‹ Le Siam ancienChapitre 18 sur 30 · LE 15AIN (DU CHEVAL · texte numérisé non relu

LE 15AIN (DU CHEVAL

Le roi Brahmadatla de Bénarès fut un jour informé par son palefrenier que son cheval de parade refusait absolument de prendre son bain. Il chargea son premier conseiller de découvrir la cause de ce refus obstiné. Le conseiller, s’étant bien assuré que l’animal n’était pas malade, pensa que le refus devait provenir de ce qu’un autre cheval, de race vulgaire, aurait été baigné au même endroit un instant auparavant. Les informations qu’il prit justifièrent cette supposition; il ordonna donc de choisir une autre place pour baigner le cheval, qui ne fit plus de difficultés. Le roi fut heureux d’apprendre que sa monture de gala avait enfin pris son bain, et admira la pénétration de son conseiller qui savait si bien comprendre la nature animale. C’est que ce conseiller était le Bodhisattva : le roi était le futur Ananda, et le cheval, un bhikchu du Buddha.

LAKKHANA-JÂTAKA, N° 11

(Estampage N" a<j).

Sujet. — Des cerfs et des biches dans la forêt. Deux lignes d’inscription en haut :

ire ligne. 09 lakkhana xadok 0 phra : phôthisadtv 2e — pen kvâng 0 khâiiirob sib eod leeo 0

TRADUCTION

ire ligne. „9 Le jâtaka du (cerf) Bonnes marques. L’illustre Bodliisattva

2e — est cerf. Numéro onze voilà.

ANNALES DU MUSÉE GUI MET

ANALYSE

Jadis, dans le royaume de Magadha, un roi de gazelles devenu vieux avait partagé son troupeau de mille têtes entre ses deux fils, Laxaua et Kala1. Les moissons sur pied étaient ravagées par les gazelles, et les habitants creusaient des fossés garnis de pieux, tendaient des filets, faisaient tout, en un mot, pour détruire ces animaux, qui périssaient en grand nombre. Le vieux roi avait engagé ses fils à se réfugier dans les replis de la montagne. Ils suivirent le conseil. Seulement Kala parlait avec son troupeau pour brouter, le matin, le soir, sans choisir l'heure favorable, et passait imprudemment près de la porte du village, si bien que ses bêtes tombaient les unes après les autres sous les coups des paysans embusqués le long du chemin. Laxaua, au contraire, ne sortait qu’au milieu de la nuit, et évitait soigneusement la porte du village. Quatre mois plus lard, quand la récolte fut faite, Ivûla se trouva presque seul; son troupeau était détruit; celui de Laxaua était intact, il n’avait pas perdu une seule bête.

Kala fut depuis Devadatta, Laxaua fut Çâripulra. Quant au père bon conseiller, c'était le Bodhisatlva.

VÂTÀM IGA-JÂTAK A, N° 14

(Estampage N° 3i).

Sujet. — Le palais du roi Brahmadatla : au seuil de la porte, ce souverain est assis et entretient un personnage figuré à gauche, qui le salue de la main droite, ayant derrière lui un cerf.

Cinq lignes d’inscription en haut et à gauche:

TRANSCRIPTION

ire ligne. „9 phâda mikkha xàdok 0

* Laxaua, « signe, marque » et, spécialement, les marques réputées heureuses, qui indiquent l'excellence de celui qui les porte. Kala signifie « noir » et, avec une légère différence orthographique souvent négligée, « la mort ».

LES RUINES DE SAJJANALÂYA ET DE SUKIIÔDAYA G3

phra : pliGlhisallv .

pen p lira : yâ mieong bfi rannasi phrâhmalhat kliàih rob sib si °

TRADUCTION

09 Le jâtaka du cerf (Rapide comme le) Venl L'illustre Bodhisallva étant phrayâ de la ville de Bénarès, Brabmadatta. Numéro quatorze.

