‹ Le Siam ancienChapitre 2 sur 30 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

S Civil 6 PAYA

(suite et fin)

Avec notre première partie ne s’est pas terminée la description du groupe Sajjanâlaya-Sukhôdaya ; nous avons encore à conduire le lecteur vers plusieurs vestiges intéressants, parmi lesquels il faut avant tout nommer le Vât Si jum , dont les murs nous réservaient tant de surprises; citons aussi, pour mémoire seulement, car ils sont presque totalement détruits, les Vât Kâphang ng'on (temple du monticule d’argent) et Chètra: phôn (temple des ornements du corps), situés au sud du Vât Sisâvàï.

Suivant la direction ouest, en longeant le côté nord du Vât Jaï, nous traversons l’enceinte de terre levée qui entoure la ville et nous parvenons devant la face sud du Vât Si jum, temple fameux par ses pèlerinages, au temps où les rois thaïs sacrifiaient dévotement à Buddha.

Situé à une médiocre distance de Sukhôdaya, il formait à lui seul un quartier séparé, sans doute, d’un des faubourgs de la ville ; c’est du moins ce que semble indiquer l’inscription XV qui le place au lieu désigné sous le nom de Nagara srï jum.

Ce temple1 offre un intérêt tout particulier par les nombreuses inscriptions qu’il renferme et surtout par les jâtakas que nous y avons trouvés et dont nulle part, tant au Siam qu’au Cambodge, nous n’avons

i La construction parait remonter au commencement du xive siècle, si l’on s’en rapporte à l’inscription.

Ans. G. — S. A., 2e pari.

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rencontré l’équivalent; soit aussi par la partie céramique qui y a joué un rôle important.

L’enceinte du temple a presque entièrement disparu ; cependant nous avons pu la reconstituer sur notre plan (pl. I), où elle est indiquée avec ses quatre portes qui, échappant ù la loi générale, ne sont pas percées d'une façon symétrique, bien que régulièrement orientées.

Pénétrant par la porte est, nous nous trouvons en face d’un monument rectangulaire; les Phra : Sema qui l’entourent nous montrent que nous sommes devant le Bot: long de 2im3o sur i2"’4o de large, il élève ses murs de briques à colonnes engagées et à claustras jusqu’à 4 mètres de hauteur; la paroi Est est percée de deux portes donnant chacune accès dans l’un des bas côtés; à l’intérieur, une double colonnade délimite la nef (pl. II) ; les colonnes, au nombre de six ont 4m5o d’élévation et om85 de diamètre; elles sont formées de tambours de limonile superposés et revêtues de mortier; elles supportent les sablières1 et les entrails2 des fermes; de décoration point, si ce n’est à l’extérieur un léger soubassement deux fois retraité et une petite corniche courant à la partie supérieure du mur.

Occupant toute la largeur de la nef, un autel à Buddha s’élève entre les quatre dernières colonnes, supportant l’image de Phra : Prathân assis entre deux autres statues de moindre hauteur; toutes trois sont de briques revêtues de mortier, celle du milieu mesure 2mi5. Sur l’autel sont encore placées de nombreuses figurines de grès et de terre cuite.

Dans le nef était dressée la stèle portant l’inscription n° XVI, et qui a été transportée à Bangkok.

La toiture du Bot, si l’on en juge par les nombreux débris qui jonchent le sol, était de tuiles vernissées de couleur jaunâtre.

Dans le même axe Est-Ouest, à 2 mètres en arrière du Bot, nous trouvons le premier degré du Môra : dôb qui prend, lui aussi, son entrée à l’est.

Le Môra : dôb est rectangulaire (pl. II et III), avec avant-corps sur sa face Ouest, et mesure 22m6o de large sur 27m90 de long. Le soubasse-

1 En bois de teck de o®i8o d’équarissage.

2 En bois de teck de 0111210 d’équarissage.

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menl de limonite sur lequel il est édifié, haut de 4m3o et saillant de 3™25, comporte 4 degrés de on'75 de large, dont le dernier présente une large moulure faite d’une doucine entre deux listeaux.

Du côté Est, ces gradins viennent buter contre ceux delà porte d’entrée qui, au nombre de trois seulement, sont plus larges et plus hauts ; sur la face Ouest, les deux premiers forment un avant-corps, sur lequel viennent buter les deux autres et dont les parois sont aménagées pour supporter les offrandes.

