais avaient su répondre aux besoins essentiels de ralimentation^ de riiabitation', du vêtement', aux besoins non moins primitifs

1} Aliments d'orifrine minérale : IVau Iv, 75, etc. , jusqu'à riotroducUoD du th' au IX" siivlf, It? 6p| K, 12(1), qui révèle toujours un peuple agricole et Si")i'n;:itri>; 'l'ori^^i'it' vci:('*tii!e : It* riz surtout, puis d'autres céréales, certains lé.irtim-s, <|iM*!-iii»'> fruits, «'I, c«jmme l»-/i<8<;n, le saké {vvL sup,^ p. i33"134 et pai^s.); d'oriv'iiie an^inalo : le poisson, rt le iriMer, qui ne devait être interdit iju»' par > liO!]'!«lliisrne p. iS'^, 103). Cuisiiio des dieux : K, 103.

L'} M.iisti.s, pa!ai^ et toin]»!*'s [nrt-i;ivment làlis sur le modèle commun de la hutte primitive voir Salnw, T. Il, p. 100 ser|., IX, part. 2, p. 191, et Clj.imlM'rla-n, Thirvjs Juj».^ p. 4'»): i?n ouîn-, liajiitations souterraines {cid^-'-r^us, p. 3:^5, II. 3=. et u'juati'pios p. :îi3, n. 1;; le tout, groupé parfois en vîiiaL'i'-, mais ilut''tt en petits iiajiii^aux »*s[)acés voy. Chamberlain, Ko;., liilfu'l ,p. xxvi). M..i.;:i,»r: i.mt^'s K. ii'.>, 2IJ. -JSS.SOO, el cf. supra, p. 184-: ciu.s;>ii«> K, iJJ, :jrj, N. I, 9".*, 1»».\ tîr.-; îi!..''s qui, à l'enconlre de ce que «î : *'. :iii:'' r'..i":ii. /v •;.. Iiirui., P. x.w. .'■• .il»!e:it h. en avoir servi pour 11,.:,-'.'! : I- . ••:. i':l.'i, «i'.jiH» j.irl, N, 1, ::.. ^i, 1".\ d'autre part observations ' .;. . . 'iii<.> ï. \''. l'ail. !. p. r>i ; • ■■•, r."'.:,i.o:.t i-jti.-cial jiv.»ur les trésors (K, r-i, \''i) . r..r !■•^ !Lui>-j:>, l'averiK'.-, :-u\, «Uns le Ciel, voir K, 54, 105, et i;;is.-.

■"5. ^o.<lMrne irr.- cojiiplet, tissA avec les ii..rcs du iliauvp^ ou de Técorce de

LE SflINNTOÏSMB 357

de la luttes de la parure*, aux besoins plus raffinés déjà qui coacernent la santé', les moyens de communication % le développement moral sous toutes ses formes \ les jeux"; comment, pour obtenir les objets destinés à satisfaire ces besoins, ils pratiquaient les industries extractives^ Tin-

mûrier, coloré par frottement avec de la garance et autres plantes tinctoriales (K, 79 et cf. Chamberlain, loc, cit,, p. xzx; voir aussi supra, p. 95, n. 2, et p. 143, û. 3) .

1) Armes variées : arcs (K, 46, 74, 9^, 96, 112, etc.), avec garde en cuir pour protéger Tavant-bras (le tomOy K, 46, 228, N, I, 34, 36, 87, 254), carquois (K, 46, H2, N, I, 34, 36, etc.), et flèches empennées (K, 73, 94, 96, 307), à pointes en os, puis en fer et même en cuivre (renseignements chinois T, XVI, part. 1, p. 54 et 57, XXII, part. 1, p. 42, et cf K, 298), à trous sifflants (supra, p. 343, n. 2) ; maillets de pierre (K, 112, 142, N, 1, 123, 124, 240) ou de bois (N, I, 194) ; sabres (K, 32, 37, 63, 74, 101, etc.); lances (K, 18, 76, 77, 210, etc.); boucliers (K, 82, 132, 144, 176, N, I, 81 et pass.). Lieux fortifiés par des palissades (K, 188, N, I, 172, 364, et cf. observation chinoise dans T, XVI, part. 1, p. 54).

