LA RAMASSEUSE DE ROIS
Le roi de Bénarès Brahmadatta, ayant cohabité quelque temps avec une femme qu’il avait rencontrée occupée à ramasser du bois, lui avait laissé son anneau en signe de reconnaissance, avec l’ordre de ne lui présenter son enfant que si elle accouchait d’un mâle. Elle donna le jour à un fils; mais quand elle le présenta au roi entouré de sa cour, celui-ci ne voulut pas le reconnaître. Elle exhiba l’anneau ; il nia que ce fût le sien. Désespérée, elle demanda que, si elle disait vrai, son fils restât en l’air, sinon, qu’il retombât à terre et se tuât ; en même temps elle le prit par un pied et le lança en l’air. Suspendu entre ciel et terre, l’enfant se proclama le fils du roi et adressa au prince une petite leçon sur le devoir qui incombe aux parents de nourrir leurs enfants. Mille brasse tendirent pour le recevoir; mais il alla tomber dans les bras de son père, qui le fit second roi et éleva sa mère au rang de première épouse. Il régna après son père. Cet enfant était le Bodhisattva ; sa mère devait être Mâyâdevi, la mère du Buddha.
Nota. — Je vois clairement dans ce récit l’histoire de Çakuntalû, racontée dans le Mahâbhûrata, et dont Kâlidûsa a fait un drame célèbre.
1 Traduisez : Le jâtaka de la ramasseuse de bois (mort).
* Traduisez : Katthavâhana. C’est le nom (en sanscrit Kashthavâhana, porteur de bois) sous lequel le fils du roi régna après qu'il eut été reconnu et adopté par son père
LES RUINES UE SAJJAXÂLAYA ET DE SUKMÔDAYA
MÀKIIADE VÀ-JÂTAKA , N° 9
(Estampage N° 19).
Sujet. — A droite est assis le roi Makhâdeva ; il paraît parler à deux personnages dont nous voyons à droite la figure.
Trois lignes d inscription en haut et à gauche :
irc ligne. 09 makhâ lhepa xadok 0 plira: phôlhi 2e — saltva pen plira: makhâ thepa raja lien.
3e — . . kliao liai hwa leo xak bys 9 '0
TRADUCTION
ire ligne. 09 Jâlaka de Makhâdeva. L’illustre Bodhi- 2e 1 — sattva étant 1 illustre roi Makhâdeva voyant
3e — . . blanc sur la tête, alors arracha et se fit tala-
poin (n°) 9.
ANALYSE
Makhâdeva, qui régnait à Mithilâ dans le royaume de Videlia, avait recommandé à son barbier de l’avertir aussitôt qu’il lui verrait un cheveu gris. L’ordre fut ponctuellement exécuté et l’objet en question, arraché avec une pince d’or, fut présenté au roi, qui se reconnut décrépit: il avait vécu pendant trois fois 84.000 années. Il prit donc la résolution de quitter le trône et de se retirer dans la forêt où il passa 84.000 autres années. En mourant, il transmigra dans le monde de Bralimâ, d’où il revint à Mithilâ pour y être le roi Nimi, puis se relira encore dans la forêt
1 Ce jâtaka et d’autres à la suite ont leur numéro chiffré.
Ann. G. — S. A., 21 11 part.
ANNALES DU MUSEE GU IM ET
pour retourner de nouveau dans le monde de Brahma1. Ce roi fut plus tard le Buddha, et son barbier devint Ananda.
N 1 G U O D H A MIGA-J ATAKA, N° 12
(Estampage N" 22).
Sujet. — A droite, un roi assis sur un trône laisse pendre son bras droit appuyé sur un genou ; sur le trône est gravée l'image d’un zébu. A gauche un personnage, dans une attitude respectueuse, lui offre une gazelle. En haut, des branches chargées de fruits.
Quatre lignes d’incriplion au centre :
TRANSCRIPTION
09 nikhrodth xàdok 0 phra ; phü thisattva pen kvâng xlhï mikha
nikhrodth
(khâmrob sib song) 0
TRADUCTION
09 Le jûtakade Nigrodha. L’illustre Bodhisattva étant cerf (nommé) Miga-Nigro-
dha
(numéro douze de la série).