ANALYSE

Une gazelle qui s'était introduite dans les jardins de Brabmadatta, roi de Bénarès, s’enfuit d’abord en voyant le jardinier. Mais, comme il ne lui donna aucun sujet de crainte, elle revint. Le jardinier ayant répandu du miel sur l’herbe, la gazelle ne voulut plus aller ailleurs que dans ce jardin. Le jardinier s’étant montré de nouveau, elle commença par fuir, mais revint ensuite et se familiarisa au point de venir manger l'herbe dans sa main. Il fil tant et si bien que la gazelle finit par entrer dans le palais du roi; on s’empressa de fermer les portes, et l'animal captif, éperdu, se mita courir de côté et d'autre, cherchant partout une issue. Leroi descendit de la terrasse de son palais et, témoin de ce fait, fit de sages réflexions sur les « Saveurs », déclarant qu'il n’y a rien de plus pernicieux que la gourmandise.

Ce roi sentencieux était le Bodhisallva.

KI1ARAD1YA- JATAKA, iV 15

(Estampage N° 3a).

Sujet. — Des cerfs dans la forêt.

Huit lignes d'inscription à droite :

Ann. G. — S. A., 2e part.

i1'0 ligne.

66 ANNALES DU MUSÉE GUIMET

TRANSCRIPTION

Ire

ligne 09

kharâdiyâ xà

dok 0 phdthisattv

pen phrayâ.

nieo an pen

kee nieo twa long

Ge

bvâng ni lee

an pen khâiii

rob i5 °

TRADUCTION

ite

ligne „9

Le jâtaka de kharâdiyâ 0 1

le Bodhisaltva

étant phrayâ

le cerf qui étant.

détacher le cerf qui est pris

fic

dans ce lacet ci

ce qui est le numéro

1 5 de la série.

Au temps de Brahmadatta roi de Bénarès, une gazelle ayant mis bas, pria son frère d’enseigner à son petit les « ruses » des gazelles, en d’autres termes, de faire son éducation. L’oncle précepteur fixa les heures de leçon ; mais l'élève indocile ne s'y rendit pas. Il arriva qu’un beau jour il fut pris dans les rets. La mère éplorée vint se plaindre à son frère. Celui-ci répondit qu’il n’y avait rien à espérer et rien à faire : l'animal, n’ayant pas appris les choses qu’il lui importait de savoir, était,

1 Dans le jâtaka pâli, c'est le nom de la mère du faon indocile; la signification est obscure.

LES RUINES DE SAJJANÂLAYA ET DE SUKIIÛDAYA

irrévocablement perdu. Et, en effet, il fut pris, cuit et mangé par le chasseur.

L’oncle précepteur était le Bodhisattva.

TI PA LL Olv A- JÂTAKA, N° 16

(Estampage N° 33).

Sujet. — Des cerfs dans la forêt ; à droite, un chasseur délivre du lacet où il s’est pris, un de ces animaux renversé sur les reins.

Neuf lignes d’inscription à droite :

TRANSCRIPTION

ire ligne.

09 tipallok mikha xàdok0 phra : phothisattv pen phrayâ kvâ ng. . . ann pen

kee nieo twa tong bvàng lee lok tây

ni lee

pen khâmrob 16 0

TRADUCTION

ire ligne.

09 Le jâtaka du cerf rusé1.

L’illustre Bodhisattva étant roi des cerfs

ce qui est.

défaire le cerf qui fut pris

i Dans le texte pâli, le titre est : jâtaka du daim Tipallattlia, c'est-à-dire « qui connaît les trois postures (du repos) », tipilloka ne fournit aucune explication satisfaisante; il n'y a guère à songer à un composé tripanjoka.

ANNALES DU MUSÉE GUI MET

6e — dans un lacet et tomba dessous.

7e — ceci

8e — être le rtuméro de la série

c)e — iG.

ANALYSE

Une sœur du roi des gazelles, dans le Magadha, ayant mis bas, pria son frère de faire l’éducation du nouveau-né. Les leçons furent données avec soin et suivies avec fruit ; il arriva néanmoins que l’élève modèle fut pris dans les rets. La mère, informée de ce malheur, vint tout en pleurs trouver son frère. Celui-ci la rassura; elle n’a rien à craindre ; son lils a appris les « ruses » des gazelles ; elle le verra tout à l’heure revenir à elle en riant. En effet, le captif fit le mort et si bien que les mouches et les corbeaux se rassemblaient déjà autour de lui. Quand le chasseur arriva, leva les filets et écarla les branches sans précaution, sûr que sa proie ne pouvait lui échapper, la gazelle se dressa soudain sur ses pattes, prit sa course et alla rejoindre sa mère.