2) Colliers, bracelets, ornements de tète : K, 43, 47 seq., 55 seq., etc. {supra, p. 64, 65, 66, 68, 89, 216, etc.). Miroirs : K, 55 seq., 109, 261, etc., N, I, 20, 43, 47, 49, 76, 83, 168, 185, etc.

3) Vid. sup„ p. 111, n. 2, p. 135, 163.

4) Routes, mal entretenues (K, 100, 254, etc., et cf. description chinoise du m* siècle, dans T, XVI, part. 1, p. 50). Navigation sur mer, sur les lacs et les étangs, sur quelques rivières (K, 121, 131, etc.). Barques, avec avirons et peut-être un gouvernail (K, 218, 232, etc., et voir Chamberlain, hc, cit., p. xzv, n. 23). Usage du cheval, pour le monter, mais non pour traîner des véhicules (R I, 114, et cf. aussi T, IV, part. 2, p. 409).

5) Instruction : en attendant l'écriture, ils paraissent avoir eu recours aux entailles sur le bois et aux cordes nouées (voy. en effet j/a Twan-Lin, loc. cit., p. 43, et cf. les cordes nouées de Tancienne Chine et les « quipos » péruviens). Art : les cylindres et figurines de terre cuite {vid, sup., p. 144, n. 1). Religion : amulettes et fétiches, objets du culte (supra, p. 207 seq. et pass.j.

6) Lutte (violente comme le pancrace grec, et qui, par ses coups de pieds, rappelle la savate française : voir le récit du N, I, 173, où triomphe Nomi no Soukouné, qui deviendra le dieu des lutteurs) ; jeu du ballon (qui n'apparaît cependant que dans le N, H, 185] ; combats de coqs (N, I, 348); danses profanes (K, 328, N, I, 318, 381, 382, etc., notamment une danse de guerre, N, II, 388); musique, avec instruments primitifs (K, 58, 229, et cf, Aston, Shinto, p. 238); etc..

7) Pèche : hameçons, filets (K, 101, 105, 119, 131, 234, N, I, 92, etc.). Chasse : arcs et flèches (K, 9i, 101, 119, etc.), pièges (N, I, 130). Cueillette des fruits spontanés (K, 36, 37, 73). Abalage des bois(N, II, 147, H VIII, 193- 194). Exploitation des mines et carrières (K, 54-55).

35S LE SHITrrOÏSME

(lu^trie aprîrole *, les industries manuracturières* avec un syslênae familial tondant vers le type corporatif", Tinduslri»* rummercialt'*, l'industrie deî^ transports'; comment ils inauguraient la division du travail par la répartition

1} Vi /. «u/,., p. 311. n. 9. h<»3iir-]U3ns qu'a MiJa«rucir, où le retrourer.t dâ.]furi» .vi iieux ïviit'xes naiureis d« cu.lure <la riZ| en montague el eo iLAra.ï. !i itr»:en !e fa.i au»ii r«*pinJre les premier! gnÎDs de celle aDÛque C'T-il- pir ur.'* 'l.viMi- 'i'-szrnJue du cî^! sur le somoQet d*une mooUime (!•:. r. Gaull-r. .p. 'it., p. :ô»>.3ô7, el cf. *up,, p. 30ô, n. 1). Pour Tclerage, voir odi'&sui, p. 16j.