Une ouverture, d’une forme particulière précède la porte d’entrée : cette baie s’élève verticalement jusqu’à la moitié de la hauteur du mur, puis ses parois, se rapprochant, se rejoignent à angle aigu sous la corniche qui couronne le haut de l'édifice (en plan, 3m86 de large sur 4in49 de long). Plus avant, l’ouverture large seulement de 2m56 avec om47 de tableau, fait cadre à la porte d’entrée qui, large de im72 et haute de 3 mètres, manœuvre entre des tableaux de om27 d’épaisseur et permet, en raison de sa hauteur, d’apercevoir, dans l’ouverture qu’elle laisse béante au-dessous d’elle, la haute figure de Buddha emplissant presqu’à elle seule l’unique salle du monument.

Une antichambre fait suite à la porte d’entrée (2 mètres Xi 3m8o) et donne accès dans la salle que nous venons d’indiquer et qui mesure iomgo de large sur 1 imo5 de profondeur. Les angles sont renforcés par trois redans verticaux qui, convergeant tous vers le centre du monument (pi. IV), servaient de pieds-droits à la voûte ogivale qui le couvrait jadis.

Dans les parois Nord-Sud de la salle sont ménagées à fleur du sol des sortes de niches ogivales de 2m8o de large sur on,43 de profondeur, qui, tapissées de carreaux émaillés, devaient autrefois abriter les ex-voto des fidèles.

L’énorme statue de Buddha qui s'adosse à la face Ouest, repose sur un autel qui occupe plus delà moitié de la salle; faite de briques habillées de mortier, cette masse énorme (i4”70 de haut) était à l’origine entièrement dorée et devait, vue du dehors dans l’ombre de la salle, produire un merveilleux effet, tant par son éclat que par ses dimensions peu communes.

Extérieurement, les murs, du soubassement à la corniche qui les cou-

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ronne, sont unis et dépourvus de toute ornementation; la corniche, haute de im8o faite de listeaux supportant une rangée d’énormes feuilles de lotus, laisse pendre vers le sol une série de palmettes volutées, qui sont reliées entre elles par autant de menues arcades; au-dessus des feuilles de lotus, une forte doucine accompagnée de listeaux, de filets et d’une large plate-bande supportait les premières sablières de la toiture; celle-ci, aujourd’hui disparue, se composait de cinq toits retraités, couverts de tuiles émaillées. Les abouts des arêtiers étaient ornés de chimères en pâle ferrugineuse émaillée d’un ton crémeux, qui diminuaient progressivement de hauteur à mesure qu’elles se rapprochaient du sommet du toit ; la partie postérieure de la chimère, scellée en mortier, s’emboîtait dans l’arêtier qui était également de la même pâte émaillée.

Parmi les innombrables débris qui jonchent le sol, nous remarquons des fragments d’épis et de flèches de Chedis, de chimères, des statuettes de thevâdas en prière et des images similaires moulées en bas-relief, qui devaient autrefois être scellées dans les murs de la chambre intérieure du

Môra : dob.

Nous plaçons ici la planche V reproduisant deux de ces pièces de céramique : une chimère et un petit panneau triangulaire, et nous renvoyons le lecteur à l’appendice que nous joignons à la fin de ce chapitre, pour la notice que M. G. Vogt, chimiste de la manufacture nationale de Sèvres, a bien voulu rédiger sur l’industrie céramique dite de Sangkhalôka et, notamment, sur les échantillons que nous en avons rapportés.

Franchissons la porte d’entrée et (à o'n8o), sur notre gauche, nous nous trouvons en face d’une étroite ouverture (om35 X om53) qui s’enfonce dans l’épaisseur du mur. Y avait-il, autrefois là une porte? nous l’ignorons et rien ne peut nous le faire supposer, car, toute informe, cette ouverture a plutôt l’air d’un trou percé au hasard, sans le moindre souci architectural, que d’une ouverture régulière dégradée parle temps; peutêtre est-ce là une de ces mutilations comme on en remarque tant sur les Chédis et qui ne serait que la trace des recherches de spoliateurs inquiets d’une riche trouvaille. A plat ventre et non sans quelque appréhension, nous nous glissons dans ce boyau mystérieux, avec le pressentiment que

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notre audace ne nous aura pas poussé en vain à entreprendre celte exploration dans une posture aussi bizarre que gênante.

Que de trésors archéologiques resteraient inconnus, si l’explorateur n’avait, pour le soutenir, la soif de l’inconnu ! Sans cet aiguillon dominateur, il est plus que probable que nous nous serions laissé rebuter, en cette circonstance, par la pesanteur d’un atmosphère plusieurs fois séculaire rendue plus fétide encore par l’épaisse couche d'excréments de chauves-souris sur laquelle nous étions obligé de ramper.

