‹ Le Siam ancienChapitre 24 sur 30 · V K D A B B II A - J AT A R A , N · texte numérisé non relu

V K D A B B II A - J AT A R A , N

(Estampage N° Go).

Sujet. — Au centre, le Bodhisattva, debout, se détache sur un semis de fleurs ; des arbres, à droite et à gauche.

Trois ligues d’inscription, en haut :

TRANSCRIPTION

i1'0 ligne. 09 vethabpha xàdok 0 phra : phôthisatlv

2e — mieo pai ryn sllasâtr. . . . dvy oâchâry

3e — pen khâiiirob peev 0

TRADUCTION

ire ligne .09 Le jâtaka du bràhme Vedabbha. L'illustre Bodhisattva 2e — quand il alla étudier les sciences auprès du maître

3e — c’est le numéro huit1.

ANALYSE

Au temps de Brahmadatta, roi de Bénarès, il y avait, dans un village, un brahmane possesseur d’un mantra2 appelé Vedabbha, au moyen

i C'est en effet le numéro 8 de la cinquième dizaine dans la collection pâli. Jusqu’ici les numéros se suivaient sans distinction des dizaines.

* Incantation, parole magique au moyen de laquelle on peut produire des effets extraordinaires. — D’après la stance qui résume le jâtaka pâli, Vedabbha (c'est-à-dire natif du pays de Vidarbha) était aussi le nom du bhrâhmane.

ANNALES DU MUSÉE GUI MET

duquel il pouvait faire tomber une pluie de joyaux à de certaines conjonctions d’astres. Se rendant, avec son disciple, au royaume de Cetiya et traversant une forêt, il fut pris par des voleurs, qui envoyèrent le disciple chercher la rançon de son maître et la sienne. Le jeune homme partit en recommandant à son maître de bien se garder d’utiliser le manlra. Mais le brahmane, ne songeant qu’à recouvrer sa liberté, profita d’une conjonction d’astres favorable pour obtenir du ciel la rançon désirée. Une autre bande de voleurs survint et voulut s’emparer de ces richesses; ceux qui les détenaient leur en expliquèrent l'origine et leur conseillèrent de s’en faire donner d’autres par le brâhmane. Mais celui-ci répondit que la conjonction d’astres étant passée, il fallait attendre l’année suivante. Les voleurs, ne se payant pas de cette excuse, pourfendirent le brâhmane d’un coup de cimeterre, puis attaquèrent la première bande, l’exterminèrent et s’emparèrent des richesses. Line fois maîtres de ces trésors, ils se les disputèrent et s’entretuèrenl au point qu’il n’en resta que deux. Arrivés près d'un village, les deux compagnons cachèrent leur avoir dans un fourré, et l'un resta, glaive en main pour le garder, pendant que l’autre se rendait au village pour faire cuire le riz. La même pensée leur vint en même temps à l’esprit : s’approprier les richesses en faisant périr le camarade. Donc, celui qui était allé au village se hâta de manger sa portion et mit du poison dans le reste ; mais quand il rejoignit son compagnon, il fut assailli à coups d’épée et tué. Le survivant mangea alors la portion qui lui était destinée et mourut empoisonné.

Le disciple du brahmane, revenant avec la rançon, ne retrouva plus son maître ; à force de chercher, il découvrit le corps du malheureux coupé en deux, puis successivement les corps des premiers voleurs, ceux des seconds et finalement ceux des deux dernières victimes. Alors il devina ce qui s’était passé et déplora la passion illicite du gain.

Ce disciple était le Bodhisattva ; le maître devait être, au temps du Buddha, un bhixu indocile.

Nota. — Ce jâtaka a été traduit en anglais par H. -T. Francis, qui l’a rapproché d’un conte de Chaucer, lhe Pardoner s Taie.

LES RUINES L)E S AJ J A NÂ LA Y A ET DE SUKIIÔDAYA

IVAKKII ATTA-J ATAKA , K» 19

(Estampage N° (>i).

Nous ne pouvons donner ici que la traduction et la transcription incomplète de ce jâlaka, notre estampage s étant égaré dans le voyage. Il n’y a donc pas non plus de planche pour ce jâlaka.

Trois lignes d'inscription, en hauL :

TRANSCRIPTION

pe ligne («9 nakkhata : xàdok 0 plia : phüthisattv)

TRADUCTION

ire ligne. („9 Le jâlaka de l’étoile. L’illustre Bodhisattva)

ANALYSE

(la bonne et la mauvaise étoile)

Du temps où Brahmadatla régnait à Bénarès, des citadins qui devaient aller à la campagne pour la célébration d’un mariage interrogèrent un devin; il répondit que le jour choisi tombait sous une mauvaise étoile. Ils restèrent chez eux ; et le mariage se fit en leur absence et sans leur participation.

Quand, plus tard, ils réclamèrent la jeune fille, on répondit qu’elle avait été mariée à un autre prétendant : d’où querelle. Un sage de la ville (c’était le Bodhisattva), passant par là, fut mis au courant du débat. Il dit alors qu’on n’aurait pas dû s’occuper de l’étoile : la bonne étoile,

ANNALES DU MUSÉE GU IM ET

c’est l’obtention de la jeune fille. — Les citadins rentrèrent bredouilles.

Ce jâlaka est, on le voit, dirigé contre l’astrologie, que le Bouddhisme condamne.

DUMM EDH A-JÀTAK A, N° 50

(Estampage N° 0 a).

Sujet. — A gauche, le Bodhisatlva, les mains jointes; adroite, un arbre dont les branches ploient sous le poids des fruits.

Dix lignes d’inscription, à gauche :

TRANSCRIPTION

\n ligne.

oe —

09 thummedha xàdok 0 phra :

phôlhisattv dai pe n lük râxa thephï

8° — ... khâ sat .... thepha

i oe —

TRADUCTION

i'e ligne.

