‹ Le ShinntoïsmeChapitre 23 sur 44 · Lafaye, loc. cit., p. 118 et pass · texte numérisé non relu

Lafaye, loc. cit., p. 118 et pass

3) Voy. en effet K, 70-71, 150 seq., 254 seq., 306, etc. — Les conspirations sont fréquentes et entraînent souvent des meurtres dans les familles : K, 180, 187 seq., 281 seq., etc.

4) K, 53 [supra, pp. 66-67); et cf. N, I, 47, 49. Dans une seule variante (N,

1, 41), la déesse perd patience. Tous les autres textes insistent sur le calme

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de plus touchant, plus tard, que cette lutte de deux frères dont chacun voudrait voir l'autre empereur '? D'une manière générale, d'ailleurs, dans ce vieux Japon comme dans le Japon moderne, les femmes sont meilleures que les hommes. Ces derniers cependant, en dehors du domaine familial^ manifestent déjà les solides qualités qui feront la grandeur de leur société future : ils sont fidèles à leurs amis, à leurs chefs* ; une sympathie sincère les anime et les unit'; leur sociabilité se fait solidarité, aide mutuelle dans toutes les circonstances

olympien qu'elle sait garder en présence des pires injures de son frère* Cf. d'ailleurs, pour sa bonté habituelle, supra, pp. 32, 41, 295, etc.

1) K, 257-258 : supra, p. 258, n. 1. Cf. K, 151, 328.

2) Exemple : K, 307. Cf. aussi K, 287, etc.

3) Cette sympathie existe même chez les empereurs dans leurs rapports avec le bas peuple. « Le Céleste souverain (Ninntokou), ayant fait l'ascension d'une haute montagne et contemplé le pays d*alentour, parla, disant : « De cette terre, aucune fumée ne s'élève : tout le pays est frappé de pauvreté. Donc, je supprime tous les impôts (et corvées] du peuple, pour trois ans. y> En conséquence, le grand palais se dégrada, et la pluie y entrait de toutes parts ; mais aucune réparation n'était faite. On recueillait dans des baquets la pluie qui filtrait à l'intérieur, elon se retirait aux endroits où il n'y avait point de ûssures. Et plus tard, quand il abaissa ses regards sur le pays, la fumée était partout abondante; Alors seulement, voyant le peuple riche, il rétablit les corvées et les impôts. C'est pourquoi les paysans prospéraient, et ne souffraient pas des corvées. Et pour louer ce règne auguste, on l'appela le règne du Sage Empereur. » (K, 270). Cette histoire, qui rappelle, en mieux, notre Henri IV et sa poule au pot, est racontée par le N en belles phrases chinoises, plus recherchées, mais qui n'en répondent pas moins aux sentiments exprimés dans le simple récit du K. Après la remise totale des impôts, le palais est en ruines, et la clarté des étoiles perce à travers les trous du toit. Mais le souverain se réjouit ; et quand enfin il voit s*élever la fumée du riz qu'on prépare dans les chaumières, il s'écrie : « Nous sommes prospères, maintenant I » L'impératrice semble étonnée : « Uu'entendez-vous par prospérité ? » « L'empereur répondit : « Manifestement, c'est quand la fumée remplit la terre, et que le peuple monte librement à la richesse. » L'impératrice continua : « L'enceinte du palais s'écroule, et nous n'avons aucun moyen de la réparer ; les bâtiments sont dans un tel état que nos couvre-pieds mômes sont exposés . Est-ce là ce qu'on peut appeler prospérité? » L'empereur dit : « Lorsque le Ciel établit un prince, c'est pour le bien de son peuple. Le prince doit donc faire du peuple la base de tout. La pauvreté du peuple n'est autre que ma pauvreté ; la prospérité du peuple est ma prospérité. Que le peuple soit prospère et le prince pauvre, c'est une chose qui n'existe pas. » (N, I, 279, qui place le fait en l'an 319 de notre ôre).

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amour étendu sur tous les êtres virants, sur les animaux comme sur les hommes ; et par surcroît, il donDait aux pauvres gens l'espoir des richesses éternelles, aux humiliés lajoie des justes revanches futures, aux dégoûtés la paix de la vie contemplative, le repos dès le monde présent. Dans la lutte engagée entre ces deux conceptions, Tissue ne pouvait être douteuse : le culte mystique allait fatalement l'emporter sur la religion primitive ; le Shinntô, trop humain, devait être écrasé sous l'éclat vainqueur de son rival *.