2) Pour ralimenUlion, fabrical.oo du saké .K. 23S.239, 253). Pour lliabilal.'D. in'iustrie du bâlimenl N. I, 5S, SO, R VIII. 19i . Pour le Télemeol, tissage [vil, tu/>., p. 90, i7i/r(i, p. 359, n. 1 et cf. obserralion chinoise dans T, XVI, l'Art. 1, p. 5i;. Pujr la icuerre, armurerie N, I, 81,. Pour la parure, joailli>e, luir^ilerie ,K, U>, i'JO . Pour les commuaicalions, conitruciioni oarales es, 1, 08, II, 1 ;: . K:. . e qui touche spcci&Ienent le Irarail du cuirre el du br .riz*-. voir .^nitTÉori, .i^ns \t Hanibok, Inlrod., p. 109 seq.; Rein, IndustfUs t.'f Jiyan, pji. i^., Ut'.; \V. Où\vIar;d, Art of Castiwj hrûnze in Japan, dans Jmrn, Sjc. uf .lrr>, luai I-^IO» et J'ipanœ Metallurgy, dans Joum. S"r, ../ Chanv'il Iniu-try^ juin !S'.*j; Aston, .YiAonyi, II, p. 414; CbamiH-ran. ^/..fl7^ J.jy,., p. -JT? se^.; Munrù, Ik, cit., p. 6 el ptis. ; etc. — Dut. là iL.rit.orincs Jan^ hus textes : id bêche ,K. 320. l\ Vlll, 193), la faucille (K, LM5,, la hache N. II. 11, 73. i2n, r\ VIII, 193), le coin (K, 71 . la navetle

K, o4, etc.,. Cf. Ifs ubjets trouves dans les fouilles Munro, /oc. ct/«, pp. 18 S'j. el pdhs. .

3) Voir ci-dfssus, p. 2^0.

i; La n pince du man'ije b <Iu <:ivl (N. 1, 46, 81) a naturellement sa eonlrepariie bur la t*.'rre ^oulre le coin!ii>Toe de village, foires provinciales notées par un voy.ifreur rhiiui» ; T. .\VI, part. 1, p. 5*^;. Evolution des échanges : le ti '• priiuiiif (K, 119, cl cf. T, /c. nt,\ puis l'emploi de pièces d'élolTe, de riiaiivrf surt'jui. c<j:i.ino ét.i.on dfs v.ileurs N, I, 89, 11,222;, en attendant la muriiiûie ni-tal.i.|ue ^.N, I. 3yi, II, 34, 3rj0, 37j, ;i4i.

Tj Pnti ]ij«''f pluiôt par voie de mer que pnr voie terrestre, comme il était !i itupl 'liiis un p ivs à la fois maritime el moriti^^ieux. Cette navigation était il\iil.<M]r8 assez avancée : Chamberlain, qui ne voit dans les plus anciennes pirtifs de nos re^^ueils t]ue l'emploi mirac>j!eux de « paniers imperméables à l'eau et (l''>p)urvus df rames » [loc, cit , p. xxv . semble oublier les « solides liritt'aux '!e ca:iJ|>hrj(fr » qui apparaissent <iès le dt^but des légendes (K, 28, tU:. , exi'.juai.l ■l'ivarjf'e l-s incursions u.l':-."ur- s sur les c«Mes coréennes; et •l'.i.il«'ut5, •■■s li:iitMîx . piîjiers Fans i:.'- :>:: :«'s » K, 121, N, I, 03. 9ô, etc.) tj' s-r.ii-M-.I- {• is un Mjuvenir «les ral'Mix e:j roseaux que certaines peuplades o''.éani'Mnj".> eruplMyriient à IVripino, avant îe i-reuser. comme les Japonais aussi, louit {•■îi.ij^uCf dans des truncsd'uv.:' s'\vo;r E. F. Gautier, .Hacfa^tMcar, p. I>0i, el f. f^ujtra, p. 2ol, n, 1, et p. 2^4, n. 2).

LE SHINNTOÏSMB 3o9

des lâches domestiques^ et par la distinction des métiers*; comment, en un mot, ils ébauchaient peu à peu cette économie nationale, encore si rudimentaire, qui n'en devait pas moins, quelques siècles plus tard, devancer l'Europe dans l'adoption de la lettre de change, du chèque, de l'escompte, des modes de crédit les plus ingénieux, supporter sans fléchir, pendant plus de deux siècles, un régime protectionniste absolu, et aboutir enfin, quand l'empire fut ouvert, au grand essor de l'heure présente*. Mais laissons cette vie matérielle pour en venir à la vie sociale, qui offre des traits plus originaux.