„9 Le jâtaka des méchants. L’illustre Bodhisatlva avoir été prince né d’une royale l)evï

LES RUINES DE SAJJANÂLAVA ET DE SUKUüDAYA

8e ligne

luer des animaux .... le roi

ANALYSE

(cONVEHSION EN MASSE)

Le Bodhisaltva, étant fils du roi Brahmadalla, avait fait de fortes études à Takchasilâ. Il se désolait de voir que les habitants de Bénarès honoraient les dieux par des sacrifices d’animaux et, malgré leur dévotion, respectaient peu la loi.

Passant près d’un vala (figuier indien) où nombre de gens faisaient des vœux, il s’arrêta pour faire aussi le sien, qui était d’exterminer, quand il serait roi, tous les méchants (dummedhü).

Devenu roi, il réunit ses ministres et tous les notables, leur fit connaître ce vœu et les chargea de le publier par la ville au son du tambour.

Après cette proclamation, il n’y eut plus un seul habitant de Bénarès qui pensât à faire le mal.

M A H ÀS 1 L A VA- J ATA k A , N° 5 1

(Estampage N" 63).

Sujet. — En bas, un personnage étendu, la tête sur un coussin ; derrière lui, un personnage tenant un glaive de la main gauche. Adroite, malgré la dégradation de la pierre, on distingue encore les traces de deux personnages et le palais du roi.

Quatre lignes d’inscription, en bas :

TRANSCRIPTION

ire ligne 2° —

09 mahâ silovâ xàdok „ plira : phôthisattv pen phra : ma hà sîlovârâxa nai phûnârasî lee phra : yâ ho sala ma xlng eoâ mieong. ... ...

pen khâmrob ning lee 0

ANNALES 1)1 MUSÉE G U I M ET

TRADUCTION

ire ligne.

«9 Le jâtaka du (roi) de grande vertu. L’illustre Bodhisattva étant Ma-

hâsïlavaroi de Bénarès, le roi de Kosala

vint attaquer et prendre la ville

c’est le numéro un1, voilà.

ANALYSE

(un modèle de vertu)

Le Bodhisattva étant roi de Bénarès avait mérité par ses vertus le nom de Mahâsïlavarâja (le roi de Grande Vertu), après avoir eu dans sa jeunesse, celui de Sïlavakumâra (le prince vertueux).

Un de ses ministres, qu’il avait dû punir par l’exil, se réfugia à la cour du roi de Kosala et poussa ce roi à faire la conquête du royaume de Bénarès. Les mauvais conseils furent bien accueillis et le pays de Bénarès fut envahi par une armée ennemie. Le roi interdit toute résistance, si bien qu’il fut pris avec ses ministres, et le vainqueur les fit enterrer jusqu’au cou dans le cimetière, pour qu’ils y devinssent la proie des chacals.

Les chacals ne manquèrent pas de venir la nuit, mais celui qui s’attaqua au roi éprouva une résistance inattendue, eut peur et finit par s’enfuir avec la bande. Le roi, dont la terre qui l’entourait avait été un peu remuée et éparpillée par les mouvements du chacal, réussit à se dégager complètement et délivra ses ministres. Sur ces entrefaites, un corps mort fut apporté an cimetière. Deux Yakchas se le disputèrent et prirent pour arbitre le roi qui se trouvait là et dont la justice était célèbre. Le prince consentit à régler leur différend ; mais avant de procéder à l'arbitrage, il demanda à prendre un bain, car il était couvert de poussière, puis à manger, car il était affamé. Les Yakchas lui procurèrent, par leur

1 C’est en effet le numéro i de la sixième dizaine de la collection pâli.

LES RUINES DE SAJJANÂLAYA ET DE SUKIIÔDAYA

puissance surnaturelle, tout ce dont il avait besoin, et cela, aux dépens du « roi voleur » (l’usurpateur) ; il se fit ensuite donner par eux le glaive de ce roi, et coupa en deux le corps qu’ils se disputaient afin que chacun d’eux eut sa part. Après quoi, il se fit transporter par les Yakchas dans la chambre à coucher du roi qui dormait. Il le réveilla en lui touchant le ventre du plat de son glaive. Le roi, réveillé, fut interdit en le voyant et demanda des explications. Mahâsïlavâ raconta en détail ce qui s'était passé. Le « roi voleur », éclairé sur les hauts mérites du prince qu’il avait si indignement traité, lui rendit son royaume et retourna dans celui qui lui appartenait en propre.

Le ministre cause de tout le mal était Devadatta.

CÜLA J ANAKA-JÀTÀKA, N° 52

(Estampage N° C>4).

Sujet. — En bas, le Bodhisattva étendu, la tête appuyée sur le bras droit replié; adroite, un personnage agenouillé, les mains jointes. Quatre lignes d’inscription au centre :

TRANSCRIPTION

ire ligne 2e — 3e — 4e -

„9 cülaxanok xàdok „ phra :

phôthisattv pen phra : yânai.

midthilâ nakhor en pen

khâihrob song 0

ire ligne. »9 Le petit jfitaka du (roi) Janaka1 — L’illustre

2e — Bodhisattva étant roi à

3e — la ville de Mithilâ, ce qui

4e — est le numéro deux9 0

1 « Petit » (cüla) par rapport au « grand » (inahâ)\ voir l’analyse. Janaka, proprement père, est la désignation commune des rois fabuleux de Mithila.

2 C'est-à-dire le numéro i de la sixième dizaine.

Ann. G. — S. A., 2e part.

