‹ Le Sidérolithique Suisse: Contribution à la Connaissance des Phénomènes d'Altération Superficielle des SédimentsChapitre 12 sur 80 · C-D. Bauxites et Latérites · texte numérisé non relu

C-D. Bauxites et Latérites

Sous ces deux appellations très générales, se groupent un grand nombre de formations assez mal définies souvent, qui paraissent voisines des produits sidérolithiques et qui toutes sont relativement riches en hydrate d'alumine. Leur différencation semble une conséquence de ce fait que j'ai évoqué déjà, la tendance à l'isolement et à la concentration de certains éléments. Je les considère comme des formes locales du phénomène sidérolithique, dues à des influences également locales, particulièrement les conditions climatériques, météoriques et la nature géologique du sol. D'ailleurs, leur individualisation est souvent plus géographique que pélrographique, car en fait, les bauxites, les wochenites, les la-

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térites sont des mélanges à proportions variables, d’alumine hydratée de sesquioxyde de fer et de silice, passant de lun à l’autre, par une série de stades intermédiaires.

Les bauxites ou wochenites doivent leurs noms aux premières localités où elles ont été trouvées: Les Baux. dans le département des Bouches du Rhône, (Provence) et Wochein, en Carinthie. On les a signalées depuis, dans un grand nombre de régions, principalement :

En France : dans les départements des Bouches du Rhône (Les Baux, Allauch), du Var (Mazangues), du Gard, de l'Ariège, de l'Hérault (Valle-Verac}), de la Charente. En général, les gisements sont recouverts par les dépôts albiens et par suite la formation des bauxites peut être reportée vers l’Aptien.

En Carinthie, les wochenites sont entre les calcaires triasiques et jurassiques et en Styrie, près de Prichova, elles reposent sur les calcaires mézozoïques. Dans lApennin Central, les bauxites sont intercalées dans la Craie, tandis que à Antrim (Irlande) et dans la Hesse-Nassau, elles sont en contact avec le basalte. Enfin on les connaît également dans la Nouvelle Galles du Sud (Australie), à Winyello (S. de Sydney), dans les districts d'Inverell et d'Emmaville plus au N.; dans l'Amérique du Nord, à Alabama, à Arkansas, dans la Géorgie et la Caroline du Nord ; au Sénégal, etc. ete.

Au point de vue pétrographique, les bauxites sont très variables. Ce sont des roches argilo-siliceuses, ferrugineuses, pulvérulentes où savonneuses, facilement pisohthiques, de coloralions variant du rouge-brun au blanc. Leur densité est à peu près 2,95. Elles sont tendres, peu fusibles et très réfractaires, mais non plastiques. Le Prof. Bischof les considère très justement comme une forme « d'argile inversée dans ses éléments essentiels ». Hoffmann en fait un terme de passage entre le diaspore et la limonite.

La coloration est surtout due aux sels de fer. La composition moyenne des bauxites rouges de Provence est: 60 à 68°/, d’alumine pour 12 à 16°}, de fer, tandis que pour les blanches elle n’est que de 1 à 3°/, d'oxyde de fer pour 56 à 79 °/, d'alumine.

PNR Ne

C'est pour ce motif, qu'assez souvent on ne les sépare pas des hydrates d'alumine (genre aluminoxydes). Quelques analyses complèteront ces considérations ?).

Wochénite de

Bauæites françaises. Drnthie Bauxites ( Villeveyrac) (Wochein) anglaises.

ALO, 43,20—78,10 %, 51,4—67,6 0), 45-540), FeO+Fe,O, 1,02—7,95 0,7—19,3 171016 SX »,18—34,40 9,9 —14,4 3—16 LEE # 4) traces 4—7 Ca O traces 0,15—0,8 H,0 15,10—15,15 19,2 —98, 23—30

Presque toutes les bauxites renferment des traces tout au moins, d'acides titanique, vanadique et phosphorique. Les bauxites anglaises et américaines sont surtout riches en acide titanique: jusqu'à 7 °4 pour la bauxite d'Irlande et 45 pour celle d'Amérique. Deville donne 0,0009 pour l'acide vanadique des bauxites de Provence et L. Hote indique 0,5 à 0,31 °/, pour les américaines. Ce dernier auteur y signale en outre des traces d'acide sulfurique. Un autre fait intéressant à mentionner encore, c'est la pauvreté en chaux des bauxites.

