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Les dmix-esprits

Le monde des kamis, analysé d'après l'origine psycholo^ gique de ces êtres supérieurs, nous avait montré deux grandes catégories générales : les dieux nés du germe natu riste et les dieux issus du germe animiste ; les dieux précis, liés à quelque objet naturel, et les dieux indécis qui errent dans Tinvisible; les dieux de la nature et les dieux esprits. Nous sommes arrivés à ce second groupe, dont les éléments, si vagues qu'ils puissent paraître, veulent cependant être distingués, subdivisés, classés à leur tour.

Tout d^abord, nous trouvons les esprits naturels, si proches parents des vrais dieux de la nature. En effet, le monde physique^ le monde spirituel ne sont pas juxtaposés dans l'imagination primitive : ils sont entremêlés et souvent confondus. Les dieux de la nature étaient parfois des esprits liés à quelque objet ou à quelque phénomène, étroitement, comme l'âme d'un homme à sbn corps. Mais c'étaient aussi, en bien des cas, des esprits plus larges et plus libres, qui présidaient à tout un département de l'univers ; et si nous avons rangé ces derniers parmi les dieux naturistes, pour mieux préciser leur rôle en les situant dans leurs compartiments matériels, il n'en est pas moins vrai que ces dieux de transition nous

1) J*ai vu UD de ces hambies temples, aux environs de Nikkô, il y a une dizaine d'années. En 1871, M. Aston, voyageant d'Outsounomiya à Nikkô, remarqua, le long de Tancienne route qu'a remplacée le chemin de fer, des rangées d'emblèmes phalliques (op, cit,, 11) ; ces symboles se rattachaient sans doute au culte d'une montagne voisine, le mont Nanntaï (Forme-m&ie), dont l'entrée, à la base, est fermée par une barrière, et dont les pèlerins de sexe masculin, comme j'ai eaoocasioade le constater aussi, sont seuls autorisés à gravir les pentes sacrées.

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entratnaienl sur la limite m^me de ranimisme*. Pour franchir cette limite, il ne reste plus qu'un pas k faire, et tout de suite, une nouvelle famille d'esprits s'ofire ànous : ceux qui, détachés des choses et indépendants m(>me des régions, ont cependant une fonction déterminée, une mission expresse dans le monde physique. De tels esprits se reconnaissent à ce trait commun qu'on essaierait en vain de les faire entrer dans une des cases de la nature, bien que les choses auxquelles ils sont préposés les classent comme esprits naturels. Exemple : la déesse delà Nourriture, qui n'est pas seulement une déesse des céréales, mais qui fournit aussi le poisson ou le gibier; qui n'est pas seulement une déesse de l'alimentation, mais qui s'occupe encore du vêtement, de Thabitation des hommes; qui par conséquent dépasse la flore ou la faune et plane sur la nature entière, mais que son office précis maintient cependant parmi les esprits des phénomènes matériels*. Après les esprits de cet ordre, il n'y a plus que les

1) Le caractère de ces dieux, des dieux de la moutagne ou de la mer par exemple, est bien marqué par Texpression moUhi (gouverner) qu*empIoient les textes, les rituels notamment, lorsqu^il s'agit de défînir leurs fonctions (T, VU, part. 4, p. 435). Cet étal de choses, qui est le plus fréquent à Tépoque où furent rédigés nos documents, répond à un moment de l'éTolution religieuse que nous avons déjà précisé plus haut, t. XLIX, p. 143, n. 5. (Cf. aussi Lang, op. cit., 103, 314-317, 578.)

2) Nous pouvons maintenant assembler les traits épars que nous avions relevés çà et là dans les mythes, et reconstituer la physionomie générale de cette g^nde divinité. — Toyo^uké-bimé, la ^ princesse de l'abondante Nourriture », apparaît comme la fille de Ouaka-mousoubi, le « Jeune Producteur », issu luimême du dieu du Feu et de Hani*yama-himé» la « princesse de TArgile des montagnes », sorte de déesse du sol (N, I, 2i, et cf. plus haut, t. L, p. 178, n. 1); il semble donc bien que cette déesse nourricière d'un peuple végétarien soit considérée comme naissant d*un dieu qui représente surtout la croissance des plantes (voy. une variante du N, 1,21, où les cinq céréales seraient sorties de son nombril), et qui est lui-même engendré par l'action de la chaleur sur la terre» La déesse de la Nourriture se présente d'ailleurs sous d'autres noms, qu'on serait tenté de prendre au premier abord pour de nouvelles divinités, mais qui ne sont sans doute que des bypostases. C'est Ouké-motcbi no Kami, la « divinité maîtresse de la Nourriture » (N, I, 32); c'est Oh-ghé-tsou-himé, la « princesse de la grande Nourriture », qui nous est donnée comme fille irizanaghi et d'fzanami (K, 22, où elle est identifiée à Tile d*Awa, dont le nom veut dire « écume », mais aussi « millei ») ; c'est Ouka no Mi-tama, « Tauguste Esprit de

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esprils anonymes, les invisibles dégagés de loiil lien envers

la Nourriture », issu soit de la faim qu*éprouva le couple crcaleur (iN, I, 22), soit d*un mariage de Szannoô (K, 66) ; c'est Ouaka-ouka no Mé, la » Femme de la jeune Nourriture » (R UI, 433, N, I, 122) ; et la suite. (Pour d'autres noms secondaires, voy. Satow, dans T, VII, part. 4, p. 431, et Florenz, op. cit.^ p. 316). Si ces dénominations différentes peuvent, à la rigueur, se concilier, il n'en est pas de même des naissances contradictoires qui s'y lient; mais le plus sage est d'accepter ces légendes en bloc, sans vouloir plier les textes à une unité fatice;de telles variantes prouvent seulement la richesse de la mythologie shicntoïste et la naïve conscience de ses premiers rédacteurs. Enfin, à la déesse de la Nourriture, il faut joindre les dieux de la Moisson : Oh-tosbi no Kami, le • dieu de la grande Moisson », frère d'Ouka no Mi-tama (K, 6*5), et Mi-toshi no Kami, le m dieu de l'auguste Moisson », fils du précédent (K, 89), sans compter d'autres divinités dont les noms typiques font défiler sous nos yeux toute la série des opérations agricoles (voy. K, 92). Toyo-ouké-himé est donc surtout la déesse de l'alimentation par le riz et les autres plantes cultivées.

Mais si ces premiers éléments (origine, désignations, parentés) nous indiquent déjà son rôle essentiel, c'est sa mort qui va le mieux éclairer son véritable caractère. Dans une légende fameuse {suj)ra, t. XLIX, p. 32-33), elle offre au dieu de la Lune, envoyé par la déesse du Soleil, du riz, du poisson et du gibier qu'elle a sortis de sa bouche (N, 1, 32; et cf. K, 59). Peut-être avonsnous dans ce récit le souvenir de quelque tribu lointaine qui mâchait pour les amollir les aliments destinés à l'hôte (cf. en effet, pour la Polynésie, A. Hé- ▼ille,-II, i06; et plus bas, nos remarques sur le K, 62). Mais le dieu de la Lune, ne comprenant pas plus ces bonnes intentions que le capitaine Cook celles des Hawaïens (Fornander, An account of the Polynesian race. H, 158 seq.), prend cette politesse pour un outrage et, plein de dégoût, tue la déesse. Quelque temps après, un autre messager du Soleil vient examiner le cadavre. « Au sommet de sa tôte avaient été produits le bœuf et le cheval ; au haut de son front, le millet; sur ses sourcils, le ver à soie; dans ses yeux, le panic ; dans son ventre, le riz; dans ses parties intimes, les blés et les haricots. » (N, I, 33; cf. K, 60, et supra, t. L, p. 323). Ces semences, apportées à la déesse du Soleil {vid. 5iip., i. XLIX, p. 134), sont aussitôt employées par elle (ou, d'après le K, 60, par Kaml-mousoubi, le a divin Producteur ») : le riz est semé dans les champs humides, et les autres grains, dans les champs secs ; un chef de village est désigné pour surveiller ces cultures célestes; « et cet automne-là, les épis chargés se penchèrent, longs de huit empans ; et ce spectacle était infiniment agréable, n Enfin, elle prit aussi les cocons dans sa bouche, et réussit à en dévider les fils: ce fut le commencement de la sériciculture. » (N, ibid.) Ce mythe explicatif des origines agricoles nous redit en termes voilés l'importation du ver à soie (cf. en effet K, 279) ; puis sans doute, à une époque plus lointaine, la découverte par les guerriers conquérants d'une population d'agriculteurs déjà établie dans la contrée ; peut-être même enfin, en remontant bien plus haut encore, Tantique étonnement des hommes qui, pour la première fois, virent la végétation surgir, luxuriante, du sol où ils avaient enseveli un cadavre (surprise du second envoyé céleste, dans le N» II, 32). Nous retrouverions alors

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les ctioseii ou les régions, dispensés ausdi de toule fonction

dftns le vieux ShinntA, non Hulemnit !■ coDceplioa pi^atrale de* ehofM utiles «manéei d'un corpi inerlf, depuii le p'-riil et U (civoMle oés du md(; ou de* membres épnrs de Dionrflns ZigreuB jutqu'aux eourftes, au mai*, aui haricoU ■ortii du loi où ^isail l'Ataeotiic huronnr (voy. LanR, 14!V-t4â, 168, (71), niû peut-être aussi, par lurcrott, la ngue aurvÏTaDoe le^tendaira d'noe époquo qui aunil connu le meurtre rlUiel dei diviait^s agnires. (Sur eelt* i|UMtJon, voir Orant Allen, op. rU„ 272 Mq.; cf. d'ailleurs, pour let rétenret qu'eiige hmi Bytlëme trop ezirlusir, lioblet d'AlTielU, Let yitei delà naaiMon tt let eommtnremenfi de l'iiijrKnUurt, dans Rn. d'hiil. de» reivjion*, XXXVlll, 1 «eq., ri Marinier. Rn.pkUot.. XLVlll, 154 seq., 25H-26I).

Ainsi la deetwe de la Noarrilure, qui ne s'élait moniri'e au Aibul que coame la diapensalrfca des fruits du soi, apparaît maintenant dans tonte l'ampleur de son rAle : outra les plante* eaittvves, elle fournit aussi les animaux alioMiilaires, comme d'ailleurs Im bétes de travail; elle donne aux bomoea le vélenent, depuis le chanvre jusqu'à la loie ; et romme ses esprits, multipitfo et projetés à l'extérieur, derieonent le père ilei Arbres et la mère des Herbes (n'd. Mip., t. XLIX, p. 14:!, note), nous pouvons constater que l'habitation mène lui est due, depuis les piliers jusqu'au chaume du toit. Mais il 7 a plus, et celte bonne déesse para[t élargir encore set tunclioni : esprit de la Terre nourricitre (comme Isis, Démêler, Saturne, voy. Goblel d'Alviella, lot. cit., p. 1,elc[. ituasi A. Réville, I, 224), elle semble devenir par surcroît, dans une certaine mesure tout au moins, la Terre même qui soutient les habilaUons des bommes : on l'adore en eolrant dans une nouvelle maison; on l'invoque comme support des fondations du palais (ft VIU, 194, et cf. Satow, T, IX, part. 2, p. 210); bref, elle devient de plus en plus l'universelle bienfaitrice, la gardienne da fldéle dont elle protège la demeure après l'avoir logé, vêtu et nourri. (Cf., eo Chine, l'union des dieux du sol et des moissons : E. Chavannes, Le dUu du tel Jani l'aTirienne religion cknoitt, Rtv. d'hùt. de* religitnt, XLlIi, 128 seq.)

Kien d'étonnant donc si, dès les plus anciens temps, la déesse de la Nourriture s'offre à nous eomme une des principales divinités domestiques, t cMé do •I dieu de la Nouvelle nourriture ■ (Ima-gbê no Kami, surlequel voy. Sstow, ibid., p. 184 seq.) et des divinités du fojrer {infra, p. 182, n. 3). A i^e culte privé r^ pond un culte public : depuis tes prières pour la moisson (R I) jusqu'à b rètedesprêmices(FlXX,XXl, XXII), le tiers des rituels concerne notre dèewe ou les dieux de la Moisson (voy. T, VU, part. 2, p. 106-108). EnGn, de toalM parts, les temples d'inari attestent le succès populaire de ce culte (cf. supra, I. L, p. 350, n. 4); et ai Is renard dont la rustique efDgie garde ces autels campagnards n'est considère aujourd'hui que comme l'bumble mes^a^r de la déesse, peut-être avait-il Jou^ aussi, i. l'origine, la rAle plus brillant de ces animaux sacrés qui, en tant d'autres pays, incarnent l'esprit de la récolte (voy. Kraier, 11, 1 -b7 ; Goblet d'Alv iella, loe. cit., 19 seq. ; HariUier, An. d^hi$t. de$ religions, X.XXV1I, ;J84 seq.).

En somme, la déesse de la Nourriture est, après Amatèras, la plus gnoda figure du shinntoîsme. Elle lient une moindre place dans la mythologie, bien que, même après ta mort violente, elle reparaisse [K, 92), et qu'on la retrouve dut

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directrice, mais qui néanmoias hantent de préférence la nature % et qui achèvent Tensemble des esprits naturels.

Entre ces esprits naturels et les esprits humains, on peut ranger une classe intermédiaire : celle des esprits cachés dans les objets fabriqués ; car si le caractère matériel de ces objets les rapproche du monde physique, leur origine artificielle les rattache aussi à l'humanité créatrice. Partout, l'homme primitif divinise volontiers ces ouvrages de sa main : après leur avoir donné la forme, il leur prête une âme*; et les ayant ainsi doués d'une certaine vie latente, s'ils sont d'une utilité particulière, il leur rend un culte'. C'est ainsi

]a suite auguste qui accompagne sur terre le rejeton des dieux (K, 109). Mais son culte éclatant, que nos textes signalent depuis la période mythique (N, I, 86) Jusqu'au vii* siècle (N, H, 328), n*a d'égal que celui de la déesse solaire (vid, sup„ t. XLIX, p. 135; cf., en Chine, les dieux du sol et des moissons mis sur Je même pied que le dieu ancestral, comme au Japon la terre nourricière et le soleil, ancêtre de la dynastie : voy. E. Chavaones, loc. cit., 131 seq.); et quand, au ix* siècle, Tillustre bonze Kôbô Daïshi ira se prosterner a Icé pour obtenir l'inspiration décisive qui doit faire triompher la nouvelle religion, c'est de Toyo-ouké-bimé qu'il prétendra avoir reçu le secret de la suprême victoire bouddhique, la révélation de la doctrine éclectique qui va escamoter tout le sbinntoïsme en faisant de ses dieux des bouddhas incarnés (voy. Grifâs, op. eit,, 201). Ce dernier trait suffit à démontrer le prestige que conservait la déesse aux derniers jours du vieux Shinntô. De même qu'Amatéras était la plus brillante des divinités naturistes, Toyo-ouké-bimé, avec ses larges fonctions, est le meilleur type des grands dieux-esprits, et il convenait de la remettre en lumière.

1) Nombre d'esprits ne sont pas plus naturels qu'humains, n'ont aucun domûne particulier et, par exemple, s'occupent tout aussi bien d'envoyer des maladies que de faire pousser la végétation (voy/sur ce point L. Marillier, danhev, (Thist, des religions, XXXVf, 345). Mais d'autres esprits, sans être attas chés à une province ou à une fonction précises dans Funivers, ne se manifestent pourtant que dans le monde physique (cf. plus haut, t. XLIX, p. 144).

2) D'autant plus aisément que ces objets, ayant une ombre, ont donc un double à ses yeux (cf. plus haut, t. XLIX, p. 143).

3) Pour ce culte des objets fabriqués, en général, voir indications bibliographiques de L. Marillier, dans Rev. philos,, XLVIII, p. 244, n. 1 seq. Croyance précisée surtout par les Peaux-Rouges, mais qu'on retrouve aussi à toutes les époques, dans toute la région qui nous intéresse, depuis l'Inde védique (A. Barth, The religions of India, p. 7, et cf. Lang, op. cit., 208-209), jusqu'à i'Océanie d'aujourd'hui (Marillier, lec, cH.<, 245). L'àme primitive est comme cette source des Fidjiens (Mariner, op, cit., II, 129) où on pouvait distinguer les esprits des hommes, des bêtes, des pierres, des maisons, des bâtons, des ustensiles, voguant tous^de concert vers le pays [immortel. — Trait le p1ns*ca-

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((tj4' iiofl vioux silinnioïstos honorent, en premier lieu, la maison, avec ses diverses parties. Il y a des dieux pour TEn- Iri'^e de la cour et |>our le Seuil de la demeure*; il y en a pour la Cuisine, « que tous révèrent' », pour le chaudron et pour hi casserole'; il y en a ni(>me pour les lieux privés\ Et si ces génies domestiques soni chers à toute maison, quel ne sera pas le renom des dieux pulilics qui protègent la résidence im|)ériale. temple d'un dieu vivant, « Tauguste et frais séjour dont les |>iliers re|ios(Mil sur les plus profonds rochers, dont U' toit élève jusqu'à la plaine des hauts cieux ses poutres entrecroisées, et où, ahrité contre les intempéries, ombragé rontre le soleil, tranquillement, le Fils des dieux possède les

rart«'*ri8lw]i]**, Hnns «vi onin* «l'i<l(!es : la iiuhon i{iip, lorsqu'un uhjet sê briie, Hon ;irne sVn ilc^M^f; ei pnr siiitp, lu roijtuiDP ilo faire pt'rir ainsi les objets •liMit !'♦• pni «IdiI n'jiiirnln» «'Hlui <)*un mort (II. Spencer, I, *i53, 274; A. RéviiU*. Il, 1:M); .1. LiihUM-k, 3::, 2S2 ; etc.: ot cî, les simularres d*ol)jet5, en pa* pitT. (|ue les Chinois hrOlent «lans W rot^ine tiessein, de G root, 647 eipass,). Ad Japon, miMiie coutume n^lif^ieuse, sinon chez les conqu«^rant8, du moins rhez les Aînous, c|ui brisent les objets destinés au mort (voy. lUtchelor, op. fil., 2(i6).

1^ Asouhn et llaï^hi. K. IM, et H I, 114, où leur culte est rattaché à celui ilu Puits TniHiii. Pour le caractère sacré du seuil en général, voir II. Clay Trnmliull, T/n' IhreshoU-i'nrrnanty 1K96, et cf. Rei\ dChint, »/« rtligions^ XXXVn. 419.

2) Naïve remarque du K.ÇMi.

\<)L^ K, 89-91, distingue deux divinités de la Cuisine: le dieu Oki-lsou-biko et la déesse Oki-tsou-himé. Le premier est le dieu du chaudron où on fait bouillir Teaii et le riz; la seeonde, la déesse ile la casserole où cuisent les aii* ment». Leurs noms paraissent signifier : le Prince et la Princesse de la « terre entassée » \oki-t$uu» contraction de okit<nutrhi : opinion de Hirata, admise par ^atow. dans T, IX, part. 2, p. 185). Kn etiet, le foyer, construit en argile, comprend toujours deux compartiments distincts, où se placent les deux ustensiles indiqués. Ces derniers s'appellent tanlOt knma et n(i6f. tant At koudu et kohé, qui fient se lire aussi fourounki : d*où le nom des dieux Koudo et Fourouaki, auxquels est consacré le K VL M. Chamberlain soutient qu'Oki-lsouhimé, !qui s'appelle aussi, d'après le K,90, Oh-bé-himé ou Kama-no-kami), est iin<^ déesse d'origine chinoise {Knjiki^ Introd., LXIX); mais comment admettre •]i]>* les .laptmais priniitifs n'aient pas inventé spontanément une divinité aussi iin[M)rtante? (Pour le dieu ile la Cuisine chinois, voir de Oroot, •';). cit., 449 se(|., 7il\i seq. ei pass. ; miiis cl. aussi la personniHcation du chaudron cliez les Peaux- 1 toutes : H. Sp»-fici»r, I, .17)0; A, Réville, I, 233: etc.).

i l\ III. app., p. Si.

pays des quatre régions comme une grande contrée pacifique • ». En effet, à la cour, le culte des esprits domestiques se revêt d'un nouveau prestige', et tout le peuple adore les tt Sublimes Portes » qui donnent leur nom même à l'empereur'. Viennent ensuite les esprits des objets familiers qui peuplent ce logis primitif^ depuis les meubles meublants, si rares d'ailleurs dans la hutte antique*, jusqu'aux objets personnels qui constituent les principaux trésors de leur possesseur. L'animation de ces objets est, d'une manière générale, d'autant plus nette qu'ils touchent de plus près à la personne vivante. La table n'éveillait un sentiment fraternel* que dans

1) R I, 114, 116; R X, 60; etc. Un ouvrage publié en 1873 invite à commencer la priôre du matin par l*adoration du Palais (voy. T, Ul, app., p. 73).

2) Par exemple, pour le culte des dieux de la Cuisine au palais, voy. T, IX, pari. 2, p. 185, 186, 188.