Dans ce nouveau domaine, qui d'ailleurs est si proche du précédent^ nous trouvons des coutumes d'autant plus intéressantes que, d'ordinaire, l'élément religieux s'y unit étroitement au caractère juridique. Observons d'abord le droit privé et, sans revenir sur la condition des personnes, libres ou esclaves*, commençons par examiner la constitution de la famille. Nous avons vu que les Japonais primitifs admettaient la polygamie*. Nous savons aussi que les conditions du

1) Tandis que les hommes chassent et pochent, les femmes s'occupent surtout à lisser les i^ôtements de lu famille (K, 53, 99, 107, où intervient la déesse Yorodzou-hata, « Myriade de métiers », N, I, 41, 45, 75, 90, 291, etc.); la culture paraît être un travail commun aux deux sexes (K, 52, N, I, 40, 47, 48).

2) Voir par ex. N, I, 81, qui, dans une seule phrase, dislingue les chapeliers, les fabricants de boucliers, les forgerons, les préparateurs de fibres végétales et les joailliers. Cf. aussi K, 55, etc. — Celte division des travaux humains est sans doute Torigine de la conception religieuse qui attribue des domaines spéciaux aux dieux eux-mêmes, depuis les départements de la nature jusqu'aux diverses parties de la maison [vid, sup., p. 177-178, 182, et cf. A. Héville, II, 197, Lang, 348, 437, Taylor, New-lealand, 108).

3) Voir La civilisation japonaise y leç. d'ouv. Sorbonne, p. 15 seq.

4) Par exemple, la propreté, qui, chez les Japonais, est un besoin matériel, devient la source de plusieurs coutumes sociales, en même temps qu'un rite religieux et un principe moral essentiel.

5) Voir ci-dessus, p. 352, n.3. Cf. aussi N, 1,71, 209,356,11,48,04,73,74, 82,87,93,100, 113, 115, etc..

6) Supra, p. 138, n. 2, Un observateur chinois raconte que, chez eux, « tous les hommes de haut rang ont quatre ou cinq femmes ; les autresi deux ou trois, » (T, XVI, part, i, p. 5i).

3»iO LE SHl!iC.NTOisXE

Diuriagc t*lai(*nl Iri's lars;es à l*époque historique*. Les fonnes Je ce contrai surtout, tilli-s qu'on peut les distinguer sous le mvthe du premier roupie', sont curieuses à étudier. On y reconnaît, sans rtunnement, ce fameux rite magique de la circumamliuhilion' qui, dans lo pratla/u/tifi'j hindou comme en tant d'usages pan* ils, repose sur un principe solaire', confirma ju>tement par d'autres passages de nos recueils'. On

l) Supt'i, p. !J'.>, II. 1. Voir Cius-. ?:ilov\, T, III, app., pp. 14, 25; Chamberlain, K"j,, Itilrud., p. xxxviii; Aïlon, SAi/if*', Oi, 91, 250, 30). N'aurionsniU5 pas un veslif|:e fl\*x>iLr;i'iiie (iaws li variante du N. I, 3o, où lunirr.i di'fcnd à Uana^hi de la re;:ard>*r pan^e qu*ilf sûdI du mi^oie QU'ijH (owjara^ dit !a i:\o?*' on kana. Cf., chez les .Malaif, un état de transition analogue à celui que n<>us avuns «li-servô ciiez les anciens Japonais iG. A. Wïlken, analysé dan«. «■». •n.i<f. 'h\s rclôji'ns, t. XVIII. p. 111, l. XXII, p. Tl. l. XXIII, |i. '<V1 , t-{ p :ii !•' passïL'o de rii.crsti* primitif a sa prohibition géoéraie, \i. I»'ir.!4i;.:ii, Xtui''' s ri-h ^j, fue^ vol. 1.

lî Vi i. Miy... p. ITl, n. », fi p. :;51, u. \.

