‹ Le Sidérolithique Suisse: Contribution à la Connaissance des Phénomènes d'Altération Superficielle des SédimentsChapitre 11 sur 80 · A AS · texte numérisé non relu

A AS

Tel est, rapidement exposé l'historique de l’évolution des doctrines sidérolithiques. Je m'y suis longuement arrêté parce que jusqu'ici on ne s’en était pas suffisamment occupé et parce que, comme l’auteur de « La Science géologique » !), j'estime que « la Science tombe trop tôt dans l'anonymat ».

En plaçant cet aperçu historique au début de cette étude, j'avais à cœur, de rendre, à tous ceux qui my ont précédé, un bien faible, mais légitime hommage.

Par ailleurs, un examen critique semblable peut seul donner une idée exacte et précise de la question étudiée. C'est seulement en suivant le chemin parcouru, en revoyant les obstacles surmontés, qu'il est possible d'aborder son sujet en vraie connaissance de cause. Et sans parler de l'intérêt qu'il y a à connaître par le détail, l'évolution d’une idée, ni de la formation critique qu'acquiert celui qui s'y hvre, ni des facilités de travail qu'il met par suite à sa disposition, cette étude méritait, semble-t:l, d'être faite pour les conclusions qui en découlent.

Le progrès scientifique qu'on s'est plû à représenter comme une marche lente, mais régulière vers la vérité, apparaît ici au contraire, comme une série de sauts très espacés, brusques et saccadés. Il n’est pas l'œuvre d'un homme: il y a toujours le devancier qui ouvre la voie, mais qui, le plus souvent, n’est pas suivie immédiatement. En d’autres termes, le progrès scientifique exige deux facteurs : une intelligence celairvoyante qui se lance en avant, en plein inconnu, pour y jeter une sorte de jalon et la maturation intellectuelle de ceux qui doivent l’atteimdre.

L'évolution progressive d'une idée subit cette double influence. De plus, elle reste souvent dépendante des doctrines dont elle s'inspire. Quant aux méthodes, il semble que seule l'observation puisse devenir réellement indépendante ; l'interprétation est trop fonction du temps et des observateurs, son grand écueil étant toujours la généralisation forcée.

') L. ne Launay : La Science géologique, p. 10. 1905.

Mais encore ne faut-il pas oublier que les méthodes sont des outils; leur valeur est passive. Elles ne valent souvent que par ceux qui les emploient.

Comme conclusion générale de cette première parte, je crois intéressant de rapprocher 11 deux textes empruntés à deux auteurs bien connus et qui résument admirablement

ces quelques considérations.

« La formation sidérolithique a duré depuis la fin de l’époque jurassiqu, dans la période infracrétacée, en diminuant d'intensité graduellement et d'étendue, jusque à l'époque mollassique, où elle parait avoir fait le dernier effort pour disparaître ».

A. Gresszy, 1841.

(Observations géologiques p. 289.)

« Ce n’est pas que le phénomène sidérolithique ou l’ensemble des processus qui ont engendré ce type spécial de terrain ne se soit produit à d'autres époques.

Il est certain même qu'on en trouve des traces dès la fin du Crétacé, que plusieurs dépôts similaires sont, par leur faune terrestre, déjà Lutétien sup. ou Bartonien, enfin qu'il s’en est formé jusqu'au début du Miocène ».

A. DE LaPPrAENT, 1906.

(Traité de Géologie 5° éd. p. 1559.)

«+ Les forces naturelles produisent des actions de détail qui varient à l'infini avec l'espace et avec le temps >.

(J. Bruxues: Le travail des eaux courantes, p. 154.)

IT

TYPES SIDÉROLITHIQUES

L'orientation nouvelle donnée aux doctrines sidérolithiques par les hypothèses actualistes surtout, m'oblige à préciser quelques-unes des considérations précédemment émises dans l'exposé historique. Le phénomène sidérolithique, simple accident minéralogique avec l'école de d'Halloy, devient au contraire, avec celle de M. van den Bræck, absolument général et presque universel. Il est en tout cas, une des manifestations d’un phénomène universel: l'altération superficielle. De ce fait, des produits considérés Jusqu'ici comme très différents sont aujourd'hui rapprochés et attribués à un même processus de formation: ce sont des Sidérolithiques différents.