ANNALES DU MUSÉE GU IM ET

ANALYSE

Pour le récit de ce jâtaka, le texte pâli renvoie au Mahâjanakajâlaka (« le jâtaka de Mahâjanaka » ou plutôt « le grand jâtaka de Janaka », 38 pages de texte dans l'édition de Fansbôll), qui est le n° 53q de la collection et dont voici l’analyse :

Au temps jadis, dans la ville de Mithilâ, au royaume de Videha, le roi Mahâjanaka étant mort, son fds aîné, Arishlajanaka devint roi ; le fds cadet, Polajanaka fut vice-roi. Celui-ci ayant été faussement accusé de conspirer la mort de son frère, fut jeté en prison par ordre du roi, mais s’en tira par une affirmation solennelle de la vérité (salyakriya) : « Aussi vrai que je suis innocent, que ces fers tombent, que ces portes s’ouvrent! » Et les fers tombèrent, les portes s’ouvrirent. Devenu libre, il se réfugia à l’étranger, y devint puissant, rassembla une armée et vint mettre le siège devant Mithilâ. « Autrefois, fait-il dire à son frère, je n’étais pas ton ennemi ; je le suis aujourd’hui. Cède le parasol ou accepte le combat. » Avant de combattre, l'issue d’une bataille étant chose incertaine, le roi ordonne à la reine de sauver, en cas de malheur, l’enfant qu’elle porte dans son sein ; le jour même, il est tué. A cette nouvelle, la reine a réuni tout ce qu elle a de plus précieux, l'a caché au fond d’un panier, a mis le panier sur sa tête et, sous un déguisement, est sortie de Mithilâ. Mais là, ignorante des chemins, ne sachant qu’une chose, qu’elle veut aller à la ville de Kâlacampâ, elle s’affaisse sur le bord de la route, interrogeant les passants. Cependantle dieu Indra s’est aperçu, à réchauffement de son trône, qu’un Grand Etre1 s’est incarné dans le sein de la fugitive. Déguisé en charretier, il la prend dans sa voilure et, après avoir franchi avec une rapidité prodigieuse la distance de soixante yojanas, ilia dépose à la porte de Kâ]acampâ, où elle est recueillie par un âcârya2 brahmane, qui la fait passer pour sa jeune sœur.

Bientôt elle y donne le jour à un fds qui, du nom de son grand-père, est appelé Mahâjanaka et qui, dès l’enfance, se montre vrai kshatriya en

1 C’est-à-dire un Bodhisattva,

2 Un maître, un docteur.

LES RUINES UE SAJJANÂLAYA ET DE SUKHÔDAYA

administrant de sévères corrections à tous ceux de ses compagnons de jeux qui lui déplaisent. Ceux-ci le dénoncent à leurs parents, l'appelant fils de veuve. Qui donc est son père ? il va le demander à sa mère, qui lui répond d'abord qu’il est le fils d’un brahmane. Mais il s’aperçoit bien vite qu’elle le trompe. « Je saurai bien la faire parler malgré elle », se dit-il, et, comme elle lui donne le sein, il en prend le bout avec les dents, la menaçant de le lui couper net, si elle ne lui dit pas la vérité. Elle lui apprend alors qu'il est le fils du feu roi de Mithilâ Arislilajanaka, et, de ce jour, il ne s'irrita plus, quand on l’appelait fils de veuve.

A seize ans, il a appris les trois Vedas et tous les arts, et il est d’une merveilleuse beauté. Il déclare alors à sa mère qu'il veut aller revendiquer le royaume de son père et, apprenant qu elle n’a pas quitté Mithilâ les mains vides, il lui demande une partie seulement de ce qu’elle possède ; avec cela, il ira faire le commerce sur la grande mer et saura bien se procurer les ressources nécessaires à l’exécution de ses desseins. Elle lui offre le tout et essaye de le détourner de cette navigation si périlleuse, mais il persiste, prend sa part, achète des marchandises, arme un navire et s’y embarque avec cinq cents marchands. Ce jour même, Polajanaka, maintenant roi de Mithilâ, s’est alité, pris d’une maladie de langueur.

Mais voici qu’une tempête s’est levée : le navire se disjoint et va sombrer. Les compagnons de Mahâjanaka perdent la tête, ne savent qu’invoquer les devas et sont tous engloutis. Lui seul est resté calme ; il n’invoque l’aide de personne ; mais il mange tout ce qu’il peut de sucre pétri avec du beurre, se revêt de deux légères tuniques qu’il a rendues imperméables avec de l’huile de sésame et se tient près du mât. Au moment où le navire sombre, il monte au mât et, du faîte, grâce à sa force merveilleuse, d’un seul bond de vingt perches, il s’élance dans les flots, échappant ainsi aux requins et autres monstres qui le guettent. Ce même jour, le roi Polajanaka a trépassé. Pendant sept jours, le Bodhisattva lutte contre les flots : « c’est de ce côté qu’est Mithilâ », se dit-il, et il nage avec vigueur; même il ne manque pas, sachant le temps venu, de se rincer la bouche avec l’eau salée, pour observer l’uposatha1. Mais les

1 Proprement « jeûne ». L’uposatha répond à peu près à notre dimanche, et revient à des intervalles de sept ou de huit jours, quatre fois par mois.

ANNALES DU MUSÉE GUIMET

êtres qui réunissent en eux tous les mérites, à commencer par celui de la dévotion envers leur mère, ne sauraient périr ainsi. Les quatre Lokapâlas1 ont commis à la garde de la mer, avec mission expresse de les sauver, une fille des devas, Manimekhalâ. Or celle-ci, pendant ces sept jours, est allée faire la fête chez les devas. Se rappelant enfin son devoir, elle explore la mer du regard et y aperçoit le prince Mahâjanaka. Dans le dialogue en vers qui s’engage entre eux, la fille des devas met à l’épreuve et admire l’héroïque fermeté du naufragé; finalement, elle l’enlève, comme ferait une mère de son enfant chéri et, volant à travers les airs, elle le dépose endormi sur un banc de pierre réservé au roi dans le parc de Mithilâ, où elle le laisse sous la garde des divinités du parc.