3j K, Jo S.-J., N. I, IJ st^'î : .1 • !. N, II. 25V». R II, 423, (L'idée essentielle •îu rit*» t'st expriii.t'»* par le ' «•rl»e w'j ur u. tourner autour *» d'un objet)

'i V . r ''i -i»!'t 'r.Mv:»:!!, M-uIin- ii ;.ri . »■>, r^ues mayi'/uen l't circumamhu- /j/i .;... . • .iri^ /( . . /■'.-/. i > nli'ji »v, i. XXXV, p. 117 se.q., t. XXXVl, p. K)!; W.iliarii sinipsjfi, T'ie //u//'n>/ l'rnjinj'H'hetl, p. 285; Jevons, Intrul. in Uli-jiju^ p. 210; etc.

:>; <'f. -uj'f'j, I». 2".r., 11. i : la dt-fens»- de marcher contre le soleil. M. Aston pvii^e <pj«' :•■ r^iii:i!:t''> c >!i:i<Til b.cn c-.-ltc .iitei!ioti<.>n foodamontale, mais non pas 11 t ircrj'ijiiiiit-jlal. -:i •,...! en tlénve, tt qui devrait entraîner la marohe d' .- [.•M'.-"fi'j ij'S •': l'.iif u:j'* ;.:•■ Lj'a iiiV.iii il li*, leur cMr' droit tourne contre \\Ay'\ .■.•îjl: I. (y. "t.,\K -'4'>, «t .r. pp. V»0. 157,312, 321). U est eiact ({Ut*, >\:iu^ le }ir'i ii'irhhn lir.'ilniia:.! PiL* t-t bouddhique, le nioureinent doit b*up'':«'r. '-'.i pr.-;>- ;••-, -I i-.s iir sor.s ilrs 'a^j\:'\.\v< d'une montre ; maii cette règle roiniMjrU* des uxi-qt: ri^, aU i:. '::.s :Lpfiar>- t* ^. d.ins certains rites magi(]ues ou raii'r;i:r''> qui r^iA :"iJ'Ii'T !''jr;ic;aiil «l'ai .i:l di* droite à gauche, puis de ^M'j.'ij'? ;i clr.jiu* f'i il'lt.q d.\lv.?.la. lu's, -/T., i. XXXV, p. 119, V. Henry, o;j, t//., [.. -"2, 1!. Ayin-iiiier, /.'; CiitJ'» i>j'\ I. fi. 17, etc. . ; et le ri -cit japonais, où M* conilnuciit :LU^^i ]*•< i!>-ux IllO;lVl■uleI.'^, apri.'ir.tii l>.en comme UD restige mali-rii'l do ■jU'iquf prun-'luro anal'VnUe, <!'■:. 1 l-s Jâriuii.tis du viii« siècle ne iJivui(Mil plus le.-i ra'si.»'!?. H-iiijirquons qu'i-n C'- -l'i. l'-i:rl;i* rinli*rdiclion même d"d.!"r r >:itri- i-' - O-.l, ■ .■ ..! - ^e i :i'.ri- !.-■;.: ^. < /. .-np., k-c. cit.J, et que !.i i:. ■■::i-- r..:.îu.> «t:i .- -ouvc jiréi^à'M.'"'. j- ^.r i.i i''n ii.onie du mariage,

di'i-: :. s V. r.-.'HiS -i'i '., :0 el «in N, 1-, 1'", ■. . c'i-.-'. tini'-l l'homme, tantùt la l'MjjMi'- <jii! '!'ii' >'.iv.irji:' r li»' ;.'.iij '■.«• -i <;. • '.■ . ^. i'i':i : i^î-rocho ces deux inco- IrMTii'.i'.-. i'uii-- .!■ l*.'i:jl:e, i;'r!i di'vrd-l- .■. fi.u- •••:î-.lur'? que l'erreur sur le j»riî]rijii' >■• tv\],'-\A «î.iii- .-■•n ij-, li'àli"r. .i ;■;■ , !■• :* '!•]• «jor l:i rt-p!c solaire

constate aussi que, conformément aux idées de pureté qui inspirent tout le shinntoïsme, les jeunes époux se retiraient, pour la consommation du mariage, dans une hutte nuptiale particulière^ D'autres coutumes encore pourraient se rattacher h cette môme notion ou à des sentiments analogues*. Enfm, notre légende, où toutest comprouûs un instant parce qu'Izanami.« a parlé la première », nous aide à apprécier la condition de la femme dans le Japon primitif. L'état d'infériorité que ce texte implique était d'ailleurs très relatif :

au rite matrimonial, on doit voir dans Pambiguilé du second une conséquence normale de Tincertitude qui planait sur la première?