Les anciens géologues, Coquand surtout, attribuaient aux bauxites une origine éruptive. Le prof. Dieulafail de Marseille, le premier, les a rapprochées des phosphorites et des minerais de fer en grains et les a considérées comme «la partie ferro-alumineuse des roches granitiques » décomposées à la surface de la terre. MM. C. Bischof, SE Meunier et E. van den Brœck ont précisé ces considérations.

1) Ces analyses sont fournies par Corror: Age des Bauxites du S.-H. de l& France, p. 331. 1886-87 et C. Biscnor: Les argiles réfractaires, p. 375. 1906.

?) L'acide silicique a été calculé avec la silice: Sa teneur varie de 2 à 47. Dans la plupart des anciennes analyses, il est nécessaire de retrancher des nombres indiquant la silice, { ou 21/, pour l'acide titanique.

A. Caro: Sur la composition des Phosphates, p. 137. 1596.

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Les bauxites d'Irlande sont aujourd'hui envisagées comme des produits d’altération, de décomposition sur place des basaltes. Il y a donc là un phénomène plus complexe qu'une simple décalaification. Bien que combattues par certams géologues, ces hypothèses paraissent très rationnelles et Je ne puis qu'y souscrire.

À plus d'un égard, les latérites pourraient être considérées comme une variété très voisine des bauxites. Ce sont des roches terreuses, rougeûtres, celluleuses, empâtant des concrétions ferrugineuses solides, qui deviennent pierreuses à l'air et se recouvrent d'une couche vitreuse. Leur composition est très variable, mais rappelle beaucoup celle des bauxites (50 °/, d’aluminie, 20 °/, d'oxyde de fer, 26 ?/, d'eau, 4°), de silice).

Elles ne sont pas moins fréquentes que les bauxites et comme celles-ci, elles sont très localisées. Elles se forment encore actuellement, mais exclusivement dans la zone tropicale : Hindoustan, Archipel de la Sonde, Cevlan, iles Seychelles, Amérique du Sud, etc Leur formation parait très liée à l'action des agents météoriques: climat désertique, vent tropical de côte, chaud et humide, etc. La nature géologique des roches semble moins importante: aux îles Seychelles, la latérite résulte des roches cristallines altérées, tandis que sur la presqu'ile du Dekkan, elle provient des coulées basaltiques.

L'acide carbonique des eaux d'infiltration parait, même pour le cas des silicates, jouer le rôle principal, par formahion d'un carbonate d'alumine instable qui passe facilement à l'hydrate d'alumine.

E-F. Phosphoriles et phosphates.

Le phosphore est un des éléments constants des produits sidérolithiques, à l'état d'acide où de sel, mais ül est rarement en assez forte proportion pour caractériser les roches. Les phosphorites et les phosphates sont en quelque sorte une exception parmi les formations sidérolithiques générales. |

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Les phosphorites ont été découvertes en 1865, par Pommarède, près de Caylus (Tarn-et-Garonne). Elles sont assez fréquentes sur tout le plateau des Causses, particulièrement dans les départements du Lot, du Tarn-et-Garonne et de l'Aveyron. On en a signalé aussi dans le Gard, l'Hérault et jusque dans les Pyrénées. L’exploration géologique de l'Oranais algérien en a fait reconnaître encore dans le Djebel Toumai, le Djebel Tadjera, aux environs de Tlemcen et dans la vallée du Cheliff.

Elles se présentent en dépôts concrétionnés où mamelonnés sous forme de masses, de rognons, de veinules ou de nodules, disséminés dans une argile rouge, analogue au bolus sidérolithique ou à la terre de décalcification du Causse et qui isole les phosphates des calcaires encaissants: c'est la terre phosphatée. La phosphorite même est une roche tantôt compacte, à structure zonée, rarement radiée, à cassure parfois esquilleuse, d'aspect porcelainé: tantôt au contraire, nettement fibreuse, stalagtiforme et très diversement concrétionnée, à cassure crayeuse, à texture grenue ou caverneuse. La coloration est très variable : uniforme ou bariolée, panachée, zonée, blanche, grise, jaune, rouge, verdâtre, bleue, brune, noire, etc.

Par leur composition chimique et minéralogique, ce sont des phosphates de chaux du groupe de l'Apatite normale Ca; P,0 + - CaFL,, riches en carbonate de chaux, pauvres en fluor et toujours amorphes.