Polajanaka n’avait point eu de fils; il n’a laissé qu'une fille, Sïvalïdevî2, instruite et très intelligente. A l’heure de la mort, les ministres lui ont demandé : « A qui la donnerons-nous? » — « A celui qui se fera agréer d’elle, qui, sur le lit de parade parfaitement carré, saura reconnaître la place du chevet, qui sera capable de bander l’arc fort comme mille (arcs), et qui saura lever les seize trésors ». — « Quels sont-ils? » — « Le trésor à l’arrivée du soleil et le trésor au départ du soleil, le trésor qui est dedans et le trésor qui est dehors, le trésor qui n’est ni dedans ni dehors, le trésor qui est à la montée et le trésor qui est à la descente, le trésor qui esta un yojana autour de chacun des quatre mahâsâlas, le trésor qui est au bout des dents et celui qui est au bout de la queue, celui qui est dans le (ou auprès du ?) kebuka, celui qui est au bout de l’arbre; ce sont là les seize trésors. »

Le roi mort et ses funérailles faites, les ministres envoient le général en chef auprès de la princesse. « Ce sera lui, pensent-ils, le favori. » Sïvalïdevî lui donne divers ordres : « Monte ici, vite ! Allons, redescends! Viens, masse-moi les pieds! » Et il la dégoûte par sa plate servilité. Elle le repousse du pied et le fait jeter dehors, la tête la première, par ses suivantes. Autant en arrive successivement au trésorier, au banquier, au porte-parasol, au porte-glaive ; personne ne réussira aux autres épreuves, du lit de parade, de l’arc, des seize trésors. « Sans roi, le royaume va

i Les dieux gardiens des quatre régions de l’espace.

t La princesse Sivall, probablement un nom de plante.

LES RUINES DE SAJJANÂLAYA ET DE SUKHÔDAYA

être sans défense. Que faire? «clame la multitude. — « Ne soyez pas en peine », dit alors le purohita1. « Il nous reste le pushyaratha2; le roi qu’il nous désignera sera capable de soumettre à sa loi tout le Jambudvïpa3 ».

— Suivant ses ordres, on pare donc magnifiquement ce char fatidique (mangalaratha) ; on y attelle quatre chevaux blancs ; une armée complète de ses quatre corps l’escortera ; comme le maître n’y est pas, les musiciens, au lieu de précéder, suivront. Avec une coupe d’or, le purohita asperge les harnais, les aiguillons, et commande au char d’aller vers celui qui est digne de régner. Et suivi de tout le peuple, le char s’ébranle : il monte par la rue des timbales, passe devant tous les logis des grands, fait par la droite le tour de la ville et, allant de plus en plus vite, malgré les cris de « arrête! arrête! », sort par la porte de l’ouest et va droit au parc; après avoir décrit un pradakshina4, il s’arrête enfin devant le banc de pierre où Mahâjanaka dort, couché sur le flanc droit. Réveillé par le bruit de centaines d’instruments sonnant tous à la fois, le dormeur lève un peu la tête, comprend qu’on lui offre le parasol blanc et se tourne sur le flanc gauche ; les musiciens sonnant de plus belle, il se remet sur le flanc droit, dévisageant la multitude. Le purohita, les mains jointes portées au front, le prie d’accepter le trône. — « Où donc est votre roi? »

— « 11 est mort ». — « N’y a-t-il ni fils, ni frère? » — « Non, sire ». — « C'est bien ; je régnerai ». — Séance tenante, on l’ondoie ; dorénavant il est le roi Mahâjanaka.

Aussitôt que le char l’a amené au palais, Slvalï le mande auprès d’elle. Il n’écoute pas même le message et n’a d’attention que pour le palais, dont il admire la beauté. « Cet homme a l’àme haute », se dit la sage princesse. Ce n’est qu'au troisième message que, sans se presser, comme de lui-même, avec la majesté d’un lion qui s’étire, il va vers elle. Sïvalï conquise et n’y pouvant tenir, vient à lui et lui tend la main ; il daigne la prendre et, faisant aussitôt appeler les ministres : « le feu roi

1 Le chapelain et conseiller spirituel du roi.

2 Une sorte de char de gala, dont il est plusieurs fois question dans les jâtakas, par exemple dans le numéro 029, qui offre encore d’autres points de contact avec notre récit. Ailleurs, le même rôle est dévolu à l’éléphant royal.

3 Le continent dont l’Inde fait partie.

■* C’est tourner autour d’un objet en le laissant à droite,

ANNALES 1)U MUSÉE GUIMET

n’a-t-il pas fait quelques recommandations ?» — « Certainement sire ! »

— « Lesquelles? » — « Il y a d'abord l'agrément de la princesse. » — « C’est fait; elle m’a donné sa main. Et puis ? » — « Il y a l’épreuve du chevet du lit de parade. » — Retirant son aiguille de tête, il la donna à Sîvall (d’autres disent qu’il lui donna son épée), et : « planle-la », lui ditil. Et elle, qui sait, la planta au chevet du lit, qui est ainsi désigné. Puis vient l’épreuve de l’arc, qu’il bande aussi facilement que si c’était un de ces archets dont les femmes se servent pour battre le coton. Enfin vient l’énigme des seize trésors : il n’en a pas plutôt entendu l’énumération, que le sens en apparaît à son esprit aussi clair que la lune, quand elle se montre au milieu du ciel. Mais ce n’est pas l'heure aujourd’hui ; ce sera l'affaire de demain.

Le lendemain, convoquant les ministres, il leur demande: « Votre maître nourrissait-il des Pralyekabuddhas 1 ? » — « Certainement sire!»

— « Jusqu’où allait-il à leur rencontre? Où prenait-il congé d’eux au départ? » — On lui montre les deux endroits. « Rien ce sont là les soleils2 en question. Creusez en ces deux endroits! » Et les deux trésors sont levés. Le trésor qui est dedans et le trésor qui est dehors sont enfouisaux deux côtésduseuil de la grande porte du palais. Le trésor qui n’est ni dedans, ni dehors, est sous le seuil même. Les deux trésors de la montée ou de la descente sont aux deux endroits où le roi montait sur son éléphant et en descendait. Quant aux trésors qui sont à un yojana autour de chacun des quatre mahâsâlas, il faut entendre ici, par yojana , la mesure du joug d’un char3 et par mahâsâla 4, les quatre pieds du lit d’apparat dans la salle d'audience qui sont faits de bois de çâla ; on creuse à ces endroits et l’on y trouve les trésors. De même le trésor du bout des dents et celui du bout de la queue sont déterrés aux places marquées, dans leursboxes respectives, par l’extrémité des défenses et l’extrémitédela queue de l’éléphant et du cheval de parade du roi. Le trésor du kebuka est mis au jour en vidant le bassin de lotus du palais ; car hebuha

1 Des Buddhas qui ne font que leur propre salut, sans procurer celui des autres.

2 Le mot sùriya du composé pâli peut exprimer aussi bien un pluriel qu’un singulier.

3 Yojana, une distance diversement évaluée de 7 à 20 kilomètres, signifie aussi « attelage » et peut à la rigueur avoir le sens de joug.