i) La fouséya^ K, 19, N, I, 12, 14 (maison érigée par Izanaghi et Izanamî à leur arrivée dans Pile d'Onogboro), ou encore K, 64, N, 1, 54 (palais de nuages de Szannoô). Cf. aussi, pour Tépoque humaine, N, I, 400; et le Manyôsbiou, vol. III, part. 2 (p. 35 de Téd. Riakoughé réimp. en 1901). On craignait évidem* ment de contaminer l'habitation ordinaire.

2) Par exemple, en 646, on nous signale Tabus des amendes expiatoires imposées aux nouveaux époux (N, I, 220-221) ; l'emploi du mot karat semble bien indiquer l'origine religieuse de cette pratique; et plus tard, un commentateur nous décrit, sous ce même nom, une coutume significative : au cours du premier mois de Tannée qui suivait un mariage, les amis du jeune homme envahissaient sa demeure, avec des seaux d'eau, et aspergeaient sans merci leur camarade. — Autres usages connexes : supra, p. 174, n. 3 (et cf. Rev, d'hist, des religions, t. XIIÏ, p. 40); p. 271, n. 1; Parker, loc. cit., p. 44 (franchir le feu, comme en Chine) ; etc. — M. Aston soutient que le mariage n'eut jamais, au Japon, un caractère religieux [op. cit., pp. 91, 249). 11 est bien certain que, dans les temps modernes, ce simple fait social n'a été regardé ni comme un acte sacré, ni même comme un contrat d'ordre public, mais comme une convention purement domestique (car, jusqu'aux formalités introduites par le nouveau Code civil, le beau-père se contentait d'envoyer une notification à la mairie, pour que le nom de sa (ille fût transféré sur le registre du domicile de l'époux). Mais, sans parler même des divinités protectrices du lien conjugal, que mentionne M. Aston lui-même (pp. 66, 249), les rites de circumambulation, d'isolement, de purification que nous venons d'observer n'indiquent-ils pas une origine religieuse?

3) K, 20-21 (sup,, p. 251, n, 4). Dans la version du N, la supériorité de rhomme est indiquée d'une manière plus nette, et même un peu rude : « Lorsqu'ils se rencontrèrent à un côté (du pilier), la divinité femelle parla la première et dit : « Obi chose délicieuse 1 J'ai rencontré un beau jeune homme. » Le dieu m&le fut mécontent, et dit : « Je suis homme, et, en vertu de mon droit, j'aurais dû parler le premier. Pourquoi donc au contraire, toi, une femme, as-tu parlé la première? C'était de mauvais augure. Tournons de nouveau. » (iN, I, 13, et cf. 15, 16, 17-18). Pour des prohibitions analogues, voir notamment Reu. d'hist. des religions^ t. XIII, p. 39.

'M}2 LE SIIIf«.NT0ÏSME

d'autres passages, en ellet, nous montrent qu*à cette époque, c'esl-à-dire liien il«'s sii^clos avant le règne, au moins apparent, (les principes chinois en celle matière*, la femme japonaise occupait une situation élevée, soit dans la vie privée', soit mrme dans la vie publique ^ Il est vrai qu*au cours du mariage, si la femme gardait sa fidélité \ Thomme avait