La proportion d'acide posphorique varie entre 26 et 389/,, soit 56 à 83°/,, de phosphate tribasique pour les phosphorites du Quercy, du Gard et de l'Hérault et 18 à 40 °/,, pour celles de l'Oranais.

La teneur en fluor des phosphorites est toujours moindre que celles des apatites. M. A. Carnot a donné sur ce point des indications très précises, Je ne puis que renvoyer à son excellent mémoire, auquel j'emprunte les analyses suivantes :

Phosphorites de Bozouls (Aveyron) Mons de gene

(Hérault)

I II III PO: 16,04 18,08 A PAVAS) CO, 18.66 11:19 9:62 FICI Traces Traces Traces CaO 49,67 43,01 50,07

Mg0 Traces Traces = ALOS:ELO. 6,45 6,03 0,85 Insoluble 7,40 18e) 0,51 Perte à 130° 9,14 1,93 0,98 Perte au-dessus 6,69 6,41 5,178 100,05 BU 100,09 Ca O0 34,90 39,29 69,79 ALP 0: 0,12 (02? 0,64 CaCo; 49,41 38,86 21,86 Fe, O;, 6,39 5,92 0,53 Résidu 7,40 7,39 as

H? O et matière

organique 3.83 8.34 6,76 100,05 99,89 100,09

L'iode et le brome ont été reconnus dans plusieurs phosphorites (Villeneuve, Druilhac). M. A. Gautier y'a encore signalé du gypse, des siicates, du chlorure de calcium, des traces d'arsenie, du plomb, du cuivre, du zine, du manganèse ; le nickel et le cobalt y sont fréquents. Les oxydes de fer sont surtout abondants, même à l’état pisolithique, dans la terre phosphatée. IT y aurait lieu d'y rechercher le titane, le vanadium et le chrome.

La composition de la terre phosphatée est différente : elle est même souvent très pauvre en acide phosphorique : LÉSPAOTAIL

Jusqu'ici les phosphorites n’ont jamais été rencontrées en dépôls réguliers où très étendus: elles forment toujours des remplissages de crevasses où de puits irréguliers, mais quelquefois très grands. Une phosphatière de St-Jean-de-

à Eee —

Laurs mesure plus de 100 m. de profondeur, une autre à Raynal a 40 m. et le gisement de Larnagol n'a pas moins de 200 m. La forme des phosphatières est des plus variables: elle rappelle celle des grottes, des cavernes, des avens, des gouffres, des tindouls, des plateaux calcaires.

Le remplissage lui-même est formé par ure argile rouge rappelant les bols sidérohthiques à pisolithes de fer et qui entoure la phosphorite, la séparant des calcaires encaissants. Quelquefois, cette argile contient des galets de quartz assez nombreux ; à Prajoux, par exemple, Daubrée la considérait comme « un poudingue à ciment phosphaté ». Ce poudingue passe fréquemment à la brèche. Mais alors, les galets siliceux sont remplacés par des fragments anguleux du calcare encaissant, Par des infiltrations calcaires, la roche devient dans ce cas, très dure. C'est l’analogue des poudingues, des gompholithes du Jura, des ketterz de la Souabe.

Les phosphatières du Quercy surtout ont fourni une faune très nombreuse et assez connue aujourd'hui, grâce aux travaux de Gervais et Gaudry pour les mammifères, de Milne-Edwards et Lydekker pour les oiseaux, de Bourguignat pour les mollusques. M. Thévenin en a publié une revision : son travail est tout ce qu'il y a de plus complet et de plus récent sur le sujet.

L'âge des phosphorites est évidemment éocène, compris entre le Lutétien sup. et l’'Aquitanien. Filhol et Bourguignat ont bien signalé dans certains remphissages quelques Helix Raimondi, mais d'après M. Thévenin, on ne les a jamais retrouvés. Mais on peut admettre comme certains quelques remplissages bartoniens. Les autres appartiennent au Ludien, au Sannoisien et au Stampien. Il y a donc un mélange des faunes comprises entre l’Eocène sup. et l'Oligocène. Celles du Miocène et du Pliocène n'ont pas été rencontrées. Par contre, quelques espèces quaternaires ont été découvertes dans la partie supérieure de quelques gisements: mandibules de Boridés, à Concols, ossements d'Hyaena spelea, d'Ursus speleus, ete. ; de Felis spelea mêlés à des restes de sangliers à Larnagol.

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