Précédemment, j'ai caractérisé la formation sidérohthique par des minerais de fer en grains pisolhthiques ou bohnerz. Toutefois, ces minerais ne sont ni assez fréquents dans la généralité des gisements, n1 assez communs à l’ensemble de leurs matériaux, pour devenir un eriterum absolu, car outre que certains produits en sont totalement dépourvus, certains gisements, d'ailleurs considérables, n'en présentent pas de traces.

Malheureusement, en dehors des bohnerz, il est difficile de trouver un autre élément pouvant caractériser la formalion entière, car même au sens le plus restreint, le Sidérolithique proprement dit comprend:

a) Des composés ferrugineux : les bohnerz ou fers en grains.

b) Des composés argileux, plus où moins siliceux, plus ou moins alunineux ; les bols, les argiles grises, blanches, FOSES;: etc.

c) Des sables siliceux, plus ou moins purs : les huppers.

d) Des calcaires.

e) Des produits remaniés : les poudingues, les brèches..

Cependant, 1l est possible, en prenant comme eritérium, les caractères chimiques des roches, d'établir une classificaüon générale assez naturelle des différents produits attribués aux phénomènes sidérohthiques, ainsi que le montre le tableau suivant :

MATÉRIAUX a) Peu phosphatés BP) Phosphatés Re ee EE —— Pauvres en ALO, Riches en ALO, A. Produits de décal- C. Bauxites E. Phospho- F, Phosphates cification. rites B. Sidérolithique D. Latérites

propr. dit.

En d'autres termes, cette classification admet deux grands groupes : les produits peu phosphorés et les produits phosphorés. Le premier groupe se subdivise à son tour, suivant la ‘richesse en alumine des différents matériaux et nous arrivons ainsi à établir une véritable échelle, Malheureusement, 1l est encore bien difficile de pousser bien loin ces études et je dois me contenter de dire un mot de chacun des groupes obtenus, en dernière distinchion.

A. Produits de décatcification.

Ce premier groupe comprend tous les produits sidérolithiques qui ne trouvent pas de places dans les autres. Il manque totalement de cohésion; ses matériaux très hétérogènes, n'ont de commun que leur origine, ou surtout leur processus de formation: tous résultent de la dissolution et du métamorphisme hydro-chimique des roches, surtout des cal-

caires. Ils sont tous des produits d’altération superficielle plus ou moins caractérisés.

Dans l’état actuel de nos connaissances, ce groupe s'impose et bien que tous les produits qui le constituent soient les résultats de décalcification ou d’altération plus ou moins accentuées, leur formation indique cependant un travail moins complet qui permet de les séparer de ceux qui sont en quelque sorte mieux achevés. Pour ce motif, je propose de les distinguer sous cette appellation générale de Sidérolithiques rudimentaires.

Parmi ceux-ci se placent surtout:

1° Certains Diluviums rouges, plus rarement gris.

20 Les remplissages décalcifiés des Puits naturels et autres formations analogues.

3° La plupart des Terra rossa (de Carniole), les Terres jaunes des cavernes.

4 L’Argile à silex de Normandie. etc.

Tous portent la trace d'une certaine altération surtout chimique, moins généralement mécanique. Ils ont perdu leurs sels de chaux au moins en partie, quand ce n’est pas totalement. Par contre, la teneur en sels de fer indique une oxydation plus forte. Mais encore le degré d'oxydation est-il variable, non seulement d'une formation à l'autre, mais même dans chacune d'elles; de là, ces colorations si variées des roches.

La composition chimique des matériaux est naturellement très inconstante, tant à cause de leur degré d’altération, qu'en raison de leur diversité d’origine. Beaucoup proviennent des calcaires ; l’Argile à silex résulte surtout de la décalcification de la Craie.

Au point de vue purement morphologique, les remplissages des puits naturels présentent une grande analogie avec ceux des poches sidérolithiques. L’allure des puits ou des poches est une affaire de corrosion s’effectuant sur des roches de résistance variable. Il va de soi que les eaux d'infiltration travaillent différemment sur un calcaire fendillé

et fissuré ou sur un calcaire homogène et compact. Les deux facteurs essentiels de ce travail sont donc: la structure de la roche et sa solubilité. L'observation des puits naturels du bassin de Paris et des poches où crevasses sidérohthiques du Jura suisse est, sur ce point, très démonstrative.