ANALYSE
l’histoire du daim nigrodiia
Brahmadatta, roi de Bénarès, étant grand amateur de chair de gazelle, allait tous les jours à la chasse, par contenter sa passion, et faisait
1 Pour l’histoire de Makhâdeva et de ses descendants, cf. Majjhimanikâya, n° 83, p. 74 et s.
ire ligne.
irc ligne.
LES RUINES L)E SAJJANÂLAYA ET DE SUKHÔDAYA
par là un tort immense aux cultures. Les paysans de son royaume imaginèrent de créer un parc pour y enfermer le gibier, où le roi n’aurait plus qu’à venir prendre les bêles une à une. Ils réussirent à faire mettre dans cet enclos les deux troupeaux qui alimentaient la table du roi, et dont les chefs ou rois, Nigrodha et Sâkha-miga1 2 avaient la couleur de l’or. Cela fait, ils informèrent le roi, qui vint et, admirant la beauté des deux chefs, leur garantit la vie sauve; le reste des troupeaux était voué à la mort. Chaque jour le roi ou son cuisinier venait tuer une bête; mais pour une qu’on tuait, il y en avait chaque fois deux ou trois de blessées ; et les deux troupeaux se plaignirent à Nigrodha. Celui-ci décida que chaque jour une victime prise alternativement dans l’un et dans l’autre troupeau serait sacrifiée. Un jour, le sort tomba sur une femelle du troupeau de Sâkha qui était pleine; elle fit observer que sa mort ferait périr deux êtres et demanda à être remplacée. Sâkha lui dit que cela n'était pas possible; elle s’adressa à Nigrodha, qui n’hésita pas à prendre sa place. Mais le cuisinier, étonné de voir s’offrir à la mort un des chefs dont la vie était garantie, en informa son maître qui, aussitôt, monta en char, questionna Nigrodhaet, admirant son sacrifice, lui accorda la vie elcellede la femelle. C’était trop peu pour le généreux roi des gazelles qui sollicita successivement et obtint la grâce de tout le troupeau, celle des quadrupèdes, des oiseaux, des poissons et prédit que le roi, en récompense de sa magnanimité, irait au svarga8. Quand la femelle qui avait été l’occasion de ces grâces admirables eut mis bas, elle disait à son petit quand il approchait de Sâkha : Ne va pas près de Sâkha ! c’est la mort. Va près de Nigrodha, c’est la vie ! — Cependant les moissons étaient dévastées par les gazelles et les paysans se plaignirent au roi. Nigrodha averti recommanda à ses sujets de ne pas toucher aux cultures. Ce roi des gazelles bienfaiteur des animaux et des hommes était leBodhisattva ; l’autre roi des gazelles était Devadalta.
Nota. — Iliouen thsang raconte cette histoire et dit avoir vu le monument élevé à l’endroit où le fait se serait passé dans une forêt voisine de Bénarès. (Voir St Julien : Voyages des pèlerins boudhistes, II, p. 36 1 -3 . )
1 L'un des rois porte le nom de l'arbre nigrodha, le figuier banian. Srtkhamiga, le nom de l’autre, proprement « daim des branches », signifie singe.
2 Le ciel.
GO
ANNALES DU MUSEE GUIMET
(Estampage N° 2.'5).
Sujet. — En haut et à gauche, le Bodhisattva est assis parmi des branches chargées de fruits, il tient dans ses mains le chakra ; de l’autre un personnage les mains jointes, semble l’écouter. Sur la partie inférieure sont gravés une biche et un cerf; ce dernier reçoit dans le cou une flèche décochée par un chasseur figuré dans le coin à gauche.
Trois lignes d’inscription au centre :
TRANSCRIPTION
„9 kanthi xâdok 0 phra : phôthisat Iv . . pen thephadâ nai pâ khûiii.