4 Le mot a les deux sens de « richard » et de ;< grand arbre çïila » ( Valiea robusta ).

LES RUINES DE SAJJANALAYA ET DE SUKHÔDAYA

signifie « eau1 ». Enfin le trésor dn bout de l’arbre est déterré sous le grand arbre çfda du parc, à l’endroit marqué par l’ombre de l’arbre à l’heure de midi. Ainsi furent levés les seize grands trésors, que le roi emploie aussitôt à fonder et à doter cinq maisons de charité, l’une au milieu de la ville, les autres à chacune des quatre portes.

Voilà donc le Bodhisatlva roi de tout le Videharâshjra. De Kâlacampâ, il a fait venir sa mère et le brahmane; son peuple l’adore ; de grandes fêtes se célèbrent, qu’on nous décrit en détail ; du haut de son trône, assis sous le parasol blanc, il contemple toute cette joie ; il se rappelle alors ses épreuves et aussi sa fermeté et, en une effusion lyrique ( udftna ), il les donne comme exemple à son peuple. Des six stances de ce chant, une seule revient à notre jâtaka numéro 52 ; c’est la quatrième 2 : « que l’homme fasse effort sans cesse, que jamais le sage ne défaille! d'ici, je me vois encore moi-même porté du sein des flots au rivage ». — Et c’est ici aussi que se serait probablement arrêté le récit de notre jâtaka, si les compilateurs du recueil n’avaient pas jugé plus commode de simplement renvoyer au numéro 53q. Dans le préambule (récit du temps présent) de notre « petit jâtaka », il est dit en effet qu’il a été raconté par le Buddha pour raffermir dans la vocation un religieux découragé, qui était sur le point de rompre ses vœux. L’exhortation lui porta profit ; il reprit courage et, en peu de temps, parvint à l’état d’arhat, de saint parfait.

Dans le « grand jâtaka » au contraire, qui a été raconté dans de tout autres circonstances, nous ne sommes encore ici qu’au tiers du chemin. Je vais donc achever l’histoire, mais en abrégeant davantage:

Mahâjanaka règne avec justice, observant les dix devoirs d’un roi et serviteur dévoué des Pralyekabuddhas. La reine Sîvalï lui donne un fils qu’on appelle Dlghâvukumâra, « le prince Longue-vie » ; quand il est d âge, on le fait vice-roi. Un jour, le roi suivi de toute sa pompe se rend au parc royal; là sont deux manguiers superbes, l’un sans fruits, l’autre

1 Vu la teneur énigmatique de ces énoncés, cette synonymie donnée sans autre explication dans le texte paraît suspecte. En sanscrit, le mot est le nom d'une plante, Colacasia antiquorum , qui n’est pas pourtant une plante aquatique.

2 Ainsi que sa place dans le recueil l’indique, ce jâtaka ne comportait qu’un stance, et celle ci s’y trouve en effet, dans le texte très sommaire qui accompagne le titre. Le grand jâtaka que nous analysons, en contient, lui, 170.

ANNALES Dü MUSÉE GU IM ET

tout chargé de fruits mûrs, car nul n’a osé y toucher avant que le roi en ait goûté. Celui-ci, du haut de son éléphant, en cueille un et, le trouvant délicieux, s’éloigne en se promettant d’y revenir au départ. Mais aussitôt, la défense se trouvant levée, toute la suite, du vice-roi jusqu’au dernier palefrenier, arrache non seulement les fruits, mais aussi les branches, si bien qu’au retour, le roi trouve l’arbre dépouillé et ravagé ; l’autre arbre au contraire, est resté intact. « A qui n’a rien, on ne prend rien », se dit le roi et, du coup, il prend la résolution de renoncer au monde et à ses pompes et de se faire ascète. Pendant quatre mois, il se prépare à sa nouvelle existence, en vivant solitaire dans son palais. Mais bientôt sa demeure lui paraît un enfer et les trois conditions de l’existence sont à ses yeux comme des brasiers ; il lui faut la vie errante de l’anachorète. En quatre-vingt-onze stances, il fait ses adieux à Mithilâ et à ses splendeurs. Des dix mille années qu’il a à vivre, il en a passé sept mille à régner ; pendant les trois mille qui restent, il sera ermite. Il se fait apporter en secret le costume des religieux, les trois robes jaunes, le pot à aumônes avec son fdet et le bâton, se fait raser les cheveux et la barbe et, le lendemain, au lever du soleil, s’achemine vers les solitudes delTIimâlaya.

La reine Slvalï qui, de tout ce temps, ne l’a plus revu, se rendait juste à ce moment auprès de lui, accompagnée de ses sept cents suivantes, toutes en grande toilette ; elle s’est même croisée avec lui dans la montée du palais, sans le reconnaître, le prenant pour un Pratyekabuddha venu pour exhorter le roi. Mais bientôt elle ne peut plus douter de son malheur; échevelée, se frappant la poitrine, suivie de toutes ses femmes, elle se précipite après lui, entraînant avec elle tout le peuple de la ville, qui se lamente et redemande son roi. Voyant que toutes les prières sont inutiles, elle recourt aux grands moyens: elle fait mettre le feu à Mithilâ, à tout ce qu’il s’y trouve de vieilles maisons. Mais le roi n’en a cure1 : « Ileu-

i L'épisode et le vers sont aussi célèbres chez les brahmanes et les jainas que chez les bouddhistes. Le héros en est parfois le roi Nimi, Nami, Nemi, le même que nous avons déjà rencontré dans le jâtaka n° 9, qui reparaît dans le jâtaka n° 541, et dont la légende remonte jusqu’au Rigveda. Cf. Jâtaka n° 629, v. 16; Dhammapada, v. 200; Mahâhhârata, XIIe 528-529, et 9916-9917; Uttarâdhyayana (Sacrcd Books of the East), IX; Kalhàhoça (trad. Tawney), p. 27. Le vers a passé en proverbe : cf. G. A. Jacob : Laukikanyàyànjali II, p. 63.