Cependant, l'ancienne religion naturiste avait pour elle des éléments de défense sérieux : elle tenait au cœur de la nation par des harmonies secrètes ; elle était établie, enracinée sur le sol natal par l'effet d'une longue posssesion ; et d'autre part, le Bouddhisme n'était en aucune façon une religion violente, militante, agressive. Pour s'expliquer la rapidité de son triomphe, il faut tenir compte de deux facteurs essentiels : du côté du Shinntô, l'esprit de conciliation et d'éclectisme qui est un trait fondamental du caractère japonais, et qui fait de ce peuple sage et intelligent un des plus aptes à évoluer, à s'adapter sans peine à de nouvelles conditions politiques ou religieuses, à trouver tout de suite, avec une admirable souplesse et un merveilleux bon sens, les moyens d'ajustement nécessaires; du côté du Bouddhisme, rhabileté cléricale qui sait tout envahir sans bruit et sans heurts. Les shinnfoïstes étaient prêts à accueillir, ne fût-ce

1) Qu'on rapproche des rudes légendes anciennes les douces chroniques qui suivent l'introduction du bouddhisme. Par exemple, en 613, par un jour d'hiver, le prince impérial Shôtokou Taïshi rencontre un homme afTamé, gisant au bord de la route ; il lui donne à manger et à boire, se dépouille de son vêtement pour l'en envelopper, et s'éloigne en lui disant : « Repose en paix ». Le lendemain, il envoie prendre de ses nouvelles ; mais dans Tintervalle, le vagabond était mort. Le prince le fait^ ensevelir dans un sépulcre bien clos» Quelques jours plus tard, il songe que ce misérable était peut-être un saint ; et ea effet un messager, dépêché à la tombe, revient en annonçant que, sous la terre intacte, le cadavre a disparu du cercueil, où l'on n'a retrouvé que le costume donné par charité. Shôtokou Taïshi fait rapporter ce costume, et s*en revêt. (N, II, 144-145). — Pour la boaté ^nvera les animaux, cf. supra, p. 143, p. 159, n. 2, p. 165, n, 6,

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qu^à litre d'expérience \ les nouveautés séduisantes qu^on leur offrait ; et les bouddhistes ne demandaient qu'à agir par les voies les plus pacifiques, sans vouloir supprimer les conceptions anciennes quMl leur était possible d'accepter à leur tour. Entre les deux idéals flottants qui se rencontrèrent alors dans l'esprit des hommes, l'accord se fit par une sorte d'osmose, de transfusion mutuelle et simultanée ; et ce fut l'endosmose bouddhiste qui l'emporta. Cette pénétration réciproque fut assurée surtout par le système des « pieux expédients » (hôbenny que pratiquèrent les apôtres étrangers. Déjà, en Chine, ils avaient adroitement représenté Lao-Tseu et Confucius comme des incarnations de divinités hindoues. Au Japon, même stratégie religieuse ': les dieux du Shinntô seront respectés, mais en qualité d'avatars*. Au viii* siècle, sous le règne de Shômou, le prêtre Ghiôghi* est envoyé à Icé, pour offrir une relique du Bouddha à la déesse du Soleil : il en revient porteur d'un oracle mystérieux, qu'Âmatéras elle-même confirme ensuite à l'empereur dans un songe, et où elle se révèle comme identique à Valrôtchana, c'est^à-^dire, tout naturellement, à un dieu qui personnifie l'illumination spirituelle*. C'est de l'autre grande déesse d'Icé, la déesse de

1) Vid. 8up., p. 206, n; 1.

2) Mot qui, de nos jours, est employé pour désiguer tout expédient quel<* conque^ mais qui, autrefois, n'était usité que dans ie sens restreint des moyens d'action bouddhistes (voir le Dict. de Hepburn; et Aston, Shinto, p. 360),

3) Le dieu bouddhiqne devient alors le Hondji'boutsou (Bouddha original) du kami qu'il va dominer (voir Murray, Handbook.,., p» 390).

4) Bonze habile et bienfaisant, auquel on attribue notamment Tintroduction de la roue de potier au Japon (cf. cependant vjnamberlain, Thing$ JapanesCf pp. 27 et 338J.