3) Mikado peut se décomposer soit en mi-kado, auguste ou sublime porte, soit en mika'to, grande ou auguste place; et comme il arrive bien souvent, on ne peut tirer ici aucun éclaircissement de l'écriture, le mot japonais étant rendu dans les textes, au petit bonheur, à l'aide des caractères chinois les plus différents (voy. Satow, dans T, Vil, part. 4, p. 414 ; Florenz, dans T, XXVII, part. 1, p. 101; etc.). Mais la première explication apparaît comme très vraisemblable, si Ton en juge par les anciens documents où ce mot désigne les portes du palais. Le dieu de la Porte, Ihato-waké, qui était unique dans le K, se dédouble dans le R 1, où la a prêtresse de Tauguste Porte » assure le culte de « Tauguste Porte merveilleuse et dure comme le roc » et de « Tauguste Porte puissante et dure comme le roc » : Koushi-iha-ma (honoriûque)-do no mikoto, et Toyo-iha-ma-do no mikoto (voy. R 1, 115). Le R IX (Mikado matsouri) est tout entier consacré à ces divinités protectrices. D*après le £nn^Atshiki (voy. T, VII, part. 2, p. 129), les deux divinités avaient en tout huit autels, un pour chacune aux portes des quatre côtés de l'enceinte.

4) On peut s'en rendre compte, sans sortir du shinntoîsme, en parcourant l'énuméralion d'offrandes purificatoires {harat tsou mono) que nous donne le N, II, 333. Cf. aussi Florenz, dans T, XXVII, part. 1, p. 10 8eq.,52 seq.

5) Improvisation de la princesse Ouodo, au moment où elle vient d'offrir une coupe de vin de riz à l'empereur Youriakou, assis sur les nattes et accoudé à une petite table basse; <c Que ne suis-je à ta place, ô mon frère aîné» bois de la table où notre grand seigneur, qui gouverne en paix l'empire, se tient appuyé le matin, se tient appuyé le soiri » (K, 326.) C'est dans le même esprit que Yamato-daké, malade et se traînant courbé sur son bâton, s'adresse à un vieux pin solitaire qu'il rencontre en route et qu'il appelle aussi son «frère aîné » (voy. K, 218).

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un moment d'eiTusion lyrique; le lit impose déjà un respect religieux < ; mais le peigne fait étinceler sa magie intime sur tous les mythes*, en attendant que le sabre apparaisse à tous comme Tâme du guerrier, le miroir comme Tâme de la femme, mystérieusement transmises et prolongées dans les choses qui sont le plus chères à leur rœur'. A plus forte raison en sera-t-il de même» enfin, des objets illustres qui ont joué un rôle éclatant dans la légende. Tous seront animés d*un pouvoir spirituel^; et parmi eux, beaucoup deviendront des dieux* ou tout au moins des fétiches*, quand ils ne seront pas les deux à la fois*.

1) Il l'agit de la simple natte {tatamt) sur laquelle dormaient les aoedtrei (R» 149, etc.)' « Que mon lit soit respecté! » s'écrie le prince Karou partant pour l'eiil (K, 300 et N, I, 325). Kt le mot youmé, ici employé, ne signifie pas an respect vulgaire; il veut dire : tabou, respect religieux. On croyait en effet que quiconque touchait au litd*un absent appelait le malheur sur sa tète (?oir une poésie du ManyôshioUf dans Chamberlain, Classical poetry of the JapaneUf p. 79 ; et cf. la coutume, encore existante, d'attendre au moins un jour pour balayer les nattes de la personne partie en voyage, puis d'apporter son repas aux heures habituelles comme si elle était toujours là). Enfin, pour le lit iin* périal, cérémonies particulières lors du service de YOk-tono Hoghaï (descriptioQ de cette fête religieuse, au ix« siècle, dans T, IX, part. 2, p. 184).

2) N, I, 24, 25, 47, 48, 52, 96, 98 ; II, 425. Nous y reviendrons à propos de la Magie.

3) Conceptions tournées en proverbe à l'époque féodale, mais qu*on trouve déjà en germe dans la mythologie (voy., pour le miroir, K. 109, N, 1, 341, pour le sabre, K, 74, 220, etc.), et pareillement dans le culte (R V, 187-188).

4) Par exemple : K, 74 (le sabre de vie, l'arc et les flèches de vie).

5) Exemples : K, 3i (le sabre d*Izsnaghi), 40-41 (son bâton, les diverses parties de son vêtement, ses bracelets), 43 (son collier), 63, 99, 135 (divers sabres), etc.

6) C est ce qui arrivera presque toujours lorsqu*on pourra croire que Tobjot historique a été conservé. Exemple : la pierre que l'impératrice Djinnghù mit dans sa ceinture pour retarder sa grossesse, au moment de son expédition en Corée (K, 233), et qu'on adorait dans un village de Kioushiou (i6i(i , 234).

7) En ce cas, nous aurons des dieux dont un fétiche représente le corps apparent. Exemple : le dieu-sabre Také-mika-dzoutchi (voir plus haut, t. L, p. 173, n. 3). De même, le dieu Foutsou-noushi, qui d'ailleurs se confond peut-être avec le précédent. Après avoir vaincu les rebelles terrestres, il éprouve le désir d'aller rejoindre les dieux d'en haut: il laisse donc derrière lui son bâton, son armure, sa lance, son bouclier, son sabre, ses pierres magiques et, montant sur un nuage blanc, il s'élève aux cieux. (Tradition du Hitatchi Fotcdofti ; cf. Satow, dans T, Vfl, part. 4, p. 413 seq.). C'est Tapothéose normale du guer-

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Des objets artificiels aux actes humains, qui sont euxmêmes divinisés^ la transition est insensible; elle Test encore plus lorsqu'on passe des actions humaines à Thomme vivant, que nos Japonais primitifs adorent aussi en maintes rencontres, et dont le culte à son tour prépare d'une manière directe la reUgion des morts'.

Ce culte des vivants n'offre rien d'étrange pour qui se rappelle que, dans la conception japonaise, un kami n'est en somme qu'un être supérieur'. Entre un homme puissant et un dieu^ il n'y a qu'une différence de degré, et la distance est vite franchie : le grand homme devient un petit dieu. On peut donc supposer que dans l'antique Shinntô, comme dans tant d'autres religions primitives, l'apothéose des morts dut être précédée par l'adoration des vivants illustres'; et cette hypothèse est tout de suite confirmée, soit par le caractère significatif de certains dieux qui, à l'époque historique, étaient depuis longtemps entrés dans le panthéon, soit par les honneurs divins que recevait encore l'empereur et qui

rier, dont le sabre favori demeurera le fétiche visible. Kaempfer le constate, au Z¥u« siècle : a Ils conservent encore dans quelques-uns de leurs Temples des épées et d'autres armes, qu'ils regardent comme des restes de ces anciens temps, et ils croyent que ces héros demi-divins se sont servis de ces armes-là pour vaincre et détruire ceux qui troubloient la paix et la tranquillité du Pays. Les sectateurs de la Religion du Sinto ont une vénération particulière pour ces saintes reliques, et il y en a même qui croyent qu'elles sont animées de l'Ame de ceux à qui elles appartenolent autrefois. » {Op. cit., II, 7.)

1) K, 41-42 (les diverses phases du bain d'Izanaghi],il4 (celles de la noyade de Sarouta), etc. Cf. la môme conception, bien plus développée encore, dans la religion romaine (Gaston Boissier, Bev. (Thist, des, religions, IV, 309, etc.).

2) L'âme primitive s'incline devant les puissances humaines comme devant les forces de la nature ; le germe religieux est le môme dans les deux cas ; de sorte qu'ici encore nous avons une transition entre le naturisme et l'animisme, le culte immédiat de l'homme visible engendrant le culte plus abstrait de l'homme mort.

3) Voir plus haut, t. XLIX, p. 27 seq. ; et cf., pour la môme notion ohex d'autres peuples, H. Spencer, I, 532, 534, 537.

4) Sur ce culte des hommes vivants, voir surtout Fraser, trad. Stiébel et Toutain, I, 3, 84, 137 seq., 171 seq.; cf. aussi Marillier, dans Rev» |iAî(os., XLVIII, 147, 234, n. 2, 258, et dans Rev. (Fhist. des religioru, XXXVU, 393* n. 1 (nombreuses références).

ift6 LE SIIINNTOÏSME

constituaient la survivance «Widenle d*une déification plus large. L'évolution shinntoïste, éclairée par celle des autres peuples*, peut êlre aisément reconstituée sur ce point. Aux premières origines, on dut adorer tous les hommes remarquables qui dépassaient le niveau commun. Les chefs, d'abord* : toute la mythologie en témoigne'; et manifestement, de même que le pouvoir impérial finit par englober toutes les puissances locales, de môme aussi le culte impérial fut la synthèse de cultes rendus aux chefs locaux «. Puis, les sorciers, les a hommes-médecine») fameux\si souvent confondus avec les chefs eux-mAmes\ regardés en tout cas avec une pro-

1) Voir notamment H. Spencer, I, 530-563.

2) Même après le triomphe de l*imperialiime, on voit tans cessa reparaître le souvenir de ces anciens chefs ou rois indépendants (K, t37 seq., 142, i5t, 154, etc.).

3) Cycles de légendes distincts, correspondant à des tribus différentes ; mv thés relatifs à la souveraineté de certains territoireii (comme Idzoumo, K, 74); récits de guerres entre des dieux qui, sans aucun doute, sont des chefs humains; etc. (Pour le même état de choses chez d'autres peuples, Lang, op, ci7., 385.)

4) Itchikawa soutenait déjà que le mot kami fut au commencement un simple titre d'honneur, et que la traduction de ce mot par le caractère chinois sAtnii avait dû être la cause de l'assimilation entre les héros et les dieux (voy. T, III, app., p. 27; ; Hirata lui-même admet que les kamis de « T&ge des dieux » furent surtout des êtres humains (supra, t. XLIX, p. 20, n. 1). Souvent des dieux locaux, qui sont les ftmes d'anciens chefs, demandent à l'empereur luimême un culte et Tobliennent; exemple : les diverses apparitions du dieu « Maître du grand pays », dans K, 146, 175, etc. Ces honneurs accordés aux m&nes des chefs disparus, tout comme à ceux des ancêtres impériaux, condui» sent bien à penser que ces chefs aussi avaient dû être adorés de leur vivant, comme Tempereur lui-même.

5) Voir A. Héville, I, 234 seq. ; Lang, 105 seq. ; etc. L'adoration des sorciers célèbres, d'abord pendant leur vie, puis après leur mort, est un hommage tout naturel de l'ignorance à l'intelligence, de même que Padoralion des chefs puissants est un hommage de la faiblesse à la force. M. Lang, qui rappelle en ce sens (p. 21) Topinion d*Kusèbe, soutient cependant (p. 113, 385, et dans Rev. (Thist, (kt religionn^ XIII, 200) que les dieux ne sont pas des sorciers divini* ses, comme le croit H. Spencer, mais seulement des êtres auxquels on attribue les pouvoirs classiques du sorcier. Les deux thèses sont également vraisemblables et il est facile de les concilier. Au Japon, en tout cas, nous trouvons l'une et l'autre tendance : les dieux sont des magiciens (ex. : K, 70 seq., 123 seq., etc.), et les magiciens peuvent devenir des dieux (voir note 4).

6) Voy. Fraser, op, cit., i seq.; Lang, 103 seq. ; etc. Un texte bien significatif, à ce point de vue, c'est celui qui prétend que le premier empereur aurait

LK SHINNTOÏSME 487

fonde admiration religieuse, et dont les successeurs, c'est-àdire les prêtres, sont encore appelés parfois des « dieux vivants". » Puis encore, dans le même ordre d'idées, les inventeurs des arts, les importateurs de choses utiles, tous les grands bienfaiteurs dont l'intelligence ou l'adresse éveillent la gratitude et imposent le respect*. C'est, dans nos anciens mythes, le groupe brillaot des dieux qui, sous la direction habile du dieu de la ruse', surent inaugurer les principaux arts «; c'est Oh-kouni-noushi et Soukouna-biko-na qui, noncontents d'achever la construction du pays', enseignèrent la médecine*, la magie \ la fabrication du vin de riz^; c'est

lui-même enseigné les formules magiques à un de ses Gdèles, le jour de son avènement (N, I, 133).

1) ïki-gami. Cesi le titre que porte, aujourd'hui même, par survivance honorifique d'une croyance ancienne, le grand-prêtre de Kidzouki, dans Idzoumo (voy. plus haut, t. L, p. 164, n. 4). Remarquons aussi que le motA^amt, qui au Japon désigne les dieux, se retrouve chez les Mongols comme nom de leurs sorciers. (D'Hosson, Histoire des Mongols, t. II, 1. 2, ch. 2, p. 58, appelle ces shamans des Cames ; et cf. Florenz, op, ct^, p. 3, n. 5 et p. 29, n. 19.)

2) Sur ce point, voir surtout Alfred Espinas, Les Originet de la Technologie, Paris, 1897. Cf. aussi H. Spencer, I, 542 seq. ; Marillier, dans Rev, d'hist, des religions, XXXVll, 269 seq. ; etc.

3) Supra, t. XLIX, p. 315.

4) A commencer par Fart du forgeron qui, très souvent, est considéré comme un véritable magicien (voy. A. Réville, I, 40, H. Spencer, I, 542). Cf. ^'ailleurs plus haut, t. XLIX, p. 315 seq. L'invention de Tagriculture est mentionnée aussitôt après ce mythe de Téclipse (K,59, et cf. suprà, t. LI, p. 416, n. 1).

5) K, 87 ; N, I, 59-60. Pour cette conception, d'ailleurs très répandue, cf. A. Ëspinas, op. cil, — Sans quitter le Japon, on trouve la même idée dans un Curieux mythe aïnou. Il s'agit d'expliquer pourquoi la côte occidentale d*Ézo B* achève par des rochers incommodes, tandis que la côte orientale s*incline doucement vers la mer. C*est que Tile fut construite par un couple divin, et que la femme, r.hargée du rivage occidental, négligea sa tâche en parlant sans Cesse (voy. Batchelor, p. 267).

6) N, I, ^9, Cf. D' W. N. Whitney, Notes on the history of médical progress in Japan, dans T, XII, part. 4 ; Hirata, dans T, III, app., p. 44; Aston, op. cit., 63; etc.

7) N, I, 59. Il s*agit surtout d'écarter les calamités que nous avons déjà décrites {t. L, p. 338, n. 6 et p. 346, n. 2). Cf. aussi Florenz, op. cit., p. 142, n. 76. D'après Hirata, majinai viendrait de la racine maji, de majirou, se mêler, parce que les esprits entrent dans le corps du magicien.

8) llirata attrihue cette découverte à Soukouna-biko-na, en vertu d'une tra-

188 LE SHIM?IToiSMB

Szannoô et son fils, apport<int des plantes nouvelles*; c*est le dieu sourcieryqui creusa partout des puits '.Tous ces dieux, ù la fois magiciens ot inventeurs', furent sans doute au début des personnages réels, dont la légende ne fit qu'agrandir la renommée'. Et ce ^ont aussi les étrangers, les hommes ce étranges » qui tantôt apparaissent comme des sauvages bizarres *, tantôt comme des ôlres d*une essence supérieure*, dans les deux cas, comme des kamis^. Enfin, c'est la race

dition qu*oa pourrait fonder, à la rigueur, sur un passage du K, 239 (chansoD à boire de Pimpératrice Djinngbô). \f . Chamberlain {Kojiki^ InUod., p. unx) ne peut se résoudre à croire que les Japonais aient inventé le saké sans Taide des Chinois. Mais le vieux mot employé pour désigner cette fabrieatioo (tawsii, mâcher), éveille d*éUange manière l'idée du procédé en usage pour la prépar»^ tion du kava polynésien (sur cette étymologie, voir Chamberlain, op. cU,^ p. 62, D. 16, et Fiorenz, op. cit., p. 122, n. 1>). Peut-être la race conquéranta avait-elle gardé de ses origines océaniennes ce mode primitif^ qui aarait été plus tard amélioré sous l'influence continentale.

1) Voir plus haut, t. L, p. 321 seq.

2) Mi-oui no kami. K, 75.

3) Soukouna-biko-na, le « merveilleux Petit prince », oiïre tous les cane« tères du sorcier. Ce nain mystérieux arrive, sur la crête des vagues (les épis de la mer, dit le K, 85), dans un minuscule bateau fait d'une baie en forme de calebasse ; il est vêtu d'une peau d'oie sauvage (cf. le bienfaiteur Yehl, ches les Tlinkits, avec son plumage de grue, et le pouvoir de voler que s'attribuent les magiciens en général : Lang, 113, 368 seq. ; Marillier, Rev. pkiUu.<^ XLVIII, 238; etc.). Le dieu des Épouvantails, aidé du Crapaud, peut seul révéler son nom, et l'on apprend que c*est un original, un enfant désobéissant qui a « glissé entre les doigts » de son père céleste ; il vient alors en aide au puissant chef Oh-kouoi-noushi, invente avec lui des choses merveilleuses ; et quand sa mission est achevée, il disparaît dans une pirouette bixarre, bien eonforme à l'agilité universelle des sorciers (voy. Lang, 145 et pass.) : il grimpe sur une lige de millet, et de là, il est emporté au loin, enlevé dans l'autre monde (N, I, 60 ; et cf. aussi, ibid., 62).

4) Exemple ; le caractère local des deux récits du N, I, 58-59.

5) Exemple : K, 137, 141, etc.

6) Exemple : N, I, 58, où le dieu importateur de plantes, Itakérou, semble bien être un personnage coréen. — Cf. l'origine coréenne de racupunclure, enseignée par un tigre en l'an 645, et dont le vulgarisateur, s'il avait vécu plus tôt, eût sans doute été divinisé au même Ulre que l'inventeur de la médecine en général (N, 11, 190 ; et pour le rôle de l'acupuncture au Japon, Wbitney, U>€. ct^, 354 et pass,).

7) D'une part, en effet, les aborigènes refoulés par les conquérants sont appelés sans cesse h mauvais dieux », « , démons », « dieux sauvages » (K,

Lt SHlNNTOÏSME 189

conquérante elle-même qui se divinise tout entière : c'est le peuple tombé du ciel^ qui proclame sa propre apothéose et qui se prétend la vraie race des dieux'. Mais ces éléments si divers de l'anthropomorphisme direct*, le pouvoir des chefs politiques, la magie des sorciers, les dons, des inventeurs, le choc des tribus, se fondent tous pour finir en un culte central qui est à la fois le résultat et la preuve de ses origines multiples: l'empereur, maître incontesté \ grand-prêtre de la nation*, descendant des aïeux illustres* et personnification suprême de toutes les gloires qui peuvent briller dans rÉtat\ fait de tous ces rayons son auréole unique : il est

136, 145, 209, 211, 213, etc. ; N, I. 198, 202, 203, etc. ; R X, 59) ; et d'autre part, nous voyons adorer, çà et là, nombre de « divinités » coréennes (N, I, 11, 169, 225, 378); en attendant que plus tard, en pleine époque des Tokougawas, tel chrétien qui s'établit au Japon soit regardé comme une incarnation du dieu-singe (voy. T, XVI, part. 3, p. 212 et cf. Uandbook..,, 80).

1) Cette conception, très répandue d'ailleurs (voir H. Spencer, I, 547 seq.), est le thème ceotral de toute la mythologie japonaise (K, 93-1 13). L'idée paraît si naturelle que tel u dieu céleste », interrogé par un « dieu terrestre », lui répond avec une tranquillité parfaite : «c Je suis le frère atné de l'auguste Amatéras, et maintenant je suis descendu du ciel » (K, 62). La transition entre le fait d'une immigration par voie maritime et la croyance à une descente du ciel est bien marquée dans la légende du dieu Nighi-haya-hi, qui « descendit du ciel dans un céleste bateau dur comme le roc » (N, I, 110-111, 128, et cf. Aston, II, 427).

2) Voir plus haut, t. XLIX, p. 22, n. 2. Sous cette opposition significative des a dieux célestes », c'est-à-dire des conquérants venus de la mer, et des « dieux terrestres », c'est-à-dire des aborigènes vaincus par eux, voir Satow, Westminster Review^ n^ciu, p. 49 seq.

3) « La conception de l'homme divin, dit H. Spencer, a partout pour antécédent la perception d'un homme puissant » {op, cit,, 560).

4) Remarquons à ce propos que matsourigoto, gouvernement, vient de matsouri, culte.

5) Les nakatomis, qui récitent le u céleste rituel » (N, I, 42, 45, 48, 79 et cf. R X, 60) ne sont que ses représentants. Nous y reviendrons au sujet du Culte.

6) A commencer par la déesse du Soleil (dans nos anciens documents, pour désigner l'empire japonais, emploi constant de l'expression : « succession du Soleil céleste ») ; si bien que, pour Motoori, l'empereur, étant en parfaite communion d'idées et de sentiments avec cette source de toute clarté, se trouve par là même infaillible (Nahobi no Mitama» T, III, app. p. 22).

7) Pour constater à quel point l'empereur résume ainsi toutes les traditions,

490 Li: Siin7«T0ÎSME

considéré comme le seul « dieu incarné * »* ; il le croit luimême et se donne ce titre*: tout ce qui Tentoure est sacré.

il luflit d'obfipnrer que, dans aos vipuz recufiis, les plus fameux herot lont toujours classés, comme personoacres secondaires, so*j5 le nom des eopereart dont lis ont illustra le rè^rne ^par ex*'mple, dan» le K. 201'-226, toute la léf^nde de Yamato-daké est intitul^'^e : ^ empei^ur Keiko ** ; et dans le K, 227- 240, toute ta Mi^nde de Djinn^h•^ est intitulée « empereur Tcbouaî »• bien que les exploits de Théroïne commencent justement à la mort de cet empereur;. « Dans le Ciel, il nv a pas deux soleils : dans V6XMi^ pat denx iouferains » (N, II, 178*.

