‹ Le Siam ancienChapitre 22 sur 30 · LE PAON PUNI DE SON ORGUEIL · texte numérisé non relu

LE PAON PUNI DE SON ORGUEIL

Lors du premier kalpa, pendant que les quadrupèdes prenaient pour roi le lion et les poissons Ànanda, les oiseaux choisirent le cygne Suvanna (or).

Celui-ci, voulant faire un don à sa fille, l’engagea à faire connaître l’objet de son désir; elle demanda un époux.

Tous les oiseaux de l'Himavat furent convoqués et se rassemblèrent sur un vaste rocher. Après avoir bien examiné cette nombreuse réunion, elle désigna le paon. Celui-ci, dans l’excès de sa joie, se mit à danser et à faire la roue et, découvrant ainsi son postérieur, mécontenta vivement le roi qui, trouvant que cet oiseau manquait de pudeur et de modestie, lui refusa sa fille. Il la donna au fils de sa sœur et le paon se retira honteux.

Le roi des oiseaux était le Bodhisattva; le paon, un religieux à grand attirail, contemporain du Buddha.

2' ligne 3e —

KAPOTA-JÂTAKA, N° 42

(Estampage N° 54).

Sujet. — A gauche, un oiseau; la partie droite est fruste. Quatre lignes d’inscription en haut et à gauche :

TRANSCRIPTION

r* ligne. „9 kapot xàdok 0 phra : phothisattv

ANNALES DU MUSÉE GUI MET

2e ligne nai

4e — kâmrob son g lee 0

TRADUCTION

ire ligne. 09 Le jâkala du pigeon. L’illustre Bodhisattva

2e — dans

f\ — numéro quarante-deux.

ANALYSE

Le cuisinier d'un çreshlhin de Bénarès, au temps de Brahmadatla, avait, comme beaucoup d’autres, suspendu dans sa cuisine un panier pouvant servir de nid aux oiseaux. Un pigeon y avait sa demeure. Un corbeau, alléché par l’odeur du poisson, se mit à suivre le pigeon, qui s'étonna d'abord de cette société et essaya de s’y soustraire; mais le corbeau ne voulut pas quitter le pigeon, qui finit par l’accepter comme compagnon, et le cuisinier l’accueillit également. Un jour le cuisinier eut à préparer une grande quantité de poisson, qu’il suspendit en plusieurs endroits de la cuisine. Le corbeau compta bien se régaler le lendemain et n’en dormit pas de la nuit. Au matin, quand le pigeon partit pour chercher sa nourriture de grains, il prétexta un mal de ventre et refusa de le suivre, malgré les adjurations de son ami qui, devinant ses véritables intentions, l’engageait à ne pas ambitionner la nourriture des hommes. Le pigeon s’en alla donc seul ; le corbeau, aux aguets, profita d'une absence du cuisinier pour descendre sur le tamis contenant le poisson. Mais il eut le malheur de faire du bruit ; le cuisinier l’entendit, revint sur ses pas, et surprenant le corbeau à l’œuvre, ferma la porte de la cuisine, prit la bête, la pluma, enduisit son corps de substances acides et la jeta dans le panier. Le pigeon, en arrivant, fut témoin de ses souffrances et prononça une condamnation des imprudents incapables d’écouler les gens qui leur

LES RUINES DE S AJ J ANAL A VA ET DE SUKIIÔDAYA

veulent du bien. Le pigeon bon conseiller n’était autre que le Bodhisaltva.

Nota. — La morale de ce jâlaka est à peu près la même que celle du jâlaka 43; aussi sont-ils placés l'un à côté de l'autre dans le recueil pâli comme sur le monument. J’ajoute que cette fable a, malgré bien des différences, une certaine analogie avec la fable de La Fontaine les Deux pigeons ; elles dérivent peut-être l’une et l’autre d’une source commune.

VELUKA-JATAKA, N° 13

(Estampage N” 55).

Sujet. — A gauche, le Bodhisattva assis, avec, derrière lui, un autre personnage; tous deux portent la barbe en collier. A droite, malgré la dégradation de la pierre, on distingue encore les traces d’une figure, d’un bras droit allongé et un tronçon de serpent recouvert d’écailles imbriquées.

Cinq lignes d'inscriptions, en haut et à droite :

TRANSCRIPTION

i rc lmne

„9 veluka Xcàdok 0 phra : phothisa ttv pen

ann pen khâihrob

sâm lee 0

TRADUCTION

i,e ligne

„9 Le jâtaka du serpent Veluka. L’illustre Bodhisattva

ceci est le numéro quarante-trois voilà.

ANNALES DU MUSÉE GUI MET

ANALYSE

Au temps de Brahmadatta roi de Bénarès, un ascète de 1 Himavat, s’étant attaché à un serpent venimeux qu’il avait trouvé dans son ermitage, lui donna pour nid un joint de bambou (Velu), de sorte qu’on appelait le serpent « Yeluka » et l'ascète, le « père de Veluka.» Un autre ascète, d'une famille riche de Bénarès, qui était venu se livrer aux mortifications dans le voisinage, l’avertit à plusieurs reprises du danger qu’il courait; mais il ne voulut rien entendre. Tous les ascètes de la région s’étant mis en tournée pour recueillir des fruits de toute espèce, le père de Yeluka, qui s’était joint à eux, ne rentra dans son ermitage qu’après deux ou trois jours d’absence. En arrivant, il tendit la main vers Yeluka avec des paroles d’affection; mais le serpent, irrité d’être resté si longtemps sans soins et sans nourriture, lui mordit la main, et il en mourut. L’ascète qui l’avait averti présida à ses funérailles et adressa à tous ses confrères une leçon sur la désobéissance et l’obstination des imprudents qui refusent d’écouler de plus sages qu'eux. Ce docte prêcheur, en mourant, s’en alla dans le monde de Brahma; c’était le Bodhisattva; quant au « père de Yeluka », il devait être, au temps du Buddha. un bhixu indocile.