5) Voir Anderson, CataL, 72, 78, 83; et cF. aussi Kîsmpfer,* t. II, p. 15. — La mission de Qhidghi (en 736) eut finalement pour résultat Téreotion (en 749) du colossal Bouddha de bronze qu'on peut admirer aujourd'hui encore au T6da!dji de Nara (voir le Handbooh, 389-390). Cette idole, entièrement dorée à l'origine, a plus de seize mètres dd haut; elle semble remplir de sa masse énorme tout ie temple qui l'abrite; quand je la visitai, il y a une disaine d'années» je pus constater que, pour garder quelques proportions entre la statua et les objets qui l'entourent» on avait dû dresser un pin entier oomme tige oenlrale du bouquet placé à ses pieds»

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la Nonrrilore, que KAbô Dilshi* reçoit, ao siècle suiTaot, la réfélatioD plus générale d où il fa tirer son plan d*actioii, et qui lui permettra d'appliquer un nom hindou à chaque divinité native *. Dès lors, le procédé s'étend, se continue, enveloppe et confisque le panthéon tout entier. Le RiyAbou- Shinntô* est inventé, et le ShinntA primitif est escamoté dans la manche d'un t>onze.

Il est intéressant d'observer les étranges métamorphoses que ce système produit dans la nature même des anciens dieux. Dès l'apparition du Riyôbou-ShinntA, toute la mythologie est bouleversée : les plus hautes puissances de la nature sont abaissées au rôle de symboles abstraits, tandis que tel dieu très secondaire, comme Kouni-toko-tatchi, s'élève peu à peu au rang suprême «. La confusion s'accrott quand^ aux doctrines bouddhiques, viennent s'ajouter encore les principes des sages chinois. Au xiv* siècle, un prêtre ingénieux' essaie de concilier toutes ces choses disparates, et les embrouille en un mélange curieux : à ses yeux, le Yinn et le Yang ont engendré, par leur action mutuelle, Iianaghi et Izauami (d'un coup de pinceau, l'auteur a bien vile rayé les divinités intermédiaires); de ce couple primitif est issue la déesse du Soleil, Tennshû-Dalidjinn ; et celle-ci, qui est une manifestation du Bouddha, a pour mission de subjuguer les c( mauvais Rois des six Ciels » hindous, les forçant à cesser leur injuste opposition au triomphe japonais de la vérité bouddhique*. Mais ce n'est pas tout : sur le Riyôbou-Shinntô se greffe, au xv' siècle, une branche nouvelle, le Youl-itsou- Shinntô\ qu'un penseur indigène définira conune unedoc-

1) Pour la biographie de ce laint illustre, voir le Handbook, pp. 415-416; Griffis, 197 seq. ; etc.

2) Cf. supra, p. 178, n. 2, in/lne.

3) Vid. 8up., p. 6; Griffis, VJi teq. ; Aslon, 361 seq.; elc.

4) bupra, p. 242, n. 9, et p. 282, n. 2.

5) L'auteur inconnu, mais sûrement ecclésiastique, du Taîhéiki (Annales de la Grande Paix).

6) TaïhHki, liv. 16, m fine (analyse dans Aston, Hi$t. of Jap. lU., 173).

7] AbréTÏation usuelle de Ttrm-^jinn'yout'itsou (m. à m. : oiel, bonime, unique).

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frine empruntée au Bouddhisme parles philosophes chinois*. Puis viennent, au xvii* siècle, l'école de Dégoutchi% qui explique la mythologie japonaise par les divinations chi* noises du Yih-king*; l'école de YamazakiS où le Youl-itsou- Shinntô se combine avec la métaphysique de l'époque des Soung*. Rien d'étonnant donc si nos dieux antiques subissent, de plus en plus, des transformations qui les rendent méconnaissables*. Sarouta, le dieu simiesque et phallique dont le voyageur primitif célébrait le culte au bord des chemins^ devient, pour Dégoutchi, le patron de la morale^ : en effet, un dieu prolecteur des routes n'est-il pas tout désigné pour conduire les hommes dans la « voie » de la vertu?

Au xviii^ siècle, nouvelle épreuve : après le traitement injurieux qu'ils ont connu si longtemps aux mains de leurs adversaires, les dieux du Shinntô vont avoir à supporter maintenant le zèle maladroit de leurs amis. Les Motoori, lesHirata s'aperçoivent avec indignation que les plus hautes divinités indigènes sont devenues a des domestiques dans la maison

1) HiraU (voy. Aston, Shinto 362).

2] Dégoutchi Nobouyoshi, prêtre du Ghékou vers 1660.

3) C'est sur ce Jivre obscur que M. Takashima Kaémon, le plus fameux devin du Japon moderne, fondera encore son art (voy. Chamberlain, Things Japanese^ pp. 112-113, et, pour plus plus de détails, le Takashima Ekidan deShigbétaké Soughioura, Tokio, 1893). D'après les entretiens que j*ai eus autrefois avec cet homme d'une rare intelligence, je puis dire que, si les principes de son système sont douteux, les résultats particuliers en sont souvent admirables : la divination vaut ce que vaut le devin, et Theureux financier de Kanagawa» le promoteur habile de tant d'entreprises nouvelles, fut toujours un sage qui savait prévoir.