1) Ara-Atfo-yami. En 645, discours d'un personnage officiel à des ambnwadeurs coréens : « Ceci est le mandat de l'empereur du Japon, qui gooTerne le monde comme un dieu incame. » (N, II, 108.) En 646, pétition d'un prinoe da sang : « L'empereur qui maintenant gouverne le Pays des buit Iles comme une divinité incarnée a daigné demander <i ton serriteur... » (N, II, 217.) Cette antique conception, si bien conservée dans Texpression populaire qui appelle Tempereur Oh-kami (Grand-dieu), reparait nettement chez les sbinntoîstet modemei. <« Dans U vieille langue, *^nt Motoori, l'empereur était désigné comme dieu; et tel est bien en cIM son vérilaMp caractère >• 'tôt. T. III, app. p. 24). « Le devoir des sujets, dit Hirata, consiste à imiter le dieu incamé qu'est leur souverain «» (ihid.^ 72). Nous avons par lureroît le témoignage externe de tous les observateurs européens du Japon, depuis 1** vieux Kipmpfer (voir plus bas, p. 39, n. 14), jusqu'à M. Chamberlain, qui note très justement, à Taurore du xx* siècle, l'attitude «' entirelv r^vereotial and distant, as to a god, M des Japonais envers leur souverain. {Thingt japanese, 280; et cf. à ce propos l'ancienne appellation de towo-inou'àami, •• dieu éloigné », déjà signalée plus haut, t. XLIX, p. 29, n. 1.) Est-il besoin de rappeler que la même déification du chef vivant se retrouve, d'une part, chez les Chinois (de Groot, op. cit.f 570, 680, etc.), d'autre part chez les Océaniens (H. Spencer, I, 535, Frazer, trad. franc., I, 115 seq.)fen particulier chez les Malais (Fraxer, 149), et chez bien d'autres peuples encore (voir références de Msrillier, dans Aev. cTAûC. des religions, XXXVII, 393, n. 1). Au demeurant, sans même aller aussi loin, ne constatons-nous pas un culte analogue jusque chez les Français d'il y a cent ans? ** En 1793, écrit le maréchal Marmont, j'avais pour U personne du roi un sentiment difficile ù définir, dont j':ii nlrouvé la trace et, en quelquo sorte, la puissance, vingt-deux ans plus tard ; un sentiment de dévouement avec un caractère presque religieux ; un respect inné, comme dû à un être d'un ordre supérieur. Le mot de roi avait alors une magie et une puissance que rien n'avait altérées... Cette religion de la royauté existait encore dans la masse de la nation... Cet amour devenait une espèce de cu/(f. » (Taine, OrifTtties..., Le Ré'jime moderne, 1, 13, n. 1.)

2) En 646, décret impérial qui commence ainsi : « Le dieu incarné^ l'empereur Yamato-néko, qui gouverne l'univers, donne cet ordre aux ministres assemhlées en sa présence... >• (N, II, 210). Kn 647, autre édit officiel : «« L'empire a été confié (par la déesse du Soleil à ses descendants), avec ces paroles :

^■^^la.^.

c céleste »*; et parfois, de son vivant même, on voit s'ériger le tertre immense oîi il continuera d'être adoré *.

« Mes enfants, en leur qualité de dieux, doivent gouverner ce pays »... C'est pourquoi nous avons maintenant le devoir, en notre qualité de divinité céleste, de régir et de décider... » (N, II, 226-227.) En 683, autre décret encore : « Voici Tordre que nous donnons, nous Tempereur qui, comme un dieu incarné^ gouverne les huit grandes régions » (N, II, 359); et pourtant, il s'agit de Tempereur Temmou, qui vient de supprimer la coutume de s'avancer vers le souverain en rampant sur les genoux {ibid,, 357-358).

1) Rappelons aussi que Tépithète mi est appliquée à tout ce qui concerne les dieux ou Tempereur, et que le mot mikoto est synonyme de Apamt(voy. Satow, dans T, VII, part. 2. p. 127, 129).

2) Exemple : l'empereur Ninntokou qui, d'après la chronologie traditionnelle, aurait fait élever son misasaghi, le plus grand de tous, vingt ans avant sa mort (N, i, 298-300.) Par contre, un noble ambitieux ayant bâti « son propre temple ancestral », on considère qu'il a ainsi empiété sur une prérogative impériale (N, II, 178).

Comme conclusion, donnons cette page du bon Ka^mpfer, dont les naïvetés recèlent plus d'une idée juste : « S'il est vraisemblable, dit-il, que les premiers Japonnois sont descendus des Babyloniens, et que pendant qu'ils étoient à Babel, ils se formèrent quelques idées de la véritable Religion, de la création du Monde, et de son état avant ce temps-là, comme cela nous est enseigné dans l'Écriture sainte ; nous ne sommes pas moins fondés à supposer, que par le changement qui arriva dans leur langage, et par l'embarras et la fatigue d'un voyage si long et si ennuyeux, ces idées s'effacèrent presque entièrement de leur esprit; et que quand ils arrivèrent à cette extrémité de TOrient, ils conçurent avec raison un profond respect pour leur Chef, qui les avait conduits si heureusement au travers de tant de dangers et de difficultés, et qu'après sa mort ils le déifièrent; et que dans la suite les autres grands hommes qui avoient bien mérité de leur Patrie, soit par leur prudence et leur sagesse, soit par leur courage et leurs actions héroïques, furent aussi mis au nombre des Kami, c'est-à-dire des Esprits immortels dignes des honneurs divins, et que pour en perpétuer la mémoire on leur bâtit des Mias, ou des Temples ; ce terme Mia, signifiant proprement la maison ou la demeure d'une Âme vivante. Le respect dû à ces grands hommes devint par succession de temps si général, qu'on a depuis toujours cru que ceux qui aimoient sincèrement leur Patrie, de quelque secte qu'ils fussent, étoient indispensablement obligés de donner des marques publiques de vénération pour leur vertu, et de reconnaissance pour les services importants qu'on avoit reçu d'eux, en visitant leurs Temples et se prosternant devant leurs Images, soit au jour consacré à leur mémoire, soit en d'autres temps convenables, pourvu qu'ils ne fussent pas dans un état d'impureté, et qu'ils eussent les dispositions nécessaires pour approcher de ces lieux saints. De sorte que ce qui n'avait été d'abord établi que comme un simple acte de respect et de gratitude, se changea par degrés en adoration et en culte religieux. Enfin, cette superstition fut poussée si loin, que les Mikad-

192 LE SHINNToï.^MC

Nous retrouvons alors, dans le monde des esprits, à côté de ces msines superbes, ceux de tous les héros qui jadis, eux aussi, avaient reçu un culte pendant leur vie, de tous les hommes fameux que le prestige impérial a su confisquer depuis en les inironisant dans la dynastie divine, mais dont il n'a pu abolir le vieux renom. Pêle-mêle, tous les aïeux aux prodigieux exploits et tous les grands bienraileurs, les conquérants des lies et les civilisateurs du pays, les dompteurs de monstres et les inventeurs, tous les hommes éminents dont la faveur populaire a transmis la mémoire et grandi rimage au cœur des nouvelles générations, reparaissent en triomphe, emplissent la mythologie de leur présence immortelle et se pressent, comme un essaim d'Ames brillantes, éternellement avides de gloire, pour réclamer le culte public qui leur est dû. En même temps, au-dessous de ce chœur éclatant où s'exalte et revit toutefépopée nationale, une autre foule d'esprits, plus innombrable encore, vient peupler la terre des vivants. Ce sont les humbles mânes des familles obscures, les morls inconnus qui, par myriades, viennent partout bourdonner autour des pauvres hultes où de pieux descendants ont gardé leur souvenir; et dans chaque maidos ou Empereurs Kccléiiastique», descendus en ligne directe de cet grandi Héros, et qu*on suppose avoir hérité de leurs excellentes qualités, sont regardés, dès qu*ils sont montés sur le Trône, comme les images viirantes de leurs Kamis ou Dieux, ou même comme de véritables Kamis, élevés à un degré de pureté et de sainteté si éminent, qu*aucun Gege <Oege est un terme de mépris, que les Kuge, c'est-à-dire les personnes de U (^our Ecclésiastique de T Empereur, donnent aux Japonnois qui ne sont pas comme eux d*une extraction noble et divine) n'ose se présenter devant eux : ils croyent même que tous les autr«a Kamis ou Dieux du Pays sont obligés de Palier visiter une fois par an, et de'sa tenir auprès de sa sacrée personne, quoique d'une manière invisible, pendant le dixième mois. Cela passe pour une vérité si constante, que durant ce moislà, qu'ils aDoeilenl Kaminatsuki, c'est-à-dire, le mois sans Dieux, on ne célèbre aucune Féti>, parce qu'on croit que les Dieux ne sont pas chez eux dans leurs Temples, mais à la Cour auprès du Dairi. Ce Pape Japonnois prétend aussi être le seul qui ail le pouvoir et Tautorité de déifier et canoniser les autres. » (Hist. du Japon, éd. de i73?, Il, 4 ; et cf. d^autres descriptioni analogues dans le Hameau tCor, I, t72 seq. : elles sont exactes, à part la vieille erreur sur la distinction du souverain spirituel et du souverain temporel, que V. Fraser répète p. 180 et pou.]

Pii

son, depuis le plus lointain fondateur de la lignée patriarcale jusqu'aux plus récents disparus, depuis le premier ancêtre ^lont la distance ne fait qu'accroître sans cesse rautorité* jusqu'aux derniers parents défunts que la proximité du deuil xend plus chers% tous reçoivent ce culte intime qui, de plus €n plus, sera la principale religion japonaise. Ce n'est pas ici le lieu d'étudier cette multitude d'esprits humains qui d'ordinaire, à la différence des esprits naturels, ne se rattachent à aucun objet particulier et ne se laissent deviner que comme un peuple invisible, insaisissable. Nous avons observé déjà la naissance de ce groupe d'esprits' ; et c'est seulement par l'analyse du culte privé, avec ses rites concrets, que nous pourrons mieux préciser leur image. Pour Tinstant, mettons ensemble tous ces esprits sans individualité : esprits naturels, esprits humains, esprits indéterminés enfin, qui n'offrent même pas un de ces deux caractères vagues s et pour

1) Voir sur ce point H. Spencer, op, cit., I, 534.

2} A Torigine, évidemment, c'est la peur qui domine : on craint ia contagion» <c l'action du semblable sur le semblable » (voy. Marillier, Rev. philos. , XLVIII, 242); et comme le dit très justement M. Salomon Reinach (Rev. d^hisL desreligionsy XXKVIIT, 79), on voudrait « tuer » le mort. Mais, chez les plus proches parents au moins, TafTection demeure aussi, triomphe de Thorreur première, éveille enfin cette piété si douce qui fait le charme du culte des ancêtres au Japon (voy. L. Hearn, Kokoro, 280 seq., 290, etc.). La transition peut être observée dans un des plus anciens mythes : aux funérailles du « Céleste jeune prince », sa veuve et ses enfants témoignent de la plus profonde douleur, tandis qu'un ami manifeste sa terreur du cadavre en démolissant, à coups de sabre et à coups de pieds, la butte mortuaire (K, 97-98).

3) T. XLIX, 138 seq., 145 seq.

4) La distinction entre les esprits naturels et les âmes des morts est tout à fait universelle (voy. Marillier, Rev, philos. ^ XLViII,235; pour les Mélanésiens, en particulier, R. Codrington, op. cit.^ 120 seq. : opposition des vui et des iamaiéy dont le nom offre peut-être plus qu*une simple coïncidence avec le mot japonais tama^ qui désigne Tâme humaine ; cf. aussi Lang, 340, 348, n. 4). liais la conception primitive admet aussi des esprits neutres, flottants (voy. Marillier, loc. cU.j 234), dont ia physionomie indécise peut s'expliquer notamment par le mélange des deux classes d'esprits dans la nature, surtout aux lieux solitaires (A. Réville, il, 215), et aussi par Tabsence d'idées précises sur l'individualité des êtres. Ce dernier trait de TinteUigence primitive, qui a été remarqué un peut partout (G. H. Stout, Unanalysed individuality eu a dominant category in savage thought^ Munich, 1897, eiRev. d'hist, des religions^ XXXV,

491 LK SHINflTOÏSMR

saisir au moins leur trail le plus général, prenons le seul cas où ils nous apparaissent sous une forme tangible, c*est-àdire le cas où le fétichisme les fixe en des objets précis.

Pour bien comprendre la nature de ce procédé artificiel qui va lier un esprit, d'origine indépendante ou sorti d*une dépendance antérieure, à quelque point d*attache nouveau, il faut observer d'abord une autre conception, tout opposée en apparence, mais qui néanmoins mène au fétichisme par le plus droit chemin : c'est l'idée primitive des existences interchangeables*, et par application, la croyance profonde à des métamorphoses sans tin '. Rien de plus naturel, pour nos vieux Japonais, que ces transformations perpétuelles des êtres*. A leurs yeux, point de limites absolues entre les di-

160; Marinier, môme Revue, XXXVI, 2*^6; Durkbeim et Mauss, /oc cit.; etc.)« et dont M. Percival Lioweil {The Soûl of Ihe Far Eaat, Bouton, 1888) fait justement un caractère esientiel de la psychologie japonai.^e, a encore pour effet de donner naissance à la notion du dédoublement des Ames {supra, t. XLIX, p. t42, note; et cf. Tidée des trois Ames de Thomme chez les Chinois, de Groot, op. ct<., p. 20, n. 3 et pMS., comme chez les Malais, Wilkcn, Jets over dt Schedelveree^ ring by de volken van den Indischen Archipel, et dans Rev, ifhisi. 'Ui re/igionSf XX, 128). D*où il résulte que, dans le shinntoîsme, nous devons ajouter par surcroît, à la catégorie des âmes dégagées par la mort, une autre catégorie d*esprits humains : les Ames détachées pendant la vie.

1) Voir H. Spencer, I, 160 teq.

2) « Tout change, rien ne périt: le soufle vital erre d'un lieu dans un aaire, anime tous les corps, l'animal après l'homme, l'homme après Tanimal, et il ne meurt jamais ; comme la cire docile qui reçoit toutes les empreintes et sous des formes variées demeure toujours la même, l'Ame aussi reste toujours la même, sous les diverses apparences des corps où elle émigré. Toute forme est éphémère. » (Ofide, Métamorphoses, XV* chant.) Cette doctrine pythagoricienne ne décrit même qu*un côU^ de la notion primitive qui, chez les anciens Grecs comme partout ailleurs, admet aussi aisément lestranssubstanciationsque les transformations proprement dites. En somme, tout se transpose dans le chœur des êtres : les corps comme les esprits.

3) L'hypothèse de Herbert Spencer d'après laquelle l'homme inculte, tout en distinguant fort bien Tanimé de l'inanimé, aurait été induit en erreur par Tobservation de certaines métamorphoses naturelles, au moins apparentes, peut contribuer à éclaircir le problème en ce qui touche le Japon. Prenons pour exemple le cas des insectes simulateurs, dont le principal moyen de défense consiste à imiter l'aspect d'un objet inerte (H. Spencer, I, 165 seq., 190. 202). La faune japonaise offre à cet égard une espèce caractéristique : l'araignée

vers groupes d'objets : tous peuvent se modifier, se transmuer les uns dans les autres; au point qu'en dépouillant nos anciens documents, nous pouvons en tirer un tableau logique, presque complet, de tous les genres de métamorphoses possibles. Métamorphoses d'un corps brut ou d'un phénomène physique en objet inorganique, en animal, en homme ou en dieu : une terre jaune se convertit en eau claire'; le tonnerre se change en poisson'; les rayons du soleil fécondent le sein d'une vierge, engendrent un enfant'; une pierre blanche devient une belle jeune tille «; d'autres pierres, à

jaune det champs qui, par sa couleur comme par la disposition de ses pattes, représente à s*y méprendre un épi de graminée desséché (voir H. Faulds, Biolo^ gical Notes t T, VI, part. 2, p. 215.) Ajoutez Taisance merveilleuse avec laquelle tel de ces insectes, lorsqu'il se sent menacé, se met en boule et fait le mort un instant, pour reprendre ensuite» soudainemeot, sa forme et son agilité habituelles : comment ne pas croire que, pendant le jour, cette araignée trompeuse «< se fait petite », quitte à recouvrer, de nuit, sa vraie nature, celle d'un monstre énorme et dangereux? Et telle est en effet la croyance populaire (L. Hearn, Glimp$es of unfamiliar Japan^ II, 376).

1) N, II, 190. Peut-être n*y a-t-il, sous cet « art merveilleux » attribué à un magicien, que le récit défiguré des résultats obtenus par un sourcier habile ? D'autant plus que, diaprés le texte, ce personnage aurait transformé « les montagnes stériles en montagnes verdoyantes. »

2)N, II, 147. Voir plus haut, t. L, p. 175, n. 2.

3) <c Au bord de la lagune, au milieu du jour, une pauvre Qlle dormait. Alors les rayons du soleil, pareils aux traits d'un arc céleste (cf. »upra, t. XLIX, p. 313), la frappèrent (in privatas partes impegerunt). Près de là un pauvre homme, trouvant ce spectacle étrange, ne cessait d*observer l'attitude de la jeune femme. Et cette dernière, ayant ainsi conçu au moment de sa sieste, donna naissance à un joyau rouge. Le pauvre homme qui l'avait vue lui demanda la permission d'emporter ce joyau ; et désormais, il le garda toujours, attaché à ses reins. » (K, 258-259; et cf. ci-dessous, p. 46, n. 1, où le joyau prend forme humaine.)

4) « Jadis, quand Tsounoga Arashito (un peintre coréen) était encore dans son pays, il sortit un jour dans la campagne avec un bœuf chargé d'outils agricoles. Mais le bœuf disparut soudain ; et en suivant sa trace, Arashito con« stata que les empreintes de ses pieds s*arr6taient à un certain village. Or, il y avait là un vieillard, qui lui dit : « Le bœuf que tu cherches est entré ici ; les chefs du village l'ont abattu avec les instruments qu'il portait ; ils l'ont tué et mangé ; et ils ont décidé que si son propriétaire venait le réclamer, ils lui donneraient quelque chose à titre d'indemnité. S'ils t'interrogent sur ce que tu désires comme prix du bœuf, ne leur demande pas de trésors, mais dis-leur que tu veux avoir le dieu adoré par le village. Répoods ainsi* » Justement les chefs

19B l'^ SIlIN.NTfiisMK

volonté, sont enrichies d'un esprit, adorées aussitôt comme des personnes divines '• Métamorphoses d*une plante qui meurt, puis revit soudain'; qui devient un animal'; qui engendre m<>me des dieux, comme le roseau primitif d'où surgirent de grandes divinités mystérieuses, au commencement de révolution\ .Métamorphoses d'un animal en une pierre, eu un autre animal, en un objet fabriqué, en un homme ou en un dieu encore : une torhie devient une pierre blanche» ; un serpent d*(*au, un daim*; un cheval vivant, cheval d'argilt!^; tandis qu'un être aquatique prend une vague forme

arrivaient, qui lui Heinanrii*reDt ce (|u*il voulait comme prii de ton bœuf. Il répondit suivant le conseil du vieillard. Or, le dieu qu'ils adoraient était une pierre blanche. Ils donnèr«*nt donc celle pierre blanche au maître du bœuf, qui IVmporta avec lui et la plaça dans sa ciiambre à coucher. Ht celte pierre divine se transforma en une belle jeum* fille. Sur quoi Arashilo, f^randement réjoui, désira s'unir à elle. Mais tandis qu'il sVtait absenti'*, la jeune fille disparut tout à coup. Arashito, Ires alarmé, interrogera sa f«*mmi', disant : • Où est allre la jeune fille? h Sa ffmnie ré(>ondit : • Elit* est allée du cMe de l'orient. »> 11 partit donc à sa recherche ; et à la fîn, ayant vogué au loin sur la mer, il parvint à notre pays. La jeune fliie qu'il poursuivait arriva a Naniha, ou elle devint la divinité du temple de Himégoso. » (N, 1, 168, dont la chronologie fantaisiste place en Pan 28 avant J.-C. cette vieille légende, intéressante à la fois au |>oint de vue des métamorphoses, du fétichisme et des anciens rapports religieux entre la Corée et le Japon. Cf. aussi K, 259.) 1)N, 1.168, 169, etc.

2) « Par une parole magique {oukébi), il fit se flétrir, et par une parole magique, il ressuscita sur la pointe d*Amakashi un grand chêne aux feuillet luxuriantes. » (K, 194, où le même chef, Akétatsou, en quête de présages, faii tomber mort du haut d'un arbre un héron, puis, par une formule contraire, lui rend la vie.) Cf. aussi K, 44 ; N\ II, 190.

3) On croit, par exemple, que les serpents rencontrés sur le chemin sont souvent des plantes transformées {Ouakan Sawiiai Dzoué, XLV, 13, et The Ma' mouM, par W.-C. de Lano Eastlake, dans T, XIll, part. 1, p. 75).

4) K, 15; N, I, 2, 4 et 5. Même idée chez les Amaxoulous (A. Rcville, I, 141, et cf. H. Spencer, I, 396).

5) « Comme l'empereur ^Souininn) arrivait au logement de l'étape, une grosse tortue sortit de la rivière. Il leva sa lance et la poussa conlre elle ; mais soudain, elle se changea en pierre blanche. Les courhsans dirent : <> Si on y rétiéchissait bien, on trouverait sans doute que cet événement prt'sage quelque chose, n (N, I, 182.)