. . . rob sib sâm 0
TRADUCTION
09 Le jâtaka de la flèche. L’illustre Bodliisatt va . . . étant un génie dans la forêt, le numéro treize de la série.
ANALYSE
Les gazelles faisaient beaucoup de mal aux moissons dans le Magadha, et les gens du pays s'embusquaient sur le chemin pour les tuer, quand le troupeau quittait le pied de la montagne qui était son refuge. Un membre de ce troupeau s’amouracha d'une femelle d’un autre troupeau qui demeurait à proximité du village. La femelle l'avertit plusieurs fois du danger qu’il courait ; mais il ne l’écoutait pas et chaque fois qu'il la rencontrait, il prolongeait l’entrevue outre mesure. Un jour que les deux troupeaux s'étaient rencontrés, l’amoureux vint rejoindre impu-
ire ligne 2e — 3e —
ire ligne 2e — 3e —
LES RUINES DE SAJJANÂLAYA ET DE SUKHÔDAYA
demment sa bien-aimée et fut atteint par la flèche d’un chasseur qui l’attendait au passage. La divinité d’un arbre, témoin du fait, déclara que cet animal avait péri par sa faute, victime de sa passion, et en prit occasion de honnir ceux qui se laissent dominer par les femmes. Celle divinité si sage n’était autre que le Bodhisatlva.
SUR HÀVIII ARI-JATAK A, N° 10
(Estampage N° 27).
Sujet. — A gauche, le Bodhisatlva assis sur un trône domine le roi Brahmadatta accroupi dans la partie droite ; au-dessous d’eux est étendu un personnage dont la tète repose sur le bras droit replié.
Quatre lignes d’inscription en haut et à droite :
TRANSCRIPTION
„9 sukkhavihâr xâdok 0 plira : phôthisallv pen rsi khü khrü sâdsadn 0 an khâiiirob sib 0
TRADUCTION
„9 Le jfilaka du bonheur L L’illustre Bodhisatlva étant ermite c’est-à-dire guru sâdsadâ.
qui fait le numéro dix dans la série.
ANALYSE
Sous le règne de Brahmadatta, roi de Bénarès, un jeune homme de grande famille s’était retiré dans la région de l’Himavat-, pour y vivre en
ire lisme
irc ligne 2e — 3e — 4e -
< Sukhaviharin signifie « qui vit heureux ». - Pays de la neige, lTIimülaya.
ANNALES DU MUSEE GUI MET
ermite. Il revint plus tard <à Bénarès avec ses cinq cents disciples et s’installa dans le parc du roi. Lorsqu'il voulut s’en aller, le roi le retint, et les disciples retournèrent dans la région de l’Himavat sous la conduite du plus âgé d’entre eux. Celui-ci, après avoir fait de grands progrès dans la voie de la perfection, vint à Bénarès rendre visite à son maître. Le roi, étant venu, fut très mécontent de ce qu’il ne se leva pas en sa présence et très surpris de ce qu’il s’écria: O bonheur! ô bonheur! — Il questionna à ce sujet le maître et apprit que cet ascète avait été roi, mais avait renoncé à la royauté pour adopter l’ascétisme dans l’espoir d’y trouver le vrai bonheur et l’y avait en effet trouvé. Le roi rentra chez lui bien admonesté et le disciple, après avoir salué son maître, regagna ses montagnes. Quant au maître, il resta, continuant sa vie contemplative et, à sa mort, renaquit dans le monde de Brahma. Ce maître éminent n’était autre que le Bodhisattva.
T1TTHÀ- JÂTÀK.A, N° 25
(Estampage N° 28).
Sujet. — Aucune figure n’est plus visible; adroite, quatre lignes d’inscription, dont trois encore visibles :
TRANSCRIPTION
ire ligne 2e —
(09 tittha xàdok) 0 phra : phôthi
sadtv pen
. . . tvalt khô chakk. .
TRADUCTION
ire ligne.
(„9 Le jâtaka du gué). L’illustre Bodhisattva étant
. . . secoua le cou, vouloir .
LES RUINES DE SAJJANÂLAYA ET DE SUKHÔDAYA
ANALYSE