4) Yamazaki Ânnsaî, 1618-1682, fondateur du Souîgha Shinntô.

5) C'est-à-dire surtout avec la philosophie de Tchou-Hi (1130-1200).

6) Pour s'en rendre compte, il suffit de relever les nombreuses idées bouddhistes que prêtent aux dieux du Shinntô les oracles {kannghakari) colliges dans le Oua^Roringho (« Analectes japonais », 1669 : voir Aston, op. cit., pp. 349, 353, 367 seq.). Par exemple, Hatchiman. le dieu de la Guerre, ordonne à ses fidèles la pitié pour les mendiants et les lépreux, pour les fourmis et lei grillons, etc.

7) Vid. sup., p. 140, p. 3, p. 173, ». 4 et 5, p. 287, n. 1^ etc., et A«t9n, SWiKo, 197, 363.

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prédicateurs du « Shinnghakou », qui, sous la triple étiquette du shinnlGïsme, du bouddhisme et du confucianisme, n'enseignaient que « la science du cœur* ». Puis, deux sectes fondées par des femmes mystiques : le « Tennrikyô* », dont les idées morales s'abritaient sous le couvert d'Izanaghi et d'Izanami'; le « Remmonkyô* », qui rattachait trois autres dieux primitifs '^ au Myôhô, la « Loi merveilleuse* «, toujours vivante dans la personne même de l'inspirée \ Les plus grands dieux antiques se trouvèrent ainsi réduits à l'état de loques lamentables, que brandissaient avec une joyeuse inconscience les (i salutistes » du pays.

C'est en vain que le Gouvernement japonais, après la Révolution de 1868, tenta de relever ces divinités déchues. Depuis plus de mille ans, les empereurs eux-mêmes avaient sapé le prestige de leurs ancêtres divins. Ces fils du Soleil abandonnaient leurs fonctions pour prendre la tonsure bouddhique' ; tel d'entre eux se disait « l'esclave du Bouddha », ou parlait des kamis, dans un édit ofBciel, comme de « serviteurs des lois bouddhistes* » ; plusieurs voulurent être incinérés, et les plus zélés môme ordonnèrent qu'après leur mort leurs cen-

1) Voir surtout les sermons recueillis par Mitford (lord Redesdale), op, cit,^ p. 279 seq. ; pour d*autres traductions, les renseignements bibliographiques de Griffis, p. 370 et 448, et d'Aston, Hist. of Jap, Lit., p. 343; enfin, A. Lloyd, dans Japan Mail, t. XLVI, p. 10 seq., janv. 1907.

2) Institué par Omiki, une simple paysanneduYamato (1798-1887). Voir D. C. Greene, TmrihyôyOr the Teaching ofthe Heavenly Reason, dans T, XXIII, part. 1.

3) Vid. sup.y p. 274, n. 4.

4) Remmonkyô, deux mémoires, Tun du Rév. A. Llyod, Tautre du Rév. D. C. Greene, dans T, XXIX, part. 1. Le nom de la secte fait allusion au lotus qui surgit, immaculé, de la boue.

5) Amé no mi-naka-noushii Taka-mousoubi et Kami-mousoubi (supra,

6) Abréviation usuelle de l'expression Dji no Myôhô, « la Loi merveilleuse des Choses i>.

7) Shimamoura Mitsouko, qui prêchait encore en 1901. Pour Tidée, très naturelle au Japon, de Tincarnation du dieu dans son représentant, cf. supra^ p. 190, n. 1» p. 281, n. 1, etc.