Le mur dans lequel court la galerie que nous parcourons mesure 3ni25 d’épaisseur des côtés sud et nord et 3m4o du côté ouest ; après avoir rampé quelques mètres, perpendiculairement au mur sud, nous rencontrons un premier coude à angle droit qui nous fait tourner à gauche, puis un second qui nous remet dans une direction parallèle à celle que nous suivions d’abord; quelques mètres encore et un nouveau coude, toujours à angle droit, nous fait avancer parallèlement au mur sud ; le trajet que nous venons de parcourir s’est effectué dans un boyau de on,44 de large sur om70 de hauteur et de 6m35 en longueur développée; cependant, en raison de l’épaisse couche de sable impalpable et de guano de chauves-souris sur lequel nous nous traînons, il est permis de supposer que la hauteur était autrefois plus considérable. Nous nous trouvons bientôt en présence d’une petite porte aux tableaux et linteaux en grès; nous la franchissons, non sans peine, car la hauteur n’est plus que de o"'49, la longueur de om4o, et bientôt, à notre grande satisfaction, nous pouvons relever la tête, puis nous mettre sur nos genoux et enfin nous redresser totalement ; nous pouvons, dès lors, terminer debout cette pénible exploration.

Devant nous, un escalier monte dans l’ombre ; il compte vingt marches, dont la hauteur moyenne est de om44> la largeur de om38 ; audessus de nous, le plafond suit en sens inverse les ressauts des marches, formant une série de linteaux de grès fin et schisteux, sur lesquels, avec une joie profonde, nous découvrons des sujets finement gravés et accompagnés d’inscriptions en langue thaïe i.

1 La hauteur entre marche et linteau est de iœyo.

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Nous réservant de revenir admirer à loisir cette trouvaille, nous reprenons de plain pied notre marche, attiré en avant et à droite par un filet de lumière dont la provenance nous intrigue : nous nous trouvons devant une sorte de couloir qui, perpendiculairement à la galerie que nous suivons, traverse le mur dans toute son épaisseur pour aboutir, à pic, à 9 mètres du sol à l’intérieur du monument. Une porte de bois sculpté dont les pivots, de bois également, tournent dans des trous creusés dans le seuil et le linteau, ferme à son extrémité ce couloir qui n’avait, sans doute, d’autre but que d’aérer et d’éclairer la galerie ; car, à moins de supposer qu’on y accédait de l’extérieur par une échelle, la baie, en raison de son élévation du sol, ne pouvait servir de porte; nous n’avons en effet remarqué, sur le mur où elle est percée, aucune trace d’un escalier préexistant.

Reprenant notre route dans la première galerie, dont le plafond est aussi garni de sujets et d’inscriptions, nous arrivons bientôt à un nouveau coude sur noLre droite, où la galerie, s’élargissant, forme chambre; au plafond, une dalle scellée montre un Buddhapâda gravé, de ilu55 sur on’78, dont les doigts, à peine visibles, sont tournés vers le sud, la pierre, malheureusement, s’est effritée ; le reste de l’image a presque complètement disparu. Une petite baie percée dans l’épaisseur du mur ouest (o"'3o X o"’6o de haut) éclaire cette partie de la galerie qui court maintenant dans la paroi ouest; à droite, une seconde porte s’ouvre sur l’intérieur du monument, derrière la nuque du gigantesque Buddha ; une seconde baie, faisant pendant, en plan horizontal, à la première, est percée en haut d’un nouvel escalier de onze marches, dont le plafond présente la même particularité et le même genre de décoration que le premier; par un retour d’équerre sur la droite, la galerie prolongée au nord est éclairée par une autre baie, pareille aux précédentes, et prend la direction ouest-est dans l’épaisseur du mur du nord. Une petite chambre (im75 Xo"'7o), avec redans verticaux dans les angles, précède un dernier escalier de dix marches dont le plafond est fruste et qui nous conduit, non sans peine, car les décombres roulent sous le pied, à la partie supérieure de la corniche; là reposait autrefois la charpente de la toiture,