LES RUINES DE SAJJANÂLAYA ET DE SUKHÔDAYA

reux, s’écrie-L-il, nous qui ne possédons rien ! Mithilâ peut flamber, rien n’y brûle qui soit à moi. » La reine alors fait simuler, par des soldats déguisés, une attaque debrigands, toute une mise en scènede pillage et de massacre. Ce moyen ne réussit pas mieux que l’autre : « C’est une ruse de la reine », se dit le roi, qui sait bien que des brigands dans le royaume, lui vivant, cela n’existe pas; et il continue son chemin, toujours suivi de la reine, des ministres et du peuple. Pour les obliger à s’en retourner, il trace avec son bâton, en travers du chemin, une raie que nul n’osera franchir.

Mais la reine, succombant à la douleur, tombe en travers de la raie et roule au delà. « Les maîtres ont coupé la raie ! » s'écrie la foule, et la poursuite recommence.

Cependant le Bodliisattva se bâte vers l’ Himalaya, et déjà il a franchi soixante vojanas. Deux ascètes, Nfirada et Mrigâjina viennent successivement à travers les airs mettre sa fermeté à l’épreuve et lui apporter leurs exhortations. Le dernier, entre autres questions, lui demande quel vénérable maître lui a inspiré cette grande résolution. — « Aucun, répond le roi; j’ai appris cela de deux arbres », et il lui raconte la visite au parc royal. « On tue la panthère pour sa peau, l'éléphant pour ses défenses, le riche pour ses richesses1 2 ; qui s’attaquerait à qui n’a rien? Les deux manguiers ont été mes maîtres, Mrigâjina. » — « Sois ferme et vigilant », lui répond l’ascète en le quittant *. Pendant ce temps Sîvalldevï arejoint, suivie des ministres, du peuple et de l’armée ; la nuit aussi est survenue ; la reine fait dresser le camp ; le roi s’assied à l’écart au pied d’un arbre.

Le lendemain, on arrive ainsi à la ville de Tlnina. Un chien en sort, emportant un morceau de viande fraîchement rôti, qu’il a dérobé et que, effrayé à la vue de tant de gens, il laisse tomber dans la poussière du chemin. « Voilà qui n’est plus à personne, se dit le roi; excellent morceau

1 Encore un vers devenu proverbe et même exemple de grammaire; il se retrouve comme tel dans la grammaire de Kaccâyana et dans la Kâçikà vritti. Cf. aussi Jâtaka , n° 540, v. 10.

2 Nârada est un personnage de la mythologie brahmanique. Mrigâjina, comme l'indique son nom « Peau d'antilope », porte un des costumes de l’ascète brahmanique; tous doux paraissent ici comme des religieux bouddhistes avant la lettre.

Ann. G. — S. A , 2e part.

ANNALES DU MUSÉE Gl'lMET

pour le pot d’un porte-haillons1 !» ; et il le ramasse, le nettoie, le met dans son pot et va en une place pure, sur le bord de l’eau, pour en faire son repas. A cette vue Sîvalï sent bien que ce sera la fin : « S’il en mange il ne sera plus un roi, se dit-elle ; il ne sera plus des nôtres ». Elle le supplie en vain de ne pas toucher à cette nourriture immonde, souillée de poussière, les reliefs d’un chien ! « Tu es encore aveugle, lui dit-il ; tu ne vois pas que c’est là de l’amrita2. Ce qui est cédé est mangeable, que cela vienne d’un maître de maison ou d'un chien. La nourriture pure est celle où il n’y a point de péché. » Et, après avoir mangé, il se remet en route ; la reine, malgré son dégoût, le suit.

A la porte de la ville, des fillettes sont à jouer ; l’une porte à une main deux bracelets qui tintent, à l’autre un seul, qui ne rend aucun son. « Si cette fillette n’est pas une sotte, elle va donner une leçon à la reine », se dit le roi ; et, s’adressant à l’enfant: « Petite, lui dit-il, pourquoi tes deux bracelets tintent-ils, tandis que l'autre ne dit rien ? » — « C’est qu'ils sont deux; à deux on se dispute ; quand on est seul, comment se disputer? Toi aussi, qui désires le ciel, tâche d’être seul3. » — La reine a compris ; ils se sépareront ; le roiprendra adroite, elle àgauche. Mais c’est plus fort qu’elle, et elle continue de le suivre. — Un peu plus loin, dans la ville, la même scène se répète avec un fabricant de flèches, qui, après avoir chauffé et trempé ses flèches, pour s’assurer qu’elles sont bien droites, les regarde de bout en bout en fermant un œil : un seul voit juste. — Encore une fois la reine consent à se séparer de lui et, encore une fois, elle se remet à le suivre. Ils arrivent ainsi à une épaisse forêt. Le roi, avisant une touffe de munja4, en arrache un brin, le présente à la reine et «Vois, Sîvalï, lui dit-il ; ce brin ne peut plus être réuni à sa tige; de même nous ne pouvons plus être ensemble, loi et moi ». La reine, à ces mots, tombe évanouie. Quand les ministres l'ont rappelée à la vie, c’est en vain qu’on cherche le roi de tous côtés ; il a disparu dans les pro-

1 Strictement, le moine bouddhiste ne devait porter que des haillons ramassés sur un fumier.

2 De l'ambroisie.

3 Cf. le commentaire de YUttarâdhyai/ana, dans Jacobi : Ausgewühlta Erzahlungen in Maharaslitrl, p. 48.

4 Saccharum Munjia, une sorte de roseau.

LES RUINES DE SAJJANÂLAYA ET DE SUKHÔDAYA

fondeurs de la forêt. Bientôt il est arrivé à l'Himâlaya; là en sept jours, il obtient les cinq facultés transcendantes et les huit perfections de la méditation, et il n'est plus rentré dans les voies des hommes. Quanta SïvalïdevI, à la place même oii le roi l’a quittée, elle a fait ériger un stupa; elle en fait ériger d'autres à chacune des places où ont eu lieu les rencontres avec le fabricant de flèches, avec la fillette, avec le chien, avec Mrigâjina et avec Nârada ; puis, rentrée à Mithilâ avec l’armée, après avoir fait célébrer le sacre de son fils, elle se relire dans le parc des manguiers, où elle pratique le « renoncement des rishis 1 », n’aspirant plus qu’au monde de Brahma.