Ce petit de gazelle si habile devait être un jour Ràliula, le fils de Siddhûrlha, sa mère, Utpalavarnà, l’épouse de Siddhârtha. Quant à l’oncle précepteur, c’était, on le comprend, le Bodhisattva, le futur Siddhârtha qui devait être le Buddha.

M Â LUTA-J ÂTAK.À, N° !7

(Estampage N° 3'()

Sujet. — A gauche, le Bodhisaltva, assis au pied d'un arbre, harangue le lion et le tigre qui le regardent.

Cinq lignes d’inscription, en haut et à droite :

TRANSCRIPTION

ire ligne. 09 mâlutla : xàdok 0 pliôthi

2e — sadtva pen r?i.

LES RUINES DE SAJJANÂLAYA ET DE SUKIIÛDAYA

4e — 5* — Ge —

pen rfixasïh lee sie o pen sahây dvy ann pen khâriirob

TRADUCTION

î re liçme.

„9 Le jâlaka du vent. Le Bodhisallva étant ermite.

il y avait un lion et un tiqre qui étaient amis ensemble ce qui fait le numéro

ANALYSE

Un lion et un tigre, habitants d’une même grotte, disputaient sur la cause de la fraîcheur de la nuit, l’attribuant l'un à la pleine, l’autre à la nouvelle lune. Ils consultèrent un ermite du voisinage qui les mit d’accord en disant que la fraîcheur est produite par le vent (müluta/ aussi bien dans la pleine que dans la nouvelle lune. Cet ermite était le Bodhisatlva.

Ce récit fut fait par le Buddha à deux de ses disciples appelés l’un Kfda (noir = nouvelle lune), l’autre Junlia (clair = pleine lune), quiagitaient entre eux celle question et qui avaient été jadis ce lion et ce tigre.

MATAKABHATTÀ-J ATÀlvA, N° 18

(Estampage N° 35).

Sujet. — A gauche et en haut, le Bodhisattva est figuré assis, tenant entre les mains le chakra ; son siège se soutient au dessus d'un arbre ;

1 Mdluta ou Mdruta est le nom du vent personnifié. Il est fils ou parent des Maruts, qui forment le cortège d'Indra, le dieu de l'orage.

ANNALES DU MUSÉE GUI MET

au pied de cet arbre, un bélier; à droite, deux personnages : des fleurs d'iris sont gravées au dessus de leurs têtes.

Quatre lignes d’inscription, en haut et à droite :

ire ligne.

„9 mattaka : bhata xàdok 0 phothisatlva pen phriikha lhephadâ thessanâ dharrma kee prolun ann khâ plie. . . an pen

khârhrob i80

TRADUCTION

irc ligne.

09 Le jâtaka des offrandes aux mânes. Le Bodhisattva étant l'ange d'un arbre prêcha le dharma à un brahmane qui allait tuer un bouc. . ceci fait le numéro 1 8.

ANALYSE

l'offrande aux morts

Un bélier, que les disciples d’un savant brahmane préparaient, par ordre de leur maître, en vue d'un sacrifice funéraire, poussa un éclat de rire, puis se mit à pleurer, pendant qu’on faisait sa toilette. Interrogé à ce sujet, il déclara ne vouloir répondre qu’au brahmane en personne. Amené devant lui, il expliqua que, jadis, étant lui-même brahmane, il avait tranché la tète d’un bélier pour un sacrifice; que, à cause de cette action, il était né bélier et avait eu la tête tranchée 499 f°is î clue ceBe fois-ci était la 5ooe et dernière ; aussi avait-il ri en pensant à sa délivrance prochaine ; mais, aussitôt après, il avait pleuré sur le sort de son meurtrier, qui devait subir la même peine. Le brahmane s’empressa de lui accorder la vie, le prit avec lui et le choya ; mais le bélier déclara que, son sort étant fixé d’avance, rien ne pouvait l'empêcher de mourir décapité. Et, en effet, un jour qu'il allongeait le cou pour attraper les feuilles des

l.ES RUINES DE SAJJANÀLAYA ET DE SUKIIÙDAYA

Lroussailles qui étaient sur la surface d’un rocher, la foudre lit voler le rocher en éclats et un des débris emporta la tête de l’animal. L’aventure étonna beaucoup les témoins de cette scène; la divinité d’un arbre voisin en prit occasion de prêcher aux assistants l'interdiction du meurtre, et cet enseignement porta son fruit.