0) C'est sous cette forme nouvelle que le serpent du N. 1, 299 s'efforce de couler les ralebasses d'.Agata-mori {supra, t. L, p. 338, n. 1). 7) « Un certain Hiak&oo, rentrant cbex lui au clair de lune, sur son cheval

m^immm

LE SHINNTOÏSMB 197

humaine', un blaireau se change en un homme, qui chante% et un chien blanc en un sorcier' ; nombre d'animaux enfin revêlent la nature divine*. Métamorphoses d'un objet fabrî-

pie, passait au pied de la colline funèbre de Homouda (Pempereur Ohdjinn), lorsqu'il rencontra un cavalier monté sur un coursier rouge qui se précipitait comme un dragon volant, sVlançait d'un trait comme l'oie sauvage. La forme de ranimai était étrange et superbe ; son aspect, plein d'élégance, merveilleux. Hiakson s'approcha pour le mieux voir; et dans son cœur, il désirait le posséder. Il fouettadonc sa propre monture et la fit arrivera côté du coursier, tète contre tête, bride contre bride. Mais le cheval rouge prit les devants» faisant voler la terre et, d'un rapide galop, disparut dans le lointain, tandis que le cheval pie, aux pieds lents, restait bien en arrière. A ce moment le maître du coursier, sachant le désir de Hiakson, s'arrêta, échangea sa monture contre la sienne; puis il prit congé et s'éloigna. Hiakson, plein de joie, se hâta vers sa demeure, mit la bête dans son écurie, la délivra de sa selle, lui donna à manger, et enfin se coucha. filais au matin, le coursier rouge s'était métamorphosé en un cheval d'argile. Hiakson, étonné dans son cœur, retourna à la colline funèbre, où il retrouva son cheval pie au milieu d'autres chevaux de terre cuite. 11 le reprit et, à sa place, laissa le cheval d'argile qu'il avait reçu. »(N, 1, 357-358.) Cette curieuse aventure, que notre texte attribue à l'an 465 après J.-C, et où nous avons un bon exemple de métamorphose par changement de substance, se réfère évidemment à la coutume de dresser des hommes et des chevaux en terre cuite Autour des misasaghi, depuis la suppression des victimes vivantes (voir plus Liant, t. L, p. 334, n. 1) ; et cela étant, on devine assez le genre d'illusion c|ui inspira cette légende aux cerveaux du v* siècle, quand le passant Attardé, plein d'effroi au long de l'énorme tombe et pressant le pas de sa monture, croyait voir courir à ses côtés ces hommes et ces chevaux de terre rouge <\ue le clair de lune animait.

1) En 619, dans la rivière Gamô, on croit avoir vu « une créature qui avait l'apparence d'un homme » ; et la même année, un pécheur trouve dans ses dets « quelque chose qui ressemblait à un enfant, mais qui n'était ni un poisson, ni un être humain » (N, H, 147).

2) N, H, 155. M. Lang (op, cit,^ 111) fait remarquer qu' « au Japon, les gens se changent surtout en renards et en blaireaux» ; mais il faut ajouter que cette CH'oyance n'apparaît qu'après l'introduction des idées chinoises : notre récit est de l'an 627 (où les hommes, encore sous l'impression d'une famine, étaient prêts à croire tous les racontars). Plus tard, histoire fameuse du blaireau qui, dans un monastère, prit l'aspect d'une bouilloire à thé et, par ses bonds fantastiques, mit tous les moines en rumeur ; ceux-ci ayant vendu l'objet à un chaudronnier, l'animal reparait et fait la fortune de son nouveau maître, qui l'exhibe comme une bêle curieuse et sacrée tout ensemble (Mitford, Taies of old Japan^ 175 seq.). Au xix« siècle, Motoori rangera cette métamorphose particulière sur le même pied que les autres « merveilles de la nature », comme le vol des oiseaux ou l'éclosion des fleurs (voy. T, HI, app., p. 30).

4) Voir plus haut, t. L, p. 337 seq., pans.

198 LB SHINMTOÎSMB

que en une autre chose artificielle : un bateau devient une haie*; en une plante : la coiffure d'Izanaghi se transforme en raisins et son peigne on pousses de bambous', de même que les vAlemenIs, l'arc et les flèches d*un jeune prince s'épanouissent en glycines fleuries * ; en un être humain : un joyau brillant devient une vierge resplendissante ^ en un dieu en-

1) K, toi ; et cf. Satow, dans T, VII, part. 2, p. 128. 2)K, 36;N, I, 25.

3) Deux frères, aux nomi bien japonais, le « Jeune homme de rèelai sur Im monta>n>ea de Tautomne » (renduea brillantes par les feuillet rooget des érablfF) et le >• Jeune homme du brouillard sur les montagnes du printemps » (nette brume Qottante qui met tant d*enchant^mentB dans le paysage indigène], désirent l'un et l'autre épouser la • divine Vierge d*Idioushi. >• L'alné aytot fait le pari quf> son r^det ne Tobliendrait pas, ce dernier va se confier à sa mère. « Aussitôt la mère, ayant prii* des libres de glyeine, tissa et eoaiit an une seule nuit un vêtement de dessus et de larges pantalons, des soequM ai (les chaussures: elle fit de pareille manière un aro et des fièchet ; pais, ayant revêtu son fils dn ce costume et Tayani muni de ces armes, elle Ten* voya a la maison de la jeune fille, où, soudain, tout son appareil, son arc et ses tlèches, tout devint des glycines en fieurs. Alors le Jeune homme du brouillard sur les montagnes du printemps suspendit Tare et les flèches à la demeure de la jeune fille. Et lorsque la Vierge d*ldioushi, étonnée de voir ces flean, voulut les emporter dans sa chambre, il la suivit et Tèpousa aussitôt. » (K,263. où, comme on voit, la nature des fibres employées par la mère du héros rend la métamorphose plus vraisemblable.)

4) Il s'agit dj joyau rouge qu'une pauvre fille avait conçu des rayons du soleil (riW.sup., p. 43, n. 3). « Le pauvre homme, ayant planté un champ de ni dans une vallée, avait chargé un bœuf de provisions pour les laboureurs ; et il était arrivé au milieu de la v&llée, lorsqu'il rencontra le fils du chef, Ama no hi-boko (Lance du soleil céleste), qui lui dit : •< Pourquoi es-tu entré dans oetie vallée avec un chargement de nourriture sur un bœuf? Tu veux sans doute tuer ce bn>uf pour le manger? » Puis il saisit l'homme, et il allait l'emmener en prison, lorsque ce dernier lui répondit : « Je ne voulais pas tuer le bœuf : j'apportais seulement des provisions aux travailleurs qui sont dans les champs. » Opnndant le fils du chef ne le laissait point partir. Alors, pour le corrompre il déUclia le joyau qu'il avait à son côté et lui donna. Ama no hi-boko remit le pauvre homme on liberté ; il emporta le joyau chez lui, et le déposa près de sa couche. Maift soudain, le joyau se transforma en une bellejeune fille. 11 l'épousa aussitôt, et lit d'elle sa femme principale » (K, 259. Légende qui d'ailleurs l>eut reposer sur une double confusion entre le nom significatif du prince et les rayons du soleil, comme entre l'idée de joyau rouge et celle d'enfant humain. En eflet, dans une très vieille poésie (K, 128), la fille du dieu de l'Océan, pour dire il son époux qu'elle» le préfère même à son enfant, s'exprime en ce« termes :

fin : tous les objets personnels d'Izanaghi sont divinisés*; toutes les armes fameuses passent de l'épopée au culte' ; un sabre s'anime, se meut de lui-même, se dirige tout droit au temple qu'il s'est choisi'. Métamorphoses de l'être humain, de sa chair vivante ou morte, des parties de son corps et des manifestations physiologiques qui s'y lient, de son âme ou d'une de ses âmes, soit en choses du règne inorganique : le sang du Feu s'allume en étoiles % tandis que la main d'un héros s'écrase et se cristallise en un glaçon* ; soit en plantes :

« BieD que les joyaux rouges soient si brillants que le cordon même qui les relie resplendit, Tauguste aspect de mon seigneur, pareil à de blancs joyaux, est plus enchanteur encore. ») Cf. aussi la légende où Szannoô, prenant les joyaux enroulés dans sa chevelure, les mâche, les met sur la paume de ses mains et produit ainsi des enfants (N> I, 51.)

2) K, 34, 63» 99, etc.

3) « Kiyo-hiko présenta à l'empereur le petit sabre d'Idzoushi (voir plus bas, p.59- 60),quifut déposé dans le Trésor sacré. Mais plus tard, lorsque le Trésor fut ouvert pour rinspection, le petit sabre avait disparu. Un messager fut donc envoyé à Kiyo-biko,pour lui dire : « Le petit sabre que tu avais offert à Tempereur a disparu de lui-même. Serait-il par hasard venu chez toi? » Kiyo-hiko répondit : <« La nuit dernière, le petit sabre s'est rendu, de sa propre volonté, à la maison de ton serviteur ; mais ce matin, il a disparu de nouveau. » L'empereur, frappé d'aune terreur profonde, ne fit plus aucun effort pour le retrouver. Mais, dans la suite, le petit sabre dldzoushi vint de lui-même à Hle d*Awadji.Les habitants de rile le regardèrent comme un dieu et lui élevèrent un temple, où Ton n*a cessé de l'adorer jusqu'à ce jour. » (N, I, i86, qui attribue ce miracle à Tan 59 de notre ère.)

4) Voir plus haut, t. L, p. i57.

5) Le céleste envoyé, Také-mika-dzoutchi, s'informe des rebelles qui pourraient B'opposer à la descente du fils des dieux. « Comme il parlait ainsi, le dieu Takémi-na-gata (Brave-auguste-nom* ferme) arriva, portant sur le bout des doigts un rocher que mille hommes n'auraient pu soulever; et il dit : <; Qui donc vient dans notre pays et parle secrètement? Je voudrais bien que nous fassions ensemble une épreuve de force. Pour commencer, donne-moi ton au^'usle main. » El Také-mika-dzoutchi lui ayant livré sa main, l'attouchement de Také-mi-nagata la changea aussitôt en un glaçon ; puis, il la transforma en une lame de sabre. Sur quoi Také-mika-dzoutchi, effrayé, se retira. » (K, 102. Také-mikadzoutcbi a ensuite sa revanche et, saisissant à son tour la main de son adversaire, il la brise u comme un jeune roseau » et la jelte au loin ; en sorte qu'on peut également supposer, dans la première partie du réHt, une simple métaphore dont la foi aux tours magiques des sorciers aurait fait une métamorphose.)

200 LE Slil>'>TuîSMi:

]e cadavre de la dresse nourricière engendre les céréale8\ et les poils de Szannoô produisent les arbres à fruits'; soil en animaux : une femme devient serpent, la nuit de ses noces' ; le gardien d'une colline funèbre se change en un daim blanc*: un brigand, brùb^ vif, s'élance des tlammes sous les apparences d'un chi.'n furieux*: !e rorps nn>me de Yamalodaké s*envole sous la forme d*un oiseau immaculé*; et un

1) Voir ei-<]e88U8, t. LI, p. 4, n. ?, où nous avons constaté en même temps la naissance <\u ver à soie, ce qui s'accoplt* l>ien avec la croyance» si répandue» que la chair (lêcoroposée s^ transforme en vers <cf. H. Spencer, I, 167).

2) Suprn, l. L, p. 32(>.

3) K, 197. Nous reviendrons sur ce mythe.

4) « Les f?aniiens du tertre de l'Oiseau bUnc (voir plus bat, n. 3) furent détachés aux travaux pubiics. Kt comme IVmpereur s'approchait de l'endroit où ils étaient occupée, ie pirlien Mëki fut soudain transformé en un daim blanc, qui s'enfuit. Alors Temp^rfur c«Mninan«la, disant : * O mausolée a toujours ^té vid«*; c'est pourquoi je voulais en supprimer les frariiens et, pour la première fois, les utiliser comme ouvriers. Mais maint»*narit que j'ai vu ce mauvais prè* taf^e, je suis rempli d'une crainte profonde. Ou'on laisse donc en paix cet gardiens du tertre. » Et il les donna au chef des Potiers (cf. plus haut, t. L, p. 334, n. 1). » (N. I, 297; récit dont l'orif^ine prend une certaine vraisemblance lorsqu'on le rapproche d*autres passages où l'on voit des daims fréquenter cet tombes anciennes : K, 2Hti, et N, I, 298).

5) Ce voleur de grands chemins, Ayashi no Ouomaro, avait aussi commit le dernier des crimes en négligeant de payer ses impôts. » C'est pourquoi l'empereur envoya Ohki no Omi, avec cent soldats qui ne craignaient pas la mort. Tous prirent des torches et, ent(»uraot la maison d'Ayashi, ils y mirent le feu. Mais voici que, du sein des tlammes, surgit furieusement un chien blanc, qui poursuivit Ohki no Omi. Ce chien était grand comme un cheval. Pourtant le courage d'Ohki non Omi n'en fut point éiiranlé. Il tira son sabre et tua le chien* qui aus8it(*)t redevint Ayashi no Ouomaro » (N, I, 361). C'est la conception universelle du sorcier, qui peut se transformer, mais qui, hlessé ou tué, doit reprendre sa vraie forme ^vov Lang, 111; cf. aussi N, 1,299;. Ici, un fait réel a pu servir de point de départ à la légende : au moment de l'incendie, sortie précipitée du chien d'Ayashi, qu'on prend d'ahnrd pour Ayashi lui-même. De nos jours, en France, des paysans i>rûlent un nrbre creux quMs croyaient hanté par des serpents : des oiseaux de nuit s'en échappent! (A. Couteaux, dans le Temps du 24 janvier 1899.)

Oi Le héros vient de mourir, dans la terre d'icé. n Ses augustes épouses et tet augustes enfants, qui demeuraient dans le Vamalo, accoururent; et ils édifièrent un auguste tombeau ; puis, se traînant dans les rizières qui l'envirnnnaienl, ils sanglotèrent ce chant : « La dioscorée rampe çâet là parmi les chaumes de riz. parmi let chaumes de riz qui entourent U tombe; mais hélas! c*est en vain

LE SHINNTOÏSMK 201

héros enseveli se réveille, reptile aux yeux flamboyants, pour

que nous nous trainoos ainsi, et que nous pleurons, et que nous te parlons : car tu ne nous réponds pasi » Alors le prince mort se changea en un pluvier blanc, long de huit pieds; et prenant son essor dans le ciel, il s*enyola vers le rivage. Et les impératrices et les augustes enfants, bien qu'ils eussent les pieds déchirés en foulant le chaume des bambous, oublièrent leur peine ; et ils poursuivirent Toiseau avec des lamentations. » Cette poursuite continue, d'abord à travers champs» puis dans la mer, où les parents s'avancent contre les vagues, « chancelants et flottants comme les herbes que bat le courant d'une grande rifière », puis de nouveau le long du rivage. Mais « Toiseau s'envola bien loin de ce pays; et il s'arrêta à Shiki,dans la terre de Kafoutchi.Ils érigèrent donc là une auguste tombe, et ils Ty firent reposer (c'est-à-dire : lui bâtirent un temple); et cet auguste tombeau fut appelé Shiratori no misasaghi (te tertre de l'Oiseau blanc). Et cependant l'oiseau prit de nouveau son essor, monta dans le ciel et partit au loin. » (K, 221 seq.; et cf. N, I, 210 seq.) On pourrait croire que c'est seulement l'esprit du mort qui s'est transformé en oiseau blanc, comme dans la légende occidentale le Saint-Esprit en colombe ; mais une variante du N indique bien qu'il s'agit du corps lui-même : « L'empereur appela ses ministres et, par leur entremise, donna pour instructions aux cent bureaux administratifs d'ensevelir le héros dans le misasaghi de la plaine Nobo, au pays d'Icé. Mais Yamato-daké, prenant la forme d'un oiseau blanc, sortit du misasaghi et s'envola vers la terre du Yamato. En conséquence, les ministres ouvrirent le cercueil ; et en regardant à l'intérieur, ils virent qu'il n y restait que des Yêtements vides : il n'y avait plus de corps. » (N, I, 210.) C'est donc une résurrection complète. L'origine de cette légende est d'ailleurs facile à imaginer : on pleure devant un tombeau ; soudain, un oiseau s'envole : c'est le mort qui s'enfuit; et de lait, M. Aston a remarqué que les pluviers sont nombreux autour de ces anciens tertres {op. cit., p. 21 1, et cf. une curieuse anecdote du N, 1, 217- 218).

Quant à la croyance, plus précise, aux incarnations de l'âme après la mort, elle se retrouvera au Japon comme dans bien d'autres contrées. Incarnations d'Ames en des étoiles : voy. plus haut, t. L, p. 160 ; en 1878, le fameux Saïgo Takamori, chef des insurgés de Satsouma, se fait trancher la tête après une brillante défaite, et l'imagination populaire le met dans la planète Mars(Mounsey, Tke Satsuma Rébellion^ 217 ; et cf., pour la généralité de cette conception, Tylor, op. cit., II, 325; Waitz, III, 518; A. Réville, I, 350; Lang, 126; Marillier, dans Rev. (Thist. des religions, XXXVII, 398, n. 6. 399, n. 2; etc.). Incar- Dations d'ftmes en des végétaux : touchante légende de l'arbre qui renfermait Tesprit d^une morte, et qui, une fois abattu, ne peut être soulevé par l'effort de trois cents hommes, tandis que l'enfant de la défunte y arrive tout de suite en prenant une branche dans sa petite main (L. Hearn, Glimpses,.., Il, 360; et ef., pour la même croyance ailleurs, en particulier aux Philippines, Marillier, ke. cit., 373, Mallat, Les Philippines, I, 65). Incarnations d'âmes en des animaux : soit en des animaux plus ou moins redoutés, comme c'est le cas le plus nnifersel (Marillier, lac, cit., 385), à commencer par la Chine (de Groot, 661), et par exemple en des serpents (N, I, 296; cf. H. Spencer, I, 450 seq., Lang,

202 LR SHINMTOÎSME

châtier ses meurtriers, devenus les violateurs de sa tombe*: soit eocore en un objet fabriqué : une jeune princesse est convertie en un peigne, que son sauveur pique dans ses cheveux'; soit en un dieu, enfin : car sans parler des hommes regardés comme des dieux', ni des personnaf^^es sacrés qu'un

56, Marinier, /oc. et/., 216, etc.), en des cnbes (les âmes de fruaniert Taira exterminés à la frrande bataille navale de Dan-no-oura, en 1185, transforméei en CM héiké-gani dont la carapac<* imite la visière d'un casque), en des gn^ nouilles monstrueuses (los Ames des tidèl**s de Saï^o Takamori>. en dei^ insectes nuisibles (tes aanâmoriSf dont le corps éveillo l'image d'un heaume, et qui dévorent le riz parce que le héros Sanêmori, du clan Ghennji, tombé de cheval dans une rizière, fut alors tué par son ennemi, ou encore les skiwans, qui détruisent les concombres parce que jadis un médecin, surprit dans une intrigue amoureuse, vit sa fuite arrêtée par une tige de concombre qui le fil tomber, atteindre et mettre à mort), bref en des animaux dont Tapparence étrange, jointe parfois à des méfaits véritables, répond bien à la crainte qu'inspirent toujours certains morts (voy. OrifTis, op. cit., 379, Hearn, II, 373, etc.)» soit au contraire, incarnations en des «inimauz plus aimables, en des oiseaux surtout, dont le vol léger représente la nature nt^me des esprits (voy. Tylor, II» 9, A. Réville, I, 254, 386, H. Spencer, I, 455 seq., Lang, 112, FraseV, trad. franc., I, 188 seq., avec références pour les .Malais), et finalement, en particulier, en des oiseaux blancs, comme dans notre mythe (H. Spencer, I, 454, Frazer, I, 189). Cette conception de l'âme-oiseau, comme la plupart des croyances que nous venons d'indiquer, se développera surtout sous l'influence du t>ouddhi8me et de la foi à la « métempsycose de tous les êtres vivants » (N, II, 149); et de même qu*on regardera le holntoghisnu (coucou japonais) comme un oiseau mystérieux qui, chaque printemps, revient des collines de Tautre monde pour inviter les hommes à Ty suivre un jour, un moine du xiii* siècle ne pourra plus entendre le cri d*un faisan dans les bois sins se demander « si c'est son père ou sa mère » (voy. le Hôjiôki.de Kamo Tchôméi, T, XX, pari. 2, p. 210).

1) •( Les Emishi se révoltèrent, etTamitchi fut envoyé contre eux: mais il eut !e dessous et fut tué au port d'Ishimi Un de ses fidèles obtint son brassard et ToiTrità sa veuve, qui t^treignit la relique, puis sVtrangla ; et quand les hommes de ce temps apprirent ce fait, ils versèrent des larmes. Or, bientôt, les Emitbi Ûrent une nouvelle incursion; et ils creusèrent la tomb^ de Tamitchi. Mais ud grand serpent, aux yeux étincelants, en sortit : il mordit les Emishi, qui tous furent atteints par son venin ; en sorte que beaucoup périrent, et un ou deux seulement furent sauvés. C'est pourquoi les hommes de ce temps dirent : « Bien qu*il fût mort, Tamitchi a eu enfin sa vengeance. Comment peut-on dire que les morts sont inconscients? n (N. 1,296.) Ici encore, nous avons sans doute un fait réel, et très normal, à l'origine de la légende : un serpent qu'on dérange sort des pierres d'un tombeau (cf Lang, 111, n. 6.)

2) K, 62 ; N, I, 52. Cf. aussi K, 213. Nous y reviendrons au sujet de la Magie.