Ce long récit qui, comme tous ces grands jâtakas, vaut surtout par le grand nombre de stances très anciennes qu’il contient2 et par le détail souvent pittoresque et paraissant pris sur le vif, mais dont beaucoup a dû être supprimé dans cette analyse, a été raconté aux religieux réunis en chapitre, au moment où ils s’entretenaient du Grand renoncement3 de leur Maître. Celui-ci, survenant, leur dit : « Ce n’est pas la première fois queleTathâgata 4 a ainsi renoncé au monde ; au temps jadis, il a déjà fait de même », et il leur raconte leMahâjanakajâlaka. Arrivé à la fin, leBuddha conclut: « La religieuse Utpalavarnâ5 était alors la déesse de la mer, Çàriputra6 était Nârada, Maudgalyâyana6 était Mrigâjina, la religieuse Ivshemâ5 était la fillette, Ànanda7 était le fabricant de flèches, la mère de Râhula8 était Sïvalî, Râhula était le prince Dïghâvu, mon père etma mère étaient les parents du grand roi et moi-même j’étais Mahâjanaka ».

Dans le « petit jâlaka », l'identification des personnages se réduit à celte dernière.

1 C’est-à-dire suivant l'ancienne règle brahmanique.

2 Ces stances, parfois obscures et mal conservées, ne s’accordent pas non plus toujours bien avec le récit en prose.

3 Son entrée dans la vie religieuse.

4 « Celui qui a marché comme (il devait), qui est dans la bonne voie », un synonyme de Buddha. C’est le terme qu’emploie le Buddha, quand il parle de lui-même.

5 Deux des principales lherïs ou doyennes de la congrégation du Buddha.

G Ses deux principaux disciples.

7 Son cousin et serviteur personnel.

8 Son fds.

ANNALES DU MUSÉE GUIMET

PUISNÀPATI-JATAKA, N° 53

(Estampage N° 65).

Sujet. — A droile, quaire personnages assis, dans des attitudes diverses, semblent inviter le Bodhisattva figuré à gauche, à boire le contenu d’un vase posé sur le sol.

Cinq lignes d’inscription en haut et au centre :

TRANSCRIPTION

ire ligne. 0q punnya : pâti xâdok 0 phra : phothisattv 2° — hleâ xvu phothisattv kin.

3e — kin dvy sang son hai khea chaiii slb

an pen kâriirob sâm lee 0

ire ligne.

„9 Le jâtaka du vase plein. L’illustre Bodhisatlva

(des buveurs) d’eau-de-vie invitèrent le Bodhisattva à boire

(au lieu de) boire avec eux leur enseigna

à observer les préceptes ce qui est le numéro trois1 voilà.

ANALYSE

Le Bodhisatlva étant çreshthin à Bénarès, au temps de Brahmadalla, se rendait, richement vêtu, au palais du roi. Il rencontra des gens qui lui offrirent à boire. C’étaient des ivrognes qui, n’ayant plus les moyens de

1 Le numéro 3 de la sixième dizaine.

les ruines de sajjanâlaya et de sukhôdaya

salisfaire leur passion, espéraient, en le dépouillant de ses habits et de ses bijoux, après l’avoir grisé, pouvoir se procurer ainsi de quoi acheter des liqueurs en abondance. Mais il flaira une ruse et leur répondit qu’il n’était pas convenable de boire en allant chez le roi, qu’il goûterait leur breuvage en revenant.

Lorsqu'il repassa, il vit leur vase plein et leur lit remarquer que, si leur breuvage était aussi bon qu’ils le prétendaient, ils en auraient bu eux-mêmes ; mais, que leur vase étant toujours plein, ce devaiL être un poison, puisqu’ils n’y avaient pas touché. C’est ainsi qu’il déjoua leur ruse.

PHALA-JATAKA, 54

(Estampage N° GG).

Sujet. — A gauche, un char traîné par un zébu ; au centre, deux personnages debout ; un troisième, à droite, ramasse des fruits au pied d’un arbre.

Quatre lignes d’inscription, en haut :

TRANSCRIPTION

ire ligne. „9 (phala) xàdok 0 phra : pbôthi

2e — sattv pai khâ khai mahâ

4 — khârhrob si 0

TRADUCTION

ire ligne. „9 Le jfitaka (des fruits). L’illustre Bodbi —

2P — sattva. . aller acheter, vendre en grande (compagnie)

4« — numéro quatre h

i Numéro 4 de la sixième dizaine.

ANNALES DU MUSÉE GUIMET

ANALYSE

Le Bodhisatlva était çreshthin à Bénarès du temps de Brahmadatta ; il conduisait une caravane. A l’entrée d’une forêt où il y avait des arbres dont le fruit était vénéneux, il fit à ses gens la recommandation de ne manger d’aucun fruit sans le consulter.

Sur la lisière de la forêt, à proximité d’un village, un arbre, semblable au manguier et chargé de fruits, les tenta : quelques-uns mangèrent de ces fruits ; d'autres consultèrent le chef, qui déclara que les fruits étaient vénéneux et qu’il fallait se garder d’en manger. Il guérit, au moyen d’un vomitif, ceux qui avaient eu l’imprudence d’y goûter.

Les gens du village, venant pour achever de dépouiller des voyageurs qui, précédemment, s’étaient empoisonnés en mangeant de ces fruits et dont ils avaient caché le corps dans un fourré voisin, furent étonnés d’en voir d’autres vivants au pied de cet arbre et les questionnèrent. Ceux-ci répondirent que leur chef les avait avertis du danger et que c'est ainsi qu’ils avaient échappé à la mort.