Cest pour ces motifs, que je considère la morphologie des puits, des poches, des crevasses, comme un fait géologicogéographique, ou si l'on veut, un fait géologique, géographiquement exprimé. Sans doute, 1l y a des types très distincts, caractérisant nettement une formation, par exemple les phosphatières : mais aussi, à côté, 1l y a toute la série des formes intermédiaires établissant, en quelque sorte, le passage réciproque des types. C'est ainsi que certains remplissages phosphatés (à nodules), que les altérations profondes des calcaires, que les ouvriers neuchâtelois appellent « chancres », et que les puits naturels, présentent dans leur ensemble une analogie véritablement frappante.

Il est d’ailleurs intéressant de remarquer au sujet de ces puits naturels qui n'ont été rapprochés du Sidérohthique que tout récemment, que ceux qui les ont étudiés ont suivi à peu près le même chemin que les géologues qui se sont occupés du Sidérolithique. Buckland !} expliquait leur creusement par des eaux acides d'origine volcanique ; Leblanc ?), allant plus loin que Melleville, en faisait les cratères d’éjection des sables rouges, des limons, ete, et ce n’est que plus tard que Lyell, Strickland, de la Bèche les attribuèrent au travail des eaux de surface. Enfin, MM. van den Bræck *) et Stanislas Meunier ‘} ont montré leur parenté avec les

1) Buckcann: Report of 9h Meeting Britisch Assoc. p. 56 —

?) Lescanc: B. S. G. Fr.p. 860, XIII, 1842 ct Merrevure: B. $. G. F. p. 184. 1840.

3) E, van pe Brorcx: Mémoire sur les phénomènes d’altération des dépôts superficiels, 1885.

4) Sr. Meunier : Description géologique des environs de Partis, p. 430. 1875.

formations d'altération superficielle et les produits sidérolithiques.

Très fréquentes aux environs de Paris, (Ivry, Montrouge, Vaugirard, Bois de Boulogne, Mont Valentin, Auvers, etc….), ces formations sont également connues en Angleterre (Norwich) où Lyell les a signalées. IT semble d’ailleurs qu'elles soient plus fréquentes qu'on ne le pense d'ordinaire. Des recherches complémentaires fourniront sans doute des indications plus précises.

Quant à la composition de leurs remplissages, elle est assez variable: mais cependant elle est en général de nature siliceuse et très rubéfiée.

Les formations qui composent ce groupe ne faisant pas l’objet de ce travail, je me contente de ces quelques indications, renvoyant à une étude plus complète, actuellement en préparation. S'il en a été fait mention 1@, c'était afin de mieux mettre en rehef, l'importance et la sigmfication des phénomènes sidérolithiques, expression du travail d'altération des eaux superficielles.

B. Sidérolithique proprement dit.

Le Sidérolithique proprement dit comprend les forma- Uüons qui font surtout l'objet de ce travail. Il a été défini précédemment déjà et caractérisé par les mineruis de fer pisolthiques. Bien que constitué d'éléments assez variés, 1l est cependant plus homogène que les précédents : loutefois, 1l est intéressant de remarquer la tendance que manifestent certains éléments, à S'isoler de l’ensemble pour former des groupes à part, comme par exemple les sables sihiceux. Ce même fait s'aflirme encore davantage pour les phosphorites. Aussi la pélrographie de ce groupe est-elle plus caractérisée que celle du groupe précédent; elle comprend essentiellement: des bols: des formations ferrugineuses diverses, surtout des bohnerz; des argiles réfractaires ou plastiques ; des sables, des calcaires et des poudingues. Soit en résumé : des formalions argilo-sihceuses, des formations ferrugineuses et

des formations calcaires. Sans doute, ces produits passent de lun à l'autre par des stades intermédiaires ; mais les tvpes sont souvent très distincts. Indépendamment de ces différenciations, la composition pétrographique varie encore beaucoup, à tel point, qu'il y a presque autant de Sidérolithiques que de gisements différents, car tous les matériaux sidérohthiques résultent des actions combinées de la décaleification et de la dissolution chimiques. Et comme ces phénomènes se sont manifestés avec des intensités très variables et sur des roches très différentes, leurs résultats sont nécessairement très divers.

Ce type, assez bien caractérisé, est moins général que le précédent: il est plus localisé. Très développé en cerlaines régions qui deviennent en quelque sorte des bassins, il manque totalement dans d'autres. Toutefois, l'isolement de ces bassins n'est qu'apparent et leur haison est à reconstituer par l'examen des transformations du relief.

Toutes ces questions étant reprises très longuement plus loin, 1l me paraît inulile d'insister davantage sur ce sujel.

Nous allons examiner les autres formes de Sidérolithiques, en suivant la classification précédemment admise.

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