3) Soit pendant leur vie {supra^ p. 33 seq.), soit après leur mort (p. 40, seq.).

dieu possède % ne voyons-nous pas les membres de Kagoutsoutcbi ou les quartiers de son corps devenir des divinités nouvelles*; les souffles dlzanaghi% ses crachats*, les souillures dont il se lave*, les sécrétions d'Izanami au cours de son agonie*, l'haleine d'Amatéras et celle de Szannoô\ toutes les manifestations physiques de ces existences divines donner naissance à des volées d'esprits; tandis qu'une des âmes d'Oh-kouni-noushi, objectivée et libérée dans Pespace, se détache de son être au point qu'il finit par l'adorer comme un dieu*. Métamorphoses enfln d'un dieu en un animal : des dieux montagnards se révèlent sous l'apparence d'un daim blanc*, d'un sanglier blanc*® ou d'un serpent monstrueux" ; un dieu se change en cormoran "; un autre, en crocodile'^; une déesse, en crocodile encore, ou en dragon**; d'un dieu en un objet fabriqué : un dieu amoureux se déguise en

1) Depuis Oudzoumé (K, 59) jusqu'à l'impératrice Djinn^^hô, que son premier ministre, le vieux Takéoutchi, appelle par exception du nom de « déesse » à an moment où, se trouvant en état d'inspiration, elle a par suite en elle des divinités (K, 230; cf. cependant l'emploi de cette expression dans d'autres cas où les personnes humaines désignées ne sont pas dans la même situation : par ex., à l'aube des temps historiques, K, 268, 292, 294, etc.).

2) Voir plus haut, t. L, p. 192 seq.

3) N, 1, 22 {supra, t. L, p. 167), et aussi N, I, 31, 32. 4)N, I, 31.Cf. aussi N, I, 48.

6) K, 29; N, 1, 21 (voir plus haut, t. L, p. 177 seq.). Autre métamorphose, dans le même ordre d'idées : « Izanaghi fit de l'eau contre un gros arbre, et celte eau se transforma aussitôt en une grande rivière. » (N, I, 25.)

7) K, 47 {supra, t. XLIX, p. 313).

8) Voir plus haut, t. XLIX, p. 142, note.

9) K, 213; N, I, 208 {supra, t. L, p. 325, n. 2).

11) N, I, 208-209. L'imagination grossit toujours la taille de ces bétes mythiques : cf. le sanglier « grand comme un taureau » du K, 217, le chien « grand comme un cheval » du N, I, 361, ou l'oiseau c long de huit pieds » duK, 22f.

12) c Le dieu aux Huit âmes prodigieuses (voir t. L,p. 180, n. 1) se changea en cormoran et plongea au fond de la mer. » (K, 104 ; et cf. suprà, t. XLIX, p. 27, n. 2, une métaphore qui a pu éveiller l'idée de cette métamorphose.)

14) K, 127, N, I, 104 ; et N, I. 95.

201 I.i: SIIINNTOÏSMK

floche* : d*un dieu en un Mre humain : le (iU d*un grand dieu dégénère, n'est plus qu'un homme'. Ainsi, vue à travers le prisme du Shinnto, toute la nature subit une vaste anamorphose : les choses prennent des aspects hizarres, inattendus, s'échappeni d«» la normale pour s'é}(arer à travers les plus étranfi;e8 vicissitudes; et bien que les tran>pi»<i(i4ins les plus fréquentes soient, comme on pouvait le pré\oir, celles qui touchent surtout au monde vivant des dieux, des hommes et des bâtes illustres', il n'en est pas moins vrai qu'on ne saurait guère chercher un type de métamorphose quelconque sans le découvrir dans nos vieux recueils.

LessubstancesetlesTormespouvantainsi varier, et lesesprils des choses pouvant pur conséquent s'insinuer sans cesse en de nouvellesdemeures, il suit delà que ces esprits vagabonds peuventétrefixésaussiyCld'une manière permanente, dans unobjet de fantaisie choisi par l'adorateur. Si toute chose a un esprit, si tout esprit a la faculté de délaisser son enveloppe visible, et si tout autre objet peut devenir à son tour Thabitat de cet

1) La belle princesse S^ya-dataraa aUiré les regards du •« grand dieu de Mioua » (Oh-kouni-nousbi transformé), «< qui, quum pulchra pueila oletuin fedt, in aagiUarorubro colore fiicatam se convertit, et ab inferiori parte cloacie ad usuin faciendi oleti virginis privatas parles transHxit. Tune pulcbra virgo consternata est, etsurrezil, et trépide fugil.Statim sagitlamattulit, ctjuxtathalamum posuit. Subito sagitla formosus adolescMis facta est, qui cito puichram pueliam sibi in matrimonio junxit, et filiain procroavit. » ;K, 14ii. Cette tille du dieu et delà princesse épousera Temper^ur Djimmou : K, 117-149. Cf. aussi K, 177-178, où un fils du dieu de Mioua, continuant les traditions paternelles, séduit en secret une autre princesse.) Moines Iegend<*!« bizarres dans la mythoIof?ie grecque, où Zeus se change en serpent pour courtiser sa propre fllle, en fourmi pour obtenir la fille de Clétor, etc. (7oy. I*. Decharme, op. cit,, 10 seq., Lang, 180 seq., etc.)

2) Oh-tata-iiéko, « fils d'un dieu », nVsl qu'un mortel ordinaire (K, 177-178): et de même, J-soukè-yori-himé, « fille d'un dieu », n'est qu'une princesse humaine (K, 146-147).

3) Sans vouloir établir une statistique précise sur la composition, plus ou moins fortuite, d'une mythologie, on peut cependant faire cette observation d'une manière sûre en comparant la masst* relative des divers grou(H*s de faits analysés ci-dessus, et où nous avons ciusse tous les cas de métamorphoses contenus dans la légende primitive. Mêmes pro)H)rtion8, en général, dans les autres mytbologies, bien que telle religion, comme celle des anciens Orecs, renferme quantité de métamorphoses en plantes, ou telle autre, comme celle des Iroquois, nombre de métamorphoses en pierres (voy. Lang. 141. 144, 146).

pp^iwfi"»^^

LB SUINNTOÏSMË 20S

esprit, il esl clair que cette absence de relations nécessaires engendrera souvent des rapports artificiels, et que, dans l'immense mêlée où se jouent tant d'éléments divers, matériels ou spirituels, Tinstinct religieux pourra nouer à son gré les unions les plus factices. D'oti le fétichisme', avec ses esprits détachés de leur base logique et reliés ensuite à quelque objet anormal. Ce système bizarre, en efiet, n'est pas un mode primitif de la pensée humaine ; il n'a rien de commun avec le vieux naturisme qui prêtait à toutes les choses de ce monde un esprit approprié. Il n'apparaît que comme une croyance secondaire, qui suppose l'animisme et qui en dérive'^ qui est même l'application la plus ingénieuse de ce dernier principe religieux : car dès qu'il admet l'existence de certains esprits bienveillants, l'homme veut les avoir à sa portée ' ; et pour obtenir ce rapprochement, le procédé le plus simple n'est-il pas de se fabriquera soi-même des génies spéciaux, intimes, familiers \ en donnant par artifice à quelque objet matériel une vie spirituelle et divine? La croyance aux métamorphoses vient en aide à ce moyen positif, et le fétichisme s'épanouit aussitôt comme un produit universel de l'imagination primitive *.

Le fétiche est un objet portatif que le fidèle s'approprie pour s'assurer les services de l'esprit logé à l'intérieur. C'est en quelque sorte un dieu de poche. D'où une première dis-

1) Fétiche, du portugais feitiço^ amulette, enu lui-môme du latin factitius^ fiût avec la main, artiBciel.

2) Voir sur ce point À. Réville, Prolég,^ 130 seq., et Religions des peuples non-dviUséSf I, 79 seq. ; H. Spencer, I, 440; Goblet d'Alviella, dans Rev, Shist. des religions, XII, 4 seq., XVI. 368 ; etc.

3y Cf. plus haut, t. XLIX. p. 150.

4) Chez les Peaux-Rouges, la mère qui a perdu son enfant le remplace quelquefois par une poupée, qu'elle entoure des mêmes tendresses (voy. Goblet d'AIviella, lac, cit,, p. 14). Cette invention touchante est à l'instinct maternel ce qu'est au besoin religieux, d'une manière plus générale, le fétiche.

5) Dans la région qui nous occupe, on peut l'observer d'une part en Chine (de Groot, 72, 377), en Corée, à Saghalien, à Ezo (Griffis, 25, 26), d'autre part chez les Océaniens (par ex., pour les Maoris, R. Taylor, op. cit.^ 65 seq.).

20^1 LK SniNMOÏSMR

tinctioD à élablir enlre cel objet divin el une autre espèce d^objets merveilleux, plus ancienne encore, à savoir lesamulettes et les talismans. Le fétiche, en eiïet, est regardé comme conscient ; et la meilleure preuve, c'est que, s*il joue mal son rôle, son adorateur le bal pour Ten punir*. L'amulette,

1) Ces mauvais tralU^ments peuvent «Hri* ob8<>rvès quelquefois à l*heure présente (7oy. Griffîs, p. 27). Ouant à l'ancien Shinnlô, si l'histoire japonaise néglige d*illu8trer les coups qui purent atteintire <ie menus fétiches prÎTès, elle s'étend au moins sur les aventures qu'eurent à subir les premiers objets bouddhiques importés. En 552, une statue de « Shaka », en cuivre mêlé d*or» est envoyée de (!)orée à l'empereur Kimméi, qui ne sait s'il doit lui rendre un cuite. Avec cet instinct scientifique qui sommeille déjà au fond de fantiqae magie, nos vieux shinntoïstes décident (Pavoirs recours à la méthode expéri* mentale. Le prince Soga, voyant qu'on admire partout le Bouddha à Tétranger» s'est déclaré prêt à recevoir la statue chez lui, malgré les prédictions de malheur des partisans delà tradition qui craignent la colère des dieux autochtones. « Qu'on lui donne l'i .oie. dit l'empereur, et qu'il Padore à titre d'essai. • La maison de Soga représente ainsi le premier temple bouddhique. Survient une peste affreuse : les hommes meurent par miliers, et les nationaliste! triom* phent. M Faites ce que vous voudrez », dit Tempereur. En conséquence, on précipite la statue dans le ronrant du canal de Nani>»a, el on met le feu à ioa temple. Là-dessus, incendie subit de la grande salle du palais ; et c'est pourquoi, dès Tannée suivante, un morceau de bois miraculeux est converti en deux idoles nouvelles (N, II, 66^). En 5K4, sous le règne de Bidatsou, une relique merveilleuse vient à paraître sur le maigre festin de troii« religieuses bouddhistes. Un second Soga, fils du précédent, « pour faire une expérience >», dépote la relique sur une enclume et la frappe à tour de bras avec un puitaant marteau. Comme il n'arrive pas à l'écraser, il la jeite à l'eau : mais elle flotte ou s'enfonce au gré des assistants fHonnès : « et ce fut, dit le narrateur, le commencement du Bouddhisme. » (N, II, 10*.^.) L'année d'après, Soga, ayant bâti une pagode et placé la relique au haut du pilier central, tombe malade ; et sur l'avis d'un devin qu'approuve d'ailleurs l'empereur lui-même, il adore une statue de pierre de Mirokou (le Messie Maitreya) qu'on avait reçue de Corée. Sur quoi, épidémie qui décime tout le peuple et ranime l'espoir des conservateurs. « Vous avez raison, dit l'empereur : qu'on cesse donc de pratiquer le bouddhisme. » On brûle la pagode et l'ancien temple ; on détruit la statue, dont on disperse les cendres ; on se moque de So:?a, et les religieuses, nues, soni fouettées en public. Mais alors l'empereur, les fonctionnaires, les gens du vulgaire sont tous frappés d'ulcérations douloureus«>s, et Soga ne parvient pas à guérir. « Tu peux, dit l'empereur, pratiquer ta religion pour toi seul, sans faire de propagande. » Cependant le souverain lui-même disparait, et devant son cercueil, la dispute continue, en attendant l'avènement de son successeur qui, nous dit-on, « croyait au bouddhisme en révérant le ShinntO. » (N, II« 101- 106.) Toutes ces alternatives font assez ressortir l'état d'esprit fétichiste. Ces

LE SHINNTOÏSMK 207

le talisman, au contraire, sont des choses impersonnelles, douées de certaines vertus occultes, mais qu'on n'adore pas comme des dieux. Cette dernière catégorie d'objets se subdivise à son tour en deux types différents : l'amulette proprement dite, dont la mission consiste à écarter les influences malfaisantes ; et le talisman, dont l'action s'exerce sur les choses pour en changer la nature ou le cours \ Amulette et talisman se touchent d'ailleurs de fort près^ se rejoignent bien souvent sur une limite indécise ; et finalement, comme tous deux recèlent des forces qui ne demandent qu'à prendre conscience d'elles-mêmes^ ils tendent à devenir parfois de véritables fétiches dans l'esprit de leur possesseur. C'est du moins ce qu'on voit dans notre vieux Shinntô, où cette forme d'évolution apparaît avec une netteté particulière.

En effet, nous pouvons y observer d'abord toutes les variétés d'objets magiques, depuis les amulettes les plus vagues ' jusqu'aux talismans les plus précis. Ce sont, pour commencer, les éternels charmes de longue vie, de santé, de prospérité'. Déjà^ les rites antiques font briller à nos yeux les colliers de pierres étincelantes que les prêtres suspendaient aux quatre angles d'une grande salle du palais, puis en divers endroits des appartements impériaux, pour chasser les esprits impurs*; nous retrouvons ensuite ces porte-bonheur durant

idoles, ces reliques sont des fétiches, parce qu*on leur élève des temples et qa'oD les bat. Voy. d*ailleurs, d*une manière plus fi^énérale, A. Réville, I, 87; H. Spencer, I, 427; pour la Chioe, de Groot, 72, 377; etc.

1) Voir A. Réville, I, 79 seq., 87, 97, 178, etc., et dans Rev. dChUt. des religion»^ XI, 94.

2) Exemple : la « pierre de perfection » {tarou tama)^ qui peut sufflre à tous les besoins de son possesseur (cf. plus bas, p. 59, n. 1).

3) Le Japonais primitif, comme THindou védique (V. Henry, op, cit., 80), est dominé par la joie de vivre, donc par le désir de vivre longtemps (R Vill, 19^, etc.); c'est seulement sous Tinfluence du bouddhisme qu'une ombre grise s'étendra sur les hautes classes de la société, sans pouvoir d'ailleurs assombrir le merveilleux optimisme de la masse.

4) A la fête pour la Prospérité du Grand Palais (OA^ono-Z^o^at), après diverses cérémonies préparatoires, le cortège des nakatomi (prêtres lecteurs des rituels), des imibé (prêtres abstinents) et des vestales pénétrait dans la « Salle de bienveillance et de longue vie » (un des principaux b&timents du palais).

208 LE SIIINMOINMB

toute l*histoire japonaise, de plus on plus nombreux à mesure que l*ahon(lance des documents nous laisse mieux connaître les usages des particuliers' ; nous constatons enfin, dans la vie d*aujourd'hui, le prodigieux développement de ces amulettes, et nous les apercevons alors de toutes parts: aux mains des prêtres qui les vendent par millions*, au côté des enfants % à la ceinture des hommes \ sur les murs des maisons

Tandis qu*une des vestales répandait çà et M des grains de riz et des gouttes de saké (cf. plus hiiut, t. L, p. .T24, n. 4), les imihé tiraenl de quatre boites les joyaux sacrés et les suspendaient aux cuiiis de la salle. Pendant ce temps, les nitktilomi r/'citaient à voii basse (cf. en Polynésie, A. Beville, II, 108) le rituel du jour, célébrant entre autres chc»se:!i « les innombrables cor ions de grmim |M)rie-bonheur, que les joailliers sacres fatiriquèrent ««n prenant grand soin d*éTiter toute pollution et d'observer une propret** parfaite » (H VUl, 195). La procession allait ensuite à la salle de bains de i'emp**reur. puis à son prive, pour y accomplir les nuMnes purifications. iI)es«*ription de laft^te, au ix' siècle: T, IX. part. L». p. 11>2.1*.M.)

\, Parexeuiple.au xviii' siècle, le philosophe Mouri> KioubM cntique ces superstitions qui dominent encore la clas^se élevée. «* J*ai remarqué, dit-il, des amulettes de bonne fortune, appurt«'es chaque année îles temples en vogue, à rentrée des demeures de samouraïs fameux. .Mais ces guerriers n*eD ont pat moins été tués ou condamnés; ou bien leur lignée a été détruite, leur maison éteinte ; et beaucoup aussi ont été frappas par la honte et le malheur. Cest qu'ils n'avaient pas appris ce qu*est vraiment la fortune, et qu'i<'s se reposaient follement sur ces prières ou ces amulettes, qu'on devrait laisser aux femmes, liais hi^lasl maintenant, tout le monde est égaré : ceux qui devraient enseigner, les samouraïs, et d'autres, placés plus haut encore! » {àltUamjes ie Sourougadaif dans t. XX, part. 1, p. Ci-tT).) Il faut d'ailleurs tenir compte, dans le développement de lacroyanre aux amulette?, des influences étrangères qui vinrent compliquer et renforcci- à cet ei^.irl les anciennes id^es nationales (voir, pour la Chine, de Groot, index. v« a-nulettes; et par exemple, au i^rand temple de Nikkô, images de tapirs contre la peste, Uan'ihuok..,^ p. 445).

2) Kxemple : les temples d'Ice débitée «-n ni«*nus morceaux ;T, II, lOl, 102, 104). Ouant aux temples bouddhiques, quel est le voyageur européen qui D*a pas trouvé moyen irindemniser, d*une manière détournée, les prêtres qui lui avaient montre leurs richesses, en leur achetant quelques paquets d'amuletteg au moment du départ?

3) Dans le sachet de brocnrl {kintchnk''ni\ dont le charme intérieur {mamari'» fonda) les empêchera surtout d'être renverM-s ou enlevés dans la rue; ce qui ne fait pas oublier d'ailleurs la p.a<|uette de métal :^mtujh>t-fnu>ia) qu*on leur attache, pour plus de sûreté, avec le nom et l'adresse, en vue du cas où ils se ptîfd raient en chemin. (Voy. Chamberlain, ThinysjnfHinvsc^ 117.)

4. Dans la boite a médicaments, la blague à tabac, la bourse de l'homme du peuple ou du bourgeois ; ou bien eacore, sous la casquette du soldat ^Griffif »

OÙ elles liennent lieu d'assurances conlre Tincendie, la foudre, le vol, Tépidémie, les démons *, sur la traverse intérieure des portes', sur Tautel domestique même, où triomphent les saintes amuletles rapportées d'Icé". Puis, comme transition, nos recueils nous montrent des objets plus spéciaux, qui sont pourtant encore des préservatifs: le sabre de vie de Szannoô, son arc et ses flèches de vie« ; ou encore, dans la même légende, les écharpes que la fille de ce dieu donne à Oh-kouninoushi, et qui, agitées par trois fois, éloignent les serpents, les mille-pattes ou les guêpes ^ Le briquet que la grandeprêtresse du Soleil avait mis dans un <( auguste sac », et qui sauve Yamato-daké enveloppé par le feu des hautes herbes *, ofifre encore davantage le caractère d'un talisman proprement dit. Enfin, comme talismans très nets, dominateurs de la nature, nous avons Técharpe qui déchaîne les vents

24. 26, qui rappelle aussi Tusage thérapeutique d*avaler des amulettes en papier ; et cf. Chamberlain, Notes on some minor Japanese religious practices, dans Journ, ofthe Anthrop. /n5^,mai 1893).

1) Voy. Griffis, qui pense que sept millions de maisons doivent ôtre soumises à ce système d^assurances {The Mikados Empire, 440). Cf. C. Fossey, La Magie assyrienne^ 104-108; de Groot, op. cit., 596 seq. ; etc.

2) Voy. Griffîs, Religions of Japan, 25.

3) Ce sont surtout des fragments de la baguette purlBcatoire des prêtres qu'on met ainsi dans le kami-dana (voy. Salow, T, II, 102, et Florenz, T, XXVII 20 et pass,). Ces amulettes {ph-harài) sont distribuées deux fois Tan à la fête de la Grande PuriBcation, et en principe, elles ne sont valables que pour six mois; après quoi, le fidèle doit les jeter à la rivière ou à la mer, ou bien les brûler, les employer par exemple à allumer le feu du bain préparé pour les miii:o (vestales), après leurs danses sacrées à la fête patronale du dieu local {(nudji-gami) ; pour les remplacer, enfin, chaque père de famille devrait refaire, en personne, le long voyage d'Icé. En fait, les mêmes oh-hardi restent sur Tautel domestique un an ou même davantage ; et depuis la suppression officielle des oshi (vendeurs d'amulettes) dont le métier consistait jadis à les répandre dans le pays (voy. Kœmpfer, II, 41-42), des agences assurent ce service.

4) Ikou-talchi, tA'Ou-j/oumt-2/a,c'e8t-i-dire, suivant l'interprétation déjà donnée par Motoori (T, VU, part. 2, p. 126), des armes qui confèrent la longévité à leur possesseur. (K, 74.) Cf. les vêtements et autres objets de longévité en Chine (Frazer, Irad. franc.» I, 47-48) ; dans l'Inde antique, les amulettes en forme de javelot, dirigées contre certaines maladies (V. Henry, 206).

5) K. 72. Cf. plus haut, t. L, p. 339, n. 2.

6) K, 210-211. Cf. plus haut, t. L, p. 185, n. 2, m fine.