Les villageois étant curieux de savoir comment le chef de la caravane était si bien renseigné, reçurent l’explication suivante : on peut aisément monter dans l'arbre, et c’est près du village; si les fruits étaient bons, il n’y en aurait plus sur l’arbre ; si on les y laisse, c’est qu’ils ne valent rien. Ce jâtaka ressemble au précédent; il repose sur le même raisonnement et met en relief le même genre de « sagesse ».

PANCÀVUDH A -JATAKA, 55

(Estampage N° 67).

Sujet. — Adroite, le Bodhisattva, armé d’un arc, accable de flèches un Yaxa de haute stature.

Huit lignes d’inscription à droite :

LES RUINES DE SAJJANÂLAYA ET DE SUKHÔDAYA

Irc

ligne.

„9 pechyâ vuttha

xàdok o phra : phôthi.

ttv rob dvy y a

kkhphfl xü siles liem

yakkh oâch liai yok sii

ng pliee or nai oâiiinâch

lieeng ton 0 ann

pen khàmrob lia sib hâ 0

TRADUCTION

irc

ligne.

09 Le jfitaka des cinq armes.

L’illustre Bodhisattva

combat un yakkh

appelé Silesaliem

Le yakkh résiste jusqu’à

comprendre que sa puissance

est à bout de ressource. Ce qui

est le numéro cinquante-cinq b

ANALYSE

Le fils du roi de Bénarès Brahmadalta s’appelait Pancfivudha (cinq armes), parce que, à sa naissance, les devins avaient prédit qu’il aurait, entre autres qualités, celle de savoir manier cinq armes. A l’âge de 16 ans, il partit pour Taxaçilâ, dans le Gandhâra, pour y recevoir les leçons d’un maître habile, qu’il paya mille écus. Son éducation finie, il revenait à Bénarès, quand, à l’entrée d’une forêt, on l’engagea à ne pas la traverser, à cause du Yaxa Silesaloma1 2 qui en était le maître. Mais le prince ne tint

1 Ici reprennent les numéros de la collection entière.

1 « Poils unis, entremêlés. » Voici la description du personnage : taille de la hauteur d'un tâla, tête comme un belvédère, yeux comme des vases à aumônes, canines comme des racines bulbeuses, bouche comme une armée, ventre barriolé, mains et pieds bleus.

ANNALES DU MUSÉE GUIMET

pas compte de cet avis et, sûr de lui-même, continua sa route. Le Yaxa lui barrant le passage, il lui décocha une flèche qui resta dans les poils du corps de ce monstre ; quarante neuf autres flèches eurent le même effet. Il recourut à son glaive, puis à sa masse d’armes; il frappa le monstre avec sés pieds, ses mains, sa tête ; tous les coups se perdirent dans les poils du Yaxa. Celui-ci, étonné du courage surhumain de ce jeune homme, lui demanda d’où venait cette confiance. Il répondit que c’était d’un foudre qu’il portait en lui-même et qui mettrait en pièces celui qui le mangerait, de sorte qu’il était assuré de ne pas périr seul. Cette réponse donna à penser au monstre, qui le laissa aller ; mais le prince ne le quitta qu’après lui avoir adressé une verte semonce, qui convertit le Yaxa à des sentiments plus humains.

Ce Yaxa devait être un jour AngulimâlaL Le prince était le Bodhisaltva ; on note que le foudre qu’il se vantait d’avoir au-dedans de lui était tout simplement sa science.

RANCÀNARRI1 ANDIIÂ-J ATARAi 2, N° 56

(Estampage N° 56).

Sujet. — Un zébu portant une clochette au cou traîne une charrue; à droite, le Bodhisattva ramasse dans le sillon un objet de forme oblongue.

Sept lignes d’inscription, en haut :

i « Collier de doigts », terrible brigand, contemporain de Çfikyamuni, qui portait un collier fait des doigts de ses victimes. Il fut converti par le Buddlia. Sa légende se trouve au long, Majjhima-Nihàya, 86.

* Ces deux derniers jâtakas sont gravés sur la partie verticale intérieure du linteau de la baie qui s’ouvre derrière la nuque du grand Buddlia; sur la face inférieure s’enroulent des ornement compliqués et fleuris, au milieu desquels courent des singes.

La partie cachée par l'encastrement de la pierre est, comme l’indique notre planche, beaucoup plus importante à gauche; on y voit, tracés par une main malhabile, sans doute celle de quelque artisan désœuvré, des dessins d'ornementation et l'image de Buddha

assis.

LES RUINES DE SAJJANÂLAYA ET DE SUKHÔDAYA

irc ligne.

(ie

09 kânchana khanntha xàdok 0 phra : pliothisad

tv lhai nâ dai klion tliong dvy khi thaï sisa ning phob hva pichak yô khin bô mi dai phoy lun kalhâiii othissathfin nai thong nan pen tliong di cliing

eoâ mâs rieon dai „ ann pen kfuiirob lia sib hok 0

TRADUCTION

ire liçne.

c9 Le jâtaka du bloc d’or. L’illustre Bodhisatlva laboure une rizière, il obtient un bloc d’or dans la terre retournée par la charrue.

Tout d’abord il ne peut pas soulever le bloc, plus

tard il fait un vœu, et son or

devient de l’or bien vrai

il peut l’emporter à la maison. Ce qui

est le numéro cinquante-six.

ANALYSE

Un laboureur du pays de Bénarès, au temps de Brahmadatla, était à son travail, quand sa charrue se heurta à un obstacle; c’était un lingot d’or enfoui là par un riche notable décédé. Il continua son travail ; puis, la nuit venue, essaya d’enlever le bloc, mais il ne put en venir à bout. Puis, tout en se disant : « Il y aura tant pour la nourriture, tant pour les économies, tant pour l’exercice de la profession, tant pour les libéralités et les bonnes œuvres, il le coupa en quatre morceaux et, ainsi divisé, le lingot se laissa enlever sans difficulté, comme une chose légère. Et le laboureur lui donna la quadruple destination qu’il avait décidée. Ce laboureur était le Bodhisattva.

Ann. G. — S. A., a* part.

ANNALES DU MUSÉE GUI MET

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