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Ce n’est pas sans un soupir de soulagement, le lecteur le comprendra sans peine, que nous revoyons la lumière et que nous respirons à pleins poumons, après un aussi pénible trajet; cependant, nous ne sommes pas au bout de nos peines; car, cinq jours durant, il nous faut de nouveau affronter l’atmosphère épaisse de ce sépulcre, en absorber la poussière séculaire, pour que les trésors archéologiques que nous avons eu la bonne fortune de rencontrer ne restent pas ignorés du monde scientifique ; l’estampage des jâtakas, c’est-à-dire des sujets et îles inscriptions gravés sur le plafond des escaliers et des galeries, a été des plus pénibles, en raison de l’étroitesse du boyau, de l’obscurité épaisse qui nous forçait à employer des torches dont la fumée nous aveuglait et en raison surtout de la friabilité du grès qui s’émiettait au moindre coup de brosse ; aussi nous est -il permis de supposer que les moulages par nous rapportés seront encore intacts, alors que, depuis longtemps, les originaux auront disparu sous l’effort des siècles destructeurs. Ces documents, d’un intérêt énorme au point de vue de l’histoire du bouddhisme, n’ont leurs pareils ni au Siam, ni au Cambodge, ou du moins on n’y a encore rien découvert qui s’en rapproche.

A 7 mètres au nord du Môra : dob, s’élève le Yïhân qui, rectangulaire, mesure 8"’8o sur i2n,4o; les murs, non plus comme dans les monuments similaires où ils sont faits de cloisons percées de baies à claustras, sont remplacés par des piliers carrés de o'"4o de côté et de im90 de haut, reliés entre eux par une balustrade pleine de om65 de hauteur, reposant sur une plinthe de o"'25.

A l’est, deux entrées, de droite et de gauche, donnent accès dans les bas-côtés, qui sont séparés de la nef par une double série de piliers de 3 mètres de haut, qui supportaient les fermes de la toiture jadis revêtue de tuiles émaillées de couleur jaunâtre.

Les piliers sont en briques; ils sont surmontés de chapiteaux finement moulurés, ornés de perles ou de lotus dont les feuilles pendent sous l’astragale.

Dans la dernière travée de la nef s’étend, sur 2m3o de long et im20 de large, l’autel à Buddha dont la statue assise est charpentée en briques et habillée de mortier.

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Au centre, s’élève un édicule en briques sous lequel se trouvait la stèle portant l’inscription thaïe n° XV ; les pieds-droits forment, sur les quatre pans, des pilastres avec bases et chapiteaux, reliés entre eux par trois angles saillants ; les quatre ouvertures laissent voir la stèle dressée verticalement, le début de l'inscription tourné vers l’est ; posée sur ces pieds-droits, une dalle carrée de om86 de côté forme plafond ; elle est ornée (voir pl. VI) d'une rosace sculptée dans le grès de om55 de diamètre et supportée par des plates-bandes également sculptées dans le même style1, ainsi que les linteaux des quatre ouvertures. Sur la dalle, on remarque un dessin gravé au trait représentant un lièvre, qui n’était pas visible lorsque les plates-bandes encadraient le rosier central. Une sorte de Phra: chedi en céramique, couronne cet édicule.

Derrière ce Vïhân et dans le même axe, un petit édifice d’une massive construction de briques et mortier sert de niche à une haute statue de Bouddha qui en occupe toute la chambre intérieure (3 m. de large). La porte, très mouvementée, étroite et de peu de hauteur, est faite de grès ; elle est flanquée de pilastres et de contre-pilastres, de corniches richement décorées de perles et de rosaces ; les chapiteaux montrent à chaque angle un Krut, dont les bras étendus semblent supporter le tailloir, et, au centre, des rinceaux compliquées ; de chaque côté de la porte des niches rectilignes abritent des statues de thevâdas.

A 5 mèlresau nord-ouest, un Sa: creusé dans le sol (i5 X 3o m.), aujourd hui desséché, servait aux ablutions des bonzes et des pèlerins.

Signalons enfin onze Phra : Chedi dispersés dans la partie nord, entre le Vïhân et les deux édifices principaux.

Tel est dans son ensemble le Vàt Si juin, dont la visite a été pour nous si fructueuse et nous réservait des jouissances artistiques si inattendues.

A l’est du Vàt Si jum, il faut noter les ruines informes du Vàt Phra :

1 Les moulages de ces rosaces sont conservés au Musée Guimet.

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Nàkhon xim (Temple de la ville divine el abondante), el celles du Vât Sisâ phàï (Temple des bambous), dont il ne nous est pas permis de parler en raison de leur état de dévastation.

Nous plaçons ici les deux inscriptions qui se trouvaient dans le Vàt Sijum et que nous faisons suivre des jâtakas avec leurs inscriptions, tels que nous les avons estampés dans la galerie obscure de Mora : dôb.

Am. G. — S. A., 2e pari.

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