1) Ces pridcipes. co(lin>'s surtout dans rOnna 0a i;;aikou (la Grande Ecole des fi'iiitiit's), 'iu moraliste Ka'ii):ir.i Kkik<'rHi (iri3i>-17i4)» ont contribué à former la Japonaise* actuelle ili*s hautes dusses, c'est-à-dire le type féminin le plus parfait qu'on puisse concevoir ; mais celte éducation, fondée en Chine sur le mépris de la femme, repose plu t«^t, au Japon, sur un juste sentiment de ce que doit être l'barmonio conjufçale; la nuance apparaît lorsqu'on a Poccasion» très rare pour un Européen, d'observer les Jai>onais, non dans les rapports sociaux où ils gardent toujours une attitude Uiéàtrale, mais dansTintimiléde la famille, aux heures où le mari consulte sa femme : et on constate alors que les vieilles mœurs indigènes ont, mal^rn'* tout, survécu jusqu'à nos jours. [Pour VOnna Dalgnkou, voir Chamberlain, Journ. Hoy. Asiat, So(\, X, part. 3, et Thinyt Jap., p. 426 8eq.,ou R. Lîinge, MiltheiL '/rs Semmar$ fur Oricntaliftchc Sprachen, vol. F, Berlin, 189S.)

2) Divers épisodi-s prouvent ijue, loin de se trouver dans un étal de sujétion absolu vis-à-vis de se;* parents mà!es, elle pouvait se conduire avec une assex grande, liberté : voir K. 09, 330, N, I. 320-330, 399 seq., etc. Sans sortir du mari^K'^, certains textes sembleraient indiquer que le père de l'èpouBe faiiaità Ti-poux des cadeaux à l'occasion des noces : nous aurions alors une espèce de dot, avec les conditions d'indépendance et de dignité dont ce système est l'indice ordinaire (récits du K, ti6, 122, où M. Chamberlain comprend ainsi les c marchandises offertes sur cent tables » par le dieu de la Grande montagne à Szannoô ou par le dieu des Mers à Uo-ouori; voir cependant le N, I, 84, qui fait allusion plut'*>t à un banqiii*t «le bienvenue; et cf. aussi le N, I, 301). H'marquons enfin que u le nom d'un enfant doit lui être donné par sa mère >i (K, 190, et cf. N, r, 101).

3, En dehors mrmc d'Amitoras, qui dirige toute la politique céleste, Tauda' cieuse Oudzoumé tient certes l>ii>n sa place dans l'assemblée des dieux (K, 58, lOM, où on rcn\oie comme ambassadrice, parce que, si elle est « un être féminin délirât », elle e^t aussi « une divinité qui conquiert les dieux en les affrontant v); dans le mythe de Djimmou, on rencontre une femme qui joue le rôle de chef local ^N, I, lUi) ; c'est une héroïne, Djinngh*), qui envahit la Corée; et Thistoire japonaise comptera encore plus d'une impératrice (cf. d'ailleurs supra, p, 63, n. 3). Vers Tan ICiOO, à la cour de Kiôto, les dames d'honneur tiendront tôle aux courtisans, et ce sont des femmes d'esprit qui composeront alors les principaux chefs-d'œuvre de la littérature japonaise.

i) L'adultère de la femme existe (N, 11, 221, drcret de l'an 6&6 où l'empereur Kôtokou, se défiant de la jalousie masculine, exige que le mari ait à l'appui de sa plainte les déclarations de trois témoins) : mais en somme, le cas n*apparalt presque jamais dans nos textes (dans une curieuse histoire du N, 1,301 , c'est tans

des allures plus libres'; et cependant, ne faul-il pas tenir compte de la charmante coutume qu'avaient les époux, au moment où l'un d'eux partait pour quelque voyage, de se faire mutuellement, à leur ceinture peut-être, un nœud que seule devait détruire la main qui l'avait formé*? Quant au divorce, il était sans doute assez fréquent, plutôt en raison de rinconstance des maris que de la jalousie des femmes*; et nous avons vu que pour cette dissolution du lien conjugal,

le savoir qu'une princesse trompe son époux) ; en sorte qu'on peut prévoir déjà l'état de choses actuel, où radultère féminin est inconnu dans toute la classe élevée.

1) Vid.mp., p. 138, n. 2.