210 LK S111>NTUÎSML

et réchappe qui les arrêl<î • : IVcharpe qui soulève les vagues et réchappe qui les abat:; h* joyau qui fait monter la marée et le joyau qui la fait refluer'; en même temps

1) K, 201. Cette m&gip d^t vents est un d**% thr^mes familiors «le la sorcellerie primitive (voy. Kraier, tra«l. franc., I, 1J8-I3*'.), el l emploi «Je morce^iux dVloffe que Ton agitf inl^rvi^nt as>ez ^uuvent dans i-e cas (t^i'i., 128, 129 . Dans une autre It'f^eniie, le «iieu d** l'OciMu enseigne a Ho-ouon le moyen de faire souftltir la tempMe en sifflant sur le rivage, de fapaiser ensuite en cessuit de •iflW (N, I. 106-I<r7; et cf. Fraier. I. 130).

2) K, ibid. (Cf. note suivante.)

3) Shihif'mit$oU'tumn *»i shih'j-hirou-tanvi. K, 124-125. N\ 1 .94,l>91iO. 103;et cf. plus haut, t. L, p. lH7,n. 3. Suivant les instructions du di**u de TOcean, tantôt Ho-ouori sort le premier joyau pour noyer son frère, tantôt i! exhibe le second joyau fiour le sauver, jus«{u*au monn'nt où Ho-deri ilemand»^ irrAce. Le vaincu 8e harhoudle alors de terre rou>c*'i et commence une pantomini«* ou il représente par dns gestes appropriés les diverses phases de si noyade. D'où une danse fameusiï, que les ktif^ti-hito (c liommeg. faucons », a la fois ^'ardes imp**riauz et liouiïons de rour) exeiMit^iienl S'»ijV''ni au viii« siècle, et qui sVst d'ailleurs transmise juff<)u'a nos jours (K, 125, .N. I. !)(, 107. pour la pantomime; pour ses acteurs, K, IIH, N, |, ir»0, sif^nalaiit leurs abuiements bizarres a certaines cérémonies, 3<>5, 375, etc. ; et cf. .\. IV>n;izet, "/i. cit., is-rHi). Celte glorification d'une vieille légende t^levée li la pleine lumière du drame sacre montre assez Pimportance qu'avuit garde, «lans rimaginalmn japonaise, le souvenir des deux précieux talismans. Il ne s'agissait pourtant ici que d*uiie conception assez élémentaire : un homme englouti par les eaux que le sorcier fait monter comme il fait souffler les vents(v(>y. en effet, N. I, 9S. cf. Bnuché-Lelercq. I, IS&, Laag, 103 seq., etc.). Mais la magie des marées cuiii;>ortt'. chez d autres peuples, une idi^e inverse, et fort curieu>e : !;i notion qu*une harmonie mystérieuse existe entre la vie humaine et le flux on le reflux de la mer. .\ ce nouveau point de vue. c'est quand la mer munie qu'on naît, qu'on devient fort, qu'on prospère ; c'est lorsqu'elle de^^cend qij*on perd son énergie, qu'on tombe malade et qu'on meurt. Otte étrange théorie, qui se retrouve partout, depuis la Grèce antique jusqu'à la Bretagne moderne (voy. Krazer, trad. franc., 1, 4'» seq.), et depuis l'Angleterre t Shakespeare. Henry W acte 2, se. 3. fMckens, David ro/>;MT/!t7'/, cil. 3(») jusqu'en Chine (de Grooi, \\H sq.\ aux Imles néerlandaises et aux Iles de la Heine Charlotte (Frazer, ihid., iG-i7). apparaît au Japon aussi dans le plus ancien récit d'envoûtement que nous aient laissé nos viei.les annales. Le ff Jeune homme du brouillard sur les montagnes du printemps » vient d'obtenir la vierge d'Idzoushi (voy. plus haut, p. 45, n. 7), et son frère aîné, plein de jalousie, refuse d'exécuter les termes do leur gageure. La mère pre-i 1 le cadet sous sa protection, et lui enseigne les moyens d'envoûter Taine pour l'amener ;i se repentir. Un de ces procédés consiste â prendre des pierres dans le lit de la nviiTe vo.-ine, à les inoui ier de saumunf et a dire en? .:'.•• celle .::.i .ri:.aiou : *• l)e intMne qi:e l'eau <ie la mer monte, fiuis se retire, éiéve-loi et sois abaissé! »» El en etl'el, le jeune homme « se dessèche, se fane, tombe malade et reste gisant

LE SHINNTOÏSMi: 2il

que, dans le domaine humain, un très vieux mythe nous cite les dix « trésors célestes » qui, secoués par le fils des dieux suivant les instructions d'Amatéras elle-même, doivent ressusciter les morts '. Mais tous ces objets magiques sont déjà de vrais fétiches en puissance ; et lorsque la légende sacrée nous énumère les objets précieux qu'Ama no hi-boko apporta de Corée', elle ajoute aussitôt que « ces choses fu-

pendant huit années », jusqu'au moment où la mère, touchée de ses larmes, renverse la malédiction et « apaise son corps. » (K, 264.) M. Chamberlain, ne songeant pas à la croyance générale que nous avons signalée, rapproche è tort des talismans du dieu de la Mer ce mode d'envoûtement, qui repose sur un principe tout contraire. Dans l'histoire des frères ennemis, on prend des pierres de rivière, sans doute parce qu'elles ont déjà quelque chose d'aquatique, peut-être aussi parce que ce sont des pierres polies (voy. Victor Henry, op, eit,^ 55, et cf., i6((i., 227); on les assimile ensuite à l'élément marin en les trempant dans de la saumure ; et dès lors, la victime se trouve livrée àTenchantement comme un galet du rivage, que les caprices des flots soulèvent dans leur vie puissante ou laissent retomber, glisser vers l'ombre et la mort,

1) D'après le Kioudjiki, H, 2 : un miroir de la pleine mer, un miroir du rivage, un sabre de huit empans, un joyau de naissance, un joyau de retour de la mort, un joyau de perfection, un joyau du chemin de retour, une nageoire de monstre marin, une aile d*abeille, et une nageoire (ou aile] de diverses espèces. (Cf., pour les joyaux, R I, 114, et dans T, Vil, part. 2, p. 125-126, les savants commentaires de Satow, qui ne se trompe qu'en regardant ces objets magiques comme des épithètes d'Amateras ; pour les miroirs, voir note suivante.) La déesse du Soleil donne alors à Ninighi ces instructions : « En cas de maladie, dis à ces dix trésors : « Hù fou, mi, yo^ itsou, moUy nana, ya, kokono, tari » (ou, d'après une autre version : « Ht, fou, m?, yo, i, mou, na, ya, ko, to », c.-à-d., dans Tun et l'autre cas : un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix; cf. T, II, 117). Puis, secoue-les youra-youra (onomatopée). Et si tu fais ainsi, les morts reviendront à la vie. » Cette révélation nous est donnée comme Torigine du rite qui consistait à secouer (fourou) les objets magiques, et qui était représenté à Tépoque historique par la cérémonie appelée milama-fourishiki (secouement des augustes joyaux), en vue de renouveler les forces de l'empereur et de prolonger sa vie (voy. Aston, sur N, II, 373, où cette fête nous est signalée en Tan 685).

2) Pour ce dieu, voir plus haut, p. +6, n. 1. D'après le N, I, 168, ces objets consistent en trois pierres magiques, un petit sabre et une lance d'Idzoushi, un miroir du soleil et un kouma-himoroghi (cf. aussi N, I, 169 et 185). La liste, toute différente, du K, 261, énumère, outre deux colliers et les écharpes que nous avons déjà rencontrées (p. 57-58), un miroir de la pleine mer et un miroir du rivage (voy. aussi note prérédente). I.'*- armes d'Idzoïishi étni«vit peutêtre de pierre (voy. en eiïet N, I, 185). Lvhunuroijlii est une branche de cléycro

rent déposées dans le pays de Tajima, et faites choses divines pour jamais' ». « Go sont là, dit un autre lexle\ les huit grandes divinités d'Id/oushi », le distrif?t des « pierres sacrées » '. Ainsi, par un progrès normal dont nos documents nous donnent la vision très claire, Tamulette ou le talisman peuvent devenir des fétiches, et mi^me des fétiches nationaux.

Nous arrivons ainsi aux fétiches proprement dits, cVst-àdire aux choses magiques animées. Ces fétiches sont des objets qu*on personnifie parce qu*on les regarde comme la demeure d'un esprit : examinons donc Tesprit, puis sa demeure. Quel peut être Tesprit ? Ln esprit quelconque, soit indéterminé, soit déterminé, et dans ce dernier cas, soit

dressée, aver p.ipitTs ri'toinbant?, ci 4]u*«M)lourc un pdit espace libre fermé par une clôture (cf. celle fiiceiriie sacrée au tt^nu^nns, au templum, el voy. Aston, op. rit,, I, pp. 81, II. y el 82, n. 1 : Fior.'nz, ♦.;). dt,, p. il>7, n. 66, et dans T, XXVII, part. 1, pp. 8, 32 cl pnss,) Quaiit aux miroirs de la pleine mer et du rivage (oki taou hnjami el hé tsou k'i'jami)^ si nous les rapprochons du miroir du soleil {hi'kagami) qui lient leur place dans le passa^^e correspondant du N, et si nous évoquons aussi le souvenir du miroir qui joue un si f^rand rôle dans la légende de l'éclipsé (voy. plus haut, 1. XLI\, pp. S15, 317;. peut-être ne serons-nouA pas trop rloignés de la vérité en suppusunt que ces miroirs magiques étaient destinés à faire briller le soleil. Celte hypothèse serait en harmonie avec lesprit du rontexle (écharpes qui commandent aux vents et aux flots) ; et en même temps, elle s'accorderait très bien avec certaines coutumes océaniennes. Kn elTet, tandis qu'aux îles Fidji on lie des herbes pour arrêter le soleil (ce qui correspond aux shinu^-Hawa du récit Japonais), aux Iles de Bankt on emploie, pour obtenir sa lumi«-re, une pierre ronde, ornée de rubans, qu'on suspend à un arbre élevé (ce qui rappelle non moins exactement le miroir que les divinités shinnlotstes accrochèrent, entre les joyaux magiques et les bandelettes propitiatoires, aux branches du sakaki sacré). La pierre circulaire des Océaniens s'appelle d'ailleurs « pierre du suleil » (Frazer, trad. franc., I, 125 et cf. 12G), de même que notre u miroir du soleil »>, qui est pareillement un astre factice (voy. en effet N, 1, 46). Dans le mythe de Téclipse, c'est surtout le miroir qui avait attiré la déesse; lorsqu'elle donne Tempire à son petit-6l8, c'est le même miroir qu'elle lui confère, comme un reflet de son être (K, 109); et par conséquent, les deux miroirs que le Kwwijiki lui fait octroyer au même Ninighi, dans la même occasion, doivent bien avoir la m<>me nature cl la même lonolion qtit* ce vieil instrument de magie solaire.

1)N, I, U>8. el cf. 18i3.

3,1 Voir plus bas, p. 216, n. 5.

naturel, soit humain. L'étude du vieux Shinnlà contredit en effet la thèse exclusive, et par suite fausse, qui n'admettait ici que les âmes des morts ' ; et tout au contraire, dans la plupart des cas, ce sont des esprits naturels qui viennent hanter nos fétiches*. Les simples talismans dont l'énergie intime finit par être divinisée suffisentamplement à l'établir'. Mais en d'autres cas aussi, ce sont des esprits humains qui vont animer les choses. Je n'en veux pour preuve que la vieille coutume de mettre une perle ou un joyau dans la bouche des morts, afin de recueillir leur âme et de la fixer sur un soutien précieux*. Toutes sortes d'esprits peuvent donc se loger dans

1) H. Spencer, I, 416 seq., 435, 444. — Est-il besoin de réfuter la théorie plus récente, mais encore moins soutenable, qui regarde le fétichisme comme dérivé d'un totémisme initial? D'après F. B. Jevons {op. cit., 137 seq.), Tautel où l'on évoquait le dieu par des libations sanglantes aurait été lui-même divinisé, quand le sens du sacrifice fut perdu. Mais, sans insister même sur le caractère primitif et direct du culte des pierres en général (voy. Marillier, Rkv, d'hist. des religions, XXXVII, 227), il nous suffira de constater qu'au Japon ce culte existe alors que le totémisme y reste inconnu. On pourrait faire la même observation pour bien d'autres pays, à commencer par l'Inde antique, où le fétichisme apparaît aussi, mais où M. Victor Henry n'a pu découvrir la plus légère trace de totémisme (voy. op, cit., Préface, pp. xxivseq.)

2) Supposons qu'un coquillage soit vénéré parce qu'il rend le bruit de la mer : la voix de ce fétiche seratt, sans contredit, la voix même de la nature. Or, celte conception se retrouve dans un récit du K, 285 (voir plus bas, p. 62, n. 4). — Même variété d'ailleurs dans l'origine des esprits fétiches chez les Polynésiens, les Sibériens, etc. (voy. Goblet d'Alviella, dans Rev, d'hist, des religions^ XII, 15, 16).

3) De même que certaines vertus des plantes conduisent à les diviniser (voy. plus haut, t. L, p. 324), de même, dans un ordre d'idées moins général, les propriétés physiques d'un talisman mènent tout droit à son adoration comme fétiche.

4) Au Guatemala, quand mourait un grand seigneur, on lui mettait aussitôt une pierre précieuse dans la bouche, soit après la mort, soit même avant, pour recevoir son dernier soupir. Au Mexique, on plaçait à côté du cadavre une perle, qui devait lui servir de cœur, c'est-à-dire d'àme, dans l'au-delà. (Références dans H. Spencer, I, 432). Or, chose curieuse, la mérae pratique se retrouve dans un passage du N, qui nous la donne comme une coutume japonaise et chinoise tout à la fois, et qui réunit dans sa description la pierre et la perle américaines. Il s'agit des mesures prises, en 6i6, par l'empereur Kôtokou pour mettre un frein aux dépenses exa;;rérées qu'entraînaient les funérailles; et entre autres prohibitions, à l'appui desquelles le souverain invoque l'exemple

211 r.E snixxTnïsME

l«'s Miches: et nous allons voir qu'inversement ces esprits peuvent s'introduire dans toutes sortes d'obj«'ts.

Kn effet, peut d«Menir fétiche loute chose mobilière et susceptitde d*approprialion. Il faut et il suffit que l*ohjet soit transporUihle et qu'on puisse s\mi faire un dieu particulier : peu importent ses autres caractères. Nous allons donc trouver, dans le félichismi' japonais, les objets les plus disparates* choisis et élevés à cette di^^nitê d«* petits dieux pour les motifs les plus divers. C<* sera tantAt en raison de leur matière, comme les pierres précieuses* ; tantôt en raison de leur forme, comme tel caillou qui offre Taspect d*UD animal*; tantôt en raison de leur couleur, comme les joyaux rouges

H*un prince Hu «< Pavft occidental )>, se trouve justement celle de « déposer dams la houf-hp iiu m'ut fps perles «m dfn pierrf^ précieuses » (N, II, 218). Celle coutume reli;(ieu8e se rattai'he peut-»Hro à la notion japonaise de l'Ame-joyau (lama;^ et en tout cns, ell<» ne put qu»' rt^nforcr la confusion des deux idées en un mot uni'|u^. KHe m^is rappelle aussi l«» joyau, pierre ou perle, dont certaines it'gpndes flr'^nt i'Arn»' du dritron, depuis le» Homains (Pline, Hist. nat.^ I. XXXVlï, rh. 10) jusqu'aux Chinois (de «îroot. 'Mr.K I-Wô»). Mais ce qu'elle met surt'iul en relief, c'est l'éternel d»»sir d'assurer " ceiif vie obscure et indêfinissahk qui reoomm'*nce dans la tonihe is de per^^tuer iViistence du fantôme «qui risquait toujours de se dissoudre et de s'évapnrer s'il ne trouvait un appui matériel où s'attacher et s^' preTidr»» » (Georges Perrot, dans Rev, des deux mondes^ !•' fèv. ISSl, p. 581 s**q.)- Ce qui est vrti di»s Kpypliens, arec leurs momies et leurs statues, l't'sl aussi de maint autre peup-e, et notamment des Japonais. *< La croyance originelle, dit Herbert Spencer, est que, de même qu'un cadavre, nu une momie, ou une ffH^He, peut étr»' oct'upé par un esprit» de mi^me aussi un»' pierre f»eul l'être » (op. cit., 432). Dans le N, !. 213, nous avons vu un cadavre coufisque par les f^ens d'un village, qui ï^'en font un fétiche 'supra, t. XLIX, p. 147, n. 4). Dans I*» N, II, :^K5, 3S8, une couronne de joyaux, i|ui porte le nom significatif de mik'vjhé (ombre auguste), devient, sur \(* tombeau provisnire de Djilô, le support visible di* son âme, et c'est « en reganiant cettr couronne comme son ombre » {lam'i'kadzouriX ko'jht* ni mietsou^ tsnu) qm* rimpératrice s'adresse aux mJnes du défunt. Knfln, en attendant Timporlation de lu tahlett<* funéraire où les Cliinois atlai^hent une des trois Ames du mort ivoy. plus haut, t. XLIX, p. 140. n. .'î fl t. LU. p. U, n. 2), nos Japonais emploient déjà le procédé ingénieux qui consiste à capter le souille humain en le iixanl sur des gemmt'S. .Nous avons ainsi dans N'ur anci^^nne histoire r»îligi«»usp, sans «iépasser m^me le vu' siècle, t«»ule r»»volulii.)n en raccourci.

1) Par l'Xi'mple, K, Ht).

'Ji A Iviosliuiia, 7»i'/*'i-/v/i/. « |»ierre-H'retj-iuil!»' »• (voy. L. Hearn, I. >^); au Yoshiwaia l»* Tokio, hytikko-sM, •« pi err»»- renard blanc», qui protège ••»» quartier spécial [Ni'jhtlt'ss City, 26) ; etc. (Cf. Lang, 379.)

w^^^^^^^'^^^^m^Ê^mmm^Ê^mmmmmmiÊÊmmmm^m^

OU blancs, reflets de Téclat solaire ' ; tantôt en raison de quelque propriété secondaire, comme le son étrange d'un certain luth*. Ce pourra être aussi à cause des circonstances dans lesquelles ils furent découverts' ou importés* ; ou à cause des services qu'ils pouvaient rendre à leur maître ' ; ou à cause de la gloire qu'un possesseur illustre fit rejaillir sur eux* ; ou à cause du rôle brillant qu'ils avaient joué dans la mythologie nationale \ D'une manière générale, c'est surtout en tant qu'objets insolites* qu'ils seront adorés, parce que l'étonnément et l'admiration sont des sentiments qui mènent droit au culte. « Ces trésors, dit l'empereur Souïninn parlant des fétiches de Tajima', furent faits trésors divins, à l'origine,

1) K, 56, 259, etc. ; N, ï. 168, lô9, 182, 185, etc. (Cf. Japan Mail, 14 nov. 1903, p. 525-526).

2) Sous NinDtokou, un arbre géant est employé à la construction d*un navire, le « Karano », avec lequel, matin et soir, les gens de la maison impériale vont chercher Teau fraîche à l'Ile d'Awadji. Après de longs services, le vaisseau est hors d'usage : on le démolit et on l'utilise comme bois de chaufTage pour fabriquer du sel. Mais il reste un fragment qui ne veut pas brûler, ce qui apparaît à tous comme un miracle. On présente ce morceau à Tempereur, qui ordonne d'en faire un luth {koto). L'instrument s'entend sept lieues à la ronde; il semble avoir gardé de ses origines un retentissement marin ; et quand Tongle gratte ses cordes, on croirait écouter « le bruissement (sayasaya) des plantes humides froissées contre les rocs du port de Youra w (dans l'île d'Awadji). K, 285, et cf. N, I, 268-269. — Dans le môme ordre d'idées, les colliers-fétiches de la légende sont admirés, non seulement en raison de leur éclat, mais aussi à cause de leur « aimable grillottis », comme eût dit saint François de Sales; et c'est ainsi qu'Amatéras ou Szannoô ont soin de faire tinter leurs joyaux au moment d'engendrer des divinités nouvelles (K, 47-48; cf. aussi le vieux rite décrit ci-dessus, p. 59, n. 1). — Enfin, après le son, l'odeur aussi a pu jouer on certain rôle (cf. H. Spencer, I, 431), par exemple dans le cas des peignes adorés comme une espèce de prolongement de la personne vivante qui les avait en quelque sorte imprégnés de son essence (voy. K, 213).

3) Dans le corps d'un blaireau, on trouve une pierre précieuse : elle est présentée à l'empereur, puis déposée au temple d*Iso-no-kami (N, I, 184-185). Comme exemple moderne, voy. T, III, app., p. 68.

5)K, 119, etc.

6) K, 135, 210, etc.

7) K, 58, etc.

8) Voir sur ce point H. Spencer, I, 433 seq., et cf. plus haut, t. XLIX, p. 132, n. 2.

9) Apportés de la Corée par Ama no hi-boko (voir plus haut, p. 59, n. 2).

216 Le SHIN^CTOÎSMB

parce que le peuple de celte province vit qu'ils étaient admirables S). On ne saurait mieux définir la genèse habituelle de tous les fétiches en général.

