‹ Le Sidérolithique Suisse: Contribution à la Connaissance des Phénomènes d'Altération Superficielle des SédimentsChapitre 6 sur 80 · DE ARE · texte numérisé non relu

DE ARE

qui lui seront portés par un de ses anciens disciples, le D” J.-B. Greppin. Tandis que Müller et Kæchlin cherchaient une voie nouvelle, par une interprétation plus actualiste du phénomène sidérolithique, c’est aux ossements recueillis et étudiés pendant plus de vingt ans, que Greppin demanda ses arguments.

En effet, déjà vers 1830, Hugi d'abord seul, puis avec Gressly, découvrait les premiers ossements aujourd'hui considérés comme sidérolithiques, dans des marnes très particulières, enclavées dans les bancs du Jurassique supérieur, à la vieille carrière de Sainte-Vérène t), près de Soleure. Duvernoy et Cuvier déterminèrent une molaire de Palæotherium crassum Cuv., une astragale de Anoplotherium (Xiphodon) gracile Cuv. Mais cette découverte, ne paraît pas avoir eu grande influence, puisque Gressly, qui la connaissait parfaitement pour y avoir participé, publia postérieurement cependant sa fameuse théorie. Il est vrai, qu'il ne considérait pas ces ossements comme sidérolitiques et qu'en outre, pour lui, le Sidérohitique était d'âge différent.

Mais à partir de 1840, Gressly mettait à jour d'autres gisements encore plus riches, à Egerkingen, à Obergüsgen (canton de Soleure); Nicolet, Agassiz, et surtout le curé d'Oberbuchsiten, R. Cartier, lui aidèrent à les explorer; H: de Meyer et particulièrement Rütimeyer firent la détermination des espèces.

C'est encore de celte même époque que date la découverte des gisements moins importants de Hungerberg près d'Aarau, de Stelh, près d'Olten et peut-être de Balsthal.

Puis, vers 1852, deux géologues vaudois, Ph. de la Harpe et OC. Gaudin, commencèrent à leur tour de faire connaître les gisements du canton de Vaud, du Mormont, de St-Loup, d'Entreroches, d'Eclépens, de Bavois, etc. qui livrèrent une faune riche et variée,

?) Pour les indications bibliographiques, consulter la partie consacrée à la Paléontologie et l'Index bibliographique.

Ta ee

Mais déjà alors, le Jura bernois avait également fourni quelques ossements 1, Dès 1852, le D' Greppin possédait un os provenant des argiles sidérolithiques des environs de Courrendlin (au lieu dit le « Pertuja ») et que le prof. Pictet de Genève, rapportait au Palæotherium Crassum Cu. D'après Ph. de la Harpe et Gaudin, Thurmann aurait également recueilli quelques ossements dans les environs de Porrentruy. Quelques temps auparavant, le D' Greppin avait reçu un os long de mammifère, que de Meyer ne put déterminer et qui provenait de la couche même du minerai en grains de la Combe rière Savre, près de Séprais, dans le Val de Delémont. Enfin, dans son mémoire de 1855, le D" Greppin, signalait encore quelques autres trouvailles, dans la vallée de Delémont, à Develier-dessus (minière Paravicini), près de la route de Courrendlin (propriété Kohler...) ete. C'est dans un des puits de cette dernière station que Greppin découvrit les premières graines de Chara, dans un banc marno-calcaire qu'il appela plus tard la Raïütsche, véritable calcaire d’eau douce, fossiifère et qui affleure en plusieurs points du Val de Delémont.

C'est à la suite de ces découvertes, que Greppin en arriva à considérer les dépôts sidérolithiques du Jura bernois, comme tertiaires et de même âge que les gypses éocènes du bassin de Paris. Toutefois, en 1855 encore, le Docteur ?) n’a pu échapper complètement à la tutelle de Gressly, dont 1l défend la théorie, comme étant la plus fondée. S'il admet

1) D° JB. Greprin: Matériaux, p. 158. 1870 et Notes géologiques 1855-1870.

>) On a prétendu et je l'ai entendu répéter par quelques uns de ceux qui l'avaient connu, que le D' Greppin avait abusé de la bonté de Gressly dans la publication de ses mémoires. Il est certain que Gressiy dut lui fournir de précieux renseignements, comme à Thurmann, à Quiquerez et c’est d'ailleurs heureux pour nous; mais j'ai de la peine à admettre que nos premiers géologues aient « pillé » le premier observateur jurassien, leur vieil ami. Le fait que Greppin prit parti pour des idées absolument opposées, semble d'ailleurs un bon témoignage en sa faveur.

l’âge éocène des gisements de bohnerz, forcé par les découvertes faites dans le Jura bernois ou par celles du Jura soleurois ou du canton de Vaud, il n'ose cependant se séparer totalement sur ce point encore de son maitre et ami, et il pense que tous les gisements de fer pisiforme ne sont pas nécessairement éocènes, que quelques-uns sont mêmes très probablement crétaciques.

Allant plus loin, trop pressé d'émettre une conclusion, il en arrivé à déclarer que le Jura formait pendant le dépôt des bohnerz, «une terre attenante, d'un côté à la Suisse occidentale, de l'autre, à une parle du bassin de Paris et de l’Albe de Souabe » (p. 58).

Mais alors, tout en paraissant s’éclarcr, le problème ne fait que se compliquer d'avantage. Le D' Greppin n'admet guère qu'un Sidérohthique éocène, celui du Crétacique n'étant que possible. Comment relier alors ce terrain si homogène avec les étages bien différenciés, caractérisés en Souabe par le D' Frass !) à la suite de Walchner ? Bien mieux, à la même époque déja, la faune sidérohthique jurassienne paraissait complexe, avec les Palæotherium medium Cuv., P. magnum : Cuv., Anaplotheriwm (Xiphodon), Lophiodon.… etc... Mais le D' Greppin ne parait pas s'en soucier. Son terrain sidérohthique, avec le Nagelfluh jurassique, forme «le groupe fluvio-terrestre inférieur », de la base ‘du tertaire.

Cependant, Greppin continue son évolution. De nouvelles découvertes de fossiles, qu'il fait avec Bonanomi, à Develier, dans les bols ou dans le calcaire lacustre, achèvent sa conversion: il abandonne enfin la théorie de son ami Gressly, mais 1l semble se rapprocher d'autant de celle de Brongniart. Le Sidérohthique lui apparaît bien comme une formation sédimentaire, due aux actions combinées des sources minérales, peut-être thermales et des grands courants. Il garde done encore quelques teintes du catastrophisme et

1) D' Frass: Découvertes d'ossements, p. 266. 1852.

Page 1