2) L'empereur Souïninn, abandonné par sa femme, cherche à la retenir : (c Qui dénouera, lui fait-il dire par un messager, la fraîche cordelette que tu as liée ? » (K, 190 ; et cf. les poésies analogues du Manyôahiou que cite Chamberlain in loco). Le texte porte : midzou no ouo-himo, que Chamberlain traduit par « fresb small pendant » ; et pour lui, comme pour les commentateurs indigènes, cette expression désigne la ceinture intérieure qui, chez l'homme comme chez la femme, retenait le vêtement de dessous. Mais d'autre part, dans Tlnde, on trouve une coutume magique qui peut donner à réfléchir sur ce point : chaque époux, au moment des adieux, prend trois 61s de chanvre, en tresse une petite corde et l'attache au bras de l'autre en manière de bracelet (observation du prince Henri d'Orléans, dans TAssam, expliquée par V. Henry, op. ci7., p. 126- 127). Je me suis donc demandé si notre récit ne contiendrait pas une survivance du même usage. Or, au point de vue philologique, le texte viendrait plutôt à l'appui de cette nouvelle interprétation. Le mot midzoUf frais, joli, est sans intérêt; mais ouo peut se traduire aussi bien par u chanvre » que par « petit » (l'idéogramme choisi par le compilateur n*a guère d'importance); et himo veut dire» tout simplement, « tresse, cordelette ». Il est donc fort possible que les documents archaïques aient employé une expression dont le sens précis, déjà perdu au viii* siècle, serait celui du vieux rite de l'Âssam.

3) La jalousie, en effet, ne s'accorde guère avec la polygamie. Cependant, nos récits nous montrent des héroïnes qui ne supportent guère l'infidélité de leur époux (sup., p. 262, n. 2, p. 270, n. 1, in fine, etc.) ; et peut-être ce sentiment fut-il plus développé à l'époque primitive, alors que le système polygame était compensé par Tindépendance de la femme japonaise, que dans les temps modernes, où la monogamie dominait, mais ou les enseignements chinois avaient fait de la jalousie une des « cinq maladies » du caractère féminin. Le dernier terme de cette évolution se trouve dans la législation actuelle : d'après les Codes en vigueur, si l'adultère de la femme est une cause de divorce pour le mari, l'adultère du mari n'est en aucun cas une cause de divorce pour la femme (Code civil, art. 813) ; et tandis que ladultère de la femme est passible d'un emprisonnement de six mois à deux ans, l'adultère du mari ne comporte aucune peine {Code pénai, art. 353}.

comme pour sa formation, il y avait des formules consacrées*. Des conjoints, passons aux enfants. Si le mariage était regardé comme entraînant une certaine souillure, à plus forte raison devait-il en être ainsi de Taccouchement*. De nombreuses légendes nous disent, en effet, qu'ici encore il fallait une cabane spéciale' : coutume qui devait se perpétuer, dans l'île de Hatchidjô, jusqu'aux premières années du régime actuel *. Le même esprit de propreté se manifestait ensuite dans les soins donnés à l'enfanta Les Japonais ne semblent pas avoir connu la couvade, bien qu'on la retrouve chez les Aïnous*. En revanche, la toute-puissance paternelle, révélée notamment par l'abandon probable des nouveau-nés mal venus ^ et par l'obéissance absolue des fils ', rappelle assez

1) Cf. supra, p. 239, n. 2, p. 320, n. 6.

2) C*est l'idée générale de Timpureté de la femme, soit lors de sa puberté ou de ses époques, soit au moment de ses couches (Frazer^ op. cit., T, 253 seq.;

V. Henry, 74; C. tossey, 44, 5t ; M.Mauss, loc. ciL^ 47, 52; etc.). Onconnatt sur ce point les conceptions des Hébreux {LéviL^ XII, 1, XV, 19, et cf. R» Smitb, op. cit., app., 447 seq.); elles se retrouvent d'ailleurs dans la cérémonie catholique des relevallles, où la femme s'agenouille au seuil de Péglise pour recevoir des aspersions d*eau bénite (voir le Rituel romain, De benedictione mulieris postpartum). Constatons seulement que cette croyance si répandue existe en particulier clans la région malaise (A. Réville, II, 163; Waitz-Gerland,

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