Nota. — La fable du Pantchatantra, III, 6, est une autre version de ce récit, bien qu’elle s’en éloigne assez. Comparer La Fontaine, VI, i3.

MAKASA-JATAKA, N° 44

(Estampage N° 56).

Sujtt. — A gauche, le Bodhisattva assis à la porte d’une boutique regarde en souriant deux personnages figurés dans la partie droite : un homme agenouillé reçoit d’un autre, sur la tête, un coup de hache destiné à tuer un insecte qui s’est posé sur son épaule.

Cinq lignes d’inscription, en haut et à droite :

LES RUINES 1)E SAJJANÂLAYA ET DE SUKHÙDAYA

TRANSCRIPTION

irc ligne.

„9 makkasà xàdock0 phra : pliôll

satlv pen pho hhâ pai .

khâ liai bûn xâng .

. khvân syb hwa pho klui

ann pen khàmrob si lee 0

TRADUCTION

„9 Le jataka du moustique. L'illustre Bodhi-

sattva étant marchand allait

s’asseoir dans la maison de l’artisan.

. hache fendre tête du marchand ceci est le numéro quarante-quatre voilà.

ANALYSE

Du temps de Brahmadalta, un charpentier comme il y en avait beaucoup à Bénarès, tourmenté dans son travail par un insecte qui piquait son crâne chauve « semblable à un bol de cuivre », pria son fds de l’en débarrasser. Le fds saisit une hache et, pour tuer le moustique, fendit la tête de son père. « Mieux vaut un sage ennemi qu’un ignorant ami », dit le Bodhisatlva qui, se trouvant là par le besoin de son métier, assistait à cette scène L

Histoire racontée par le Buddha à propos de bûcherons qui travaillaient dans une forêt et qui, incommodés par des moustiques, prirent des lances et se lardèrent les uns les autres pour détruire ces insectes.

ir° ligne.

1 La Fontaine, vin, io.

ANNALES DU MUSÉE GUI MET

RÔ II IN i- J AT AK A, N° 4h

(Estampage N° 07).

Sujet. — A gauche le Bodhisallva, assis, regarde un groupe de deux personnages gravé à droite : une vieille femme, accroupie, paraissant s'affaisser sous les coups que lui porte une jeune fille représentée dans une attitude menaçante.

Quatre lignes d’inscription en haut :

TRANSCRIPTION

irc ligne 2e — 2e — 4e -

09 rôhinï xàdok 0 phra : phôlhisattv pen sresthi khii ann pen xao.

khâ mee lük thangg song ni leer ann pen khâihrob hfi lee0

irc ligne.

09 Le jiltaka de Rôhinï. L’illustre Bodhisaltva étant très riche c’est-à-dire propriétaire de. tuer mère et fils tous deux ainsi, ceci est le numéro quarante-cinq.

ANALYSE

Le Bodhisaltva étant un notable de Bénarès au temps de Brahmadaüa avait une esclave nommée Rôhinï. La mère de Rôhinï, occupée à émonder le riz, fut tourmentée par les moustiques et appela sa fille à l’aide. La hile accourut armée d’un pilon et, pour écraser les moustiques, assomma sa mère. « Mieux vaut un ennemi avisé, dit le maître, qu’une personne compatissante mais sans intelligence. »

Histoire racontée à propos d’une esclave d’Anâthapindada appelée

LES RUINES UE SAJJANÀLAYA ET DE SUKHÔDAYA

SU

Roliinï et qui était la même personne faisant, à des milliers d’années de distance, le même acte.

ÂRAMADÜSAlvA- JATAK.A, iY 46

(Estampage N° 58).

Sujet. — A droite, un groupe de singes, dont l’un déracine un arbuste; à gauche, le Bodhisattva debout.

Quatre lignes d’inscription, en haut :

„9 arâm thüsok xàdok 0 phra : phôthisat

tv lien fünç ling eofi nâiii rot ton mai

rot kheem füng ling ton mai siey ann pen kbâihrob bok 0

TRADUCTION

09 Le jâtaka du destructeur du jardin. L'illustre Bodhisattva vit les singes prendre de l’eau arroser les arbres ils arrosèrent les roseaux ^servant de nourriture aux singes), et les arbres du jardin périrent '. ceci est le numéro quarante-six.

ANALYSE

C'était la fête de Bénarès, au temps de Brahmadatta. Toute la ville était en l’air. Le jardinier du roi voulut aussi faire la fête et chargea les singes qui habitaient le jardin de soigner les arbres et de les arroser: il leur donna les instruments nécessaires. Les singes se mirent à l’œuvre; mais leur chef s’imagina qu’ils gaspillaient l’eau et leur recommanda de

irc ligne

ire liçme

1 Traduction probablement inexacte.

Axn. G. — S. A., 2e part.

uu

ANNALES DU MUSÉE G U IM ET

soulever d’abord les arbres et de bien examiner les racines, pour arroser largement ceux donl les racines étaient profondes et chichement ceux qui avaient des racines peu profondes, afin de ménager l’eau. L'ordre fut observé; mais un sage, témoin de ces agissements, dit que c’était folie et que, en croyant faire une chose utile, les singes en faisaient une nuisible.

Ce sage était le Bodhisaltva. Le chef des singes devait être, au temps du Buddha, un jardinier qui laissa dépérir certains arbres du jardin de son maître, de même que l’apprenti du jütaka 47 devait être, à la même époque, l’employé maladroit d’un distillateur, qui gâta son produit en y mettant du sel.

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