Si no'is essayons de les classer en quelques grandes catéf;ories, nous trouvons tout d'abord les objets naturels, et en première ligne, parmi eux, les fétiches d'origine minérale. Les pierres, on effet, solides et durables, sont un élément favori du fétichisme indigène ; surtout les pierres précieuses, que nous pouvons ranger avec les objets naturels, parce qu*ici la valeur de la matière, bien que d*ordinaire peu élevée', remporte cependant sur celle d*un travail grossier. Ces pierres précieuses composent les fameux colliers qu*on voit étinceler, qu*on entend tinter à travers toutes nos légendes', et qui souvent deviennent des fétiches certains*; d'autres fois elles apparaissent, isolées, avec le même caractère, comme dans le grou|)e illustre des grands trésors d*ldzoushi, où divers joyaux tiennent lo premier rang». Mais pas n'est besoin de gemmes recherchées pour obtenir Tadoralion primitive : les pierres communes suffisent, et une pierre blanche quelconque peut être prise comme dieu par un village entier \ Viennent ensuite les fétiches d'origine végétale : un arbre d'aspect bizarre \ une racine étrange ', peut-être une

2) M. TsouboT a remarqué, en effet, que parmi les nombreuses matières dont se composent les magatama (nupra^ t. XLIX, p. 3rj, n. 4), ce sont surtout le jaspe, Tagate, certains marbrps inférieurs qui semblent dominer à l'époque la plus ancienne. (Cf. aussi Satow, dans T, IX, part. 2, p. 198; Aston, op. cit.^ I, p. 3H et 49; Florenx, op. cit., p. 85, n. 36; etc.)

:i) K. 43, 47, 56, 99, etc. (Cf. H^r. tVhi<t, >ks religions, XXXïX, 333).

4) Par pxemple, K, 43, 103, 251. etc. (Cf. Lanç. p. 188).

5) K, 2r)l; .N, 1, 168-169, 185. Idzoushi semble bien venir de i^iioM-isAi, a pierre sacrée ». L»»s divers fétiches adorés dans ce district portent le nom commun de <« trésors de joyaux ». ill est vrai que nos anciens Japonais qualifiaient de « f^emméo v toute chose précieuse quelconque : la lance dMzanas^hi, K, 18,1e vase des servantes de la princesse Toyo-tama, K,121.et'\). Kn to'itcas, dans les listes des trésors d'idzoushi, les joyaux sont cités avant U>s autres objets.

6) N, I, 168. Voir ci-dessus, p. 195, n. 4.

7) N\ I, 2M, 297, II, 187, etc. Cf. A. Rèviile. 1, 217; H. Spencer. 1, 433; Gohiet d'Alviella, hc, cil,, p. 4 ; etc.

8) Voir plus haut, t. L, p. 413, n. 2. Cf. A. Rèville, I, 81.

LE SMINNTOÏSME 217

calebasse* ou une poignée de cendres tirées du bois dont on faisait les cercueils* ; et de nos jours encore le paysan japonais qui, au moment de commencer son travail, veut se donner la protection d'un fétiche, dressera aussi volontiers sur la limite de son champ une baguette de bois qu'un éclat de roc'. Fétiches d'origine animale, enfln : une perle éclatantes le plus souvent, mais au besoin aussi, une simple chenille*. Après quoi, il ne reste plus queThomme, dont le

i) Certains faits que nous avons déjà signalés (supra, t. L, p. 178, n. 3, et surtout p. 338, n. 1) rappellent de bien près les calebasses-fétiches qu'on adore en divers pays (voy. A, Réville, I, 371).

2) K, 231. Voy. plus haut, t. L, p. 322, n. 5 : cendres de podocarpe que, sur Tordre des dieux, l'impératrice Djinnghô met dans une gourde pour apaiser les vagues de la mer ; or, cf. Goblet d'Alviella, loc, cit„ p. 15, n. 5 et p. 21, n. 1.

3) Observé par M. Griffis (op, ci7., p, 23).

4) La perle est signalée plus d'une fois dans nos textes, soit comme simple objet précieux (N, II, 27, 34), soit comme une merveille qui offre un caractère sacré (N, I, 219,323). Cf., pour l'Inde, V. Henry, 90; pour la Chine, de Groot, 195. Mais l'observation la plus curieuse est celle du voyageur chinois qui, en l'an 600, admire au Japon des perles « de couleur sombre, grosses comme un œuf de poule, qui brillent la nuit et qui, à ce qu'on prétend, sont des yeux de poisson. I» Peut-être s'agissait-il, en réalité, d'yeux de monstre marin pareils à ceux qu'on a récemment tirés des vieilles momies du Pérou, encore frais d'apparence et sentant l'eau de mer. (Voy. E. H. Parker, op. cit., p. 45.)

5) « Un homme des environs de la rivière Fouji, dans la région de l'est, nommé Ohfou Bé no Oh, pressait les autres villageois d'adorer un insecte, disant : a Ceci est le dieu du monde éternel. Ceux qui l'adorent auront longévité et richesses. » Alors les sorciers et les magiciens, se prétendant inspirés, dirent : u Ceux qui adorent ce dieu du monde éternel, s'ils sont pauvres, deviendront riches; et s'ils sont vieux, ils seront jeunes de nouveau. » Ils persuadèrent ainsi aux gens du peuple de jeter à la porte tous les objets précieux de leur maison et de mettre au bord du chemin leur vin de riz, leurs légumes, leurs animaux domestiques ; et ils leur firent crier : « Les nouvelles richesses sont venues! » Soit dans les campagnes, soit même dans la capitale, on se procurait l'insecte du monde éternel, et, le déposant en un endroit purifié, on demandait le bonheur avec des chants et des danses. Les hommes abandonnèrent ainsi leurs trésors, sans nul motif; les pertes et le gaspillage furent poussés aux dernières limites. Mais sur ces entrefaites, Kahakatsou, Kadono no Hada no Miyakko, fut irrité que le peuple eût été ainsi trompé, et il frappa Ohfou Béno Oh. Les sorciers et les magiciens, intimidés, cessèrent de prêcher ce culte. Et les hommes de ce temps composèrent une chanson : « Oudzoumasa (c. à. d. Hada no Miyakko) a exécuté le dieu du monde éternel, celui qui, nous disait-on, était le vrai dieu des dieux! » Cet insecte, qui vit d'ordinaire sur l'oranger, et parfois sur le hosoki, avait plus de dix centimètres de longueur et presque la

218 LK SIIINNTOÏSMB

cadavre pourra encore servir au inAme usa^e religieux *. Nous dislin;;uons ensuite une seconde classe de fétiches : ceux dont Tosprit réside on des objets Tabriqués. Parmi ces derniers objets, les plus susceptibles de recevoir un culte seront sans doute ceux que Tadorateur n*aura pas faits de ses propres mains ou qu*il n\'iura pas vu faire sous ses yeux^ c*està-dire les produits d*une industrie étrangère*. Si, à cette heure même, les bonnes gens de la campagne japonaise, apercevant pour la première fois une maison construite à IVuropéenne, s'inclinent devant elle avec des prières et lai font l'oiTrande religieuse d'un liard \ à plus forte raison les hommes des temps primitifs, émerveillais en face des brillantes importations coréennes, durent-ils s'approprier ces ol)jets portatifs comme des féticbes de prédilection et les adorer dans la naïveté de leur cn>ur: nous savons en effet qu'ils leur élevèrent des tempb*>*. .Mais le besoin de se créer des divinités familières devait les ctuiduire à entourer d'un semblable culte les objets mêmes qu'ils avaient fabriqués ; et cette tendance devait surtout devenir une inclination irrésistible dans le cas des olijets intimes, personnels, qui étaient leurs serviteurs les plus utiles et leurs compagnons les plus chers. Le hameçon du pécheur, l'arc et les flèches du chasseur, étaient des amulettes bien proches parentes des fétiches ; et combien plus encore les armes du guerrier, les

grosseur du pouce; il était vert comme l'herbe, avec des points noirs, et ressemblait tout il fait au ver à soie. » (N, II, iHS-189, qui place en fan 644 oe cas curieux dVpidén)ie relifrieuse).

1) N, I, J13, Voir plus haut, t. XLIX, p. 147, n. 4. Cf. H. Spencer, I, 416,

SOq.

2) Kst- il besoin de rappeler le culte rendu aux premiers objets de proTenance européenne par les peuples qui ne connaissaient pas encore notre civilisation? Voir |>ar ex. A. Rèviile, 1, SI seq.

:*.) Noté par M. G. W. Knox (Grirfîs, op. rit., .3S2). Cf. H. Spencer, I, 433 (adoration d'un navire européen), etc.

î) Voy. plus haut, p. lill, n. 2 et p. CO, n. 1.

f) Kxempie : ia léirend'Jiu K, llW seq. i^upra, t. L, p. 1S7, n. 3). Ho-déri •>l llo-u j»ri eotiaii^ -nt le,.rs «< fortunes » (sa<c/tf, vieux mot v.i^ue qui signifia a la lois : boiiiieur, habileté uu chance pariiculière, chose qu'on se procure par ce talent spécial, instrument à Taide duquel on obtient cette réussite habituelle) ;

■^^^^^■■IW

LE SHTNNTOÏSME 219

sabres bien-aimés qui, dansTattaque furieuse ou dans la défense tremblante, l'avaient tant de fois couvert de gloire ou sauvé de ses ennemis* ! Que manque-t-il donc encore à ces objets magiques pour qu*i]s se fassent divinités magiciennes et qu'ils nous apparaissent, d'une manière évidente, comme des fétiches proprement dits ? Il faut qu*abandonnant la vague obscurité des choses individuelles que l'histoire néglige, ils reçoivent des hommes mêmes qui vont les adorer une plus large consécration. Il faut que leur renom s'étende à un groupe nombreux, à un village, à un district honoré pour ses traditions antiques'; mieux encore, à quelque puissante famille de chefs ou de prêtres héréditaires', à une lignée fameuse dont ils seront le trésor suprême, où ils seront transmis comme un legs vénéré h travers les générations*. Que

on sorte que le hameçon de ce pécheur, Tare et les flt^ches de ce chasseur sont oonçus en même temps comme des porte-bonheur personnels. Ainsi s'expliquent les sentiments de l'aîné lorsque son oa let vient de perdre le vieux hameçon cju'il lui avait confié, a Le cadet, brisant le grand sabre dont il était ceint au- (justement, en fit cinq cents hameçons, qu'il offrit en compensation à Tainé; tuais celui-oi ne voulait pas les prendre. Alors le cadet fil un millier de hame- 52on8; mais Taîné s'obstinait à les refuser, disant : u Je veux mon véritable hameçon originaire. » (K, 120-121.) Pour achever d'éclairer ce texte, il suffit de constater que, chez les Indiens d'Amérique, on préfère le hameçon unique avec lequel on a pris un gros poisson à une poignée de hameçons qui n'ont pas encore servi (Lubbock, op, cit,, p. 31). Knfin, de même qu'un bon hameçon fait la fortune de son possesseur, un mauvais hameçon, sur lequel on a jeté un sort, cause sa perte (K, 123-124; N, 1, 99-100). Cf., dans l'Inde, les prières du laboureur à sa charrue, du pécheur à son filet, etc.. (A. Barth, loc, cit,, pour l'Inde antique; H. Spencer, f, 439-440, pour l'Inde moderne).

1) K, 63, 74, 134, 210 seq., etc. Cf. Lubbock, 31, 314, etc.

2) Par ex., K, 261.

3) Sous le règne de Soudjinn, au sommet d'une montagne, un esprit vêtu de blanc, armé d'une lance blanche, apparaît et réclame des offrandes en termes obscurs. C'est Také-mika-dzoutchi, le dieu-sabre qui prépara la voie au petitûls desdieux (vid. sup., t. L. p. 422, n. 6 et t. LI, p. 47, n. 3). {]n nakalomi, Kikikatsou, explique l'oracle en ce sens que, si lui-même est désigné pour rendre ce culte, l'empereur étendra partout sa domination. En cons«''quence, Kikikatsou devient le premier grand-prêtre de Tjiké-mika-dzoutclii, qui se trouve .mnexé comme dieu ancestral par les Nakatomis d'abord, puis par une branche de leur clan, la grande famille des Foujiwaras. (Réc;t du llitatchl Foudoki, commenté par Sir Ernest Salow dans T, VII, part. 4» p. ill Fîq.)

4) Pour cette évolution, cf. A. Réville, 1, 82-84.

220 LE SHINNTOÏSMC

cette famille arrive à dominer les autres, à se manifester comme le clan souverain auquel tout se ramène et dont tout dépond : ces ohjels domestiques deviendront peu à peu le patrimoine commun de la tribu tout entière et seront adorés comme grands fétiches publics.

C*est ainsi que nombre d'objets, naturels ou artificiels, passent de la légende dans les temples. Pour les énumérer, il faudrait redire toute la mythologie du Shinntô. Indiquons seulement, comme objet naturel, la pierre de Djinnghô, que le village d'Ito conservait' ; comme objets fabriqués, le sabre de Djimmou et les mille « Compagnons nus », « trésors divins » du temple d*Iso-no-kami'. Le gohei lui-même, cet objet sacré où se résume tout le culte shinntoîste, et qui à Torigine n'avait sans doute pour fonction que d'attirer les esprits comme une pointe appelle la foudre, ne devient-il pas ensuite le siège permanent des dieux et enfin un dieu véritable, un fétiche immense et multiple, le fétiche suprême de la tribu' ? Mais entre tous les objets fameux dont se compose

1) « Tandis que l'organisation (de la Con'e conquise par rhéroîne) n*était pas encore achev«''e, l'enfant dont elle était enceinte fui sur le point de naître. Aussitôt, pour retenir son aufj^uste sein, elle prit une pierre et l'enveloppa dans la ceinture de son vêtement : et l'auguste enfant ne vint au monde que lorsqu'elle eut fait la traversée et attf'int la terre de Tsoukoushi » ^K, 233 ;N, I, 229). Les commentateurs européens sV^aient volontiers de cet incident. En réalité, je crois qu'il s'agit iri, non d*uiii^ fantaisie individuell<\mais d'un procédé magique égakment employé dans 1 Inde antique (V. Il>'nry, op. rit,, i37> et en Assyrie (C. Fossey, o;>. cît.^ 110). Ou;int à l'adoration de cette pierre merveilleuse, elle n'est pas plus absurde que, par exemple, cell»' de la pierre avalée par Cronos, qu'on conservait, à Delphes, cnvelopfiée de laine, et que les Grecs pieux oignaient d'Iiuil»' comme Jacob la pi»'rre de Bethoi (P. Decharmi^ op. cit., 7,36; et cf. Lang, op. ri7., 254, *J8l). — Le K et le N ne parlent que d'une seule pierre, qui se trouvait au bord de la route d'ito; mais la tradition populaire attacha ce culte à deux pierres blanches, en forme d'œuf et longues d*un pied, qui finirent par iHrc volées.

3) Voir plus haut, t. XLIX, p. 315; et cf. Satov^'. dans T, II, p. 109, 110, 115. Rt'marquons ici la ressemblance du f/"/<Cf, cette baguette dressée d^oii retombent des bandelettes de papier découp«', aver Vinao de saule des Ainous ;nalpin'lnr. 60, 87, IU2\ aver la baguett** analogue de certaines tribus de l'Inde (sir llarry Parkes, T, 11, !J2), etc. Les étoffes suspendues «|ui furent le prototype du gohei lui-même offrent un parallèle non moins signifîcatif avec les ru-

LE SHIN.NTOÏSME 221

l'arsenal du fétichisme indigène, il en est trois qui, par leur origine, leur histoire mythique etleur place dans les annales du pays, exigent une mention particulière : ce sont les trois insignes du pouvoir impérial, le miroir, le sabre et le joyau de la maison souveraine.

Le miroir sacré est celui qui^ dans le mythe de Téclipse, fit reparaître la déesse du Soleil' : c'est un talisman devenu fétiche*. Bientôt, en efifet, Amatéras elle-même le confère à Ninighi en des termes qui montrent bien que son âme y est attachée^ « Regarde-le, dit-elle, comme mon augusie esprit, et révère-le comme si tu adorais en ma présence*». Ou encore :

« Qu'il soit avec toi dans ta demeure, sur ta natte ; qu'il te soit sacré*! » Et lorsqu'elle adjoint à son petit-fils, pour l'accompagner sur la terre, deux autres dieux qui justement sont les aïeux des grands sorciers nationaux : « Veillez sur moi, leur ordonne-t-elle ; prenez soin tous deux de ce miroir et gardezle bien* ». Cependant, plus tard, un souverain timoré,

bans du fétichisme nègre (Goblet d*AlvielIa, loc. cit., p. 14, n. 1) ou les bandelettes de l'idolâtrie antique (Maury, Rcl, de la Grèce ant., H, p. 44).

1) Cette identification résulte à la fois du K (109) et du N (1, 48), qui nous dit que le miroir de l'éclipsé « est la grande divinité qu*on adore à Icé ». Cet objet sacré offrant un léger défaut, on Texplique tout naturellement par l'hypothèse d'un coup qu'il reçut en s*entre-choquant avec la porte de la caverne (N, I, 48). — Le nom exact du miroir est Ya-ta kagami. M. Chamberlain (p. 56, n. 23) traduit : « miroir de huit pieds » (de diamètre). Sir Ernest Satow (T, IX, part. 2, p. 197) : « miroir aux angles nombreux ». M. Florenz (p. 98, n. 24) : « miroir à huit angles », parce que le culte shinntoïsle emploie, outre les miroirs ronds, des miroirs de forme octogonale. M. Aston (p. 43, n. 3) : « miroir à huit poignées », parce qu'on trouve au Japon, outre ces miroirs octogonaux, des miroirs ornés de clochettes, et qu'on peut considérer comme des poignées les huit coins des premiers ou les huit saillies des seconds. Le sens adopté par M. Chamberlain me semble le plus probable (cf. plus haut, t. L, p. 343, n. 5, et ci-dessous, p. 72, n. 5). — Quant à la matière de ce miroir (fer plutôt que cuivre), voy. Satow, loc. cil,, p. 197.

2) Voir plus haut, p. 211, n. 2.

3) Pour la conception générale des rapports qui peuvent exister entre un miroir et une âme, voy. Frazer, trad. franc,, I, 224 seq,

6) N, ibid.f et cf. I, 76, Amé no Ko-ya-né est l'ancêtre des nakalomi; Fouto-tama, des imibé, — Ces textes prouvent assez, contre l'opinion des écrivains japonais qui veulent faire du miroir une simple image symbolique (voy.

222 LL Slil.N.MolSMK

inquiet de la responsabilité qui IVerase à un momeni de trouilles publirs, se trouve mal à Taise en songeant qu'il vit avec une divinité aussi redoutable*: il rompt la tradition observées jusqu'alors et confie le miroir à une prêtresse impériale, qui le conserve dans un villa^fe \oisin': à son tour, celle-ci le transfère à la princesse du Vamato. la vestale fameuse qui, apn*s divers voyages religieux, s'arrête enfin à Icé, suivant les instructions mêmes de la déesse \ et c'est là, au sein du <c Temple intérieur'», invisible en son précieux tabernacle*, que le miroir divin reposera désormais.

L'histoire du sabre indique la même évolution de l'objet magique au fétiche. A Torigine. c'était le grand sabre acéré

T, II. 1110) 'l^^- ^^^ partisans lie l.i prêspnce réelle d'Amatèras dans cet objet matt'rirl sont I^s vrais <ièfi*ns«urs do la tradition.

1) N, I, 151. qui attribue le fait à la sizièmn année du rè^ne de Soudjinn (92 avant J.-C).

2) N, I, ir)2, et cf. K, 171.

3) N, I, 176-177 (d'apros la l'Iironoloi^îe tradition in'lli', on Tan 4 avant J.-C). \) Voir plus Iiaut, t. XLIX, p. l.'{5. — Au t»*inplp voisin, le mi-tama'$hiro

(substitut de Tau^Miste esfirit) de la dê(*8se de la Nourriture est. dit-on, pareillement un miroir, ainsi que li's fétiches des niioti't •'ux-m<^mes (voy. T, II, 109, 111)), bien que la déesse du Soici! eût soûle rovétu, dans \i\ mythologie, cette forme particulière. Il s'apl sans doute ici d'une généralisation instioctive des habitudi's maténelleft du culte. Le miroir du SommI s'est multiplié peu à peu et, sous rintluencf boudilhiste, on a Uni par l'exposor dans tous les temples (voy. Salnw, ihid., (>. 1 11) >>t dans T. VII. part. 4. p. i^ii!, tandis que le saiot fétiche d'Ic«* restait à l'abri des ref:ards buuiains.

6) Le miroir est enveloppé dans un sac île brocart. qu*on n*ouvre jamait; lorsque l'élotTe vieillie menaee de se tlésauneir-'r, on ne la remplace pas, mais on dépose h- tout lians un nouveau sac; en sorte qu'anjourd'iiui de nombreuses ciiuehes de soie entourent l'objet s:iere. Ainsi protéf;é. le miroir est eofenné par surcrttit diins une botte de hi-wt-ki vi>l sii|i., t. L, p. 17'.t, n. 5), munie d<' huit poi^^nées. (liacee sur un support p^'u l'-evé et rouverte d'une pièce de soie l'ianehe. Knlin, sur tout cela, un»? sorte de ca;:e en bois blanc, avec ornements dVr pur, enveloppée elle-même d'un riii^au de soie brute qui retombe i terre de tous les côtes. Ces couvertures d»* la l">îîe sont la seule chose qu^on puisse voir, aux fêtes où s'ouvrt le sanctuaire. (Voy. le IlaivU'o ik^ p. 176.) Je rappellerai <]ue le vicomte Mon, ministre d** rinslruclion publique, ayant voulu soûl viT nii eoin dt»s voiles extérieurs d'Icr*, fut assa<^sine bientôt après, en l!^'^i^ le jour iiièine mi fiait pn>oIamée i;i tlonstitut <in du nouveau Japon, pirii'i ^iiiiirit"Ht.' r.rittiqiie dont le tombeau devint un lieu ae pèierinages (vuy. //im,7^ 7(»pa«''>f, p. \\)ù,.