8) Voir W. Dening, dans T, XV, part. 1, p. 73,

9) Voy^ Aston, op. cit.f p. 364,

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dres fuésent jetées aux vents, pour faire éclater aux yeux de tous la vanité des choses terrestr6s^ Cette apostasie bruyante . des chefs suprêmes, de ceux qu^n regardait comme les a dieux incarnés' », ne laissait guère d'espoir, dans un lointain avenir, pour une restauration possible de Tancien culte. Vers 1870, leTormidable pouvoir de l'Eglise bouddhique fut brisé; l'État reprit ses droits : en moins de trois ans, la séparation fut accomplie. Mais lorsqu'on s'efforça ensuite de reconstituer l'antique Sbinntô pour augmenter encore la gloire de la dynastie, il était trop tard. Cette audacieuse tentative eut plein succès au point de vue politique, le plus important du reste aux yeux de ses promoteurs, et le loyalisme des sujets se renforça aisément d'une exaltation nouvelle : au point de vue religieux, le culte officiel n'éveilla aucun écho dans les cœurs. Peu importait qu'une décision administrative fit de tel dieu bouddhiste, comme Kompira, un nouveau dieu du Shinntô» : cette conversion forcée ne devait changer ni le nombre, ni l'esprit des pèlerins qui fréquentent son temple. Le peuple conserva ses superstitions bouddhistes; la classe dirigeante, sa haute morale chinoise; plusieurs sectes chrétiennent vinrent encore complrquer ce vaste ensemble de croyances* : mais l'essai gouvernemental ne fit que mettre en lumière l'abandon des anciens dieux.

1) Exemples dans A. H. Lay, Japanese funeral rites, T, XIX, part. 3, p. 522*

2) Supra, pp. 189-191. Les insignes mômes de la souveraineté (p. 221-226) sont confisqués parle Bouddhisme (voy. Ânderson, op. cit., p. 70-71).

3) En ridenti6ant avec Koto-hira, sans autre motif que la ressemblance des noms (voy. Aston, p. 67, 230, Chamberlain, Things Jap,, p. 324, et le Handbook, Introd., p. 70).

4) Dans ce domaine aussi, on peut constater la tendance éclectique que j*ai signalée. Les convertis indigènes combinent très vite les dogmes chrétiens avec d'autres conceptions et produisent ainsi des doctrines nouvelles. (Par exemple, un système récent mélange, sous Tétiquette shinntoïste, les sept vertus cardinales confucianistes, la doctrine de cause et d'effets bouddhique et la trinité chrétienne : Things Jap.^ 361.) Une mission étrangère fonde une église locale, la développe à grand'peine, arrive même à former des prêtres japonais: quelque temps après, ces derniers viennent annoncer à leurs anciens maîtres qu'ils ont découvert le vrai cbrietianismei et qu'ils vont le leur epseiguer. C'est (iins

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Et pourtant, ces dieux vivent encore. Si leur culte public n'est plus qu'une forme vaine, si leur mythologie provoque de sceptiques sourires, si l'antique Shinntô est mort pour toujours, le cœur des Japonais reste fidèle à Tesprit de cette religion quMl a conçue. Ce qui subsiste encore, et ce qui n'a jamais disparu, c'est le génie même de la nation, tel qu'il s'était exprimé à ses premières origines. Le soleil d'il y a deux mille ans resplendit toujours sur les montagnes de l'archipel sacré, et reçoit les mêmes adorations; le peuple japonais n'a pas cessé d'aimer les héros lointains qui furent ses divins ancêtres; l'âme de la race demeure, simple et joyeuse, pareille au « cerisier sauvage qui dégage son parfum sous le soleil matinar », et ses sentiments actuels sont ceux qu'elle exhalait doucement à l'aurore brillante de son histoire religieuse. Les dieux vivent toujours dans ces consciences qui seront pour eux des temples éternels; car^ suivant la parole profonde des Japonais d'autrefois, <' les dieux siègent dans le cœur de l'homme * ?> .

que le Bureau des missions américaines avait fondé à Kiôto, au prix de lourds sacrifices, une Université chrétienne, laDôsbisha: en 189(5, les deux institutions durent se séparer, parce qu'elles n'avaient plus aucune communion d'idées. Le Rév. H. Kozaki, ancien président de cette Université, écrivait ré* cemment : « Le christianisme de l'avenir ne sera pas cette forme sectaire d'Eu* rope et d'Amérique que nous avions avalée telle quelle (tchokouyakou téki^ c.-à.-d. u comme une traduction mot à mot n), mais bien ce christianisme, tiré directement du Christ et de ses apôtres, qui a été parfaitement digéré et assimilé par la nature humaine japonaise. » (Japan Mail; t. XLV, p. 806, 29 déc. 1906.)

1) Célèbre tannka de Motoori : c Shikishima no -^ Yamato-ghokoro ouo — Hito towaba» — Asa-hi ni nioou — Yama zahoura bana I » — Cf. ce vieil oracle d'un temple de Tadjima (Aston, 371) : a Lorsque le ciel est pur, et que le vent murmure dans les sapins, c'est le cœur d'un dieu qui parle... »

2) Vers fameux d'un poème révélé en songe à l'empereur Séiwa (859-876).

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