La divinité prêcheuse n’était autre que le Bodhisatlva.

• (Estampage N° 36).

Sujet. — A gauche, le Bodhisattva émerge du feuillage d’un arbre autour duquel s’enroule un serpent ; il paraît haranguer trois personnages assis, à droite, les mains jointes.

Quatre lignes d’inscription, en haut et à droite :

TRANSCRIPTION

«9 ayâcita bhata xàdok 0 photisa ttva pen phrükha thephadâ thés sanâ dharrma kee xeü thang hlây an pen khümrob hj0

TRADUCTION

o9 Lejataka des offrandes promises, le Bodhisattva étant l’ange d’un arbre prêcha le dharma à des villageois

ce qui fait le numéro 19.

lin propriétaire du royaume de Ivâçï, ayant tué beaucoup d’animaux pour s’acquitter d’un vœu fait à la divinité d'un nyagrodha, se rendit

ire ligne 2e — 3e — 4e —

ire ligne.

ANNALES DU MUSÉE GUIMET

auprès de l'arbre pour lui en faire hommage. Mais la divinité déclara que, bien loin de se libérer par tant de meurtres, on se lie au châtiment qui en est la conséquence inévitable. Cette divinité n’était autre que le Bodbisattva.

Sujet. —

NA LAPA ISA-J A T A lv A , N° 2 0

(Estampage N° 37).

- Une ligure grimaçante au centre, le Raxasa émerge d'un

lac dont les ondes sont figurées par des ondulations; autour de lui sont groupés des singes qui aspirent l’eau avec des roseaux.

Quatre lignes d'inscription en haut et adroite :

TRANSCRIPTION

Cc ligne. „9 (nalapan xàdok) 0 phra : phôthisadtv pen plira : yâ

ann pen kliaih

rob y! sib 0

TRADUCTION

ire ligne. „9 (Lejataka de l’eau bue avec des roseaux). L'illustre

Bodhisattva étant roi des (singes)

ceci est le numéro

vingt. •

ANALYSE

Une troupe de 80.000 singes, se trouvant dans une forêt dangereuse, avait reçu de son roi ou chef la recommandation expresse de ne rien manger ou boire sans l’avoir consulté. Arrivés au bord d'un étang, les 80.000 singes s’assirent en attendant le maître. Bien leur en prit ; celui-ci

LES RUINES DE SAJJANÂLAYA ET DE SUKUÙDAYA

remarqua que loutes les traces de pas étaient dans ladireclion de l'eau; qu'il n’y en avait aucune dans la direction contraire1 ; il en conclut à la présence d'un llaxasa aquatique auquel nul n'échappait. Etonné de l’inaction des singes, le llaxasa apparut du sein de la pièce d'eau et engagea les singes à boire. Le roi répondit que ses 80.000 sujets boiraient sans se laisser dévorer, à l’aide de roseaux entièrement creux, par lesquels ils feraient venir l’eau jusqu'à eux. — Aussitôt il se fit apporter un roseau qui, parla puissance de son souffle, de sa pensée et de son application, se trouva creux d’un bout à l’autre, sans nœuds interceptant le passage. En même temps, le tour du lac se couvrit de roseaux pareils; il en fut distribué aux 80.000 singes, qui purent humer l'eau et se désaltérer sans crainte du llaxasa, lequel rentra confus dans sa demeure.

Ce singe avisé était le Bodhisattva, le llaxasa était le futur Devadatta. La croissance des roseaux sans nœuds est un des 4 prodiges du présent kalpa et date du fait ci-dessus raconté par le Buddha à ses disciples qui avaient remarqué la présence de cette sorte de roseaux dans la forêt de Ivetaka autour du lac Nalakapâna, près du village de ce nom.

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