D^^iPHP

LK SUINMTOÏSME 223

contre lequel Szannoô, taillant en pièces le serpent de Koshi, ébrécha sa propre lame, et qu'il relira du corps de ce monstre pour Toffrir ensuite à la déesse du Soleil \ Amatéras elle-même le donne à Ninighi, avec le miroir solaire; et comme le miroir encore, ce sabre merveilleux, longtemps gardé au palais, est éloigné un jour par la frayeur impériale, confié à une vieille femme d'abord*, puis h la princesse du Yamato, qui l'établit pareillement àlcé. C'est là que le héros Yamato-daké, partant en expédition, le reçoit des mains de la grande prêtresse, sa tante, comme un fétiche divin qui, h l'heure du péril, se fera le « Dompteur des herbes » enflammées'. Mais bientôt après, le brave du Yamato, ayant épousé la princesse Miyazou, laisse « l'auguste sabre » chez son amante^ ; il repart, sans défense, à de nouvelles aventures*; clest à partir de ce moment que sa brillante carrière décline, qu'il glisse à la maladie et à la mort; et dans son agonie, sa suprême pensée, son dernier cri de regret sont pour l'arme protectrice qui eût pu écarter de lui tous ces malheurs : « Hélas! le sabre que j'ai abandonné auprès du lit de la jeune fille! Hélas! ce sabreM » Le plus grand héros de l'antique Japon est mort, et avec lui, l'arme magique a perdu sa raison d'être en tant que fétiche individuel; mais elle retrouve son rôle de fétiche impérial, de divinité nationale. Quand les

i) K, 61 (voir plus haut, t. L, p. 16i et 338). Le vrai caractère de ce sabre éclate, dès le début de son histoire, dans celte variante du N, ], 53 : « Szannoù dit : Ceci est un sabre divin; comment oserais-je me Tapproprier? Et il le présenta aussitôt aux dieux célestes. »

3) Le nom traditionnel du sabre est «n effet Kouna-naghi (ou Kousa-nayhi no tsouroughi). K, 63, 210, 216; N, I, 53, 58, 76, 205 (variante où sa personnalité divine se révèle bien par ce fait qu'il sort librement de son fourreau et Ta de lui-même faucher les herbes). Jusqu'à cette aventure, il portait d'autres noms, dont le plus connu est : Amé no Mourakoumo no tsouroughi, a le sabre des Nuages assemblés dans le ciel » (N, I, 53); pour ses autres dénominations secondaires, voy. Satow, dans T, IX, part. 2, p. 198-200.

5) K, 217;N, I, 208 seq.

224 u: siiiN>T<iisMK

dieux irrilt^A rmppenl l'empereur Hilcliiou dans ses affections les plu:< chères, une voix relt>nlit dans le Grand Vide : « 0 héritier du Sabre! Ion amante, la jeune femme de Hâta où rréqueiilenl les oiseaux, est partie pour Nasa, où on l'enlerre »: et c't'st seulemi'nl après cA avertissement mystérieux qu'un messager accourt : ■■ I.a concubine impériale est morte!' » Ainsi, aux moments les plus trajîiques, c'est le souvenir do sabre qui roparall, qui s'impose aux imaginations terrifiées. Mais en m^mc temps, l'arme divine parde son rôle de palladium prolerteur": son temple s'éli've à Atsouta, l'endroit qu'habitait In princesse Miyazou. entouré de la vénération populaire'; et de nos jours, devant ce lieu sacré, le pin résineux de la montagne japonniite brille dans une torchère de Ter, sans relAche, comme l'ardeur perpétuelle d'une foi qui ne peut s'éteindre et d'un loyalisme éternel'.

Iteste alors le joyau, dernier des (rois insignesque la déesse solaire remit à son petit-lils. Au début, c'était sans doute un collier, le splendide « cordon de joyaux courbés, long de huit pieds »■, que les dioui de l'éclipsé suspendirent aux plus

1) N, T. 3in.308 (qui place ie fail en l'an 401 apN-f J.-C.^.

2) Cf., chez 'l'aiitres pfuples, Ift foncliun analoeut de iliverKs arm» pralec- Irices. C'est ninsi que It* Chams ont, pui aussi, truif insigiiM royaui, enTorét (lu ciri, ri <iont \e» deux plus iriiportnnti sont un ^ran<l l.ouclier (et le boacljpr rie Numa) K un s;iliri> m'ii.'i<|iii* (N, llrowo. Oh >i Kartn tnicrif>(i"n, dans T, Vil. p.nri. 2. p. i:ti).

;i)N,l,;;ii; II, iWCi-n cjîS, iinpr.Hr.-bouddlii8le, qui l'a vol^ ne peut arriver '-n Cor^e : les êiémi-nlii îiuuli'v^s 1^ raiin'nfiit au J>pon\ 377 en 688, le 8abr>! sacri! i-nï^ie li lVmp«reur uni- iii:iUriii> : on le replace ftlora dso* un leiQplcii'AUoiila).

\) Voy. Il'iit-lb—k, p. 7*-75; et cf. Satow, ilant T, IX, pari. 2, p. 204, 5) Le nom complet de ce cullier ••si, ditnt le K : Ya-taka no maga-lama no i/io-lsou mi utiirmiriiu no lnina [dans k N, Ya^-iti'i-iii if- ma-j'iltma... .C'est une ries ■■ cruix ■■ 'le nos vieux textes. Krjri.ini dai.ori s.in* li.^siter l'interprêlalioii de Hirata riapr.'s iaqui-li." ma-ja fima siirrulierail « ]..yaux éclatant! ■ (mi'/n, contraction de mi-Aiya, très liri.hiiii^ ; les m'Ujn-lim-i sont suai con- Irrilil iles <■ joviiiu courLés ■■, comme I'iilIihum ass.-i leor firme rrt le. que •ioiit; ]")'jvons coiistiiter aujourd'hui, et <i-jnl la vu- dire'.'te siifilt à condam> ner eelle t^niliiii-ie .1-: piiiKi.oftue en nous ramenant au vrai sens du mol. La lin de la description est ciiiire : iA"-f j»u. cinq t-ents; ini, lionoriliijue; «ounwrou, réunir; donc : <• les cinq cent*, ou innombraliles, joyaux auguslement u-

LE SIIINNTOÏSME 22?)

hautes branches de Tarbre sacré*; c'était donc encore un objet magique*. Mais peu à peu ce souvenir légendaire se modifie et s'affaiblit : un récit moins ancien de Tinvestiture céleste ne nous parle plus que d'un seul joyau'; un autre le passe même sous silences 6t dans les textes relatifs aux événements du vi'' siècle, tantôt le joyau semble remplacé, au groupe des trois emblèmes, par un sceau d'origine chinoise*, tantôt le sabre et le miroir sont seuls mentionnés à l'avènement d'un souverain*. Malgré tout, cet insigne si longtemps négligé reparaîtra encore dans l'histoire nationale, et à défaut du collier originaire dont la trace s'était perdue', le joyau tra-

■emblés. » Mais que veut dire ya-sakal Sir Ernest Satow, après Hirata, traduit : joyaux « toujours brillants » (saka, contraction de sa-aka, très brillants ; iroy. L JX, part. 2, p. 197-198). M. Chamberlain, après Moribé : collier « ion^ de huit pieds » (Kojiki, p. 46, n. 5). M. Aston (op. cit., I, 'p. 34, n. 2) et H. Fiorenz (p. 77, n. 6) suppriment la difficulté en prenant le mot pour un nom de lieu : « joyaux fabriqués à Yasaka » ni, dans le N, vieux mot pour joyau). L*ancienne interprétation de M. Chamberlain me semble encore la meilleure, mais pour une autre raison que celle qu'il invoquait. Son étymologie lui paraissait établie par remploi, dans les textes, de caractères chinois qui veulent dire « huit pieds » : en réalité, ici comme ailleurs, récriture ne signifie pas grand'chose; mais un simple rapprochement entre yasaka, épithète du collier, et ya-ta, épithète du miroir, me semble indiquer le sens le plus sur. (Cf. plus baat, p. 69, n. i.)

1) Cette identification semble bien résulter du K, 108-109.

2) On conçoit que des joyaux rouges ou blancs puissent être employés pour attirer le soleil (action du semblable sur le semblable : cf. plus haut, p. 59, D. 2); et ainsi, à ses origines, le collier sacré aurait pu être un véritable talisman. En tout cas, nous avons vu de tels colliers intervenir, comme amulettes, dans une des plus anciennes fêtes religieuses [suprà, p. 55, n. 4), et de nos jours même, aux grandes cérémonies (voy. Fiorenz, op. cit.^ p. 77, n. 6), les prêtres du Shinntô portent encore des « colliers de joyaux courbés » {koubikaké no magatama),

4) R Vin, 194. Remarquons d'ailleurs que les imibéf qui jouent le principal rôle dans ce rituel, devaient omettre volontiers un joyau dont ils niaient précisément l'existence (voy. Satow, T, IX, part. 2, p. 197).

7) Motoori ne pourra citer que le miroir d'Icé et le sabre d'Atsouta, lorsqu'il voudra prouver la vérité des vieux mythes par l'existence visible, au xviii* siècle. des objets mômes qui s'y trouvaient mentionnés.

â2iî M- MllN.MXl'-tli:

JitioiiiiiO lirilli'rd tmijoiirs snus Ih rorinc il'iiin' |>ii>i'n> $ai'rt><-, cciiifiùe ;i la ^^nll■ il*uii rntK'liuiiiiairi' s|tt'>ci;il (|Lii ri>> quill'Tii jiunaisl'i'Dipereiii". Ainsi si>maiiilifiiilri)iil.itii itiilfiisdi'THkio comme ilans la sainh- In'' i>l dans l'aiiliiiiif M-^nuin, les re>lt>s inilk!ttain!s<]<;IV-[)(>(]ii<^ [irlrnitivc: fhiiiaïKl !•■ vieux rélirliismi; miiv)>rscl aura rlr miUlii- di- luiih-s les i;r;iiiiie-; nations qui jadis )f cimnnrenl. il n>vivr;i ent-itre iliinstessiiineiiirs lidèles de lii plus aiicit'iHie niaisun ré^niinti> rie l'univers'.

Cl! fC-tif hisMie priniitif. issu des ainulcllfs el des (alisinans. fînguridrt! à son tour, par un ileniier progrès. l'idoUlrip qu'on peut ulis(>rver partout dans r<'-vn]uliun ^ént'-iMlo. b> Uioc de piern; lirut sVdèvti en colonno; le monceau de huis m'i^riiie en pilier; til quand, à la CDlonne >;mssi^re. au pilii>r mal •'■quarri s'ajnntHnt par duprés nn« tèti*. des brus, un pliHlIns. Ions les rudiments dn la forme linniiirne, un a k' prototype t-vid(mldv£ statues qn'iiclii'ver» i)his tard un art plus rnfliné'. Au Japon.

l)C«ltP|>i<Tr>>, qui d'iinli <le.iiamrtr''(ïoy. SdiLW.'li p. 71).

2) Aucun rioule sur >••■ [H'itit, puis'|iii' If (nmv par l'elTft combiin- -l" l:i féconillti' Ja|M>uaisp, Ae l loyaiisriif nntinuBl, ilitup li's mnin* i)'- In cn^nii- f;i Actuel ile^t ln>iit insignps «ncn BO lient diiiis la li'(,"'"'l". mais

<•»! .1.1 [...l..is .1.- T*..., il llnn-l'--!., Inlr..!.. p. il-

Jrolt

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:t) Kxt!iii|ili' ty]>i<|ii<- : clii>z If? .'in.'ii'iis r',r.<t'::. l:i Irdiifiiiiuii ■!.' pierres rarréi-B nu i^iuclies i pi'iiii' lirur-i^isies, due pierre» cylimlrir)ui'a et :iux risrtes i'l'il->s cli' li<rti. enlin nui st.ilui':< moins vfni;rées (viiy. Mjik. i'.'illif:niiii, m-jtii-ihi'jit fi'jwcr 'te se.|, ; l.aiit;,''7i. W(..'2.'.:i-i".r) : \V. .).■ Wisser. It- tW.rc-rum ■tiis tlK-rirm htimimam, U\ài; i'MKt. et f.S. .1. Tuiil.iiii. .lans Hn: •jl-tt*, Xl.iV, -i^'i t<-<].; eU:.). l'oiir I.- .:ira<:r.T- univïrs-l .ie ce l'rAlvJelIdJ..,:. fil.. I seq.; K ll.Tylor, 11, ^V: se,].; A. IIA-.II, ïlfl, 250; eti". De cetU' éïolntion lualerielle, il iv««orl aussi r| lies lieul types il'eaprits «nsri'plililes li'haliili-r |.-s fe|ir-lieg {<ii/.ri plique i''vii1emm<-iit niix iHoli'S propremeut <iiles : IMinp iI'iiti in.-'iii.- .111.- Mlle .le lu cli-nille .li.iil il .-si s,.rli ; .-1 i.,ir cou?.'-]!!, l'orii-'iii" finuTairi- (l'irnnt All-'ii, "p. i-il., TU sen.. r.-n.-litTis-Mni n.- TioiiR -Innne, iri -tii-nre. .iii-im.> pi.rlie .\<- ta v.-rilê (voy. .la ■lani! ««■. i>hUi>s., Xl-VIll, U «>).. ■-'Sa leq.).

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LK SHINNTOÏSME 227

les dieux se comptent par « piliers » * ; et cet étrange suffixe des nombres cardinaux, qui ne s'emploie que pour les êtres divins, donne bien k penser que la « Voie des dieux », à ses lointaines origines, avait dû connaître aussi ces poteaux sacrés, surmontés d'un visage humain, qu'on peut voir aujourd'hui sur les routes de Corée*. Mais ace point, brusquement, la transformation s'arrête et, à Taurore de l'histoire, aucune idole n'apparaît dans le Shinntô. Doit-on attribuer ce fait à un état de pureté religieuse que n'aurait connu aucun autre peuple? Assurément non, puisque l'idolâtrie est un progrès sur le fétichisme élémentaire que pratiquait encore le Japon primitif. En réalité, nous sommes en présence d'un arrêt de développement qu'expliquent assez, d'une part, l'imperfection des arts plastiques à cette première période de la vie nationale, d'autre part la rapidité avec laquelle le flot bouddhique, arrivant ensuite, envahit et submergea l'archipel. Les Japonais en étaient encore au fétichisme des pierres précieuses, des sabres et des miroirs brillants; ils n'avaient guère songé qu'à pétrir d'enfantines statuettes d'argile pour entourer les tombeaux, en remplacement des victimes humaines'; et au moment où sans nul doute, à en juger par les lois de l'universelle évolution, les

1) Hashira. Par exemple, mi bashira no kami^ « trois dieux-piliers »> ou «c trois piliers de dieux », de môme qu'on dit, en français : deux tôtes de bétail, trois pièces de canon. Cette manière de compter (sur laquelle voy. Cyprien Balet, Grammaire japonaise, Tokio, 1899, p. 82-90), apparaît sans cesse dans nos vieux textes, où elle nous aide à distinguer des hommes ordinaires les dieux et les personnages assimilés.

2] Un de ces poteaux coréens se trouve au musée de Tokio. Dans leur pays d'origine, ils servent de bornes milliaires, bien qu'ils portent des noms pompeux, et M. Âston raconte qu'il en vit un jour une douzaine, érigés contre une épidémie de petite vérole, dans un village près de Séoul (op. cit., I, p. 3, n. 6, et cf. p. 81, n. 9). M. Florenz signale aussi des pieux analogues en Sibérie et sur le territoire d*i l'Amour (op. cit., p. 5, n. 9, et cf. Goblet d'Alviella, toc, cit.f p. 6 et 7). Rien de plus universel d'ailleurs (voy. A. R(*ville, f, 86; Marillier, lac. cit,, 16, 254; etc). 11 semble dune bien qu« la manière de compter que nous avons signalée soit la survivance d'une époque où ces idoles primitives existaient aussi chez les Japonais.

3) Voir plus haut, t. L, p. 334, n. 1.

228 LE SHnrNTOÏSMR

potiers allaient faire place aux sculpteurs et les poteaux aux statues, les envoyés de la grande doctrine continentale abordèrent, avec leur Toi séductrice et leurs idoles triomphantes. Do même que, plus tard, au soudain contact des merveilles occidentales, ce peuple réformateur devait passer tout d'un coup de Thuile végétale à la lumière électrique, de même il sauta, sans transition, du fétichisme des pierres à Tidolàtrie des statues d*or. Kntre le fétichisme du vieux Shinntô et Tidolâlrie du Bouddha, il n'y eut pas d*idol&trie indigène. La première idole fut un présent coréen*; et le premier morceau de hois miraculeux dans lequel ou crut devoir tailler des statues fut un bloc de camphrier qui vint s*échoueràla grève, illuminant les eaux de son mystérieux éclat, tandis qu'on entendait au loin, dominant le bruit des vagues et retentissant comme un roulement de foudres, les voix d'un chœur bouddhiste qui chantaient sur la mer*. Dès ce moment, or assiste à Finvasion progressive de ces idoles étrangères, qui peu k peu supplantent les dieux autochtones', et qui bientôt se dresseront, pressées comme les arbres d*une forêt, avec leurs mille visages et leurs mains innombrables, dans l'ombre des sanctuaires nouveaux'. Elles feront des miracles, et l'antique foi à l'animation des objets inertes fera

1) Voy. ci-de88U8, p. r»3, n. 5.

2) N, 11, 68, qui ajoiili* qu** It's deux idoles tirées de c** bloc sont les « sUtu<*8 rnyounantes » du templtf de Yoshino. Olte léf^ende a pu avoir pour poiol de dt'piirt un morceau de Imus dont la surface pourrie jetait des lueurs dans l'obscurité; v\h* a di^ étrt» facilitée par le caractère sacré que les Japonais atlribu«'nt au camphrier, en raison de sa taille géante ;voy. Chamlierlain, Thingt jai'atu'se, 73); et au demeurant, l'objet ainsi apporté par les tlots, sans doute au milieu d'une tempête, devait s'imposer à l'adoration au même titre que la pierre ponce de Puka Vuka (voy. Lang. 25ii.

3j N, II, 127, 133. 230, 240, 3S7, 3^1, 422. ■J)an8 ce dernier texte, qui clôt le N, on invoquti encore la déesse de la Nourriture à llirose et les dieux du Vent à Tatsouta, mais en même temps on intronise au temple de Yakoushidji de nouvelles images bouddhiques, pour tenter d'obtenir la ^uérison de l'impératrice Djitô, qui nVn mourra pas moins; et c'est alors que, pour la première fois, on verra le corps d'une souveraine japonaise brûlé s»*lon l'usage hindou.)

4 Dr même, sur tons les chemins, ces milliers d'idnies que la familiarité japonaise appelle les « dieux mouillés » (voy. Griffls, 175, 216).

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jaillir Toracle de leurs lèvres scellées, du joyau de leur front les rayons qui illuminent le croyante Elles entraîneront même dans leur mouvement quelques-unes des vieilles divinités indigènes, et on^verra surgir, aux temples du Shinntô, des images animales comme le renard d'inari' ou des images humaines comme le divin guerrier llalcbiman'; en sorle que c^est de l'influence bouddhiste que naîtront, après coup, les rares idoles qu*ait connues le shinntoïsme. Enfin, ces nouvelles habitudes d'esprit, unies aux anciennes traditions nationales, produiront de nos jours une dernière forme d'i* dolâtrie, légère chez quelques-uns, mais profonde chez d'autres : le culte du Japon par lui-même, sous la figure suprême qui le résume tout entier, avec toute son histoire et toutes ses espérances, le salut religieux devant la photo* graphie qui représente les traits de l'empereur a'ioro*.

1) Voy. L. Ilearn, I, 252, 255, elc. ; cf. Oriffi?, 210, Chamberlain, Things la" Itanese, 325, elc.

2) Voir plus haut, t. L, p. 350.

3) C'est-à-dire l'empereur Oh<ljinn, fils de Djinngh> (270-310 |aprô3 J.-C, d'après la chronologie traditionnelle , d('>ifié plus tard comme dieu de la Guerre (voy. N, I, 271). — Cf. aussi, pour quelques autres i'iolesshinnloïstcs, Florenï, op. cU , p. 5, n. 9, et dins T» XXVII, part. 1, p. 93.

4) Décret de 1892, ordonnant que celte photographie soit placée dans les écoles et saluée par tous (voy. Griffis, p. 9.'/. Quelques mois après, arrivant au Japon, je trouvai les journaux pleins rie polémiques au sujet de celte mesure. Une minorité de bouddliisles cl «le chnHiens y voyail une violalion de la liberté religieuse inscrite dans la Conslilulion de 18«9. En fait, pour les lellrés, il ne s'agissait laque d'une cérémonie loy.ilisle; mais pour le bas peup!e, si prompt à toutes les adorations, ce [lOitrait impérial n'élait qu'une nouvelle idole, et c'est bien dans l'elat ri*es[»ril de lous les primilifs en prt\sence de pireilles images ivoy. H. Sp»n)c»»r, I, I2i, Fraser, ï, 227 sej., etc. que les vrais fidèles saluaient, le corps p'.io en deux rt les yeux à lerr.^, la photographie du « dieu vivant. » Résultais pratiques : chez les collégiens, «îésir mystique de muurir pour l'empereur (voy. L. n'?arn, II, 38J,; et [)ar application, pen lant la guerre sino-japonaise, suioid'î «le lel soMal qui, trop milale pour aller au champ de bataille, se tue avec extase devant U portrait iinp>-ial (vny. A. .\î. Knapp, FdU'ial and mnlern Japan, î, 27 .

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